‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 10 sur 33 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

(6) Ces deux exemples rentrent dans les données de la proportion :: 1 : 11,91 admise entre les deux métaux à Rome au ve siècle de la ville (voy. plus haut, livre II, cbap. i, § 1, 4), proportion d’après laquelle la livre d’or valait 4,000 sesterces.

du domaine public pour se procurer de l’or, et l’on en rassembla ainsi 9,000 livres (1), qui furent presque entièrement dépensées en Italie, dans les troubles civils, avant le départ de Sylla pour l’Orient. Ce sont ces envois de lingots que le général faisait monnayer ou employait à ses dépenses sous la forme où il les avait reçus, suivant qu’il le jugeait convenable et d’après les habitudes du pays où il opérait. En général, on l’a vu par les exemples que nous avons groupés, on transformait en espèces frappées les lingots reçus de l’ærarium ou bien provenant des contributions levées sur le pays ou du butin, dans les guerres orientales, parce que dans ces contrées l’usage de la monnaie d’or était général ; le commandant en chef faisait ainsi profiter sa caisse militaire du bénéfice monétaire et de la plus-value que le métal monnayé acquérait sur le métal en lingots. Dans les guerres en Espagne, on ne fabriquait de monnaie que d’argent et de cuivre, parce que c’étaient les métaux admis à titre habituel dans la circulation du pays.

Jusqu’à César, du reste, la monnaie d’or frappée par les généraux dans les provinces où ils guerroyaient avait pris si peu droit de bourgeoisie dans le système monétaire romain qu’il n’existait pas une taille fixe d’après laquelle on fabriquât ces pièces. On se bornait à leur donner le poids d’une des parties aliquotes de la livre, mais chaque général adoptait individuellement un certain type, sans chercher à le rendre conforme à celui que d’autres avaient choisi; on variait ainsi entre 1/30, 1/36, 1/37, 1/40 et 1/42 de livre. L’aureus de chaque commandant en chef, taillé d’après ces principes, n’est pas une pièce d’une va-

(1) Appian. Mithridat. 22; cf. Oros. Y, 18.

leur ronde, mais d’un certain poids divisionnaire de la livre, comme un lingot dont l’estampille de l’autorité publique garantit la régularité pondérale et l’exactitude de titre, et dont la valeur dans la circulation se rapporte au cours commercial de la livre d’or. Ce qui en fait cependant une monnaie, et non pas une simple marchandise, c’est que le poids s’en tient toujours un peu au-dessous du taux piecis de la division de la livre, dans les limites d’intériorité de la taille effective des espèces monnayées par rapport à la taille théorique, que les anciens. admettaient toujours comme constituant le droit de seigneuriage en faveur de celui qui émettait la monnaie (voy. livre Vi chap. i). Ainsi 1/30 de la livre est exactement 10 gr. 913, et le poids effectif maximum de l’aureus lucullien, à fleur de coin, 10 gr. 85; 1/36 livre, 9 gr. 096, et le poids maximum de 1 aureus de 36 a la livre de Sylla et de Pompée 9 grammes; de même que 1/40 livre est théoriquement 8 gr. 186 et le poids effectif de l’aureus de César 8 gr. 1 6. Nous montrerons d’ailleurs, dans le livre YII, chap. m, § 5 et 6, qu’en adoptant les tailles de 1/30 et 1/40 de la livre , Sylla et Auguste ont eu certainement l’intention de rapprocher de très-près leurs monnaies d’or militaires d’espèces de monnaies grecques du même métal , auxquelles le commerce était habitué de longue date.

