‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 2 sur 33 · IV · texte numérisé non relu

IV

En réalité, si nous consultons le témoignage des monuments numismatiques eux-mêmes, voici ce que nous y constatons. Le roi de Perse se réservait exclusivement, et avec une grande jalousie, le droit d’émettre la monnaie d’or (1) ; il ne permettait d’en frapper à aucune ville ni à aucun dynaste local. Les rares exceptions à cette règle que l’on pourrait citer, et qui seront discutées dans la suite de notre ouvrage, quand nous traiterons de la numismatique de l’empire des Achéménides de Darius à Alexandre, constituent des faits d’usurpation sur l’autorité souveraine, qui ne se sont produits que dans des moments de trouble. Dans toutes les provinces intérieures de ses États, qu’un lien particulièrement étroit rattachait probablement à la couronne et où, d’ailleurs, l’usage delà monnaie ne s’était qu’imparfaitement naturalisé (voy. plus haut, livre I, chap. iii, § 3, 1), le roi de Perse paraît n’avoir pas toléré la fabrication d’autre numéraire que de ses propres espèces, portant son type personnel et officiel, soit monnaies communes d’empire , soit monnaies provinciales frappées spécialement, et d’après un système particulier, pour la circulation intérieure de certaines satrapies (2).

Mais il en était autrement dans les provinces occidentales de l’empire, principalement là où la population était grecque ou phénicienne. Quatre des anciennes satrapies de Darius fils d’LIystaspe, la Ire, comprenant l’Éolie, l’Ionie, la Carie, la Lycie et la Pamphylie (divisée plus tard en trois : Éolie et Mysie , avec la côte de Mysie,

(1) Mommsen, M B, 1. 1, p. 13; Brandis, p. 2S5,

(2) Sur ces monnaies provinciales du roi de Perse, voy. Brandis p. 232 et s.

d’une part, Carie d’une autre, enfin Lycie et Pamphylie, à dater du moment où les Perses reprirent l’offensive contre les Grecs après la chute de la puissance athénienne), la IIe ou satrapie de Dascylion, embrassant l’Hellespont, la Phrygie, la Bithynie, la Paphlagonie et la Cappadoce , la IVe, de Cilicie, et la Y6, de Phénicie, Syrie et Cypre, jouissaient d’un régime monétaire spécial. Ici, — les belles recherches de M. Waddington et de J. Brandis, dont il faut seulement restreindre les conclusions à ces contrées, l’ont définitivement prouvé, — le droit de monnayage des métaux autres que l’or était un droit essentiellement municipal, un droit propre à chaque cité, quelque petite qu’elle fût, et, par conséquent, les monnaies frappées dans chaque ville étaient marquées de types particuliers et signées du nom du peuple, accompagné souvent de celui d’un magistrat responsable. Si la ville ou la province étaient soumises au pouvoir d’un seul homme, alors les monnaies devaient porter son nom, puisqu’elles étaient émises sous sa responsabilité. Les monuments sont d’accord avec ces principes; il est facile de nommer bon nombre de villes importantes qui ont fait frapper des monnaies autonomes pendant une longue suite d’années, sans s’être jamais soustraites au joug persan (1). Il suffira de citer Sidé, Aspendos, Mallos, Soli, Nagidos et les villes lyciennes, dont la numismatique continue sans interruption depuis le commencement du Ve siècle avant J. -C. jusqu’à la chute de la monarchie persane (2).

(1) Voy. les descriptions de médailles qui terminent l’ouvrage de Brandis.

(2) Sur ces dernières monnaies, vov. Fellows, Coins of ancient Liicia, Londres, 1855.

Les mesures particulières dont l’administration de la Cilicie fut l’objet, après la révolte du jeune Cyrus, pour mieux garantir le maintien de l’autorité souveraine dans cette province, qui assurait les communications de Suse avec l’Asie Mineure, mesures qui en firent un « Pays d’ Empire », comme disent nos voisins d’outre-Rhin (1), n’interrompirent pas le monnayage des villes purement grecques du littoral, comme Mallos, Soli, Nagidos. Il y a plus, dans la capitale même de la satrapie, à Tarse, on continua l’émission d’une monnaie urbaine portant le nom de la ville, à côté de la fabrication des espèces que battaient les satrapes ou les commandants de la flotte du Grand Roi, et qu’ils signaient de leurs noms; seulement, pour éviter la confusion entre les deux sortes de pièces sortant du même atelier et dont le cours légal devait avoir une étendue différente, on substitua, sur les monnaies municipales, la légende grecque TEPIIKON (2) à la légende araméenne nn, usitée antérieurement (3), l’araméen étant la langue affectée aux inscriptions des pièces des satrapes ou des commandants militaires. A la même époque, ce qui est plus remarquable, on frappa, dans le même atelier, une monnaie provinciale à la double légende KIÀIKION en grec et en araméen {h) , monnaie dont les types n’ont rien qui indique l’autorité du roi de Perse. Mais il faut noter,

(1) Voy. Droysen, Zeitschr. f. Num. t. II, p. 311.

(2) D. de Luynes, Num. des satrap. pl. XI.

(3) D. de Luynes, Num. des satrap. pl. VIII, n°‘ 1 et 2; Waddington, Mèl. de num. t. I, pl. V, n°‘ S et 6.

Une des pièces de cette période a la légende bilingue TEPZI et Tin : Waddington, t. I, pl. V, n° 7.

(4) Waddington, Mèl. de nam. pl. V, nos 3 et 4; voy. Brandis, p. 350.

dans ces deux cas, la forme constante de la légende, qui offre un adjectif neutre au nominatif, KOùxiov et Tepcwov, sous-entendu vo'p ope, et non, comme dans l’immense majorité des monnaies autonomes , un nom de peuple au génitif pluriel ; la légende devient ainsi une simple indication du lieu de fabrication et du territoire où la monnaie doit circuler, au lieu d’être celle du peuple autonome qui l’émet en son nom; il y a là une « monnaie tarsienne » ou « cilicienne » d’origine, non « la monnaie des gens de Tarse » ou cc des Ciliciens » (1). La nuance a sa valeur (2). Sur les pièces des villes grecques de Soli et de Nagidos (3), nous avons alternativement la forme de l’ethnique au pluriel et au génitif d’appartenance, NAriAEflN, ZOAEHN, et celle de l’adjectif neutre au nominatif, NATIAIKON, 20AIK0N; dans ces changements, nous avons probablement l’indice de vicissitudes dans les conditions légales d’après lesquelles les villes en question fabriquèrent leurs monnaies.

Les despotes locaux de certaines villes d’Asie Mineure avaient déjà commencé à inscrire quelquefois leur nom sur la monnaie avant la conquête de l’Ionie par Cyrus (voy. livre VI, chap. m, § 1); le plus ancien statère d’électrum d’Ephèse que l’on possède présente un nom de

(1) Voy. Waddington, Mèl. de num. t. I, p. H.

(2) Pourtant des formes présentant l’adjectif neutre au nominatif singulier, telles que ’ApxaSixov, 0esm xov, sous-entendu vrluap.a, se rencontrent quelquefois sur des pièces du caractère le plus absolument autonome; mais là encore, nous le verrons dans le § suivant, la substitution de ces formes au nom du peuple mis au génitif pluriel implique peut-être que le monnayage a eu lieu dans des conditions particulières.

(3) Brandis, p. 498 et s.

ce genre , celui d’un certain Phaënnos (1) . Pour la période postérieure à Darius 1er, nous avons les monnaies de Tymnès, despote de Terméra en Carie dans la première moitié du Ve siècle (2). On possède même les espèces frappées au nom du grand Tliémistocle dans la ville de Magnésie (3), dont le domaine utile lui avait été concédé par Artaxerxe, lorsque, proscrit par les Athéniens, il s’était réfugié à sa cour (/|), et cet exemple est particulièrement important, parce qu’il prouve que l’installation de Thémistocle par le Grand Eoi comme despote d’une ville grecque avait entraîné pour lui la possession du droit de monnayage. Artoapara et Ddênnêbêlê, personnages inconnus à l’histoire, dont nous possédons des monnaies frappées dans des villes indéterminées de la Lycie (5), me paraissent devoir être rapportés à cette classe des petits despotes de cités, bien plus qu’à celle des satrapes, où on les a rangés . Nous avons aussi les monnaies de Denys et de Timothée, qui exercèrent ensemble le pouvoir de tyrans dans la ville d’Héraclée du Pont (6), comme vassaux des Achéménides, dans les derniers temps de l’existence de l’empire.

Au reste , le droit de monnayage de tous les dynastes héréditaires qui régissaient des villes ou des territoires

(1) Newton, Num. chron. n. s. t. X, p. 237; Barclay Head, Num. chron. n. s. t. XV, p. 264, pl. VII, n° 4.

(2) Waddington, Mil. de num. t. I, p. 7-14, pl. I, n° 1.

(3) Ibid. p. 1-6, pl. I, n° 2; Brandis, p. 439.

(4) Thucyd. I, 138; Plat. Themist. 29; Athen. I, p. 29.

(3) Fellows, Coins of Lycia, pl. VII, nos 3 et 3-7; Brandis, p. 248.

(6) Eckhel, D N, t. II, p. 420.

pins ou moins étendus dans les provinces occidentales de la monarchie perse, sous la surveillance des satrapes, lieutenants directs du Grand Roi, est un fait incontestable (1). C'est ainsi que les rois phéniciens de Cition de Cypre (2), ceux des autres petits royaumes entre lesquels se partageait cette île, rois aux noms grecs gravés sur les monnaies dans l’écriture propre aux Cypriens (3), les Teucrides de Salamis (4), les rois de Byblos en Phénicie (o) et ceux de plusieurs autres localités encore douteuses des pays phéniciens et araméens, nous ont laissé de riches séries numismatiques. On peut s’étonner de n’avoir aucune monnaie des rois de Sidon à côté de celles des rois de Byblos ; mais cette circonstance tient probablement à la condition particulière faite dans l’empire perse au melek de la principale des cités phéniciennes. Il était héréditairement un des grands officiers de la couronne, ayant de

(1) Brandis, p. 238.

(2) Brandis, p. 505-508; Vogué, Monnaies des rois phéniciens de Cilium , dans la .Rev. num. de 1867.

(3) La grande majorité de ces monnaies a été publiée par le duc de Luynes, mais avant que le déchiffrement de l’écriture cypriote eût encore été consommé : Numismatique et inscriptions cypriotes , Paris, 1852. — Un bon nombre de légendes monétaires sont expliquées dans le mémoire de J. Brandis, Versuch zur Entzifferung der kyprischen Schrift , inséré aux Monatsherichte de l’Académie de Berlin, 1873. — Le premier travail d’ensemble sur la numismatique de Cypre, depuis les déchiffrements, est celui de M. Blau, Zur hypriotischen Münzkunde, dans la Numismatische Zeitschrift deVienne, 1875.

(4) Borrell, Notice sur quelques médailles grecques des rois de Chypre. Paris, 1836; Brandis, p. 508-511 ; VonSallet, Zeischr. f. Num. t. Il, p. 130-137.

