‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 3 sur 33 · CHEZ LES GRECS · texte numérisé non relu

CHEZ LES GRECS

1. En essayant, dans les pages qui précèdent, de formuler quelques règles générales sur la nature et l’exercice du droit de monnayage dans le monde grec et oriental aux différentes époques, jusqu’à la conquête romaine, nous n’avons envisagé l’autonomie républicaine que comme celle de la cité, souveraine sur son territoire. C’est là, en effet, le fait normal chez les Grecs, dont l’esprit de particularisme jaloux a toujours tendu à restreindre l’État à la cité et n’est jamais parvenu à une conception distincte, plus élevée et plus large, de la patrie. Le morcellement à l’infini, source de sanglantes rivalités locales et de déchirements perpétuels, qui a fait dans

(1) Polyb. ap. Athen. X,p. 440 ; T. Liv. XLIV, 30.

(2) Mionnet, t. II, p. 44, n° 164; Suppl, t. III, p. 3S3, n° 314; Ch. Lenormant, Num. des r. gr. pl. XXI, n°‘ 5 et 6.

tout le cours de l’antiquité la faiblesse de la race hellénique, se reflète dans le monnayage, où il ne pouvait, en effet, manquer de se traduire d’une manière éclatante. Chaque cité a ses monnaies, qu’elle taille et règle à sa guise, agissant à ce point de vue avec une indépendance absolue, dans l’isolement de sa propre souveraineté et sans s’inquiéter de ce que font ses plus proches voisins. Il en résulte, surtout jusqu’au temps d’Alexandre, une variété presque indéfinie d’étalons et de coupes monétaires, où l’on peut bien discerner un certain nombre de grandes familles de systèmes d’unites, dont 1 origine s explique historiquement, mais où chaque cité modifie 1 étalon d’une manière assez sensible pour avoir produit des différences dont il fallait tenir compte dans les opérations de négoce et dans le change des espèces d’une place sur l’autre. Outre ces petites variations qui existent partout jusque dans les diverses applications locales d’un même système monétaire par les diverses cités rivales, il arrive à chaque instant que dans le même pays deux cités très-voisines ont adopte des systèmes absolument differents, qui ne rendent pas les valeurs de leurs monnaies respectives naturellement commensurables et ne permettent d’établir entre elles que des rapports exprimés par des nombres fractionnaires, qui devaient rendre les calculs extrêmement compliqués.

Cette variété des monnaies et les complications presque inextricables qu’elle produisait constituaient une grande gêne pour les opérations commerciales. Le besoin d échanger les monnaies étrangères contre celles du pays dès qu’on y arrivait pour commercer, et le bénéfice que donnait naturellement ce change à celui qui se chargeait de 1 opérer, furent la première origine de l’industrie des trapezites

ou banquiers (1) . « Les banquiers contemporains d’Isocrate et de Démosthène, qui disposaient de capitaux considérables et dont le crédit s’étendait à toutes les places de la Mer Egée, a très-bien dit M. Perrot, n’en étaient pas moins les successeurs, en ligne directe, des humbles changeurs qui, deux ou trois siècles auparavant, avaient les premiers dressé dans le bazar des villes ioniennes leur modeste comptoir.C’estainsiqu’ aujourd’hui encore ces princes de la finance, qui traitent avec les royaumes et les empires, portent dans toutes les langues modernes un nom qui leur vient de la planche, banco ou tavolino, derrière laquelle, au Moyen Age, étaient assis en pleine rue les banquiers génois, pisans et florentins.

« Ces comptoirs des premiers trapézites, aucun texte, aucun monument ne nous en indique la forme et la disposition. Gardons-nous seulement de nous les représenter couverts de piles d’or et d’argent, comme celles qui s’ élèvent à portée de la main sur le bureau d’un de nos caissiers. Les monnaies anciennes étaient de forme trop irrégulière et présentaient un relief trop fort pour qu’on pût les disposer par rouleaux. Ces tables devaient plutôt être divisées en un certain nombre de compartiments , dont chacun contenait une des sortes les plus courantes ; quelques sébiles, quelques sacs de cuir ou de toile, complétaient le mobilier. »

Tel était encore l’installation des simples changeurs, apYupajAotêol ou KoXXuëioTtM (2), que l’ on rencontrait en grand

(1) Au sujet des trapézites, voy. un excellent travail de M. Perrot, Le commerce de l’argent et le crédit à Athènes au IVS siècle avant notre ère, dans ses Mémoires d’archéologie, d’épigrophie et d’histoire, Paris, 1875.

(2) Pollux, VII, 170.

nombre dans tous les ports et qui étaient devenus une classe spéciale et inférieure de trafiquants, à mesure que les trapézites ou banquiers avaient abandonné les petites affaires de ce genre pour s’élever aux grandes opérations financières. Ces changeurs étaient indispensables aux particuliers qui voyageaient, aux matelots qui arrivaient avec dans leur petite bourse quelques pièces de leur pays ou des villes où ils avaient fait escale. Mais le grand commerce international et maritime, à partir du moment où il avait pris son essor, dans le vu6 et le VIe siècle, avait cherché à se soustraire aux obstacles compliqués qui naissaient pour lui de l’infinie variété des monnaies locales. Pour se mettre au-dessus de ces difficultés et des fluctuations du change des espèces monnayées d’une place sur l’autre, il lui arrivait souvent de préférer les lingots aux monnaies, pour stipuler ses paiements à l’avance et régler ses opérations. Surtout, au milieu de la diversité si grande des monnaies, il en choisissait librement et spontanément une, à laquelle son excellente qualité avait fait trouver bon accueil sur les marchés ; c’était en général celle de quelque grande cité commerciale, dont les opérations s’étendaient au loin et se poursuivaient sur une grande échelle, celle d’une cité à qui la possession de mines permettait en même temps de produire ses espèces en abondance. La monnaie ainsi adoptée par le grand commerce devenait pour un temps l’instrument privilégié des échanges internationaux ; quels que fussent leur pays et leur résidence, les négociants s’engageaient et payaient en sommes de cette monnaie; on pouvait la porter partout, car elle trouvait toujours en banque un cours de faveur. Les commerçants, pour leurs grandes affaires, l’achetaient en grosses masses aux trapézites, les particuliers par unités aux changeurs.

C’était une des marchandises les plus demandées et les plus fructueuses pour la cité qui la produisait. Elle faisait prime, et la prime variait suivant que le commerce, pour solder ses achats, avait à expédier, dans telle ou telle direction, plus ou moins de cet argent privilégié, à côté duquel les monnaies particulières des autres cités, frappées en petit nombre, voyaient leur usage restreint à la circulation intérieure et aux transactions du petit négoce journalier. Ce rôle de monnaie internationale, adoptée librement par le commerce et la banque, fut celui que jouèrent dans tout le monde grec, au Ve et jusqu’au milieu du IVe siècle, comme espèces d’argent les tétradrachmes d’Athènes (livre YI, chap. IV, §1) et après eux les statères de Ehodes (livre VI, chap. IV, § 3), comme espèces d’or les statères de Cyzique (liv. YI, chap. IV, § 3 ; et chap. ix, au mot Cyzicènes). Il appartint ensuite pendant près de deux siècles, et sur une bien plus grande étendue de territoire, aux statères d’or de Philippe et aux monnaies d’Alexandre, particulièrement à ses tétradrachmes d’argent (livre YI, chap. v, § 1), et c’est là ce qui en fit produire des copies dans tant de pays différents. Au IIIe siècle, à côté des tétradrachmes d’Alexandre, les drachmes de Dyrrachion et de Corcyre (livre YI, chap. v, § 7 ; livre VII, chapitre iii, § 4), recherchées avidement comme marchandises, mercis loco (1), sont comme petite monnaie d argent le signe d’échange international dans le bassin de l’Adriatique et dans l’Italie centrale, comme dans l’orient de la Méditerranée et en Asie Mineure la drachme légère de Ehodes (livre VI, chap. v, | 6), et dans l’occident, en Espagne et dans le midi de la

(1) Plin. H N, XXXin, 3, 46.

Gaule, celle de Massalie (livre YI, cliap. m, § 2). A la fin du m* siècle, le victoriat romain (livre VII, cliap. m, §4) prend dans le commerce de l'Occident de la Méditerranée la place des drachmes d’Illyrie et de Massalie, tandis que dans l’Orient la drachme de Ehodes conserve la sienne jusqu’au seuil de la période impériale. Quelquefois c’est dans une seule région, nettement délimitée, qu’une certaine espèce de monnaies jouit de cette situation défaveur et devient le numéraire du commerce, de préférence aux diverses monnaies locales. C’est ainsi que pendant deux siècles, de 280 à 80 av. J.-C.,les tétradrachmes d’argent de Thasos à l’Hercule (livre YI, chap. v, § 7) furent presque les seules pièces ayant cours, avec les monnaies d’Alexandre, d’un bout à l’autre de la Thrace et dans tout le bassin du Danube, où les tribus barbares les imitèrent à satiété (livre VI, chap. vin, § 1 et 2). Au IVe siècle, les statères d’argent corinthiens, avec leur Pégase et leur belle tête d’Aphrodite armée (livre YI, chap. iv, § 1), jouirent de la même faveur en Epire, en Illyrie, sur toute la côte de l’Adriatique ; on en a la preuve par les nombreuses copies qui en furent alors faites dans ces contrées.