César, comme nous 1 avons dit, implanta le premier à Rome, en 49 av. J.-C., le monnayage de l’or, qui n’avait jusqu’alors été effectué que dans les provinces où opéraient les armées. A dater de ce moment jusqu’à sa mort, son monnayage d’or romain se continua sans interruption, et en 46 il en confia la direction à un magistrat urbain, le préfet de la ville. Mais, comme l’a très-justement fait re-

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marquer M. Mommsen (1), même avec cette innovation considérable, il ne modifia pas les anciens règlements relatifs à la monnaie urbaine proprement dite, à celle que les triumvirs monétaires fabriquaient et administraient sous le contrôle du Sénat. Sous lui, ni les triumvirs, ni dans sa dernière année les quatuorvirs qui les remplacèrent, n’eurent aucune part à la fabrication des espèces d’or. Jusqu’à la fin, la monnaie d’or de César, bien que frappée à Eome, reste exclusivement impératoriale ; elle est émise directement en son nom, par suite des pouvoirs appartenant à son titre d ’imperator ou de dictateur. Quand un magistrat chargé de diriger la fabrication sous ses ordres y est mentionné, ce n’est jamais un des monétaires urbains ordinaires. C’est pour cela que toutes les pièces d’or de César signées de noms de triumvirs ou de quatuorvirs monétaires, qui ont été publiées à diverses époques, ont fini par être reconnues pour fausses après un examen plus attentif. Il n’en existe pas, et il ne peut pas en exister, car, d’après les lois en vigueur, le Sénat et les monétaires ordinaires, qui étaient ses agents, n’avaient pas le droit d’en émettre. C’est seulement, comme nous le montrerons tout à l’heure, l’année après la mort de César que le Sénat fit entrer les espèces d’or dans le cadre des monnaies urbaines normales, que fabriquaient les quatuorvirs et qui dépendaient de son autorité.

7. La question relative à l’effigie monétaire est moins complètement élucidée, et, sur ce point, l'innovation con-

(1) M R, t. III, p. 2.

sommée sous la dictature de César fut beaucoup plus considérable, entraînant bien plus de conséquences.

Dans le chapitre Ier du livre IY, en traitant spécialement des types dans la numismatique ancienne, nous essayerons d’esquisser l’histoire de l’usage de placer sur la monnaie des portraits de personnages vivants, à la place de la tête des dieux. C’est dans l’empire des Achéménides que nous le verrons se produire pour la première fois, et j’espère arriver alors à prouver que, dans cet empire, le droit d’effigie appartenait exclusivement au souverain, que les prétendus portraits de satrapes, dont l’existence est admise sur certaines monnaies par un grand nombre d’érudits, sont en réalité des portraits de rois de Perse, que l’on peut même parvenir à déterminer. Chez les Grecs, le premier portrait qui figura sur la monnaie, du vivant de celui qu’il représentait, fut le portrait d’Alexandre le Grand, et encore il ne s’y montra que d’une manière détournée, en donnant les traits du roi à la tête d’Iiercule. Les portraits monétaires directs, où l’on ne s’astreint plus à des déguisements de ce genre, commencent avec Démétrius Poliorcète, Ptolémée Soter et Séieucus Nicator. Dans les mœurs grecques, l’effigie d’un vivant a toujours un caractère essentiellement monarchique : le droit de la placer sur la monnaie est une des prérogatives qui appartiennent exclusivement à la royauté.

C’est pour cela que les Komains répugnèrent si longtemps à cet usage, et le repoussèrent tant que dura chez eux la Eépublique, de même qu’ils repoussèrent toutes les formes qui rappelaient le nom odieux de roi. Quelque latitude qui, dans la corruption du gouvernement républicain, eût fini par être laissée aux monétaires, pour mettre sur la monnaie qu’ils faisaient frapper des types à ti. 21.

eux personnels, faisant allusion à leur nom, retraçant les souvenirs de leur famille, les traits de leurs ancêtres célèbres, l’effigie d’un homme vivant fut toujours absolument exclue de la monnaie de Rome (voy. plus haut, dans ce chapitre, § 6, 4). Dans le sujet composé de petites figures, le monétaire arrive même quelquefois à représenter une scène où il a joué un rôle personnel; ainsi, sur les deniers qu’il a émis comme édile curule, en 58 avant Jésus- Christ, M. Æmilius Scaurus a représenté la soumission d’Aiétas, roi des Nabatéens (1), reçue par lui deux ans auparavant; antérieurement même, entre 103 et 100, les deux questeurs Pison et Cépion, sur les deniers qu ils fabriquèrent AD- FR Vmentum. E Ivi V ndum . EX- S enatus. Consulta (2), firent figurer sur le revers deux questeurs assis l’un près de l’autre sur leur tribunal, avec des épis dans le champ. Mais il y avait loin de là à placer sur le côté principal de la monnaie, réservé aux têtes divines, son propre portrait en grand ou celui d’un personnage vivant revêtu du pouvoir suprême.