(5) D. de Luynes, Num. des satrap. p. 91 et s., pl. XV et XVI, n°‘ 42-48; Brandis, p. 511 et s.

droit le commandement supérieur de la flotte que la Phénicie fournissait à son suzerain (1), et par suite une certaine autorité sur les rois des autres villes ; il est probable que les avantages de cette situation étaient en partie compensés pour lui par une restriction du droit monétaire. Tout indique que c’est à Sidon même qu’étaient frappées les monnaies provinciales du roi de Perse pour la Phénicie (2), monnaies dont le melek de Sidon devait être chargé de diriger la fabrication, en ayant une part dans les bénéfices; mais, ceci étant, il devait en découler naturellement, comme conséquence, que le suzerain interdisait à ce vassal de frapper parallèlement une autre monnaie à son propre nom.

Nous avons aussi des monnaies des dynastes de la Cappadoce, ancêtres de la maison qui prit dans ce pays le titre royal après Alexandre. Ces monnaies, frappées à Sinope et à Gaziura, portent le nom de Datame (3) en grec (4), et en araméen ceux d’un prince que je n’hésite pas à considérer comme son fils, appelé par Diodore de Sicile Ariam-

(1) Yoy. Schlottmann, Die Inschrift Eschmunazars Konigs der Sidonier, Halle, 1868.

(2) Ce sont les pièces classées par Brandis, p. 424 et s., sous la rubrique : IXe satrapie, na classe, lre série.

(3) De même que M. Friedlænder ( Zeitschr . f. Numism. t. III, p. 268 et s.), j’accepte la donnée de Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) qui rattache Datame à la famille d’origine perse d’ou sortirent les rois de Cappadoce, plutôt que celle de Cornélius Népos (Dutam. 1) qui en fait le fils d’un certain Camissarès, originaire de Carie. Les faits de son histoire s’accordent bien mieux avec ce renseignement, et il me semble que l’analogie étroite qui relie les monnaies sinopéennes de Datame à celles qui appartiennent certainement à Ariarathe Ier est encore un argument puissant en faveur du dire de Diodore.

(4) Waddington, Mél. de num. t. I, p. 82, pl. VI, n° 1.

nés (1), puis d’ Ariarathe Ier (2), dont une partie du règne fut contemporaine d’Alexandre le Grand (3). De même, les souverains de la Carie, depuis Hécatomnos jusqu’à Othontopatès, ont tous battu monnaie à leur nom (4). En effet, quand les petits princes vassaux du Grand Koi, dont le pouvoir s’étendait à peine au delà du territoire d’une seule ville , possédaient le droit de monnayage et en usaient largement, à plus forte raison il en était ainsi de dynastes dont les Etats formaient de vrais royaumes , comme ceux de la Cappadoce et de la Carie. Les princes de ces deux contrées étaient officiellement revêtus du titre de satrapes (5), c’est-à-dire qu’ils dépendaient directement du roi de Perse, n’avaient pas au-dessus d’eux, comme les petits rois de Cypre ou de la Phénicie, un lieutenant du suzerain, envoyé par lui de Suse. Mais c’était

(1) Ibid. pi. VI, n° 3. — La légende de ces pièces se lit 'IHC'DV; dans 13C1, je reconnais l’élément final du nom d ' Aria-ramnès, porté par un roi de Cappadoce fort peu postérieur à Alexandre et dont nous possédons une monnaie en légende grecque ( Zeitschr . f. Num. t. III, p. 268). Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) écrit aussi Ariamnès le nom de cet Ariaramnès. Dans la réalité, avant l'élément ramna, l’appellation du successeur de Datame devait offrir un autre élément que an/a, transcrit en araméen VH N dansnYlHX = Ariarathe.

(2) Waddingtou, Mél. de num. t. I, p. 83 et s., pl. VI, n“* 3 et 4; Merzbacher, Num. Zeitschr. de Vienne, t. III, p. 427.

(3) Diod. XVIII, 16; XXXI, ecl. 3; Lucian. Macrob. 13.

(4) Brandis, p. 473 et s.

(3) Datame est toujours qualifié par les historiens de satrape de la Cappadoce, tandis que Diodore (XVIII, 16) qualifie Ariarathe de Suvàaxri?. Les princes de Carie Hécatomnos , Mausole et Idrieus sont qualifiés de satrapes dans les inscriptions ( Corp . inscr. gr. n°* 2691 c, d, e et 2619) et chez Harpocration (v. £7U(jxa6jjt.oç) ; voy. Droysen, Zeitschr. f. Num. t. II, p. 311.

à titre de dynastes et en vertu du pouvoir particulier que cette qualité leur donnait dans leurs États héréditaires, ce n’était pas à titre de satrapes du Grand Roi, qu’ils frappaient leurs monnaies. Aussi aucune des provinces dont les satrapes n’étaient pas en même temps dynastes héréditaires, mais seulement nommés à la volonté du Grand Roi, ne nous offre une pareille suite monétaire, embrassant tous ceux qui y exercèrent le pouvoir pendant un assez long intervalle de temps.

Pourtant on possède aussi quelques monnaies de personnages connus dans l’histoire comme de purs satrapes, c’est-à-dire comme des membres de l’aristocratie perse choisis par le monarque et délégués par lui pour être, audessus de tous les fonctionnaires civils et militaires ainsi que des dynastes locaux, son lieutenant immédiat à la tête d’un des grands gouvernements qualifiés de satrapies (1). Un des plus célèbres parmi ces personnages est Pharnabaze, dont nous lisons le nom en grec sur des pièces frappées dans sa satrapie de la Phrygie hellespontique (2), et en araméen sur d’autres émises à Tarse (3), où étaient les dépôts de son armée lors de la seconde entreprise dont il eut le commandement entre 378 et 373 (4-). Son exemple est fort important, parce que Pharnabaze, pendant tout le

(1) D. de Luynes, Numismatique clés satrapies sous les rois Achéménides, Paris, 1846; Waddington, Etudes de numismatique asiatique dans le tome Ier de ses Mélanges de numismatique; Droysen, Die Münzen der persischen Satrapen in Kleinasien , dans la Zeitschr. f. Num. t. II, p. 309-319.

(2) D. de Luynes, Num. des satrap. pl. I, n° 5.

(3) D. de Luynes, pl. I, n°* 1-4; Brandis, p. 429.

(4) Waddington, Mél. de num. t. I, p. 64.

cours de sa longue carrière, garda une fidélité inébranlable envers son souverain et ne fut jamais en révolte ni ouverte ni secrète contre lui. On peut donc être sûr que, s’il a battu monnaie, c’est qu’il n’y avait pas là une usurpation, mais un acte légitime, autorisé par le maître. Mais il me semble que l’on a, dans tous les travaux récents, voulu beaucoup trop étendre le cercle des monnaies des satrapes, et que ceux qui ont prétendu que le droit de monnayage était au nombre des prérogatives normales de la qualité de satrape, ont forcé outre mesure les conséquences des faits constates. Les exemples de satrapes émettant des monnaies à leur nom dans le territoire de leur propre satrapie, en dehors de celui de Pharnabaze, sont très-rares ; ils se réduisent aux pièces de Spithridate, frappées à Lampsaque et a Cyme (1), et a celles d Orontas, battues à Lampsaque (2) et à Clazomène (3) ; ces deux personnages avaient l’un et l’autre egalement le gouvernement de la satrapie maritime d’Asie Mineure, qui comprenait à leur époque la Mysie avec l’Ionie (4). Toutes les autres pièces jusqu’ici connues, qui portent des noms de hauts fonctionnaires perses mentionnés dans l’histoire, particulièrement celles qui sont sorties des ateliers de la Cilicie, doivent être rangées dans la classe des monnaies militaires (voy. plus loin, dans ce chapitre, le §7) ; c’est

(1) Von Sallet, Numism. Zeitschr. de Vienne, 1871, p. 424 et s.

(2) Waddington, Mil. de num. t. II, pl. III, n° S.

(3) Waddington, Mil. de num. t. II, pl. III, n° 4; Von Sallet, Numism. Zeistchr. de Vienne, 1871, p. 419-424.

(4) Spithridate : Arrian. Anab. 1, 12, 15 et 16. Orontas: Diod. XV, 91; voy. tous les renseignements rassemblés sur ce dernier personnage par M. Waddington, Mél. de mm. t. II, p. 20 et s.

comme généraux placés à la tête d’armées en campagne, et non comme satrapes exerçant les pouvoirs réguliers de cette charge, que les personnages en question les ont fabriquées et y ont inscrit leurs noms. Ces monnayages militaires ont eu lieu dans les villes où les armées avaient leur base d’opération. Tiribaze, qui était satrape d’Arménie, a battu monnaie à Issos (1) pour le service des troupes qu’il commandait contre Cypre (2) ; Pharnabaze, satrape de Dascylion ou de la Phrygie hellespontique, et Datame (3), satrape et dynaste de la Cappadoce, ont fait de même à Tarse, quand ils ont eu successivement la direction des forces dirigées contre l’Égypte, forces dont la base d’approvisionnement et de rassemblement était dans cette ville (4). Je reviendrai plus loin sur ces faits de monnayage spécialement militaire dans l’empire des Achéménides, et sur le caractère particulier qu’offrent en général les produits de l’atelier de Tarse. Il suffit d’avoir indiqué ici ces exemples pour montrer que les rois de Perse déléguaient quelquefois , par une commission temporaire et spéciale, le pouvoir d’émettre des monnaies aux commandants de leurs armées, qui, dans ce cas, les signaient de leurs propres noms. Les exemples de satrapes monnayant

(1) Monnaies de Tiribaze : D. de Luynes, Numism. des satrap. pl. I; Waddington, Mél. denum. 1. 1, pl. V, n°‘ I et 2.

Le lieu d’émission à Issos est déterminé désormais par la comparaison avec la pièce de cette ville publiée Zdlschr. f. Num. t. IV, p. 145.

(2) Waddington, Mil. de num. 1. 1, p. 62.

(3) Sur les monnaies ciliciennes de Datame : D. de Luynes, Num. des satrap. pl. II (attribution à Dernès); Waddington, Ballet, archéol. de l’Athénceum français , 1856, p. 13 et s.; Mél. de num. t. I, p. 66 et s.; Brandis, p. 429.

(4) Waddington, Mél. de num. t. I, p. 64 et 70.

jg LA MONNAIE DANS L’ANTIQUITÉ

dans leur gouvernement sont assez peu nombreux pour qu’on les attribue à des concessions exceptionnelles du même genre, plutôt qu’à un droit régulier de la charge. Nous exposerons aussi plus loin (livre IV, chap. i) les raisons qui nous font repousser encore plus énergiquement la théorie, fort répandue aujourd’hui, suivant laquelle les satrapes auraient eu le droit d’effigie.