C’est ainsi que le grand commerce, choisissant librement ses instruments métalliques, échappait aux inconvénients de l’infinie variété des espèces locales, en adoptant dans ses transactions, de préférence à toutes les autres, une sorte de monnaie qui devenait ainsi une marchandise locale. Mais en même temps les gouvernements furent plus d’une fois amenés à se préoccuper des pertes que la nécessité de recourir à chaque instant aux changeurs imposait aux particuliers, des embarras de toute nature qu’entraînait dans la vie habituelle la différence des monnaies entre des cités voisines, en relations journalières, qui malgré leur indé-

pendance réciproque ne pouvaient se passer l’une de l’autre pour les choses les plus indispensables (l). Pour porter

(1) Rien ne peint mieux les complications résultant de la circulation simultanée de tant d’espèces de monnaies, fabriquées par les différentes villes avec des poids et à des titres divers, que l’institution de l’apyopoaxâw oç ou vérificateur des monnaies, qui, d’après le règlement des mystères d’Andania en Messénie (1. 47-48 : Sauppe, Die Mysterieninschrift aus Andania, 1860; Le Bas, Voyage en Grèce , continué par Foucart, Inscr. de la Mégaride et du Péloponnèse, n° 326 a), doit assister dans leurs recettes les magistrats chargés de percevoir les droits payés par les initiés. Au temps dont date l’inscription parvenue jusqu’à nous, l’an SS de l’ère provinciale d’Achaïe, 91 av. J.-C., l’exercice de cet office devait être facile, et la charge était presque inutile, à moins que les candidats à l’initiation ne fissent comme Panurge quand « il guaignoyt les pardons », ou comme font encore si souvent nos paysans, donnant aux quêtes de l’église les pièces hors de cours qu’ils ne savent comment faire passer ou les pièces fausses qu’ils ont eu la maladresse d’accepter. Depuis longtemps alors il n’y avait plus en circulation dans le Péloponnèse qu’un seul numéraire d’argent, celui de la Ligue Achéenne (voy. dans ce § la sect. 8), et des autres parties de la Grèce il ne pouvait plus venir que des pièces de poids attique. On n’en avait guère plus fabriqué d’autres dans les derniers siècles de l’indépendance; et, lors de l’établissement de la province, les Romains avaient démonétisé toutes celles qui ne se rattachaient pas à ce système, en fixant le tarif officiel qui assimilait la drachme attique au denier (voy. Mommsen, M R, 1. 1, p. 96 et s.; t. III, p. 279), d’où résultait que la drachme des Achéens (sur son taux, voy. livre VI, chap. v, § 7) devait être cotée à un quinaire. Avec ce tarif officiel qui faisait loi dans la province, il n’y avait plus de difficultés sur la valeur pour laquelle on devait accepter les monnaies apportées par les mystes des diverses parties de la Grèce, à moins qu’il ne s’agît d’évaluer, d’après leur composition métallique intrinsèque, de vieilles pièces qui n’étaient plus reçues dans la circulation monétaire. Mais il n’en était pas de même au temps où les mystères d’Andania, interrompus depuis les antiques guerres de Messénie, furent rétablis pour la première fois sous les auspices d’Epaminondas. C’étaill’âge de la plus grande variété dans le monnayage des villes grecques. L’institution de l’apyopocxoTto; était alors une nécessité, et son office n’était certainement pas une sinécure. Il est donc probable que si on le rétablit quand les mystères, après une nouvelle interruption, recommencèrent sous les Romains, ce fut moins par un besoin réel que pour faire revivre une tradition des anciens usages, une disposition des anciens règlements.

remède à ce fâcheux état de choses, né d’un morcellement poussé à l’extrême et du défaut d’esprit d’unité nationale, ils eurent recours à des conventions monétaires, analogues à celle qui de nos jours a produit entre la France, l’Italie, la Suisse, la Belgique et la Grèce ce que l’on appelle VUnion latine.

2. Depuis longtemps, les numismatistes ont reconnu qu’un assez grand nombre de monnaies grecques unissaient les noms et les types de deux villes (1). Ces faits de monnayage commun se sont imposés à leur étude. Il importe, avant tout, de distinguer, ce que n’ont pas fait suffisamment les savants d’autrefois, les faits de ce genre appartenant à la période de la pleine indépendance, des ô^ovoiai si souvent mentionnées sur les pièces de cuivre de la série dite improprement des impériales grecques (2) (voy. le §3 de ce chapitre). Il n’y a pas, en effet, d’assimilation possible, à cause de la différence profonde des conditions du monnayage dans les deux cas. Si le gouvernement des empereurs romains accordait avec une grande facilité aux villes grecques la permission de frapper un numéraire d’appoint en cuivre destiné à alimenter exclusivement la circulation locale, ce monnayage se faisait sous la surveillance du gouverneur de la province, dans les conditions et avec les proportions qu’il réglait. On n’eût pas alors permis aux villes sujettes, même à celles à qui l’onconsentaità

(1) Voy. les listes données par Eckhel, D N, t. IV, p. 333-335; Mionnet, Tables, p. 177-180.

(2) C’est le cas de la plupart des exemples donnés par Eckhel et par Mionnet.

laisser une ombre nominale d’autonomie, de contracter entre elles de véritables alliances, des conventions même purement commerciales. Eckbel (1) a établi avec la sûreté habituelle de sa critique qu’à l’époque impériale romaine les faits de monnayage en commun de plusieurs villes avaient trait uniquement à la participation commune au culte de quelque sanctuaire célèbre, aux fêtes et aux jeux qui en étaient inséparables ; que le but en avait été exclusivement de subvenir aux frais occasionnés par ces solennités religieuses, et que c’est ainsi que les gouverneurs romains et les empereurs avaient permis qu’ils se produisissent. Dans bien des cas aussi, l’ofio'vo ta mentionnée alors sur les monnaies paraît être une simple politesse des municipalités entre elles, hommage de courtoisie et de déférence rendu à des cités particulièrement illustres par d’autres villes qui n’avaient pas avec elles de liens habituels, même de culte. Telles sont les concordes de Smyrne avec Athènes, dans laquelle Smyrne rend hommage à la métropole historique des Ioniens, de Smyrne, de Sagalassos et de Selgé de Pisidie avec Sparte, d’Ephèse et de Samos avec Alexandrie. La proclamation de l'o^ovota sur les monnaies n’est pas, dans ce cas, plus significative que les invitations que s’adressent aujourd’hui les unes aux autres, pour des fêtes, les municipalités des villes d’un même pays ou de pays voisins, là même où, comme en France, la vie municipale a le moins de réalité.

Il en était tout autrement au temps de la véritable autonomie. « Quand des villes libres frappaient monnaie en commun, dit M. L. Miiller (2), c’était une conséquence

(1) D N, t. IV, p. 339.

(2) Num. d’ Alexandre, p. 43.

naturelle d’alliances faites pour la défense mutuelle, de liaisons commerciales, d’un culte commun ou d’une bonne intelligence en général, et le but en était probablement de donner un cours plus répandu à la monnaie et d’économiser sur les frais du monnayage. » Cette définition est un peu vague ; on peut arriver à plus de précision dans les termes et affirmer aujourd’hui d’une manière positive que les conventions monétaires, ayant pour objet un monnayage commun, étaient des actes d’une nature parfaitement déterminée, qui se stipulaient d’après des principes de droit public bien établis. Elles n’entraînaient l’abdication d’aucun des droits des parties contractantes en matière de monnaies, mais elles établissaient une forme de numéraire, d’un poids, d’un titre et d’une valeur nominale convenus, qui devait avoir cours légal, sans change ni agio, sur les marchés de l’une et de l’autre, quel que fût l’atelier dont cette monnaie sortît; elles réglaient dans quelles proportions chacune des parties devait en frapper, si chacune usait de son atelier particulier, définissant ainsi la part de frais et de bénéfices qui revenait à chacune; ou bien, si l’on devait user d’un seul et même atelier, devenu commun, ce qui était une manière d’arriver à une économie sur les dépenses, la convention déterminait jusqu’à quel prorata chacune des cités qui y intervenaient devait concourir au coût et participer aux produits de cette fabrication monétaire.

Nous possédons, en effet, dans une inscription (1), la plus grande partie du texte d’une convention de ce genre, entre Phocée et Mitylène, pour la fabrication de pièces

(1) Newton, Transact. of thc Royal Soc. of literature, 2* sér. t. VIII, p. 549-555; F. Lenormant, Rev. num. 1868, p. 241.

d’électrum ou d’or à bas titre (voy. plus haut, livre II, chap. i, § 2, 2), évidemment d’hectés ou sixièmes destatère, qui devaient avoir dans les deux villes un poids et un alliage uniformes, lesquels étaient déterminés dans la portion du traité qui nous manque (I). Chacune des villes doit émettre les espèces réglées par le traité, à tour de rôle pendant une année, et l’atelier de l’autre chômera pendant ce temps. Les pièces frappées en vertu de la convention à Phocée circulent sans agio sur le marché de Mitylène, et réciproquement; ce qui nous explique le récit de Callisthène (2) sur le poëte Persinos, qui, fuyant la cour d’Eubule, tyran d’Atarnée en Mysie, vint se réfugier à Mitylène ; invité à retourner auprès d’Eubule, il répondit qu’il trouvait à placer son or de Phocée (acozAâeç) à Mitylène dans des conditions bien plus avantageuses qu’à Atarnée, où il aurait â payer un change. La pénalité du monnayer qui aura fraudé sur le titre convenu et augmenté indûment les proportions de l’alliage est la mort. Eesponsable devant les deux cités, il doit être jugé dans sa propre ville, devant un tribunal mixte dont la composition varie, car les autorités de la cité où il siège doivent en former plus de la moitié, évidemment la moitié plus un.

Il existe une monnaie d’argent ayant au droit le nom d’Abdère avec le type du griffon, et au revers le nom d’Amphipolis avec le type du poisson (3), une autre avec

(1) C’est ce qui résulte de la façon dont s’y réfère la partie du texte conservée.

(2) Ap. Pollue. IX, 93.