Même la presque universalité des monnaies émises par les généraux d’armées et les gouverneurs de provinces, au temps de la République, n’admet pas 1 effigie. Sans doute, les sujets où est mis en scène le général qui a usé de son imperium pour émettre les especes, sont relativement beaucoup plus multipliés dans les types des revers sur les monnaies militaires que sur les monnaies urbaines ;

(1) Cohen, M C, pl. I, Æ milia, n“ 1 et 2; Mommsen, M R, t. II, p. 489, n° 273; voy. Borghesi, Oss. num. déc. XV, 1, Œuvres complètes, t. II,

(2) Cohen, M C, pl. X, Calpurnia, n° 24; Mommsen, M R, t. II, p. 383, n° 192; voy. Cavedoni, Append. al saggio di osservazioni, p. 184.

sur les pièces de ce genre où ont été inscrits leurs noms ou seulement ceux de leurs questeurs, Marius, Sylla et Pompée ont représenté leur char de triomphe, dans lequel ils se tiennent eux-mêmes, et cela avec des circonstances qui leur sont strictement personnelles ; Sylla a fait aussi de l’image de sa statue équestre le type monétaire d’un de ses questeurs. Mais, tout en allant jusque-là, ni Marius, ni Sylla, ni Pompée, ni les généraux moins éclatants dont nous avons énuméré les monnaies, n’ont fait retracer les traits de leur visage sur le droit de ces pièces.

Pourtant, dès une époque élevée, nous avons le statère de T. QuinctiusFlamininus, qui montre sa tête représentée à la même place que les effigies des rois grecs et de la même manière, sauf qu’elle n’est pas ceinte du diademe, avec un caractère de portrait aussi individuel. Et 1 histoire n’a pas conservé une trace de difficultés que ce fait lui ait suscitées de la part du Sénat et du peuple, si jaloux pourtant de tout ce qui, dans Rome, paraissait affecter à la royauté et si prompts à le réprimer par le dernier supplice. Il faut que l’on n’ait pas juge qu il eut excédé par là les limites de la faculté résultant de son imperium , car, après son retour, on n’en continua pas moins à lui laisser la haute main et la direction de toutes les affaires relatives à la Grèce.

L’exemple de T. Qumctius Flamininus est-il, d ailleurs, absolument isolé pendant la période républicaine ? Les monnaies sardes d’Atius Balbus offriraient un second exemple de portrait de personnage romain vivant sur une monnaie provinciale, frappee en vertu de 1 imperium militaire, s’il était bien établi que c’est par lui-même qu’elles ont été émises; je suis porté à le croire; mais, comme la question est encore douteuse, comme beaucoup de savants,

précisément à cause de l’effigie (seul motif d’une semblable conjecture), pensent que ces monnaies sont seulement commémoratives et datent du principat de son petit-fils Auguste, je les laisserai de côté. Mais il m’est impossible de ne pas appeler l’attention sur certaines monnaies de cuivre de Nicée, portant les dates des années 283 et 235 de l’ère de Bithynie. On y voit d’un côté, avec la légende NIKÀIEHN, une tête virile nue, portrait fort caractérisé d’un Romain du dernier siècle de la République, de l’autre une Victoire avec la légende ETTI.nOYlBiOY.nANlA (1). 11 existe aussi des pièces semblables de Nicomédie, avec les mêmes légendes et la même tête (2). Jusqu’ici, cette tête a été décrite comme celle de César, parce que l’on ne s’attendait pas à en voir une autre sur des pièces antérieures à Auguste, Mais en réalité cette effigie n’a rien de commun avec celle de César ; c’est un portrait tout autre. D’ailleurs les dates inscrites sur les monnaies s’opposent absolument à cette identification de la tête des pièces frappées à Nicée et à Nicomédie sous le gouvernement de Vibius Pansa. Il est aujourd’hui bien établi et reconnu par tout le monde que l’ère de Bithynie est la même que celle du Pont et part également de 297 avant Jésus - Christ (3). Les années 233 et 235 de cette ère sont donc 6J et 62 avant Jésus -Christ (4); c’est le moment même où Pompée, vainqueur de Mithridate, réglait en maître