3. Alexandre le Grand, devenu maître de l’Asie, suivit en matière monétaire les mêmes principes que les rois de Perse , qu’il venait de détrôner et à la puissance desquels il se substituait. Il créa sa monnaie d’empire, a son nom et à ses types, qu’il fit frapper dans toutes les parties de ses États, dans les provinces où son autorité royale s’exerçait dans toute sa plénitude, mais non dans les cités helléniques qui, tout en reconnaissant son hégémonie et sa suzeraineté , gardaient intacts leurs droits d autonomie intérieure, par exemple celles de la Grèce, à l’exception de Thèbes, de la Phocide et de l’Eubée, et celles de l’Asie Mineure, auxquelles le conquérant macédonien s’était présenté comme un libérateur qui venait leur rendre la plénitude de l’indépendance (1) (voy. liv. VI, chap. v, 1 ). En même temps, il paraît avoir, à côté de sa monnaie d’empire, fait ou laissé, pendant quelque temps, fabriquer, au nom de son gouvernement, des monnaies provinciales qui continuaient les anciens monnayages. Il scellait ses actes destinés aux contrées grecques et aux Macédoniens de son armée d’un sceau portant son portrait par Pyrgotèle, ceux destinés à la Perse de l’ancien sceau royal

(1) L, Muller, Numismatique d' Alexaudre, p. 64-72.

des Achéménides (1). De meme, pour la Perse spécialement, il semble , parallèlement a sa monnaie grecque, avoir émis des dariques d’or pareilles à celles des monarques indigènes, dariques dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu’à nous (2) et où il s’est fait représenter, reconnaissable a sa tete imberbe, mais avec le costume royal persique; ainsi s’expliquent les récits qui, chez ses historiens, le représentent faisant des distributions d’or en dariques à ses soldats, dans l’intérieur de l’Asie (3), ou aux habitants de la Perse (4). Il y a, en outre, une pièce d’argent d’apparence tout asiatique, qui porte son nom en caractères araméens et a dû être frappée dans quelque ville de la Syrie voisine de l’Euphrate (5).

Aux villes grecques de l’Asie Mineure, Alexandre laissa ou rendit la plus entière aùtonomie monétaire, qu’elles conservèrent sous ses successeurs (6) (voy. liv, VI, chap. v, | 6). Leur droit d’autonomie alla même jusqu’à la fabrica-

(1) Quint. Curt. VI, 6; cf. Plin. H N, XXXVII, 4.

(2) Brandis, p. 66 et 244; la pièce est gravée dans : D. de Luynes, Choix de médailles grecques, pi. XII, n° 14; Ch. Lenorraant, Num. des r. gr. pl. LXIV, n° 4.

(3) Arrian. Anab. IV, 18, 7.

(4} Plut. Alex. 69.

(5) D. de Luynes, Num. des satrap. pl. XVI, n° 1; Brandis, p. 430; F. Lenormant , Essai sur la propagation de l’alphabet phénicien , p. 236, pl. XIV, n° 1. — M. Blau a voulu récemment ( Barsine , Gemahlin Alexanders der Grossen, dans la Numismatische Zeitschrift de Vienne, de 1877) lire le nom de Barsine, veuve de Memnon le Rhodien, dont Alexandre fit une de ses concubines, sur le droit de cette pièce; mais la chose est bien peu vraisemblable, comme l’a déjà remarqué M. Von Sallet ( Zeitschr . f. Num. t. V, p. 131).

(6) Brandis, p. 267 et s.

tion de la monnaie d’or, que les Achéménides ne tolérait pas de leur part ; les monnaies de ce métal, frappées à Cios, Pergame, Ephèse, Milet, Clazomène, Smyrne et Ehodes, appartiennent au temps d’Alexandre et des premiers Diadoches (1). Ce monnayage d’or tua rapidement celui d’éleetrum, qui avait eu un si grand développement dans la période précédente (livre 11, chap. I, § 3; livre VI, chap. iv, | 3), mais qui ne pouvait plus soutenir la concurrence. Pourtant quelques cyzicènes (voy. livre YI, chap. ix, à ce. mot) ont certainement encore été frappés, au moins sous Alexandre (2), et l’on a de petites pièces d’électrum d’Alexandria Troas (3), bâtie par Antigone et nommée par Lysimaque, ainsi que de Smyrne (4), construite par Antigone, pièces qui, dans les deux villes, paraissent contemporaines de la fondation. Par contraste avec ce traitement des cités grecques, tout monnayage des villes de la Lycie cesse avec la conquête d’Alexandre (5); il semble donc que le roi macédonien leur retira le droit monétaire dont elles avaient joui sous les Perses, bien qu’elles se fussent données volontairement à lui (6). A. la place des anciennes monnaies autonomes, il y fit frapper de ses propres tétradraclimes, portant comme marque du lieu d’émission le symbole caractéristique de la ligue ly-

(1) Brandis, p. 127 et 268.

(2) Tel est le cas d’un statère inédit de la collection de Luynes, au Cabinet des Médailles, qui a pour type le Zeus Bottiæos des tétradrachmes d’Alexandre.

(3) Mionnet, t. Il, p. 639, n° 61; Rev. num. 1836, pl. I, n° 10.

(4) Rtv. num. 1866, pl. I, n° 9.

(5) Brandis, p. 269.

(6) Droysen, Geschichle Alexanders, p. 136.

cienne (1) (sur ce symbole, voy. plus loin le § 6 de ce chapitre). En revanche, les villes indigènes d’Aspendos et de Sidé de Pamphylie, ainsi que Sclgé de Pisidie, gardèrent leur monnayage autonome sous Alexandre et ses successeurs, Sidé même jusque très-tard (voy. plus loin, § 3), aussi bien que les villes purement grecques, comme Phasélis et Célendéris.

Comme les rois de Perse, Alexandre admit sous son sceptre l’existence de dynastes vassaux, dont une partie s’étaient soumis entièrement à son autorité sur le passage de ses armées, mais dont une partie avaient déjà profité de la crise pour se mettre dans une situation de demi-indépendance, n’ayant reconnu Alexandre pour leur suzerain que sous la condition que les troupes macédoniennes ne pénétreraient pas dans leur territoire. De ces princes vassaux, les uns disparurent au milieu des guerres dans lesquelles les généraux du conquérant se disputèrent les lambeaux de son empire, les autres surent y devenir les fondateurs de royaumes entièrement indépendants. Du vivant d’Alexandre, ils étaient restés, au point de vue monétaire, dans la même situation que sous les Achéménides. Denys, tyran d’Héraclée Pontique, continua le monnayage à son nom, qu’il avait antérieurement inauguré avec son frère Timothée (2) . Des indices fort probants ont donné lieu à J. Brandis (3) de penser que c’est sous Alexandre qu’ont

(1) Fellows, Coins oflycia, pl. XIX; L. Muller, Alexandre, n° 1279. — Cette pièce a été sûrement frappée du vivant même d Alexandre ; celles qui ont la marque AT (L. Müller, n°s 1270-1275) sont plutôt du quart de siècle qui suivit sa mort.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 420; Brandis, p. 438.

(3) P. 331 et s.

été battues les monnaies d’Ariarathe Ier de Cappadoce, émises à Gaziura, et celles qu’un petit prince de la Cilicie orientale ou de la Commagène, nommé Samès (1), DD, fit fabriquer dans l’atelier de Tarse (2) . Les petits rois de l’île de Cypre gardèrent leurs droits monétaires jusqu’à la grande lutte dans laquelle, en 306, Ptolémée fils de Lagos et Démétrius Poliorcète se disputèrent la possession du pays. Nous avons en effet, à Salamis, les espèces d’or et d’argent de Nicocréon (3), qui était sur le trône en 331 et dut mourir avant 306, et de Ménélaos, frère de Ptolémée, envoyé par lui pour gouverner l’île en son nom et expulsé par Démétrius (4) ; Paphos nous offre celles de son roi contemporain Nicoclès (5) ; à Cition, les pièces phéniciennes du roi Pumiathon datées de l’an 46 sont frappées en pleine domination d’Alexandre (6) ; il est vrai que nous n’avons aucune monnaie du successeur de ce prince, Pygmalion, que Ptolémée détrôna en 31 2. On n’en a non plus d’Àda, qu’Alexandre fit reine de Carie à la place d’Otbontopatès, en même temps qu’il déclarait libres les villes grecques de la côte. 11 semble donc que le conquérant, en

(1) Il régnait évidemment dans le pays où s’éleva la ville de Samosate et où plus tard, vers le iT siècle av. J.-C., nous trouvons sur le trône un autre Samès, probablement son descendant, dont on a des monnaies à légendes grecques; voy. Waddington, Mil. de num. 1. 1, p. 79.

(2) D. deLuvnes, Num. des satrap. pl. IV (avec attribution à Gaos); Brandis, p. 430.

(3) Von Sallet, Zeilschr. f. Num. t. II, p. 132.

(4) D. de Luynes, Num. cypr. pi. V, n° 7.

(5) Cli. Lenormant, Num. des r. gr. pl. XXXI, n° 15; Rev. num. 1839, pl. I, n° 1.

(6) Vogué, Rev. num. 1867, p. 374.

même temps qu’il rendait à ces cités le droit monétaire qu’elles avaient perdu depuis Hécatomnos, l’enleva à l’autorité princière indigène (1).

Les villes de la Phénicie gardèrent leurs rois sous Alexandre (2) et dans les premières années de ses successeurs. Aussi, à côté des monnaies du conquérant frappées de son vivant ou très-peu après lui dans les cités phéniciennes d’Acé, de Sidon et d’Arados, voyons-nous les deux séries d’argent locales de Tyr (3) et d’Arados (4) continuer pendant un certain nombre d’années après la conquête macédonienne, sans aucun changement dans le style et dans les types, mais en substituant à l’ancien système monétaire indigène le poids attique introduit dans le pays par Alexandre (S) . La série d’Arados s’hellénise graduellement et finit par substituer à la légende phénicienne un monogramme grec, composé des lettres AP ; celle de Tyr ne se modifie pas ainsi, parce qu’elle paraît cesser plus tôt. On y lit des dates d’une ère qui doit être celle de la conquête de l’Asie par Alexandre (sur l’emploi numismatique de cette ère., voy. livre YI, chap. v, § I ) ; elles vont jusqu’à l’an 42, c’est-à-dire, suivant toutes les probabilités, jusqu’à l’époque où Ptolémée Soter devint maître delà Phénicie (6).

(1) Brandis, p. 269.

(2) Droysen, Gescli. Alex. p. 181 et 193.

(3) Brandis, p. 376 et 314.

(4) Brandis, p. 377 et 313.

(3) Brandis, p. 376 et s.

(6) L. Millier, Num. d’Alexandre, p. 82.

II. Si les discordes sanglantes des chefs macédoniens pour la possession des diverses parties de la succession d’Alexandre commencèrent immédiatement après sa mort, le vaste empire qu’il avait créé, bien que déchiré par ces guerres civiles, subsista encore nominalement pendant douze ans , avec pour souverains reconnus par tous les compétiteurs au pouvoir, même par ceux qui les retenaient en captivité, Philippe Arrhidée et Alexandre fils de Rhoxane. Pendant tout ce temps, la situation monétaire resta exactement ce qu’elle était sous Alexandre. Comme monnaie d’empire, on continua à fabriquer ses pièces d’or et d’argent, qui convenaient également bien au jeune Alexandre (1), et en même temps, dans les mêmes ateliers, on en émit d’autres aux mêmes types, avec le nom de Philippe Arrhidée (2). Seul, Ptolémée fils de Lagos, dans l’Egypte, où il s’isolait le plus qu’il pouvait, fit fabriquer au nom d’Alexandre fils de Rhoxane une monnaie spéciale avec des types particuliers, dont les émissions durent continuer quelques années après la mort du jeune prince, jusqu’à ce que Ptolémée lui-même eût pris le titre de roi (3).