(3) Catal. Welsl de Wellenheim, n° 1964.

le griffon d’Abdère et la tête de bœuf de Dicée (1), d'autres enfin réunissant le type de Maronée au droit et au revers la tête de bélier qui est un de ceux de Samothrace (2). Un statère d’argent copiant les types de Corinthe (3) présente au droit, côte à côte, auprès de la tête casquée d’Aphrodite armée, les deux marques qui, sur les monnaies d’imitation de cette classe, désignent habituellement Anactorion d’ Acarnanie et Sicyone ; une drachme de la même série porte à la fois celles de Corcyre et de Sicyone (4). On connaît les pièces d’argent, frappées les unes avant, les autres après Alexandre (5), où la tête radiée d’Hélios, type de Ehodes, s’associe à la partie antérieure de lion de Cnide et à la légende de cette ville, qui décore le revers. Dans la série des incuses de la Grande- Grèce (voy. plus haut, livre II, chap. III, § 1, h), les associations des types et des noms de Crotone et Pandosia (6), Crotone et Sybaris (7), Posidoniaet Laus (8), Posidonia et

(1) Sestini, Lett. num. t. VII, p. 10. — Les autres pièces citées par M. L. Millier [Num. d’Alexandre, p. 41), comme indiquant des alliances monétaires d’Abdère avec Cardia et Samothrace, ne sauraient avoir cette signification. La ligure dans le carré creux du revers y est un symbole personnel de magistrat; on avait à Abdère, à l’époque où elles furent frappées, l’habitude de placer à cet endroit sur les monnaies le cachet du magistrat responsable, et on en trouve sur des pièces analogues beaucoup de différents, qui n’offrent plus la même coïncidence fortuite avec des types de villes; voy. Brandis, p. SIS et s.

(2) Mionnet, 1. 1, p. 388, n° 153 ; Combe, Mus. Hunter. pl. XXXV, n° 19.

(3) Cousinéry, Essai sur les monnaies de la Ligue Achéenne, 2e part, pl. II, n° 19.

(4) Ibid, 1" part. pl. Il, n° 30.

(5) Brandis, p. 471.

(6) Mionnet, 1. 1, p. 197.

(7) Catal. of gr. coins in the Brit. Mus., Italy, p. 357.

(8) Mionnet, t. I, p. 155.

Sybaris (1), Pyxus et Siris (2), sont célèbres (3). Mais en dehors de ces monnaies à doubles types et à doubles noms, qui indiquent des alliances particulières entre certaines villes, la série tout entière de ces monnaies in cuses, avec son unité singulière d’époque, de style, de poids des espèces, d’aspect extérieur des pièces et de procédé tout particulier de fabrication, présente d’une façon remarquablement accusée les caractères auxquels on devrait reconnaître le numéraire d une union monétaire, formée en vertu d’une convention du genre de celle que nous avons signalée, où chacun monnaye chez soi, mais sur un pied commun et dans des proportions déterminées, de manière que la circulation réciproque des monnaies ait lieu librement d’une cité dans les autres.

L’union monétaire établie par un traité entre deux cités ne résulte pas, en effet, seulement de la fabrication de pièces qui en réunissent les types et les noms et qui sortent d’un atelier commun, mais aussi d’une grande analogie dans les types avec une identité parfaite de tailles et de titre pour les espèces, de telle façon que celles de l’une soient les équivalents exacts de celles de l’autre. Ainsi l’existence d’une union très-prolongée de ce genre entre les deux cités placées en face l’une de l’autre sur les deux cotés du Bosphore de Thrace, Byzance et Chalcédoine, que liait étroitement la communauté des intérêts

(1) Catal. of gr. coins in the Brit. Mas., Italy, p. 287.

(2) Mionnet, 1. 1, p. 151.

(3; A une époque bien postérieure, nous rencontrons encore en Apulie de petites pièces d argent, produits d un monnayage commun de Rubi et d’une autre ville, qui est peut-être Silvium : Carelli, Num. liai vet pl. XCV, n° 4.

66 la MONNAIE DANS L’ANTIQUITÉ

politiques et commerciaux, est attestée par les monnaies d’ancien style, de même poids, au même carré creux sur le révers, avec les noms de l’une ou de l’autre des deux villes et le même type du bœuf marchant, mais ayant sous lui un épi à Chalcédoine (1) et un poisson à Byzance (2), aussi bien que par les pièces d’argent, postérieures à Alexandre, sur lesquelles, accompagnant la même tête de Déméter au droit, Byzance met au revers l’image de Posidon et sa propre légende (3), Chalcédoine celle d’Apollon et sa propre légende (4), aussi bien que par le cuivre, contemporain de ces dernières pièces, où les types sont purement byzantins, mais où la légende réunit les noms des deux cités (5).

Quand, dans la numismatique des villes grecques de la Cilicie sous les Achéménides, nous rencontrons des pièces d’argent du plus beau style, offrant une parfaite unité de poids et de types, au droit la tete d’Athene, au revers Baal assis sur un trône, et où l’on ne voit, en fait de légende, que M sur les unes et 2 sur les autres, toujours à la même place (6), on ne peut pas hésiter, plus que n’ont fait le duc de Luynes et J. Brandis, à y voir les produits d’un monnayage réglé par une convention d’union, entre les deux villes voisines de Mallos et de Soli.

(1) Brandis, p. 435.

(2) Brandis, p. 520.

(3) Combe, Mus. Hunier, pl. XIII, n° 17; Brandis, p. 521.

(4) Borrell, Num. chron. t. Y, p. 191 et s.; Brandis, p. 436.

(5) Mionnet, 1. 1, p. 377, n°* 85, 86 et 92; Combe, Mus. Hunier, pl. XIII, n° 18.

(6) D. de Luynes, Numism. des satrap. p. 63 et s., pl. XI; Brandis, p. 499 et s.

Il 7 a plus. La seule convention monétaire grecque dont nous possédions le texte, celle qui a été rappelée plus haut, est entre Phocée et Mitylène, pour la fabrication des liectés d électrum. Or, nous avons les monnaies mêmes qui ont été frappées d’après cette convention (1). Elles sont pareilles de poids, de titre, de style et d’aspect général ; mais chacune des deux villes y conserve ses types propies, sans rien emprunter sous ce rapport à l’autre. Ici donc, l’union était faite dans les conditions de notre Union latine, chacun des contractants donnant à sa monnaie l’empreinte de sa souveraineté, mais la taillant sur un étalon commun, avec la même valeur, de telle façon que chacun pouvait accepter la monnaie de l’autre et lui donner sur les marchés le même cours légal qu’à sa propre monnaie.

J. Brandis (2) a savamment traité des unions de ce geme dont on trouve la trace dans l’Asie Mineure grecque, pendant la période antérieure à Alexandre. La plus importante de toutes est celle que nous avons appelée plus haut Y U mon des hectés d’ électrum et qui groupa dans la fabrication d un monnayage homogène une grande partie des cités de la Mysie, de la Troade, de l’Ionie et des îles voisines pendant une période de temps que l’on peut délimiter approximativement entre 412 et 387 av. J.-C. (livre II, chap. i, § 2, 2 ; livre YI, chap. iv, § 3). Deux groupes successifs et bien caractérisés de monnaies se rattachent à cette union, dont le traité entre Phocée et Mitylène peut être considéré comme un des actes constitutifs. Je suis disposé à placer la fabrication du premier de 412 à /[00

(1) Mitylène : Brandis, p. 412. - Phocée : Brandis, p. 414.

(2) P. 260 et s.

environ et celle du second de 399 à 387. Dans le premier groupe, les hectés d’électrum nous offrent d’un côté le type d’une ville en relief et de l’autre le type d’une seconde ville en creux ; les associations qu’on y relève sont celles de Mitylène et Samos, Mitylène et Dardanos, Lesbos et Cebren, Lesbos et Samos, Dardanos et Chios, Dardanos et Samos, Samos et Erythres, Samos et Clazomène, Samos et Cebren, Samos et Abydos, Héraclée d’Ionie et Abydos(l). De petites pièces d’argent, drachmes de 3 gr. 35 et trioboles de 1 gr. 75, correspondent à ce monnayage d’hectés d’électrum et associent aussi deux types de villes, tous les deux eu relief, mais celui du revers dans un carré creux ; les associations y sont : Abydos et Cebren, Abydos et Clazomène, Abydos et Chios (2), Cebren et Téos (3), Samos et Cebren, Samos et Methymna, Samos et Clazomène, Samos et Erythres, Samos et Chios (4). Le second groupe présente les caractères que nous définissions tout à l’heure, en parlant du traité entre Phocée et Mitylène. L’unité est complète dans le système, le poids, le titre, l’aspect général et la disposition essentielle des types : au droit une tête de divinité, au revers, dans un carré indiqué par quatre barres, un type qui est le plus souvent une seconde tête. Mais chaque ville conserve ses types propres, en les arrangeant dans ces données : Phocee, qui possède alors le monnayage le plus étendu, frappe avec des types très-variés et signe les produits de son atelier

(1) Associations de Mitylène : Brandis, p. 412. — Les autres associations : Brandis, p. 416 et s.

(2) Brandis, p. 444.

(3) Brandis, p. 445.

(4) Brandis, p. 468 et s.

par une petite figure de phoque placée dans le champ du revers. Parium (1), Abydos (2), Birytis (3), Cebren(ft), Sigée (5), Lesbos (6), Érésos (7), Mitylène (8), Lébédos (9), Phocée (10), Téos (11), Chios (12), Samos (13) et un certain nombre d’autres villes encore indéterminées (14), prennent alors part à cette forme de monnayage d’union.

On peut poser comme règle que les unions monétaires n’existent qu’entre villes très-voisines, ou du moins entre villes de la même région, ayant des rapports naturels et incessants d’entre-cours commercial, où par conséquent le besoin d’une monnaie commune avait dû se faire vivement ressentir. Quand on trouve sur une pièce antique la réunion des types de cités fort éloignées les unes des autres, que la grande navigation mettait seule en rapports, il faut en chercher l’explication dans quelque circonstance politique et historique exceptionnelle, plutôt que dans une union monétaire. Tel est le cas de la pièce d’argent anépigraphe, de fort ancien style, qui unit d’un côté

(1) Brandis, p. 410.