(1) Mionnet, t. II, p. 450, n° 210; Suppl, t. V, p. 79, n°‘ 401-404; Saulcy, Syst. monét. do la Républ. rom. à l’époque de César, pi. VIII, n° 1.

(2) Mionnet, Suppl, t. V, p. 169, n° 981.

(3) Sestini, Lelt. num. di conlinuazione, t. VII, p. 64.

(4) On a même publié une pièce portant la date de l’an 232 = 65 avant Jésus-Christ; mais il n’est pas sûr que la lecture en soit exacte.

les affaires de l’Asie, et où l’astre levant de César était en core bien loin de pouvoir faire concurrence au sien. La tête figurée sur les monnaies de Nicée et de Nicomédie offre, par le fait, bien plus de ressemblance avec celle de Pompée qu’avec celle de César, et c’est, pour ma part, celle du général qui était alors pour les Asiatiques plus qu’un roi, que je serais disposé à y reconnaître, mais sans oser donner ceci comme aussi certain que l’impossibilité absolue d’y voir César. En tout cas, chronologiquement et iconographiquement, on ne peut hésiter qu’entre deux portraits sur les monnaies dont nous parlons, celui de Pompée, le plus vraisemblable dans les données de l’histoire, ou bien celui de Yibius Pansa lui-même. Même en laissant le choix entre deux encore indécis, nous avons là un second exemple de portrait numismatique d’un Komain vivant, exerçant un commandement militaire en dehors de l’Italie, exemple encore antérieur à César et qu’il faut enregistrer à côté de celui de Flamininus (1). Ceci me paraît devoir induire à penser que, si l’usage habituel y répugnait même sur la monnaie militaire, le fait de placer son effigie sur les espèces qu’il faisait directement frapper ou de la laisser représenter sur le monnayage local, soumis à son contrôle, des cités grecques de sa province, n’était pas regardé comme une usurpation coupable de la part d’un commandant en chef. La latitude illimitée des droits attachés à son imperium absolu allait jusque-la, bien que, dans la pratique, il s’abstînt généralement d’user de cette faculté.

(1) La tête de Pompée se voit sur les monnaies de Pompéiopolis, mais elle y a un caractère commémoratif; c’est celle du fondateur, reproduite longtemps après sa mort, car on la trouve jusque sur des pièces datées de l’an 229 de l’ère de la ville, lequel tombe sous le règne de Marc-Aurèle.

Après ces remarques, un aureus de César, que nous avons laissé tout à l’heure de côté, nous paraîtra moins suspect qu’à M. Yon Sallet (1), qui cependant n’ose pas le condamner d’une manière formelle. L’exemplaire qu’en possède le Musée Britannique est aujourd’hui regardé comme faux par les savants conservateurs de cet établissement ; mais celui du Cabinet de Paris offre toutes les apparences de l’authenticité et est jugé comme bon par les plus fins et les plus sûrs connaisseurs de notre pays. Je veux parler de l’aureus, très-analogue comme style et comme fabrique à celui qu’a signé A. Hirtius, sur lequel on voit au droit la tête de César lauré et voilé comme pontife, avec la légende C- CAESAR, et au revers les insignes des deux qualités d’augure et de grand pontife (2). Si cette pièce est authentique, comme nous sommes porté à le croire, il n’est en aucune façon nécessaire de supposer, avecM. Mommsen (3), qu’elle a été frappée après la mort de César (J), ni même qu’elle n’a pu l’être qu’à la suite du décret du Sénat sur l’introduction de l’effigie du dictateur au droit des monnaies. C’est, en effet, une pièce purement impératoriale, à laquelle ne s’appliquait pas la législation relative aux monnaies urbaines et sénatoriales. Au point de vue où nous nous plaçons, et que je crois le véritable, il n’y a rien d’impossible à ce que César lui-même, à un certain moment de sa dictature, faisant comme avait fait autrefois Flami-

(1) Zeitschr. f. Ntim. t. IV, p. 133.