Quand Cassandre eut assassiné le jeune Alexandre, en 311, lesDiadoches n’osèrent pas encore se parer du titre royal et proclamer ainsi la dislocation définitive de l’empire macédonien. Si cet empire n’avait plus de souverain,

(1) L. Müller, Num. d' Alexandre, p. 50.

(2) Ibid. p. 387 et s.

(3) Sur ces monnaies au nom d’Alexandre frappées en Égypte par les soins de Ptolémée fils de Lagos : L. Müller, Num. d’Alex, p. 2 et s.; Waddington, Rev. num. 1865, p. 15 et s.; Feuardent, Egypte ancienne , Monnaies des rois, p. 7.

même nominal, il n’en était pas moins censé toujours exister, et les chefs qui poursuivaient entre eux leurs luttes acharnées être ses lieutenants. La continuation du monnayage d’Alexandre dans les domaines de tous ces compétiteurs (voy. livre YI, chap. v, §i) était comme l’affirmation de cette doctrine de l’unité de l’empire survivant à toutes les convulsions (1). Pourtant, après 311, quelquesuns des Diadoches, en même temps qu’ils faisaient frapper des statères d’or et des tétradrachmes d’argent au nom de leur ancien maître, commencèrent à faire un premier pas vers un autre ordre de choses, en inscrivant sur des monnaies leur nom, sans le titre royal (2). On a dans ce genre quelques pièces d’or et d’argent de Ptolémée, de Démétrius et de Séleucus, aux types d’Alexandre, et des pièces de cuivre de Cassandre à ses types particuliers (3). C’est à l’exemple des Diadoches qu’Agathocle de Syracuse se mit vers le même temps à inscrire son nom sur les

(1) L. Millier, p. 51 et s. — Pour le cuivre, il est probable que l'on frappait alors les pièces anonymes à la tête d’Hercule, avec ses armes au revers, qui ont pour légende le seul mot BAX1AED2 plus ou moins abrégé : L. Millier, p. 23 et s.

(2) L. Millier, p. 52; Fr. Lenormant, Monn. des Lagides, p. 98.

(3: Il existe de petites pièces d’argent au type habituel de celles de Philippe II de Macédoine, mais sans nom de roi et avec, dans le champ du revers, un lion à mi-corps, accompagné des lettres AY (Sestini, Lelt. num. di contin., t. VII, p. Il; Ch. Lenormant, Num, des r. gr. pl. V, n° 13) ; ce sont les monnaies que Lysimaque frappa en Thrace dans le même moment. Un peu avant, quand Philippe Arrhidée et Alexandre fils de Rhoxane vivaient et étaient censés régner, Lysimaque avait déjà mis les mêmes marques personnelles sur des pièces de bronze au nom du premier (L. Millier, Philippe Arrhidée, nos 58 et 58 a) et sur de petites pièces d’argent ayant également le type de Philippe II (il paraît que c’était celui auquel on était le plus habitué chez les Thraces), mais la légende AAEIANAPOY (L. Mil ler, Num. d'Alexandre, p. 394).

monnaies (1), ce qu’il n’avait pas osé faire au début de son pouvoir et ce que personne n’avait fait avant lui en Sicile.

En 306, Antigone, gonflé d’orgueil par la victoire de son fils Démétrius sur Ptolémée à Salamis, prit le titre de roi et l’inscrivit sur les monnaies qu’il commença dès lors à frapper, avec des types allusifs à cette victoire (2). Ses rivaux, ne voulant pas demeurer en arrière et le laisser seul séparer du prestige d’un semblable titre, firent fous connue lui, dans cette année même ou dans la suivante (3). Leur exemple fut bientôt suivi par Agathocle en Sicile (4), par Amastris à Iléraclée Politique (5), où elle porta le titre de reine après avoir été répudiée par Lysimaque, par Areus à Sparte (6) et par Audoléon en Péonie (7). C’est ainsi que s’inaugura le monnayage grec des rois, qui s’étendit dans tous les pays à constitution monarchique, purement grecs ou à demi barbares, jusque sur les bords de l’Indus et du Gange (voy. livre VI, chap. v, § 2-5) et aussi à la Sicile (livre VII, chap. i, § 1). Lacédémone seule,

(1) Barclay Ilead, Coins of Syracuse, p. 46 et s.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 117.

(3) C’est seulement en 305 que Ptolémée prit le titre royal : Droysen, Gesch. der Nachfolger Alexanders, p. 46; Pinder, Beitraye zur ait. Münzkunde, t. I, part, i, p. 196 et 199.

(4) Barclay Ilead, Coins of Syracuse, p. 51 .

(5) Eckhel, D N, t. II, p. 421; Brandis, p. 438.

(6) Zeitschr. f. Num. t. II, p. 126 et 285; pi. IX, n° 1.

(7) Mionnet, Suppl, t. II, p. 559, n° 3; Num. chron. n. s. t. XV, pi. I, n° 11.

Avant ce moment, les dynastes de la Péonie ne portaient pas le titre de rois; voy. l’excellent travail de M. J. -P. Six, dans le Num. chron. n. s. t. XV, p. 20 et s.

dans la période qui s’ouvre alors et où commence, sa numismatique, avec des rois n’eut pas de monnaies royales. L’essai d’Areus n’eut pas de suite ; il répugnait trop aux mœurs nationales, qui maintenaient les rois dans une position effacée; d’ailleurs, comme il y avait deux rois en même temps, aucun n’eût voulu laisser à l’autre la prérogative d’inscrire son nom sur la monnaie. Celle-ci se frappa donc au nom du peuple (1). On a bien attribué un tétradrachme à effigie royale à Cléomène III (2), mais cette pièce paraît plutôt offrir les traits d’Antigone II de Macédoine, lorsqu’il se rendit maître de Sparte après la bataille de Sellasie (S) . D’ailleurs cette monnaie est d’une nature toute particulière, qui fait précisément la difficulté de son attribution ; si elle porte la tête du monarque, à titre d’honneur et d’hommage, elle n’est pas à son nom, mais à celui des Lacédémoniens.

Dans toutes les monarchies postérieures à Alexandre, le principe est que le droit monétaire appartient exclusivement à la royauté, constitue une de ses prérogatives essentielles et la marque extérieure de son exercice. Aussi tous les prétendants, tous les usurpateurs se hâtentils de battre monnaie à leur nom dès qu’ils ont assumé le titre de roi. Ce droit de battre monnaie est accompagné de celui d’y mettre son effigie aussi bien que son nom. Mais l’usage de l’effigie royale, auquel les mœurs grecques étaient d’abord assez hostiles, ne se dévelojipe que gra-

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 278 et s.; Mionnet, t. II, p. 216 et s.

(2) Visconti , Iconographie grecque, pi. XLI, n* 1; Ch. Lenormant , Mum. des r. gr. pl. XXIII, n° 7.

(3) Bompois, Élude historique sur les portraits attribués à Cléomène III , Paris, 1870.

duellement ; parmi les successeurs immédiats d’Alexandre, Antigone ne place jamais sur ses monnaies que la tête de Posidon, Lysimaque que celle du héros macédonien (1); dans les temps encore postérieurs, beaucoup de rois continuent à mettre sur les espèces monnayées des têtes de dieux, au lieu de leur propre portrait (voy. livre 1Y, chap. i). Au sujet de l’inscription du nom royal, il est bon de noter l’anomalie singulière que présente la série macédonienne. Depuis Démétrius Poliorcète, l’or et l’argent y sont au nom du prince régnant; mais le cuivre est le plus souvent anonyme, portant simplement une légende qui dit que c’est la monnaie du roi (2).

Le caractère du droit de monnayage comme prérogative de la souveraineté est indiqué de la façon la plus claire dans le rescnt donné par Antiochus Y1I de Syrie à Simon, prince des Juifs, rescrit dont le texte nous a été conservé par le premier livre des Macchabées. Il lui accorde la permission « de frapper monnaie à son propre type » (3) , reconnaissant et légitimant ainsi le fait du monnayage que Simon avait commencé depuis deux ans déjà (4); mais cette reconnaissance accompagne et irnpli-

(1) L. Millier, Die Münzen der thrak. Konigs Lysimachus, Copenhague,

(2) L. Millier, Num. d’Alexandre, p. 23.

(3) Kal èirsTpe^â cot 7ioiïjGat xop-p-a ÏStov vôpiapa 'tïj x<»>p® aov • I Macchab. xv, 6. Le texte du rescrit ajoute immédiatement après : TepouffaX^p, 8è xaivà âyia eTvaç sXeOOepa, phrase qui présente une concordance frappante avec les légendes des pièces juives émises alors, ruTVTpn □,büVV> Jérusalem la sainte sur les sicles, et ypï nbls'AO « rédemption de Sion » sur les bronzes.

(4) Eckhel, D N, t. III, p. 456; Cavedoni, Numismalica biblica, p. 17; Madden, History of jewish coinage, p. 40.

que celle d’une entière autonomie dans le gouvernement de l’Etat juif, celle d’une indépendance complète. Aussi la fabrication des sicles d’argent, qui avait d’abord été très-abondante, cesse-t-elle brusquement avec la cinquième année de Simon (1), c’est-à-dire presque aussitôt après qu’Àntiochus a rompu avec lui et retiré ses concessions (2) . Quoique le vieux prince des Juifs se défende énergiquement et refuse le tribut de vassal autrement que pour les villes de Joppé et de Gadara, il ne veut pas ajouter à la colère de son puissant ennemi en continuant à faire un acte aussi éclatant de prince indépendant. Le monnayage juif ne reprend qu’un peu plus tard, quand Jean Hyrcan, après avoir été contraint d’accepter la souveraineté d’Àntiochus, profite de sa mort pour reconquérir l’indépendance (3) . Encore ne frappe-t-on plus, dès lors, que de la monnaie de cuivre, dont la fabrication devait moins exciter la jalousie des rois de Syrie; et l’on est en droit de supposer que ce monnayage même fut autorisé par quelque nouvel acte de concession de Démétrius II ou d’Alexandre Zébina, qui le restreignait formellement au métal le plus vil.

D’après le principe que nous venons d’indiquer, qui ressort ainsi d’un texte formel, comme del’étude générale des monuments numismatiques, le monnayage royal, dans la période dont nous parlons, exclut le monnayage auto-

(1) Le sicle de l’an S n’est connu que depuis peu et a été publié par M. Lewis dans le dernier cahier de l’année 1876 du Numismatic chronicle.

(2) Frœlich, Annal, reg. Syr. p. 83; P. Rayer, De mm. hebrœo-samarilanis, p. 121; Cavedoni, Num.bibl. p. 17.

(3) Madden, p. 53.

nome des villes soumises aux rois, à moins d’une permission spéciale du souverain, et à plus forte raison celui qui serait fait au nom des peuples qu’ils régissent. La fabrication des monnaies au nom du peuple implique l’existence d'un gouvernement républicain, ou du moins une telle annulation du pouvoir royal qu’elle ne permettait plus l’existence d’espèces portant le nom des princes. Ce dernier cas, nous l’avons remarqué tout à l’heure, était celui de Sparte ; il paraît en avoir été de même dans l’Epire après Pyrrhus, car on ne connaît aucune pièce d’un roi de ce pays postérieur à lui, et les beaux tétradrachmes d’argent au nom des Epirotes (1) sont d’un style trop remarquable pour qu’on puisse en faire descendre la fabrication jusqu’après l’extinction de la dynastie des Héraclides. Mais s’il y a eu ainsi, par suite de circonstances particulières, quelques rares pays qui ont pu avoir avec des rois des monnaies nationales et non royales, les deux espèces de monnaies n’ont jamais coexisté ni pu coexister nulle part; en droit public, elles s’excluaient l’une l’autre (2).