(2) Brandis, p. 411.

(3) Ibid.

(4) Ibid.]

(5) Ibid.

(6) Brandis, p. 412.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Brandis, p. 413.

(10) Brandis, p. 414.

(11) Brandis, p. 413.

(12) Ibid.

(13) Ibid.

(14) Brandis, p. 418 et s.

les types de Cyrène, plante et graine de silphium, et de Samos, tête de lion, de l’autre, dans un carré creux, celui d’Ialysos, une tête d’aigle tenant un serpent dans son bec (1). Au lieu de supposer une association de monnayage entre ces trois villes, il vaut mieux rapporter cette pièce h l’expédition qui partit de Samos entre 529 et 525 av. J.-C. pour remettre sur son trône, avec une armée de Samiens et de Rhodiens, le roi Arcésilas III, chassé de Cyrène (2). Le style de la monnaie s’accorde admirablement avec la date de cet événement.

Le plus souvent, l’union monétaire entre deux cités ou un plus grand nombre paraît avoir été exclusivement bornée à son objet spécial et n’entraînait aucunement une fédération politique. Rien de semblable ne s’aperçoit dans l’histoire pour les villes de l’Italie méridionale, qui émirent les monnaies d’argent incuses, ni pour les cités grecques de l’Asie Mineure occidentale, groupées commercialementetmonétairementdans l’Union des hectés d’électrum. Pourtant, dans quelques cas, il en est autrement. Nous possédons des pièces d’argent du Ve siècle avant notre ère où le nom de Phères est associé à ceux de plusieurs autres villes de la Thessalie, dans des accouplements qui vont toujours deux par deux (3) , et une, d’une cinquantaine d’années postérieure, où Phères et Larisse sont nommées ensemble, chacune sur une des faces (Ù) . Cette dernière

(1) L. Millier, Num. de l'anc. Afrique , t. I, p. 11.

(2) Voy. Cavedoni, Osserv. sulle monete délia Cirenaica, p. 20 et s.; L. Millier, Num. de l’anc. Afrique , p. 18.

(3) Duchalais, Rev. num. 1853, p. 255 et s. , pl. XIV.

(4) Catalogue Huber, p. 29; Leicester Warren, Greek fédéral coinarje,

appartient certainement au temps où Jason de Plières (en 374 av. J.-C.) était parvenu à se faire élire par l’assemblée générale des Thessaliens tagos ou clief militaire de tout le pays, au-dessus des familles aristocratiques exerçant le pouvoir dans les diverses cités, office que son successeur médiat Alexandre transforma en une tyrannie complète. L’union des noms des deux villes sur la même monnaie y est donc en rapport avec une communauté de gouvernement. Ceci rend fort probable que les pièces analogues frappées à une époque plus ancienne se rapportent à une hégémonie antérieure exercée momentanément par Phères dans la fédération des cités thessaliennes, fédération dont l’institution du tagos commun était le lien (1), et qui, avec des éclipses fréquentes et malgré la résistance du particularisme auquel poussaient les familles dominantes des différentes villes, comme les Aleuades de La= risse, les Scopades de Crannon, les Créondes de Pharsale, reparaissait dans toutes les circonstances qui menaçaient l’indépendance du pays (2) . Aristote, dans son livre des Républiques, consacrait un chapitre à la constitution de cette xoivv) ©eccaLiov TcoLiTet'a (3). Nous avons donc, je crois, dans les monuments numismatiques que je viens de rappeler, un essai de monnayage fédéral, aussi imparfait et aussi irrégulier que l’était la confédération thessalienne elle-même.

(1) Vœmel, De Thessaliae incolis, Francfort, 1829; Tittmann, Darstellung d. griech. Staatsverf. p. 713; Schœmann, Antiq.juris publ. Graec. p. 101; Ilermann, Lehrb. d. griech. Staatsalt. § 178.

(2) Freeman, Hist. of fédéral government, p. 132 et s.

(3) C. Müller, Fragm. histor. graec. t. II, p. 151, fr. 145-148.

3. Les monnayages fédéraux du monde grec, très-différents de la numismatique des simples unions monétaires, ontété groupés et étudiés dans un fort remarquable travail de M. Leicester Warren (1). C’est en grande partie avec ce guide, mais en ajoutant cependant quelques faits à ceux dont il s’est occupé, que nous allons jeter un coup d’œil sur cette partie de notre sujet.

Dans différentes contrées de la Grèce et des pays grecs, et à diverses époques, les dangers de tout genre qui résultaient du morcellement de la souveraineté jusque dans les plus petites localités, de l’isolement et de la rivalité des cités par rapport les unes aux autres, amenèrent à mettre en commun les forces militaires et les grands intérêts provinciaux, par la formation de ligues permanentes ayant pour ces choses un gouvernement fédéral et des institutions communes, mais où chacune des cités ou des tribus entrées librement dans la ligue conservait ses lois particulières, avec la plénitude de sa souveraineté pour ses affaires intérieures. Quelques-unes des fractions de la nation grecque se montrèrent plus aptes que les autres à ce régime fédératif, et nous l’y voyons en vigueur depuis l’époque la plus reculée ; chez d’autres, au contraire, la fédération ne se forma que tard, après une amère expérience du régime de morcellement particulariste. Il importe, d’ailleurs, de distinguer dans l’histoire les fédérations de villes ayant par elles-mêmes une importance et une vie propres, et les fédérations de tribus sans villes saillantes, comme celles des Phocidiens et des Etoliens. Ces dernières eurent, en général, une existence beaucoup plus permanente, un fonc-

(1) Essay on greek fédéral coinage, Londres et Cambridge, 1863. — Ce travail a été écrit pour former un appendice à l'History of fédéral government de M. Freeman.

tionnement plus facile des institutions communes, parce que les rivalités municipales ne vinrent pas y apporter un élément de trouble et de déchirement.

Nous rencontrons même des ligues de cités, et trèsfortement constituées au point-de vue fédéral, chez des populations non helléniques. Telle était la ligue des villes lyciennes. Grâce à la cohésion de ses membres, à la solidité de ses institutions et à l’habile politique par laquelle, dans les grandes luttes armées entre les Grecs et la Perse, elle sut s’isoler des événements militaires, à la charge de payer un léger tribut alternativement aux uns et aux autres des belligérants, quelquefois à tous les deux en même temps (1), la Ligue Lycienne parvint a se maintenir jusqu’à Alexandre dans une situation de véritable indépendance de fait. Et cette indépendance était assez effective pour qu’au temps où la Syrie appartenait en droit à l’empire des Achéménides, dans lequel elle formait une satrapie à part, avec la Pamphylie et le pays de Milyas (2), elle pût, tout en acceptant les dariques d’or du suzerain, d’après lesquels elle réglait la taille de ses propres monnaies d’argent (3) (voy. livre VI, cliap. iv, §2), fermer son territoire aux espèces d’argent d’empire, qu’elle ne recevait qu’en les tarifant à son gré et en y imposant une contremarque (4). Pendant le Ve et le IVe siecle avant 1 ere chrétienne, la Ligue Lycienne eut un monnayage fédéral

(1) En 446 av. J.-C. , les Aûxtoi xai {tuvteXeïç figurent sur la liste des tributs de la confédération de Délos ( Corp . inter, altic. n° 234); mais à la même époque ils n’étaient pas considérés comme rebelles à la cour de Suse.

(2) Arrian. Anab. I, 23, 4; III, 6, 6.

(3) Brandis, p. 131 et 343.

(4) Brandis, p. 263 et s., 344.

abondant et parfaitement caractérisé (1), dont tous les produits offrent une parfaite unité de système. Chaque ville y frappe des espèces à son nom et en y plaçant au droit le type qu’elle a choisi -, mais le revers présente toujours le symbole de la Ligue, trois croissants disposés en Iriquetra et se rattachant par une de leurs extrémités à un anneau qui forme centre commun. Ce symbole bizarre doit faire allusion aux trois peuples, Cauniens, Troyens etTrémiles (2), dont la réunion formait la nation lycienne (3). A côté des espèces fédérales frappées par elles, beaucoup de villes ont en même temps un monnayage purement municipal, où n’apparaît plus l’emblème de la Confédération (4-). Enfin, quelques pièces, ayant au revers un symbole commun, — qui diffère de celui de la grande ligue en ce que ce sont quatre croissants, au lieu de trois, qui s’y rattachent à un anneau central (5) , — semblent indiquer, au moins pendant quelque temps, l’existence d’une petite confédération distincte, comprenant seulement trois ou quatre localités. Il ne serait pas impossible que ce fût celle des Cauniens (6), que les inscriptions athéniennes des tributs montrent dis-

(1) Fellows, Coins of ancient Lycia, Londres, 1855 ; Brandis, p. 344 et 488-492.

(2) Voy. Fellows, Coins of Lycia, p. 5; et les notes de l’Hérodote anglais de G. Rawlinson, 2e édit. t. I, p. 247 et s.

(3) Cette explication me paraît préférable à celle qui y voit une sorte de barpon à trois crochets, faisant allusion au nom d’Harpagos, le conquérant du pays pour les Perses, dont la dynastie se maintint à la tête de la confédération au moins jusqu’au temps d’Artaxerxe Longue-Main (Stewart, dans Fellows, Lycian coins, p. 14).

(4) Brandis, p. 345 et 480-488.

(5) Fellows, pl. I et II; Brandis, p. 488.

(6) C’est aussi l’opinion de M. Fellows.

tinctsdes Lyciens proprement dits, au milieu du Ve siècle.