(2) Cohen, M C , pl. XX, Julia, n° 20.

(3) S1 R, t. III, p. 3.

(i) En ce cas, d’après les règles si bien établies par M. Von Sallet ( Zeitschr . f. Num. t. IV, p. 135 et s.), la pièce serait nécessairement antérieure à l’apothéoje de César, qui eut lieu à la fin de 43 av. J.-C.

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ninus, et cela encore dans une province, car la pièce n’est pas de fabrique proprement romaine, ait introduit sa propre effigie sur sa monnaie d’or impératoriale, donnant ainsi le premier l’exemple auquel se conforma le Sénat.

Le decret de celui-ci, comme l’a très-judicieusement remarqué M. Mommsen (1) , ne pouvait avoir d’effet que pour la monnaie qui était dans ses attributions, pour la monnaie urbaine d’argent que signaient les quatuorvirs. Il ne concernait pas la monnaie impératoriale d’or, dont le dictateur disposait seul et librement. Il avait pour objet de transporter dans la monnaie urbaine, et d’y établir à l’état de règle fixe, ce qui n’avait été pour la monnaie militaire de Yimperator qu’une faculté dont César lui-même n’avait pas osé beaucoup user. Le fait même du décret rendu par le Sénat en lévrier hh me paraît un argument en faveur de l’idée que chez les Eomains l’effigie monétaire, à la fin de la Eépublique, ne paraissait pas une prérogative impliquant nécessairement la royauté. Sans avoir, en ce qui regardait les formes extérieures de son pouvoir, la prudence cauteleuse qui réussit si bien à Auguste, César était obligé à certains ménagements envers l’horreur traditionnelle que le peuple romain conservait pour le nom de la royauté. Il dut refuser, bien que de mauvaise humeur, le diadème que lui présentait Antoine, et le titre de roi, dont quelques-uns le saluaient. Les historiens énumèrent les signes extérieurs de royauté, qui, dans les honneurs accumulés sur sa tête, causaient principalement l’indignation des républicains et mirent les poignards aux mains des conspirateurs des ides de mars; ils n’y font jamais figurer la loi qui lui accordait l’honneur

t. III, p. 3.

de l’effigie monétaire. 11 importe même de lire la façon dont Dion Cassius (.1) relate cette loi. Enumérant tous les privilèges honorifiques extraordinaires que la servilité du Sénat prodigua à César après son élévation à la dictature perpétuelle, il les classe en trois groupes, ceux qui lui assuraient à perpétuité dans Eome même les pouvoirs de Vimperator militaire et les honneurs du triomphateur, ceux qui lui donnaient la censure à vie et l’inviolabilité des tribuns, enfin ceux qui, inouïs jusqu’alors chez les Romains, affectaient complètement les dehors de la royauté. Or, c’est dans la première classe et non dans la troisième qu’il mentionne l’introduction de son portrait sur la monnaie.

Il faut voir, d’ailleurs, ce qui se passa immédiatement après la mort de César, pour bien se rendre compte de l’idée que les Romains attachaient alors à l’effigie monétaire, de ce qu’elle était réellement au point de vue du droit public de l’époque. Dans le courant de l’année 44, quelques mois après la mort du dictateur, le quatuorvir monétaire P. Sepullius Macer, entièrement dévoué au parti d’Antoine, ne se borna pas à continuer à mettre sur les espèces qu’il signait, et qui étaient des deniers urbains soumis au contrôle du Sénat, la tête de César (2), déjà mort et non encore divinisé, ou l’image du temple de la Clémence de César (3) ; il frappa aussi des deniers avec l’effigie d’Antoine, la tête voilée comme augure et la barbe longue en signe de deuil (4). Antoine et Octave, avant

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