K. Les rois accordaient cependant quelquefois dans leurs Etats, à des cités qu’ils voulaient particulièrement

(1) Mionnet, Suppl, t. III, pl. XIII, n° 1.

(2) C’est pour cela qu’il m’est impossible de souscrire à la théorie de M. L. Müller (Num. d’Alexandre , p. 26) et de M. Bompois ( Examen chronologique des monnaies frappées par la Communauté des Macédoniens, Paris, 1876), suivant laquelle les monnaies d’argent et de cuivre à la légende MAKEAONHN auraient été frappées sous les derniers rois de ce pays. Ce sont, comme nous le montrerons dans le § 3, 6, les monnaies provinciales de la Macédoine, dans les premiers temps après la conquête romaine.

favoriser, l’autonomie, c’est-à-dire le droit de vivre sous leurs propres lois et d’avoir leurs magistrats à elles, tout en payant un tribut au souverain, en lui fournissant des contingents de soldats ou de vaisseaux et en recevant une garnison de ses troupes. En général, la concession d’une autonomie de ce genre comportait, pour la ville qui en était favorisée, le droit de battre monnaie, plus ou moins restreint, mais en tout cas ne comprenant jamais celui de monnayer l’or, métal réservé à la souveraineté supérieure. C’est dans ces conditions que nous voyons quelques villes avoir, par exception , leur monnayage propre sous l’autorité des différentes monarchies issues de l’empire d’Alexandre.

Les Lagides ne permettaient aucune autonomie locale en Egypte; mais en Cyrénaïque, en même temps qu’ils frappaient pour l’usage de cette contrée une forme particulière de leur monnaie royale (1), ils laissaient la ville de Cyrène, mais celle-là seule, monnayer, au nom de sa municipalité, des pièces d’argent et de cuivre (2), de même qu’elle avait toute liberté dans son administration intérieure (3). Dans les Etats des Séleucides, nous voyons Tarse continuer jusque vers le commencement du IIe siècle avant Jésus-Christ la fabrication de tétradrachmes d’argent qui reproduisent les anciens types du temps des Achéménides, en ajoutant quelquefois dans le champ les emblèmes de la nouvelle dynastie (à) ; il est vrai que ces pièces sont

(1) L. Müller, Numismatique de l'ancienne Afrique, 1. 1, p. 137 et s.

(2) Ibid. p. 63.

(3) Droysen, Gesch. des Hellenismus, t. II, p. 49; L. Müller, Numism. de l'Afrique, t. I, p. 6.

(4) D. de Luynes, Numism. des satrap. p. 59-61; Brandis, p. SOI.

anépigraphes et qu’elles peuvent être, en conséquence, des monnaies provinciales émises par l’autorité du pouvoir royal, aussi bien que les produits d’une autonomie locale. Ce qui est plus positif, ce sont les faits relatifs aux cites phéniciennes. A Arados, à Marathes et dans plusieurs autres villes encore difficiles à déterminer, nous constatons une ère d’autonomie qui commence en 259 avant Jésus- Christ, sous Antiochus II Théos (1). Les petites pièces d’argent et de cuivre d’ Arados, dont les types se rattachent à ceux du monnayage du temps des Perses, commencent, dans les exemplaires jusqu’ici connus (2), à 1 an 20 de cette ère (239 av. J.-C.), c’est-à-dire sous Antiochus II, et les tétradrachmes à légendes grecques (3) l’an 96 (163 av. J.-C.), sous Antiochus Y, Eupator. Au contraire, les dates connues des pièces de cuivre de Marathos (J) ne s’étendent qu’entre 64 de la même ère (194 av. J.-C.), sous Antiochus le Grand, et 108 (150 av. J.-C.), sous Alexandre Bala, prince du temps duquel les Aradiens détruisirent Marathos (5). L’ère d’autonomie de Tyr est de 126 avant Jésus-Christ (6), c’est-à-dire qu’elle coïncide avec la mort de Démétrius II, qui s’était réfugie dans

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 394. — Il résulte des textes rassemblés par Eckhel que l’autonomie des Aradiens éiait assez grande pour leur permettre de traiter avec les rois de Syrie sur un pied d égalité presque complète.

(2) Mionnet, t. V, p. 458 et s., n- 807-815.

(3) Mionnet, t. V, p. 454 et s., n" 763-792.

(4) Mionnet, t. Y, p. 362 et s.

(5) Diod. Sic. XXXIII, p. 76, ed. Bipont. ; Slrab. XVI, p. 733.

(6) Joseph. Ant. Jucl. XV, 4, 1; Strab. XVI, p. 757; Norris, Annus et epocha Syro-Macedunum, p. 323.

cette ville et en avait fait sa dernière place d’armes ; et le plus ancien tétradrachme grec connu de cette ville date de 1 an li (1); quant a Sidon, son ère d’autonomie part de 111 avant Jésus-Christ (2), sous Antiochus IX, et nous avons un tétradrachme daté de l’an 5 (3). Cependant Sidon sous Antiochus IV, Démétrius Ier et Alexandre Bala, Tyr sous Antiochus IY et Démétrius Ier avaient frappé quelques pièces de cuivre associant le nom du peuple et le nom du roi, dans les conditions d’une demi-autonomie dont nous reparlerons au § 5. Mais ensuite les marques de Sidon sur les monnaies de Démétrius II (4), Antiochus YII (5) et Antiochus VIII (6), de Tyr sur celles d’Alexandre Bala (7),

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 380; Mionnet, t. V, p. 409 et s.

On a même de Tyr un penlastatère d’or autonome, imité des mnaieia des Ptolémées (livre VI, chap. vi, § J; chap. ix, au mot Mnaieion ), avec la légende TYPOY IEPA2 KAI A2YAOY [Zeilschr. f.Num. t. IV, p. 6). La fabrication de semblables pièces, dans ce métal, excède les conditions normales de l’autonomie monétaire des villes placées sous la main d’un monarque puissant et voisin. Mais cette monnaie porte la date de l’an 23 de l’ère tyrienne, 103-102 av. J.-C. A ce moment, les discordes violentes entre les deux Antiochus qui se disputaient la Syrie rendaient possible à Tyr d’oser comme affirmation d’indépendance absolue plus qu’elle n’aurait fait en d’autres circonstances. Les monnaies royales de Tyr, jusqu’ici connues, s’arrêtent sous Antiochus VII, en 181 des Séleucides (128 av. J.-C.).

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 367.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 363; Mionnet, t. V, p. 367.

(4) Mionnet, t. V, p. 61. — Il est vrai que Sidon, sous Déméirius II, nous offre d’autres monnaies avec la tête du roi et la légende autonome de la ville : Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 49, n°> 233-236.

(3) Mionnet, t. V, p. 88.

(6) Mionnet, t. V, p. 94.

(7) Mionnet, t. V, p. 36 et s.

de Démétrius II (1) et d’ Antioclius YII (2), n’avaient plus eu que le caractère de marques d’un atelier royal, et le monnayage du prince se continua à côté du monnayage autonome dans l’atelier de Sidon sous Antioclius IX (3).

Sous Antioclius IY, Épiphane, un grand nombre de villes de la Syrie du Nord et de la Cilicie, même de celles où résidaient habituellement les rois, reçoivent une permission de monnayage autonome limitée aux espèces de cuivre, dont la condition est, de plus, de placer par honneur la tête du souverain sur le droit des pièces. Cette condition, analogue à celle que Mithridate Eupator de Pont imposa à Smyrne quand il était maître de 1 Ionie (4), ne porte pas atteinte au caractère autonome de la monnaie, puisque l’inscription la désigne exclusivement comme celle delà ville et non celle du roi. Les villes qui ont ainsi un monnayage autonome avec la tête d’ Antioclius 1Y sont : en Cilicie, Antioche ou Adana (3), Hierapolis (6) et Laërté (7) ; en Syrie, Antioche (8), Epiphanie sur

(1) Mionnet, t. V, p. 65 et s.

(2) Mionnet, t. V, p. 18 et s.

(3) Mionnet, t. V, p. 99.

(4) Mionnet, t. III, p. 217, n° 1210.

(5) Eckhel, D N, t. III, p. 46.

(6) Eckhel, D N, t, III, p. 37.

(7) Mionnet, t. V, p. 39, n° 341.

(8) Mionnet, t. V, p. 36 et s., n»1 2 3 4 5 6 7 8 316-325. — Je laisse de côté la question si obscure que soulèvent les pièces à la légende ANTîQXEflN THN EN TITOAEMAIAl : Eckhel, DIV, 1. 111, p. 305. Dans un travail inséré au Numismatic chronicle en 1871, M. de Saulcy s est efforcé de prouver que toutes les monnaies au nom d Avxioxeïç de differentes localités et de différentes provinces, avec la tête d’Antiochus IV, ont été frappées par des communautés de Juifs renégats, auxquelles le persécuteur de la loi de Moïse aurait accordé des privilèges particuliers.

rOronte (1), Hiérapolis (2), Laodicée sur la mer (3), et Séleucie (4); en Phénicie, Tripolis (5); enfin, plus dans l’intérieur des terres, en Mésopotamie, Edesse (6) et Nisibe (7), alors appelées toutes deux Antioche. Pour quelques-unes de ces villes, il ne se continue pas plus tard, ou bien 1 effigie d’Antiochus IV s’y immobilise (8); pour d’autres, il se continue pendant la suite de la monarchie séleucide, en admettant successivement au droit les tetes des differents princes régnants. Dans les environs de l’an 160 des Séleucides, sous Démétrius Ier et Alexandre Bala, plusieurs des cites qui viennent d’être mentionnées commencent à se dispenser de mettre une effigie royale sur leurs petits bronzes autonomes : ce sont les quatre villes fondées par Séleucus Nicator (Antioche, Séleucie, Apamée et Laodicée), qui émettent en commun des pièces avec la légende AAEA0HN AHMflN (9), Epiphanie (10) et Séleucie dans un monnayage isolé (11). Apamée débute au

(1) Mionnet, t. V, p. 38, n° 338.

(2) Mionnet, t. V, p. 39, n° 340.

(3) Mionnet, t. V, p. 39, n«s 342 et 343.

(4) Eckhel, D N, t. III, p. 324.

(5) Eckhel, D N, t. III, p. 373.

(6) Mionnet, t, V, p. 37, n°* 326-332.

(7) Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 30, n° 138.

(8) Ceci semble le cas pour les pièces d’Antioche de Syrie (AN- TIOXEHN THN HPOI AA0NHI) et d’Édesse (ANTIOXEHN THN ETTI KAAAIPOHI), qui n’ont jamais que la tête d’Antiochus IV et dont la fabrication n’a pourtant certainement pas été limitée à son règne.

• (9) Eckhel, D N, t. III, p. 266. f

(10) Eckhel, D N, t. III, p. 312.