Quelques villes grecques de la côte occidentale de l’Asie Mineure nous offrent un monnayage fédéral, organisé d’une manière très-analogue, dans une circonstance historique que M. Waddington a admirablement déterminée (-1). Après la bataille de Cnide, Sam os, Éphèse, Rhodes et Cnide, délivrées desharmostes lacédémoniens parla flotte de Conon et de Pharnabaze, s’unirent en une ligue pour la défense de leur liberté reconquise et frappèrent une monnaie d’argent commune, portant au droit le symbole de la ligue, Hercule enfant étouffant les serpents, avec la légende JYN, qu’il faut entendre soit connue l’abrégé de 2YN \mjlu., soit comme un mot complet à prendre au sens adverbial, « ensemble ! » ; sur le revers, chacune des villes met son nom et son type particulier. Des cités plus éloignées paraissent avoir adhéré à l’alliance politique, à laquelle les événements mirent bientôt fin, mais non à l’union monétaire qui s’y rattachait. C’est ainsi que Cyzique et Lampsaque ont frappé alors,, mais chacune dans son système particulier de monnaies, la première un statère d’électrum (2), la seconde un statère d’or pur (3), avec le type significatif d’IIercule étouffant les serpents.

Toutes les ligues grecques formées dans un but militaire et politique, avec une caisse commune, n’ont pas cherché à se créer une monnaie fédérale, mais seulement celles qui étaient composées des habitants d’un même pays, dont l’existence correspondait à un sentiment national réel. En ce cas, la règle presque constante est que la monnaie

(1) Rev. num. 1863, p. 223 et s., pl. X.

(2) Rev. mm. 1863, pl. X, n° 6.

(3) Ibid. n° S.

fédérale a été frappée dans un atelier commun et porte au génitif d’appartenance le nom du peuple formant la confédération, des Phocidiens, des Béotiens, des Etoliens, etc.

La Phocide nous offre un des plus anciens exemples de monnayage fédéral dans la Grèce propre (1). Les pièces au type de la tête de bœuf et au nom des Phocidiens commencent avec le plus ancien style (voy. livre YI, chap. ix, au mot Statères de Phocide ). Ce monnayage fédéral est parallèle au monnayage indépendant de Delphes (2), qui depuis les Guerres Médiques prit séance à part des Phocidiens, comme un Etat distinct, dans le conseil amphictyonique. C’est également au vie siècle avant Père chrétienne qu’il faut faire remonter le début des monnaies d’argent fédérales frappées en commun par les cités de la Chersonèse de Thrace (3), qui avaient un même sénat et formaient une ligue très-étroite (4).

Le monnayage des Béotiens ne commence pas moins haut. Il est nombreux et célèbre (5), s’étendant sur le

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 193; Mionnet, t. Il, p. 94 et s.; Leicester Warren, p. 12 et s.

(2) Bosset, Essai sur les médailles de Cèphalonie et d’Ithaque, p. 7 et 30, pl. V, n»s 1 et 2; H. de Longpérier, Rev. num. 1869, p. 149 et s.

(3) Mionnet, Suppl, t. II, p. 524 et s.; Brandis, p. 524.

Voy. L. Millier ( Numism . d'Alexandre , p. 41) pour la démonstration de ce que sont les monnaies fédérales de la réunion des villes chersonésiennes, et non les espèces particulières d’une ville de Chersonésos, qui n’a jamais existé.

(4) Demosth. Pro coron, p. 256, décret rendu en commun par les Chersonésiens, dont les villes sont énumérées en tète.

(5) Eckhel, D N, t. II, p. 195 et s.; Mionnet, t. II, p. 99 et s.; Leicester Warren, p. 23 et s.

cours de plusieurs siècles. A cette monnaie fédérale de la Ligue Béotienne, l’une des plus anciennes de la Grèce, doivent être rapportées non - seulement les pièces qui ont le nom des Béotiens plus ou moins abrégé, mais toutes celles qui, avec le type du bouclier béotien sur le droit, ne portent pas sur le revers le nom d’une ville spéciale. Le monnayage fédéral des Béotiens se continua jusqu’à la dissolution de la ligue par les Romains en 146. Mais, dans le cours du me siècle, le type en fut changé. C’est alors qu’ont été frappés les tétradrachmes qui ont d’un côté la tête de Jupiter et de l’autre Neptune assis avec la légende BOlHTflN (1) et les bronzes correspondants (2). Les drachmes à la tête de Jupiter et au revers de la Victoire (3), imitée des statères d’or d’Alexandre, avec les bronzes au revers de la Pallas (4), représentent une époque encore postérieure et la fin de l’existence de la Confédération Béotienne.

La Confédération des villes de la Chalcidique sur la côte thraco - macédonienne , appelée souvent dans l’histoire Ligue Olynthienne, d’après le nom de sa capitale, a frappé vers les débuts du ive siècle, entre la guerre du Péloponnèse et la dissolution de son propre lien fédéral, imposée par Sparte en 379, d’admirables monnaies d’or, d’argent et de cuivre, ayant au droit la tête d’Apollon laurée, au revers une lyre avec le nom XAAKIAEHN (3). Olynthe,.

(1) Mionnet, t. II, p. 103, n° 59.

(2) Mionnet, t. II, p. 104, nos 66-68.

(3) Mionnet, t. II, p. 103, n°‘ 60-64.

(4) Ibid. n° 65.

(5) Mionnet, Suppl, t. III, p. 60 et s.; Leioester Warren, p. 28 et s.; Brandis, p. 535 et s.

centre de la ligue et lieu probable de la fabrication des monnaies communes, a mis son nom sur le droit d’une de ces pièces, mais en gardant au revers celui de la confédération (1). Au même temps, la ville de Bottiée nous offre un monnayage municipal de petites pièces de cuivre, avec son nom particulier, mais le type fédéral (2).

C’est dans la série des pièces d’argent d’imitation corinthienne (voy. livre IY, chap. vu), frappées dans le IVe siècle, que nous rencontrons les premières monnaies portant le nom dn peuple des Acarnaniens, soit désigné par les initiales AK (3), qui pourraient aussi s’appliquer à la ville d’Actium, soit par les lettres AKAP groupées en monogramme (4), à côté d’espèces semblables munies des marques municipales de beaucoup de villes acarnaniennes, comme Alyzia (5), Anactorion (6), Argos Amphilochion (7), Leucade (8), Métropolis (9) et Tliyrreôn (10). Le monnayage fédéral de la Ligue Acarnanienne devient plus im-

(1) Cadalvène, Mèd. inèd. pl. I, n° 28. — La pièce d’argent continuant le type fédéral, avec une modification dans la tête et la légende OAYN- GINflN (Mionnet, Suppl, t. III, p. 84, n° 318; Catal. Northwick , n° 379), doit être postérieure à la dissolution de la ligue.

(2) Mionnet, 1. 1, p. 470, n° 168; Bompois, Num. chron. n. s. t. XIV, p. 219.

(3) Cousinéry, Essai sur les monnaies de la Ligue Achéenne, 2e part, pl. II, n° 9; lre part. pl. II, n° 21.

(4) Ibid. lre part. pl. II, n° 24.

(3) Ibid. 2e part. pl. II, nos 20 et 21.

(6) Ibid. 2e part. pl. II, n°' 10—19; lre part. pl. II, n° 23.

(7) Ibid. 2e part. pl. III, nos 1-9.

(8) Ibid. T part. pl. III, n“* 13-18; lre part. pl. II, n° 28.

(9) Ibid. 2e part. pl. III, n° 19.

(10) Ibid. 2e part. pl. III, n°’ 20 et 21.

portant et beaucoup mieux caractérisé dans la période après Alexandre. C’est alors que sont frappées les pièces à la légende AKAPNANHN, avec la tête d’Achéloüs et de l’autre côté la figure d’Apollon Actien, ou plus rarement celle de Zeus debout (1), et les cuivres qui y correspondent, avec des types différents (2).

C'est encore dans la série des imitations d’argent de Corinthe que l’on voit apparaître les premières pièces portant le nom des Locriens (3) : elles paraissent dues aux Hespériens ou Ozoles et avoir été frappées dans Naupacte, leur seule ville importante. Mais c’est vraiment abuser de l’expression de « monnayage fédéral » que de l’appliquer, comme a fait M. Leicester Warren (4), auxmonnaies que les trois tribus des Locriens ont frappées d’une manière entièrement distincte et indépendante (5). Le monnayage particulier d’une petite tribu, telle qu’étaient les Opontiens (6) ou les Epicnémidiens, constitue une autonomie parcellaire aussi bien que celui d’une simple ville. Il importe beaucoup

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 183; Mionnet, t. II, p. 78 et s.; Leicester Warren, p. 14 et s.

(2) Mionnet, Suppl, t. III, p. 454, nos 7-9.

(3) Cousinéry, Monnaies de la Ligue Achéenne, 2e part. pl. II, n“ 1-8.

(4) P. 59 et s.

(5) Le seul indice que Ton y rencontre d’une tendance à l’unité est dans ce fait que les Epicnémidiens et les Opontiens ont à un certain moment frappé de petites pièces de cuivre au même type , mais chaque tribu avec son nom : Mionnet, t. II, p. 90, n° 5, et p. 93, n° 28.

(6) Les admirables monnaies d’argent des Opontiens au type d’Ajax combattant (voy. Catal. Dupré, n° 217, l’exemplaire avec la légende explicative en petites lettres A1AZ) ont alternativement pour inscription AOKPHN ou OPONTinN (Mionnet, t. II, p. 91 et s.; Suppl, t. III, p. 489 et s.).

de faire disparaître du langage numismatique la désignation barbare et inexacte qui a fait classer sous des rubriques semblables les pièces de la Béotie in généré, ou de l’Etolie in genere , numéraire fédéral de grandes ligues de cités ou de tribus, et celles de l’Elide in genere, monnaies d’une ville ayant un territoire qui dépendait absolument d’elle. Seulement il serait fâcheux de remplacer une expression aussi vague et aussi impropre par une extension inexacte de celle de monnaies fédérales.