(I l) Eckhel, D N, t. III, p. 323.

même moment dans la fabrication d’espèces de cuivre, les unes sans tête royale, les autres avec l’effigie d’Alexandre Bala (1 )3 que nous voyons aussi sur des autonomes analogues de Cyrrhos (2), dont on n’a pas de pièces antérieures. Balance avait obtenu la permission monétaire bien plus tôt, puisque nous en avons une monnaie de cuivre sans tête royale (3), datée de l’an 101 des Séleucides, c’est à-dire contemporaine d’Antiochus le Grand.

En 109 av. J.-C., Séleucie reçoit une autonomie encore plus complète, pareille à celle de Tyr et de Sidon ; elle en fait le point de départ d’une ère locale (4) et émet des tétradracbmes d’argent à la légende IEAEYKEHN THI IEPAI KAI AYTONOMOY de l’an 1 àl’an26 de cette ère (5). Cette dernière année correspond à 81-83 av. J.-C. ; par conséquent, le monnayage autonome d’argent de Séleucie a pris fin au moment où Tigrane d Arménie se rendit maître de la Syrie. On a aussi des tetradracbmes autono mes de Laodicée de Syrie, qui paraissent du temps des derniers Séleucides (6); mais, comme ils ne portent pas de dates, l’époque précise n’en est pas certaine (7).

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 307.

(2) Mionnet, t,. V, p. 54, n0< 477-479.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 310.

(4) Eckhel, D N, t. III, p. 326.

(5) Eckhel, D IV, t. III, p. 323; Mionnet, t. V, p. 273 et s.

(6) Eckhel, D N, t. III, p. 315; Mionnet, t.V, p. 241 et s.

(7) L’ère locale de Laodicée, inscrite sur les pièces de l’époque impériale, part de 706 de Rome (Eckhel, D N, t. III, p. 318). Elle ne peut pas marquer le commencement de l’autonomie à laquelle se rapportent les tétradrachmes ; elle a trait évidemment à un renouvellement de privilèges par César après sa victoire de Pharsale, faveur en souvenir de laquelle la ville prit un peu plus tard le nom de Julia.

En Macédoine, Cassandre, lorsqu’il fonde la ville d’Uranopolis (1), et Àntipater son fils, quand il bâtit Eurydicée (2), leur concédèrent un droit de monnayage. Il n’est pas impossible que sous les derniers rois macédoniens un certain nombre de villes aient joui du privilège de frapper de petites pièces de cuivre, mais seulement de ce métal (3), comme quelques-unes de la Macédoine paraissent avoir pu le faire sous Philippe II (4) et au moins deux de la Macédoine sous des rois antérieurs (5). Pyrrhus battit monnaie comme roi à Syracuse (6) ; mais en même temps

(1) Tétradrachme d’argent d’Uranopolis : Zeitschr. f. Num. t. V, p. 2, pl. I, n° 2. — Drachme inédite au Musée Britannique. — Monnaies de cuivre : Mionnet, t. I, p. 503; Suppl, t. III, p. 174.

(2) Monnaies de cuivre d’Eurydicée : Mionnet, Suppl, t. III, p. 78.

(3) Le fait paraît du moins certain pour Amphipolis, qui avait gardé sous les rois, depuis sa prise par Philippe II, de larges privilèges d’autonomie; voy. Bompois, Rev. num. 1864, p. 261 et s.

(4) L. Millier, Num. d'Alexandre, p. 57.

(5) L’identité absolue de types et de fabrique qui existe entre des pièces de bronze du roi Amyntas II et des villes de Pydna et de Scioné (comparez Mionnet, t. I, p. 509, n° 21, et p. 487, n° 286; Mionnet, t. I, p. 509, n° 20, et Sestini, Descr. di med. gr. di più musei , t. I, p. 44, n° 3) ne permet pas de douter que de son temps on n’ait frappé simultanément des monnaies royales et des monnaies autonomes dans les ateliers de ces cités. Le fait relatif à Scioné n’aurait pas par lui-même une grande importance, car Amyntas n’a pu y battre monnaie que pendant une occupation temporaire, lors de sa guerre contre les Olynthiens etChalcidiens. Mais Pydna était sûrement une ville soumise à son sceptre; la concession de l'autonomie monétaire fut sans doute au nombre des bienfaits qu’il lui prodigua, bienfaits en reconnaissance desquels les gens de Pydna lui avaient élevé un temple qui jouissait du droit d’asile. On sait que ce fut en vain que les proscrits voulurent profiter de cet asile lorsque Philippe II reprit la ville révoltée (Schol. ad Demosth. p. 10, 20).

(6) Eckhel, D N, t. II, p. 171 ; R. Rochette, Uém. de l'Acad. des Inscr. nouv. série, t. XIV, p. 234 et s.

les Syracusains continuèrent pendant son occupation leur monnayage de forme républicaine, même en or, en y introduisant seulement certains types épirotes (1); il est vrai que la situation du monarque ne fut jamais légalement définie d’une manière bien nette à Syracuse. Si les Syracusains marchaient dans ses troupes, obéissaient à ses ordres et lui laissaient fabriquer ses espèces dans leur atelier monétaire, ils le regardaient moins comme leur roi que comme un allié dont ils acceptaient librement l’hégémonie, et les monuments numismatiques, en étant le fidèle miroir de cet état des choses, l’éclaircissent considérablement.

Pour les villes grecques de l’Asie Mineure, l’autonomie monétaire fut la règle normale depuis Alexandre jusqu’à la conquête romaine ( voy. livre VI, chap. v, § 6). En argent ou en cuivre, toutes les villes de la côte ont des monnaies frappées pendant cette période, où elles étaient généralement considérées comme libres, bien que dépendant presque toujours en fait de tel ou tel prince, qui souvent y mettait garnison. En laissant de côté les pièces aux types de Philippe II et d’Alexandre le Grand, frappées dans ces villes longtemps après eux et qui sont en réalité des produits d’un monnayage autonome imitant un numéraire particulièrement recherché sur les marchés, on n’a de monnaies royales des cités helléniques de l’Asie Mineure occidentale que les pièces de Lysimaque portant les marques des ateliers de Mitylène, Smyrne, Héraclée, Erythres, Phocée, Ephèse et Magnésie en Ionie, ainsi que de quelques villes de la Carie (2) , puis les tétradrachmes

(1) Barclay Head, Coins of Syracuse, p. 57 et s.

(2) Voy. l’ouvrage, déjà cité, de M. L. Muller, sur les monnaies de Lysimaque.

d’Antiochus II de Syrie frappés à Lampsaque, Alexandria Troas , Myrina, Cymé et Téos (1). Ces derniers ont été émis lors de l’expédition qu’Antiochus, au début de son règne, fit contre Timarque, tyran de Milet, et dans laquelle il rendit la liberté aux Ioniens (2). Les tétradraclimes à flans aplatis et d’un travail fort bas, émis avec tous les caractères de la pleine autonomie par Lampsaque (3), Cyzique (4), Abydos (5), Alexandrin Troas (6), Ilion (7), Ténédos (8), Ægæ (9), Cynié (10), Myrina (11), Lébédos (12), Héraclée d’Ionie (13), Magnésie (14), Smyrne (15), Alabanda (16), Antioche de

(1) Mionnet, t. V, p. 16, n°‘ 142-117; L. Millier, Num. d’Alexandre , p. 77.

(2) Joseph. Ant. Jud. XII, 3, 2; voy. Droysen, Gesch. des Hellenismus, t. II, p. 299.

(3) Mionnet, t. II, p. 361, n° 303; Rev. num. 1832, pl. IV, n° 7.

(4) Rev. num. 1863, pl. II, n° 3.

(3) Mionnet, t. II, p. 633 et s., n°5 22-30; Suppl, t. V, p. 300, n»‘ 24-26.

(6) Mionnet, t. II, p. 639, n0! 63-67; Suppl, t. V, p. 309, nos 70-74; De Witte, Rev. num. 1838, p. 1-31, pl. I.

(7) Mionnet, t. II, p. 637 et s., n01 183-191.

(8) Mionnet, t. II, p. 672, n01 270-274.

(9) Mionnet, t. III, p, 2, n° 3.

(10) Mionnet, t. III, p. 7, n" 28-34; Suppl, t. VI, p. 3, n°! 17 et 18.

(11) Mionnet, t. III, p. 22 et s., n°* 124-131; Suppl, t. VI, p. 33, n»’ 222 et 223.

(12) Mionnet, t. III, p. 140, n- 582 et 383; Suppl, t. VI, p. 229, n° 986.

(13) Mionnet, t. I, p. 477, n° 200; Suppl, t. VI, p. 224.

(14) Mionnet, 1. 111, p. 142, not 593-598; Suppl, t. VI, p, 231, n° 993.

(15) Mionnet, t. III, p. 190 et s., n»’ 910-918; Suppl, t. VI, p.302 et s., n- 1390-1397.

(16) Mionnet, t. III, p. 303, n“ 4-8.

Carie (1), Myndos (2), Cos (3), et Phasélis de Lycie (4), appartiennent, d’après tous les signes d’art et de fabrication, au me et surtout au IIe siècle avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire au temps où la région appartenait aux rois Séleucides, puis à ceux de Pergame (5). Les tétradrachmes d’Alexandria Troas , en particulier, que leur mauvais style indique comme ayant continué à se frapper après tous les autres , portent des dates (6) d’une ère qui ne peut être que celle de la délivrance de l’Asie par Alexandre, en 334, celle des Séleucides, 312 (7), ou celle de la fondation définitive de la ville par Lysimaque, entre 300 et 295 (8) ; les deux dates extrêmes qui se lisent sur ces monnaies, 141 la plus haute et 236 la plus basse, doivent donc se traduire, la première par 193, 171 ou 156 environ av. J. -C., la seconde par 98, 76 ou 61 environ. Ainsi la fabrication des pièces d’argent d’Alexandria Troas commença soit très-

(1) Mionnet, t. III, p. 313, n01 53-55; Suppl, t. VI, p. 446, n" 56 et 57.

(2) Zeilschr. f. Num. t. III, pl. IX, n° 1.

(3) Mionnet, Suppl, t. VI, p. 570, n° 51; Brandis, p. 478.

(4) Rev. num. 1853, pl. V, n° 4.

(5) Je parlerai dans le § suivant des tétradrachmes de Sidé de Pamphvlie, dont une partie appartient à celte époque, mais dont la fabrication s'est continuée sous les Romains jusqu’au temps du second triumvirat.

(6) Voy. de Witte, Rev. num. 1858, p. 23-27 et 48-51.

(7) C’est l’opinion qu’adopte M. de Witte.

(8) Tel est le système de Spanheim (Cuper, Mon. ant. ined. p. 216) et d’Eckhel (D N, t. 11, p. 481 ; IV, p. 377). L’ère d’Alexandria Troas, dans cette donnée, se trouverait concorder presque exactement avec l’ère de Bithynie, qui, comme celle du Pont, commençait en 297 av. J.-C. (Sestini, Lett. numism. di continuazione, t. VU, p. 64).

peu avant, soit après la bataille de Magnésie, et par un privilège unique, qui ne s’étendit à aucune autre ville de l’Asie Mineure (voy. le § suivant), elle continua postérieurement à l’organisation du pays en province romaine. L’hypothèse de l’emploi de l’ère des Séleucides sur ces monnaies est celle qui donne la date la plus vraisemblable pour la cessation de l’autonomie de la ville, car elle en fait un châtiment de sa conduite dans la guerre de Mithridate, et elle la fait tomber au milieu de la réorganisation administrative qu’amenèrent en Asie la défaite du roi de Pont et le testament de Nicomède 1Y de Bithynie, léguant ses Etats aux Romains.

Il est impossible de parler des conditions légales et politiques du monnayage en Asie Mineure, entre Alexandre et la domination des Romains, sans remarquer l’attention toute particulière de la politique des rois de Pergame à éviter de choquer les susceptibilités de la population grecque ou hellénisée de leur empire, par un étalage des attributs extérieurs delà royauté. L’habile politique dont la tradition leur venait de Philétère préférait la réalité du pouvoir à ses apparences et s’attachait la fidélité des villes helléniques en leur laissant autant que possible les apparences de la liberté et de l’indépendance dans la forme extérieure. Cette politique se traduit d’une manière frappante dans leurs monnaies (1). Elles tranchent sur toutes celles des Etats monarchiques de la même époque, en ce que les formes royales s’y dissimulent au lieu de s’y accuser. Les types et l’inscription en sont parfaitement uniformes du commencement à la fin. On n’y lit jamais

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 473 et s.; Mionnet, Suppl, t. V, p. 477 et s.; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. p. 69 et s.

que le nom du fondateur de la dynastie, OIAETAIPOT, sans que le titre royal l’accompagne ; la mention du roi régnant se cache sous un monogramme placé dans le champ, ou une lettre au-dessous de la Minerve assise qui forme le type du revers. De même, pour l’effigie du droit ; c’est toujours invariablement celle de Philétère, et ceinte de la couronne des prytanes des villes républicaines (1 ) plus souvent que du diadème des rois. C’est seulement Attale II qui paraît, à la fin de son règne, avoir substitué sur quelques tétradrachmes sa tête à celle de Philétère.

C’est à la même politique que j’attribue la création de la monnaie singulière et anonyme à laquelle on a donné dès l’antiquité, d’après ses types, le nom de cislophores ( 2) (voy. livre YI, chap. ix, à ce mot ; aussi livre YI, chap. y, g 6, et livre YII, chap. m, § 6). Avec l’uniformité absolue de leurs types, de quelque atelier qu’ils sortent, les cistophores n’ont pas le caractère de monnaies locales au cours restreint dans les cités qui les frappaient, mais au contraire de monnaies provinciales circulant partout dans la vaste étendue de territoire où ces villes se trouvaient réparties. Ce ne sont pas proprement des monnaies autonomes des villes, puisque celles-ci n’y sont mentionnées que par des indications secondaires, monogrammes ou lettres placées dans le champ, analogues aux marques d’atelier sur les monnaies des rois. Ce ne sont pas non plus des espèces royales, puisqu’aucun monarque n’y est mentionné, pas plus qu’aucun peuple. Frappé de ce carac-

(1) Visconti, Iconographie grecque, t. II, p. 201.

(2) Panel, De cistophoris, Lyon, 1731; Eckhel, I) N, t. IV, p. 552 et s.; Pinder, Ueber die Cistophoren, dans les Mém. de l’Acad. de Berlin pour 1855; Fr. Lenormant, Rev. num. 1867, p. 182 et s.

tère tout particulier et constatant que la fabrication des cistophores avait eu lieu sur une grande échelle, par ordre des proconsuls dans la province romaine d’Asie, jusqu’à l’établissement de l’empire, M. Mommsen (l)a supposé que cette monnaie avait été frappée uniquement sous les Eomains et créée lors de l’établissement de la province en 133 av. J.-C. Mais cette ingénieuse théorie ne saurait se maintenir devant les textes nombreux et absolument formels qui montrent les cistophores constituant déjà une large part du numéraire circulant dans l’Asie Mineure occidentale, lors de la guerre des Eomains contre Antiochus le Grand (2). Telle est la cause qui m’a déjà conduit ailleurs (3) à proposer l’idée que cette forme si particulière de monnaie fut créée vers la fin du IIIe siècle avant notre ère ou le commencement du IIe, par les rois de Pergame, dans les villes de Pergame, d’Adramyttium et de Parium, qui faisaient dès lors partie de leur empire et qui sont toujours restées au nombre des principaux sièges de fabrication des cistophores. Ces villes (nous le savons du moins positivement de Pergame) étaient soumises à un régime particulier de demi-liberté, qui n’était pas l’autonomie complète (on n’eût pu la tolérer dans la capitale), mais qui n’était pas non plus la sujétion complète au pouvoir absolu du roi. Les conditions exceptionnelles de la forme des cistophores conviennent très-bieu à un semblable état de choses. Quand, après la bataille de Magnésie, les Eomains donnèrent aux rois de Pergame les provinces de

(1) M R, 1. 1, p. 63 et s.; t. III, p. 301 et s.

(2) Tit. Liv. XXXVII, 46, 58 et 59; XXXIX, 7.

(3) Rev. num. 1867, p. 183.

l’Asie Mineure qu’Antiochus venait d’abandonner, ces rois étendirent la fabrication des cistophores en Ionie, en Lydie, en Phrygie et en Carie, c’est-à-dire dans les principales parties de leurs nouveaux domaines. Il est à remarquer qu’en Ionie on ne connaît que deux ateliers de fabrication de ces monnaies, Smyrne et Ephèse ; de la première de ces villes, on n’a signalé qu’un unique exemplaire (1), qui peut avoir été frappé sous les Romains ; la seconde était, au contraire, bien avant 133, un des lieux qui produisaient le plus de cistophores. Or précisément, dans le traité qui assurait la domination d’Eumène de Pergame sur l’Asie Mineure, Ephèse était exceptée de la condition de pleine liberté garantie par les Romains à la plupart des villes grecques du littoral (2). Ce n’est pas, en effet, dans une cité possédant son autonomie complète que l’on aurait installé la fabrication de monnaies de cette nature ambiguë.

Les Parthes , dans leur empire ( voy. livre VI , chap. v, § 4), renouvelèrent les principes et les usages des Achéménides au sujet du droit monétaire des princes leurs vassaux. Us laissèrent battre monnaie par les petits rois qui reconnaissaient leur suzeraineté, et que les écrivains arabes ont appelés Molouk-altheouayf, cc rois des nations », dans la Perside (3), dans

(1) Borrell, Num. chron. t. VII, p. 70.

(2) Polyb. XXII, 27, 10.

(3) Monnaies des rois vassaux de la Perside : Edw. Thomas, Numism. chron. t. XII, p. 68-77 et 91-114; Early Sassanian inscriptions, seals and coins, p. 128 et s.-, A. Levy, Deitr. zur aramiiische Münzkunde Erâns, dans le tome XXI de la Zeilschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellschaft ; Mordtmann, Persepolitanische Münzen, dans la Zeilschr. f. Num. t. IV, p. 152 et s.

l’Élymaïs (t), dans la Characène (2) et dans l’Arie ou la Sogdiane (3).

6. C’est dans le monnayage de Philippe II de Macédoine (4) que commence à se manifester avec un grand développement et d’une manière régulière l’usage, devenu général et constant depuis lors, d’indiquer par des petits types,, des monogrammes ou des combinaisons de lettres, placés dans le champ du revers (voy. livre IV, chap. iii), les ateliers de fabrication sur les monnaies royales, frappées avec les mêmes types sur une grande étendue de territoire et dans un grand nombre, de villes. Ces marques, comme toutes celles que dans les temps modernes on a employées et l’on emploie encore pour différencier les produits des divers hôtels des monnaies d’un même pays, ne sont essentiellement que des certificats d’origine, indispensables au contrôle administratif et financier des opérations monétaires. Nous en retrouverons de semblables, à partir d’une certaine époque, sur les monnaies impériales romaines (voy. plus loin, le § 7).

(1) Ce sont les monnaies dont il est parlé dans Longpérier, Mémoires sur l’iconographie des rois Parlhes Arsacides, p. 33-37; cf. ISam. chron. n. s. t. XIII, p. 184 et s., pl. VII, n° 6. — Une étude approfondie et d’ensemble sur ces monnaies est encore à faire.

(2) Monnaies des rois de la Characène : Visconti, Iconographie grecque, t. III, p. 179-187; Saint-Martin, Recherches sur la Mésène et la Characène; Waddington, Rev. num. 1866, p. 303-333; Longpérier, Rev. mm. 1874, p. 136-143; F. Lenormant, Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien, t. II, p. 83-93.

(3) Wilson, Ariana antiqua; Edw. Thomas, Essays on Indian anliquities of James Prinsep, t. II, p. 203-217.

(4) L. Muller, Numism. d’Alexandre , p. 333-386.

Mais les monnaies d’or de Philippe, celles d’Alexandre le Grand et même de Lysimaque, en or et en argent, n’ont pas été des espèces dont la fabrication ait été limitée aux Etats de ces princes et de leur vivant. On en a fabriqué longtemps après leur mort, surtout des statères d’or de Philippe et des tétradrachmes d’argent d’Alexandre, et cela pour l’un et pour l’autre jusque dans des pays qui n’avaient jamais été soumis à leur sceptre. Ainsi les villes grecques de la côte occidentale d’Asie Mineure ont frappé des philippes d’or (1) sous les premiers Diadoches ; c’est seulement plus d’un demi- siècle après la mort du conquérant que ces mêmes villes se sont mises à battre des tétradrachmes d’Alexandre (2), qu’elles ont émis en trèsgrand nombre et dont la fabrication s’est continuée au moins jusqu’à la bataille de Magnésie, sinon jusqu’à la réduction de l’Asie en province romaine (3) . Ce n’est pas plus tôt qu’en Ionie ou en Carie, que l’on a commencé à frapper des mêmes tétradrachmes dans certaines villes du littoral européen du Pont-Euxin, Mésembria, Odessos, Callatia, où ne s’était jamais étendue l’autorité d’Alexandre (4), et il est aujourd’hui certain que dans ces villes ils descendent jusqu’à l’époque du grand Mithridate de Pont (5) (pour plus de détails sur tous ces faits, voy. livre VI, chap. v, § 1). Avec ces monnaies, on se trouve donc en présence, non de véritables espèces royales, mais des produits d’un monnayage entièrement autonome des

(1) L. Miiller, Nam. d' Alexandre, p. 371 et s.

(2) Ibid. p. 76-80.

(3) Ch. Lenormant, Nam. des r. gr. p. 28.

(4) L. Miiller, Nam. d'Alexandre , p. 74 et s.

(5) Friedlander, Zeilsch. f. Num. t. IV, p. 13.

villes, qui copie les pièces de Philippe ou d’Alexandre à cause de la faveur dont leurs types jouissaient dans la circulation commerciale. Les faits d’imitation de monnaies justement appréciées et recherchées du commerce à cause de leur excellente qualité, que l’on copiait dans d’autres pays en se tenant le plus près possible des originaux, les faits de ce genre tiennent une très-grande place dans la numismatique du moyen âge, et ils ne sont pas rares non plus dans l’antiquité (voy. livre 1Y, cliap. vu).