4. L’Arcadie nous offre un singulier problème. Il est tout à fait positif historiquement qu’aucun lien politique, aucune confédération, n’existait avant le temps d’Epaminondas entre les différents cantons de l’Arcadie. Chacun d’eux avait sa vie propre, et les petites villes et les bourgs se groupaient dans quelques-uns d’entre eux sous la dépendance de cités plus importantes. Telle était la situation de Clitor, d’Hérée et de Mantinée, et l’antique importance du monnayage de ces trois villes correspond bien à un semblable état de choses. Pourtant nous avons une très-nombreuse série de petites monnaies d’argent, dont les plus anciennes appartiennent certainement au VIe siècle et dans la succession desquelles on peut suivre pas à pas tous les progrès de l’art dans le cours du ve (1), monnaies où l’on voit d’un côté Zeus Aphésios, donnant la volee à l’aigle qu’il tient sur sa main, et de l’autre la tête d’Ar-

(1) Mionnet, t. II, p. 213; Suppl, t. IV, p. 271. — Pour la succession des styles d’art dans ces pièces, voy. surtout Imhoof Blumer, Choix de monnaies grecques, pl. II et 111, n0! 7 1-81 ; Zeilschr. f. Numism. t. III, pl. VII, n“ 2-27; VIII, n“ 1-8 ; p. 289-302.

témis Hymnia (1), avec la légende ARKADIOON et plus tard APKAAIKON. Il n’y a pas à y voir des monnaies fédérales, puisqu’à l’époque où elles furent frappées il n’y avait pas de Ligue Arcadienne ayant une existence politique ; ce ne sont pas non plus les espèces d’une des villes qui exerçaient chacune sur son territoire la souveraineté dans toute sa plénitude. Une seule explication est possible pour ce monnayage qui s’intitule lui-même Arcadien, ’Apiic'.tùx.ov . sous-entendu volucuk ou x.o'v.ya. C’est que c’est un monnayage sacré, émis par le sacerdoce du culte commun de la ville sainte de Lycosura, « la plus antique cité qu’eût vue le soleil », suivant sa prétention traditionnelle (2) , et du mont Lycée, culte qui était alors le seul lien national entre les tribus arcadiennes, revendiquant toutes la même origine (3). L’emploi de l’adjectif possessif au lieu du nom du peuple au pluriel a peut-être ici une signification caractéristique : la monnaie n’est pas celle « des Arcadiens » comme peuple réuni politiquement, mais une « monnaie arcadienne sacrée » .

Sur la monnaie archaïque d’Olympie (4), on lit de même OAYMPIKON, sur le tétradrachme de Delphes AAAOI- KON (5). Il semblerait donc que l’on pourrait être en droit de tenir semblable forme de légende comme étant dans la Grèce propre indicative des monnaies non plus nationales,

(1) E. Curtius, dans les Beitrage de Pinner et Friedlânder, p. 85-92.

(2) Pausan. VIII, 38, 1.

(3) C’est l’opinion de M. E. Curtius, du colonel Leake (Namism. hellenic. Europæan Greece, p. 16-18; Add. p. 156; Suppl, p. 114) et de M. Leicester Warren (p. 11).

(4) Zeistchr. f. Numism. t. II, p. 265.

(5) Rev. num. 1869, p. 149.

mais sacrées, frappées avec les richesses métalliques qui affluaient dans les caisses de certains temples; car l’absence de toute vie politique à Olympie, cité purement religieuse dépendant d’Elis depuis la ruine de Pise (1), ne permet pas d’attribuer un autre caractère à sa monnaie. Les pièces d’argent à la légende ©El P IKON (2) au lieu de ©EiriEHN peuvent parfaitement être des monnaies sacrées, frappées par le sacerdoce du fameux sanctuaire d’Éros à Tbespies, plutôt que des monnaies émises par les autorités politiques de la ville. N’avons-nous pas encore en Béotie une autre monnaie frappée par un temple, dans une localité qui n’avait pas d’autonomie politique, celle d’Ismène (3), faubourg de Tbèbes, ou plus exactement du sanctuaire d’Apollon Isménien?

Il faut faire dans la numismatique grecque une place à ces monnaies sacrées (4) . À côté de la souveraineté des cités et des rois, le droit de monnayage, ce privilège souverain, a été reconnu à un certain nombre de corps religieux et de temples, qui utilisaient pour la fabrication de monnaies une partie de leurs trésors et y trouvaient de

(1) Cette situation est parfaitement exprimée par la belle monnaie d’argent du Musée Britannique, où l’on voit d’un côté la tête de Zeus avec la légende ordinaire des Éléens, FAAEIflN, de l’autre la tête de la nymphe Olympie avec son nom, OAYMniA : Zeitschr. f. Num. t. II, p. 266.

(2) Mionnet, t. II, p. 110, n° HO; Suppl, t. III, pl. 17, n° 7. — C’est certainement la tête androgyne d’Éros qui est au revers de ces pièces.

(3) A. Soutzo, Rev. num. 1869, p. 177, pl. VI, n° 15. M. Imhoof-Blumer conteste cependant l’attribution : Numism. Zeitschr. de Vienne, 1 871 , p. 353.

(4) Voy. surtout E. Curtius, Ueber den religiOsen Charakter der yriechischen Münzen, dans les Monatsberichte de l’Académie de Berlin de juin 1869; Num. chron. 1870, p. 91 et s.; Zeitschr. f. Numism. t. I, p. 267 et suiv.

nouveaux revenus. C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger les beaux tétradrachmes frappés par les Amphictyons, comme corps sacré bien plus que comme assemblée politique, et où la tête de la Déméter d’Anthéla et l’image de l’Apollon Delphien rappellent les sanctuaires où ils tenaient leurs deux assemblées annuelles (1). Nous avons la monnaie d’argent du temple de Didymes, près de Milet, que son inscription appelle sacrée, IEPH (2) (voy. plus haut, livre I, chap. i, § 2, 2). Les monnaies de bronze de Corcyre à la figure et souvent au nom de Zeus Casios, lesquelles datent de l’ère de la domination romaine et ont été frappées jusque sous Caracalla, sont d’une fabrique toute différente de celle des autres monnaies corcyréennes de la même époque; elles doivent être rapportées à un atelier particulier, installé à Cassiopé dans les dépendances du temple du dieu (3). Ainsi s'explique le monnayage de certaines localités, qui quelquefois n’étaient même pas des villes, mais seulement des sanctuaires, qui dans tous les cas n’auraient eu politiquement aucun droit à battre monnaie, car elles ne possédaient pas d’indépendance souveraine, comme Eleusis (4), simple dême de l’Attique et le seul où Athènes ait toléré un monnayage de cuivre distinct de la monnaie de l’État, Orthia en Elide (5) et peut-être le Carnéasion voisin d’Andania en Messénie (6).

(1) Mionnet, t. II, p. 96, n° 21 ; Cadalvène, Méd. inèd. pl. II, n° 18. — La drachme correspondante : Rev. mm. 1860, pl. XII, n“ 8.

(2) Millingen, Sylloge of ancient coins, p. 70.

(3) Lambros, dans Postolaccas, KaTaXoyoî vo|uap.dii:wv twv vrjawv Kepxüpaç, AeuxàSoç, x. t. 1. p. 51.

(4) Eckhel, D N, t. Il, p. 222; Mionnet, t. II, p. 140.

(5) E. Curtius, Peloponnesos, t. II, p. 102.

(6) R. Rochette, Mém. de numism. p. 128.

Il faut rapprocher les faits, sur lesquels nous reviendrons plus tard (livre IY, chap. n), des villes où la monnaie, comme à Pessinonte (1), à Hiérapolis de Syrie (2), à Alexandria Troas (3), à Ilion (4), à Thasos (5), à Odessos (6), est désignée par sa légende comme celle de la divinité protectrice de la cité, au lieu de celle du peuple, de telle façon qu’il semble que ce soient les autorités sacerdotales, et non les autorités politiques, qui y donnent la garantie légale.

La seule Ligue Arcadienne que connaisse l’histoire est celle de Lycomède, fondée sous l’influence d’Epaminondas en même temps que l’on créait Mégalopolis pour y servir de capitale (7). Malgré les déchirements presque continuels qui remplissent ses annales, la confédération politique des Arcadiens a eu un large monnayage fédéral , évidemment battu à Mégalopolis (8). Du moment même de sa première organisation datent les admirables statères d’argent de poids éginétique qui ont pour types la tête de Zeus Lycæos et Pan assis sur un rocher (9) -, ces types

(1) Mionnet, t. IV, p. 391, n° 104.

(2) Mionnet, t. V, p. 139 et s.

(3) Mionnet, t. II, p. 639, nos 65-67; Rev. num. 1858, p. 1-51.

(4) Mionnet, t. II, p. 657 et s.

(5) Mionnet, t. I, p. 435, n0’ 30-39.

(6) Mionnet, t. I, p. 395, n° 221.

(7) Voy. l’excellent article Arcades, par M. Foucart, dans le Dictionnaire des antiquités de MM. Daremberg et Saglio.

(8) Leicester Warren, p. 30 et s.

(9) Mionnet, t. II, p. 244, n°‘ 6 et 7. — Les lettres OAYM, que quelques exemplaires laissent lire sur le rocher, ne le désignent pas comme l’Olympe arcadien, le Lycée; c’est un simple nom de magistrat en abrégé, car, sur un autre exemplaire, c’est XAPI qu’on lit à la même place ( Zeitschr . f. Num. t. 111, pl. VII, n° 1, p. 289).

se continuent ensuite sur les quarts de statères (1), taille au-dessus de laquelle la Ligue ne monnaye plus. Les plus petites pièces d’argent (2) et celles de cuivre (3), avec d’un côté la tête de Pau cornu et de l’autre, en guise de type, un grand monogramme composé des lettres APK, constituent le numéraire divisionnaire de la Confédération, fabriqué jusqu’à l’époque où celle-ci se fondit dans la Ligue Achéenne.