Dans un monnayage d’imitation de ce genre, ce qui était sur les monnaies royales que l’on copie les simples marques d’atelier prend une tout autre importance. Le vrai type qui donne la garantie officielle à la monnaie il’ est pas celui que l’on imite de l’étranger ou d’un prince mort depuis longtemps; c’est le petit type de la ville d’émission, placé dans le champ du revers. Aussi, sur plusieurs des tétradrachmes d’Alexandre fabriqués par les villes d’Asie Mineure, par exemple sur ceux de Chios et de Rhodes, les noms des magistrats locaux responsables sont écrits tout au long dans le champ, comme sur les autonomes pures aux types des villes, fait absolument en dehors des conditions et des habitudes d’un véritable monnayage royal. Un classement vraiment scientifique répartira ces pièces d’imitation, malgré la présence sur toutes des types et du nom de Philippe et d’Alexandre, entre les villes qui les ont frappées, de même que dans la numismatique du moyen âge on ne classe pas à Venise et à Florence, mais à leurs lieux de fabrication, les copies des ducats et des florins.

Le caractère de pure fabrication autonome et municipale du monnayage d’imitation d’Alexandre explique comment on y trouve quelquefois réunies les marques de

deux villes (1). C’est le résultat et l’indication de conventions monétaires entre ces villes pour la frappe à frais communs, la circulation réciproque des espèces de l’une à l’autre sans agio, et la participation des deux contractants aux bénéfices de la fabrication monétaire, conventions pareilles à celles qui ont donné naissance aux monnaies d’apparence pleinement et ouvertement autonome portant les noms ou les types de deux villes. Nous parlerons de ces dernières avec plus de détails dans le § suivant.

Faute de m’être assez rendu compte des conditions exactes dans lesquelles ce fait, singulier au premier abord, s’était produit et avait pu seulement se produire, j’ai supposé jadis que sur les monnaies des Lagides d’Égypte on trouvait des associations démarqués de plusieurs villes ensemble, des « alliances monétaires », et cette donnée inexacte est devenue presque la base de mon premier ouvrage (2), lorsque, je dois le dire pour mon excuse, je n’étais encore qu’un enfant. Il eut été pourtant facile de comprendre à l’avance que les faits de ce genre ne pouvaient pas avoir lieu dans la monnaie d’un empire fortement centralisé, où c’était le gouvernement royal qui en avait la direction et où les espèces avec le nom du roi avaient le même cours légal partout, quel qu eut été le lieu de fabrication des pièces (8). Ils sont, au contraire, tout

(1) L. Muller, Nam. d'Alexandre, p. 40 et s. 104. — Comme exemples particulièrement caractérisés, nous signalerons 1 association des maïques d’Assos et Adramytiion (n° 930 de Muller), d’Assos et Chalcis d’Eubée (n° 931), d’Ephèse et deLaodicée de Phrygie (n° 1023), de Milet et de Métropolis d’Ionie (n° 1054).

(2) Essai sur le classement des monnaies d argent des Lagides , Blois, 18oo.

(3) Vov. l’analyse d’une discussion sur ce sujet , dans les Comptes rendus de l Acad. .des Inscriptions, 1867, p. 38 et s.

naturels dans un monnayage purement municipal et autonome, bien que copiant les types et les légendes d’un roi ancien.. Le. principe absolu de toute recherche sur les lieux de fabrication des monnaies royales de l’Égypte, de la Syrie, de la Macédoine, de toutes les monarchies postérieures à Alexandre, doit donc être que jamais, sur chaque pièce, ü n y a qu’une seule marque de ville, qui est un simple indice d atelier, et que les monogrammes, les lettres isolées et les autres manières d’indiquer des noms en abrégé, qui accompagnent cette marque dans le champ du revers, * appartiennent aux officiers royaux préposés à la fabrication monétaire et en ayant la responsabilité vis-à-vis du prince.

^Pour expliquer le fait qu’à tort je croyais reconnaître, j’ étais obligé d’admettre une combinaison, fort étrange dans nos idées, entre les principes du droit exclusif de la souveraineté à la fabrication des monnaies et le principe du droit municipal (1). Dans cette combinaison, le souverain et les villes auraient eu chacun une part à la garantie publique des monnaies, comme aux dépenses et aux bénéfices de leur fabrication. Quelque anormal et compliqué qu’il puisse nous paraître, le fait d’un arrangement de ce genre entre les autorités de l’État et les magistrats municipaux,. constituant pour les villes une demi-autonomie monétaire, . s est produit incontestablement dans certains cas .; mais j’ai eu le tort de le généraliser et de l’étendre où il n’avait que faire, tandis qu’il a été toujours rare et exceptionnel. Où nous le constatons de la manière la plus certaine, c’est dans les petites pièces de cuivre frappées à

(1) Essai sur l’organisation de la monnaie dans l'antiquité, p. 20

Sidon (1), à Tyr (2) et dans quelques autres villes phéniciennes (3) à partir du règne d’Antiochus IV. Elles portent une double légende, qui met simultanément au génitif d’appartenance le nom duroi, par exemple BAII AEHI ANTIOXOY, et le nom du peuple de la ville, HAHNlflN, TYPIHN ; ce sont donc à la fois des monnaies du roi et des monnaies des Sidoniens ou des Tyriens. 11 est à remarquer que lorsque, à partir d’Alexandre Bala, gendre dePtolémée Plnlornétor (4), les Séleucides se mettent à frapper à Sidon et à Tyr des tétradracbmes particuliers, imités de ceux des Lagides et que continuent plus tard les tétradracbmes autonomes de ces villes, les tetradrachmes en question, comme monnaies d’argent, restent exclusivement royaux ; on n’y voit pas de trace du partage que nous constatons pour la petite monnaie de cuivre. Ce qui le prouve, c’est que la ville n’y est indiquée que par un monogramme ou par une brève désignation en abrégé, telles que sont d’ordinaire les marques d’ateliers ; et même, si quelquefois son nom est écrit tout au long avec ses titres et au génitif (par exemple BAHAEHl àHMHTPIOY TYPOY 1EPA2 KA1 A2YA0Y sur un tétradrachme de Démétrius II), ce n’est jamais que le nom

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 364 et s.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 379 et s.

(3) Entre autres à « Laodicée, métropole en Chanaan », comme dit l’inscription phénicienne qui accompagne la légende royale, conçue en grec : Barthélemy, Mém. de l'Acad. des Insc. anc. sér. t. XXX, p. 427 ; Gesenius, Mon. phœnic. p. 271.

(4) Sur le rapport entre cette alliance et le commencement de la fabrication des tétradrachmes aux types ptoléméens par les rois de Syrie, voy. Fr. Lenormant, Monnaies des Lagides , p. 86 et s.; Saulcy, Bullet. archéol. de l’Athénœum, 1855, p. 28 et s.

meme de la ville, qui peut s’entendre comme une indication d’origine, non celui de son peuple, qui impliquerait nécessairement une part dans la garantie et l’émission de la monnaie. Les tetradrachmes dont nous parlons avaient nécessairement cours légal dans l’étendue complète de la monarchie séleucide, comme toute monnaie royale dans la totalité des Etats du prince au nom de qui elle est frappée. Il est, au contraire, probable que, malgré l’intervention du pouvoir suprême dans leur fabrication et dans leur garantie, les petites pièces de cuivre offrant à la fois 1 insciiption royale et 1 inscription municipale devaient avoir leur circulation restreinte et localisée.

Les plus anciens exemples de combinaisons de ce genre nous sont fournis par les monnaies que quelques rois barbares des contrées au nord de la Grèce ont fait frapper dans des villes grecques où ils possédaient effectivement la souveraineté, résidant dans ces cités ou à leurs portes, mais qu ils traitaient avec de grands ménagements dans la forme extérieure, leur laissant toutes les apparences de l’autonomie dans leur régime municipal (1). Ces monnaies se présentent avec la forme d’un numéraire d’association entre le roi et la cité républicaine.

Tel est le cas des pièces de cuivre frappées à Maronée pour les rois des Odryses Amadocos Ier (2) et Té-

(1) L’histoire du roi scythe Scylès et de ses rapports avec Olbia, telle qu’elle est racontée par Hérodote (IV, 78-80), est particulièrement instructive pour montrer quelle était la nature des relations entre les rois barbares à demi conquis par la civilisation hellénique et les villes grecques dans le voisinage desquelles ils habitaient, les tenant en réalité dans leur main.

(2) Neumann, Pop. eturb. mm. vet. t. II, pl. IV, n° 16; Nouv. Ann. de,

llnst. arch. t. I, pl. B, n° 7 ; Von Sallet, Zeilschr. f. num t V p. 97. ’

rès (1) vers la fin du Ve siècle avant notre ère. On y voit d’un côté la bipenne, symbole de la grande déesse thrace Cotys ou Cotytto, accompagnée du nom du roi, AMAAOKO ou THPEH, puis au revers le type de Maronée, un cep de vigne dans un carré formé par quatre traits, et autour la légende du magistrat éponyme de la ville, par exemple EPI AHM[OKPI]TO, sous la magistrature de Démocrite, sur la monnaie d’Amadocos. Le roi scythe qui aida les Grecs d’Olbiopolis à rebâtir leur ville après sa destruction par les Gètes (vers 65 av. J.-C.), Inismeus (2), y a fait frapper une drachme d’argent, qui porte d’un côté sa légende royale et de l’autre celle du peuple de la cite, avec le nom de son archonte en abrégé, BACIAEHC IN1CMEOC— OABIOnOAITflN APXovtoç (3) CA. . . . (II). Cette pièce nous explique, je crois, le vrai caractère de la mention d’Olbiopolis sur la monnaie du roi scythe un peu plus ancien, Sciluros, où on lit BAZIAEH2 2KIA0YP0Y OABIO (5); au contraire, sur le statère d’or du roi Pharzœos (6), la même mention, réduite au deux lettres OA, ne parait plus pouvoir être prise que pour une simple marque d’atelier ; le prince des Scythes fait alors, par sa monnaie, acte de pleine souveraineté dans la ville grecque. Monunios, roi

(1) Sestini, Lett. mm. t. VIII, pl. V, n» 8; Mionnet, Suppl, t. II, p. 364, no 964;' Von Sallet, Zeitschr. f. mm. 1. c.

(2) Voy. De Kœhne, Musée du prince Kotçhoubey, t. I, p. 71.

(3) Les trois lettres APX groupées en monogramme.

(4) Blaramberg, Choix de médailles antiques d’Olbiopolis, pl. XX, n° 201.

(5) R. Rochette, Antiquités du bord de la Mer Noire , pl. I, n° 11 , De Kœlme, Musée Kotchoubey, t. I, p. 28.

(6) De Kœhne, t. I, p. 27, pl. I, n° 4.

des Dardaniens d’IUyrie contemporain de Persée de Macédoine (1), étant parvenu à étendre son autorité sur les Grecs de Dyrrhachion, fit frapper des monnaies d’argent exactement pareilles aux autonomes de cette ville, lesquelles en portent le nom à la même place et sous la même forme, ATP, tandis que le sien propre, avec le titre royal, BAZIAEHZ MONOYNIOY, y est mis à l’endroit qu’occupe invariablement, sur les autonomes, la mention du magistrat éponyme (2) (voy. plus loin, dans ce livre, chap. m, §1, 5).

§ 2. — Les unions monétaires et les monnaies fédérales

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