La série fédérale de la Ligue Etolienne, à la légende A ITflAn N, est également riche et fort belle comme art (4). Elle appartient à l’époque culminante de la puissance de cette confédération, dans la période historique entre les premiers successeurs d’Alexandre et la conquête romaine. On y distingue deux groupes de pièces : d’abord des statères d’or et des tétradrachmes d’argent de poids attique, que les têtes du droit, dans l’un et l’autre métal, doivent faire ranger parmi les imitations des espèces d’Alexandre le Grand exécutées avec une certaine liberté (voy. livre IY, chap. vu) ; puis des monnaies d’argent qui ont pour étalon une drachme de 5 gr. 35 et des petites pièces de cuivre qui s’y rattachent , toutes ces monnaies ayant des types allusifs à la principale légende héroïque de l’Étolie , la chasse du sanglier de Calydon.

J’ai indiqué plus haut (§ 1, 4 de ce 'chapitre) les raisons qui m’induisent à croire que les monnaies d’apparence

(1) Mionnet, t. II, p. 241, ii”* 8-13.

(2) Mionnet, t. II, p. 244, n° 4.

(3) Mionnet, t. II, p. 243, n°‘ 14-16.

(4) Eckhel, l) N , t. Il, p, 188; Mionnet, t. Il, p. 86 et s.; Leicester Warren, p. 56 et s.

républicaine au nom des Épirotes (1) ont commencé à être frappées aussitôt après Pyrrhus, quand les derniers descendants de la dynastie des Éacides occupaient encore le trône de ce pays, mais n’exerçaient qu’une autorité très-limitée dans son pouvoir. S’il en était ainsi, et l’absence de toute pièce royale de l’Épire postérieure à Pyrrhus est de nature à le faire penser, les Epirotes auraient possédé une monnaie nationale commune, émise au nom du peuple, dès avant la révolution qui abolit chez eux la royauté pour y substituer une république plus unitaire que fédérative, entre 239 et 229 av. J.-C. Ils n’eurent donc qu’à la continuer dans le nouvel état de choses, jusqu’au moment de leur soumission à la puissance romaine.

Dans le midi de l’Italie, vers l’époque de Pyrrhus, nous voyons cesser tout monnayage d’argent des villes du Bruttium ; il est alors remplacé par les abondantes pièces d’or, d’argent et de cuivre portant le nom national des Bruttiens, BPETTinN (2). Ces monnaies attestent la formation d’une ligue avec monnayage fédéral, qui se maintint jusqu’après la guerre d’Hannibalet sur laquelle les historiens restent muets (3).

5. Dans toutes les confédérations dont nous venons de passer rapidement en revue les monuments numismatiques, les cités, en constituant une autorité commune pour les choses de la guerre et pour l’administration de

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 100 et s.; Mionnet, 1. 1, p. 47 et s.; Leicester Warren, p. 16 et s.

(2) Eckhel, D N, t. I, p. 166 et s.; Mionnet, 1. 1, p. 179-186.

(3) Mommsen, il 1 R, t. I, p. 127-132.

certains intérêts généraux, se réservaient la plénitude de leur souveraineté politique et législative dans tout ce qui était de leurs affaires intérieures. De même, en créant une monnaie fédérale commune, elles n’abdiquaient pas leur droit antérieur de monnayage particulier, où elles trouvaient une source de bénéfices (1). Aussi presque partout, à côté des produits des émissions fédérales, trouvons-nous ceux d’un monnayage municipal contemporain, et quelquefois très-développé. Toutes les cités de la Ligue Béotienne ont eu leurs monnaies particulières à leur propre nom, en même temps que se frappaient les pièces fédérales de l’âge antérieur à Alexandre, monnaies taillées 'sur le même pied et présentant de même toujours au droit l’emblème commun de la nation, le bouclier béotien (2). Dans la Ligue Arcadienne organisée par Lycomède, l’existence du monnayage distinct des villes à côté du monnayage commun au nom de la confédération est aussi la règle générale. La création de la Ligue et la fondation de Mégalopolis marquent même, comme l’a très-bien mis en lumière M. Leicester Warren (3), une date capitale pour l’histoire de l’art monétaire dans le Péloponnèse (voy. livre IV, chap.i) ; c’est un moment d’expansion et de progrès qui se traduit par la fabrication dans beaucoup de villes arcadiennes de statères d’argent, de poids éginétique comme ceux qui portent le nom des Arcadiens confédérés, statères offrant avec ceux-ci la plus étroite analogie de style (livre VI,

(1) Voy. Leicester Warren, p. 9.

(2) Une liste, non tout à fait complète, des villes dont on a de ces monnaies, a été donnée par M. Leicester Warren, p. 27; cf. Imboof-Blumer, Zur Miinzkunde und Pataographie Büoliens, Vienne, 1873.

chap. iv, § 1). Il n’est pas jusqu’à la ville fédérale, siège de l’atelier monétaire commun, Mégalopolis, qui n’ait en même temps sa monnaie municipale. Elle frappe des quarts de statères d’argent ou trioboles exactement semblables à ceux de la Confédération, sauf qu’ils ont en légende MET au lieu du monogramme des lettres APK (1); beaucoup d’exemplaires unissent, du reste, le monogramme consacré de la Ligue à la légende propre de la ville, et cette association est presque constante sur les cuivres au nom de Mégalopolis (2), soit sur ceux qui ont au revers Pan assis (3), soit sur ceux qui y ont un aigle sur un foudre (4) .

Thyrréôn était le siège du conseil de la Ligue Acarnanienne (5) ; c’est là qu’elle devait avoir son hôtel des monnaies. Mais de cet hôtel, comme à Mégalopolis, en même temps que les espèces fédérales, sortaient des monnaies municipales d’argent, exactement semblables comme types et comme poids à celles de la Ligue, sauf que c’est le nom de la ville qui y est inscrit en légende (6). L’abondante" série de bronze de la ville des Œniades (7) avule jour au temps où cette cité appartenait à la Ligue Acarnanienne et m avait pas encore passé à celle des Étoliens. En effet, comme marque d’adhésion à la confédération natio-

(1) Mionnet, t. II, p. 219 et s., n°‘ 37-42.

(2) Leake, Numism. hellen., European Greece , Suppl, p. 133.

(3) Mionnet, t. II, p. 230, n° 44; Suppl, t. IV, p. 281, n° 55.

(4) Mionnet, Suppl, t. IV, p. 281, n° 56.

(5) Polyb. IX, 3, 4.

(6) Mionnet, t. II, p. 85 et s.

(7) Mionnet, t. II, p. 84 et s.; Suppl, t. III, p. 470 et s.

nale, toutes les pièces en question portent un monogramme, composé soit des lettres AKAP, soit simplement de AK, ou bien un A, au-dessous de la tête de taureau à face humaine du fleuve Achéloos (1). Cette tête elle-même doit être considérée comme un type fédéral, car nous la voyons apparaître sur certaines pièces de cuivre frappées à Leucade (2) , lesquelles marquent la période de temps assez courte où cette ville appartint à la Confédération Acarnanienne ; elle y est encore accompagnée des lettres AK en monogramme (3). Dans la riche suite des monnaies d’argent de Leucade, dont la fabrication avait commencé plus anciennement, cette période d’adhésion à la Ligue est indiquée, non par un changement des types qui restent immobilisés, mais par l’inscription du monogramme des lettres AK dans le champ du revers (k) ■

A part Apollonie (5), qui, d’après sa situation, devait être plutôt à l'origine une ville des Locriens Ozoles et qui n’a dû appartenir à l’Étolie qu’assez tard (6) , aucune ville de l’Étolie propre ne nous offre de monnayage municipal parallèle au monnayage fédéral, ce qui s’accorde bien avec le caractère de la constitution de ce pays, ligue de tribus plutôt que de cités. Mais au moment de la puissance cul-

(1) Leicester Warren, p. 16.

(2) Mionnet, Suppl, t. III, p. 466, n° 86.

(3) Ce type aurait encore été celui des monnaies d’argent de Stratos avant que cette ville passât aux Étoliens, si la pièce dans Mionnet, Suppl, t. III, p. 472, est authentique et bien décrite.

(4) Leicester Warren, p. 16.

(5) Mionnet, t. II, p. 88, n° 20.

(6) Au temps où Tite-Live (XXVIII, 8) la mentionne, cette ville était étolienne.

minante de la Confédération des Étoliens, vers l’époque de leur guerre contre la Ligue Àcliéenne, les habitants d’un certain nombre de localités étrangères à l’ Etoile propre, ceux d’Amphissa (1) et de Thronion en Locride (2), ainsi que les Œtéens (3) et les Ænianes (4) dans le midi de la Thessalie, proclament leur adhésion au pacte fédéral en frappant des bronzes à leurs propres noms, mais au type de ceux de la Confédération. C’est de la même façon que nous avons vu tout à l’heure Bottiée de Chalcidique indiquer son inscription dans la Ligue Olynthienne ou Chalcidienne.

Au temps de la guerre entre les Achéens et les Etoliens et de celle des Romains, dont les Étoliens étaient alors alliés, contre Philippe Y de Macédoine, les Achéens de la Phthiotide formaient une petite confédération, cliente de celle des Étoliens et souvent confondue avec elle, mais pourtant en droit distincte. Elle ne paraît pas avoir eu de monnaie fédérale commune; mais nous possédons des pièces de bronze frappées à cette époque dans les villes de Thèbes (5) et de Larisse en Phthiotide (6). Les types y sont divers et purement urbains, les légendes celles des villes; mais toutes ces pièces ont en commun la présence dans le champ du revers d’un monogramme formé des lettres AX, initiales du nom des Achéens (7). C’est la

(1) Mionnet, t. II, p. 90, n° I.

(2) Mionnet, t. II, p. 93, n° 29.

(3) Mionnet, t. Il, p. 19, n°* 140 et 141.

(4) Mionnet, Suppl, t. III, p. 278, n° 121,

(b) Mionnet, Suppl, t. III, p. 528, n°* 130-152.

(6) Friedlænder, Archæol. Zeit. 1809, p. 100.

(7) R. Weil, Zeitschr. f. Numism. t. I, p. 175.

désignation de la ligue par un monogramme qui tient sur la monnaie une place secondaire, comme nous l’avons vu sur les pièces de Mégalopolis d’Arcadie et sur celles de plusieurs des villes comprises dans la Confédération Acarnanienne. De la même façon, Démétrias, chef-lieu de la Ligue des Magnètes (1), formée sous les auspices des Eomains, quand elle frappe, à côté des monnaies fédérales dont nous reparlerons dans le § suivant, des espèces d’argent municipales portant le nom de ses habitants, ÀHMH- TPIEHN (2), y inscrit en même temps un monogramme dont la décomposition peut fournir les lettres MA.

6. Il semble que, dans certains cas, les villes faisant partie d’une confédération nationale ne se soientpas bornées à maintenir leur droit à la fabrication d’un monnayage particulier, parallèlement au monnayage fédéral. Poussant à l’extrême le principe de la conservation de leur souveraineté propre dans sa plénitude, elles prétendaient quelquefois avoir le droit de former entre elles des unions séparées et plus intimes, dans le sein même de la confédération. C’est le droit de Sonderbund, que certains des cantons souverains de la Confédération Suisse revendiquaient encore en 1846 et 1847. Quelques faits numismatiques paraissent se rapporter à des ligues temporaires de ce genre, entre cités normalement comprises dans une plus grande confédération. Dans les environs de 300 avant Jésus-Christ (d’après les indications du style), nous rencontrons en Béotie au moins six villes, Haliartos, Léba-

(1) Tit. Liv. XXXV, 31.

(2) Mionnet, t. II, p. 10, n* 78.

<lée, Orchomène, Platées, Tanagra et Thespies, qui frappent des monnaies de bronze absolument identiques, ayant au droit le bouclier béotien, au revers le nom de la ville en abrégé, au milieu du champ sans aucun type. Toutes ces pièces sont si semblables entre elles, qu’il est difficile de ne pas y reconnaître les monuments d’une union monétaire parfaitement caractérisée et même de ne pas les croire fabriquées dans un atelier commun (1). On peut comparer à ce fait celui qui se produisit dans la Suisse en 1825, lorsque les sept cantons de Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, Bâle, Argovie et Vaud s’unirent par un Concordat, en dehors de toute participation des autorités fédérales, pour la fabrication d’une monnaie commune. Celle-ci portait d’un côté, avec le millésime et la marque de la valeur, les armes et le nom d’un des cantons concordataires, de l’autre la croix fédérale avec un C au centre et autour, en légende, LES CANTONS CONCORDANTS DE LA SUISSE sur les pièces des cantons de langue française, DIE CONCORDIER CANTONE DER SCHWEIZ sur celles des cantons de langue allemande. Quel que fût le canton dont elles portassent le nom, ces espèces avaient cours légal dans tout le territoire corcordataire, et elles furent frappées dans deux hôtels de monnaies seulement, Berne et Lausanne, d’après une proportion réglée à l’avance pour chaque canton (2). Il est vrai d’ajouter qu’à cette époque la Suisse ne possédait pas encore de monnaie fédérale, mais seulement les monnaies distinctes des cantons, taillées sur des pieds fort divergents.

Du reste, la ligue séparée des villes béotiennes, au

(1) Leicester Warren, p. 10 et 25 et s.

(2) E. Lehr, Rev. num. 1874, p. 291 et s.

nombre de six au moins, dont l’existence est révélée par les monnaies dont nous venons de parler, se produisit dans des conditions historiques toutes particulières. Quatre des villes qui la composaient, Platées, Thespies, Tanagra et Orchomène, avaient été détruites par Thèbes au moment de sa plus grande puissance et relevées de leurs ruines par Philippe de Macédoine. C’est bien évidemment sous les auspices des rois de Macédoine que leur union particulière se forma pour tenir tête à l’ancien parti thébain, soit pendant le temps où Thèbes, ruinée à son tour par Alexandre, n’existait plus, soit quand Cassandre la rebâtit, en 31ù.

On a cru pouvoir rapporter aux derniers temps de l’existence de la Confédération Béotienne une autre pièce de bronze, qui aurait uni les deux noms de Délion et de Tanagra (1); mais cette monnaie n’appartient pas à la Béotie, elle est en réalité de Temnos d’Éolie, et sa légende doit être lue AHuou T Api'wv. Au reste, tout monnayage de Délion, de quelque date qu’il soit, est plus que douteux (2). .

Nous parlerons dans le g suivant des monnaies fédérales de la Ligue Lycienne, qui appartiennent, en effet, à l’époque de la prédominance exclusive des Romains. Mais il me paraît utile d’indiquer dès à présent, pour grouper tous les exemples d’un fait rare et réellement singulier, que dans le monnayage de cette Confédération, vers la fin de son existence, nous constatons des unions séparées de villes soumises au pacte fédéral. Toutes celles de ces

(1) Mionnet, t. II, p. 104, n° 73.

(2) Imhoof-Blumer , Numismat. Zeitschr. de Vienne 1871 , p. 326-

unions dont on relève aujourd’hui la mention numismatique convergent autour de la ville de Cragos , qui marque sa ligne particulière avec Tlos , Xanthos , Telmessos et Myra sur des pièces d’argent ou plus souvent de cuivre (1), où est mentionné en même temps le nom de la Confédération Lycienne (2). Les inscriptions de la Lycie paraissent mentionner aussi des unions séparées du même genre sous le nom de crujjCToliTeuogevot (3). Au reste, comme l’a remarqué M. Waddington (4), « les mé- « dailles lyciennes, qui portent l’indication d’une alliance « entre deux villes, paraissent appartenir au siècle d’Au- « guste (5), époque à laquelle l’ancienne Confédération a Lycienne commençait à tomber en décadence , par a suite de discordes intestines, qui lui firent finalement te enlever son autonomie par l’empereur Claude, et dont « ces alliances partielles de ville à ville furent peut-être a le germe. »

7. Quelques-unes des confédérations grecques les plus fameuses dans l’histoire n’ont pas eu de monnaie fédérale. Ç’a été généralement le cas des simples symmachies,

(1) Waddington, Rev. num. 1833, p. 93; Leicester Warren, p. 41.

(2) La pièce d’argent unissant les noms de Cragos et de Tlos ne porte pas toujours la mention des Lyciens : Rev. num. 1843, pl. XVII, n° 14.

(3) Le Bas-Waddington, Voyage en Grèce, Inscriptions de l'Asie Mineure, n°‘ 1290 et 1292.

(4) Rev. num. 1853, p. 93.

(b) La pièce d’argent qui réunit les noms de Cragos et de Tlos doit être pourtant un peu antérieure à Auguste, sous qui la Ligue Lycienne abandonna l’ancienne taille rhodienne de ses monnaies d’ai^ent, pour adopter celle du denier.

formées par des cités réparties sur une vaste étendue de territoire en vue de se défendre contre les entreprises d’un ennemi ambitieux. Il y avait alors alliance d’États qui n’abdiquaient et ne mettaient en commun aucune partie de leurs prérogatives de souveraineté , se promettant seulement assistance mutuelle; il n’y avait pas à proprement parler une confédération ayant pour lien un pouvoir fédéral réel. On n’allait pas plus loin dans cette voie que la création d’un auve&piov des alliés, destiné à servir de conseil de guerre pour des opérations communes et dans certains cas de tribunal arbitral dans les différends entre les cités alliées. Le pacte constitutif de la deuxième Ligue Athénienne , dont le texte nous a été conservé par une inscription (I), montre avec une grande netteté quelles étaient les conditions des symmachies de ce genre, et l’on y voit comment elles ne pouvaient pas donner lieu à la création d’une monnaie commune. Aussi ne connaissonsnous qu’un groupe de monnaies que l’on puisse qualifier proprement de symmachiques , en les distinguant des monnaies fédérales. Ce sont les pièces d’argent frappées par plusieurs villes d’Asie Mineure alliées après la bataille de Cnide, dont il a été question plus haut (sous le chiffre 3 dans ce §). Encore y avons-nous vu, au sein de la symmachie générale, une union monétaire spéciale, restreinte à plusieurs villes, tandis que les autres cités alliées monnayent leurs espèces d’après leur système particulier, en se bornant à adopter toutes le type symbolique de l’Hercule étouffant les serpents.

Dans d’autres cas, lorsque la confédération n’a été en réalité que la domination effective et fort lourde d’une cité

(1) Corp, inscr. altic. t. Il, n° 17.

prépondérante , jalouse du pouvoir, avide des bénéfices financiers que lui assurait la direction de la ligue, transformant en tributaires et en sujettes les autres cités, nominalement ses alliées, la ville dominatrice s’est bien gardee de créer une monnaie fédérale dont les profits auraient du être mis en commun. Au lieu de créer ainsi une concurrence à sa propre monnaie, c’est celle-ci que, dans un intérêt égoïste, elle a tenu à développer, en imposant à tous ses sujets de la recevoir. C’est ce qui s’est passé dans la première Ligue Athénienne, dans la Confédération de Delos, dont le régime oppressif souleva, lors de la guerre du Pdoponnèse, tant d’ennemis contre Athènes parmi ceux qui auraient dû être ses alliés naturels. Non-seulement cette Confédération n’eut jamais de monnaie commune, mais nous constaterons d’une manière positive, lorsque nous étudierons en détail le monnayage des villes grecques de l’Asie Mineure entre les Guerres médiques et le temps d’Alexandre (livre TI, chap. iv, g 3), que 1 époque de la suprématie athénienne est précisément dans cette contrée celle de la plus grande divergence de ville a ville dans es tailles monétaires. Ainsi que nous 1 avons dit tout à l’heure, cette diversité des monnaies produisait d un marché sur l’autre de telles complications de change que le commerce avait été conduit à adopter les tetradrachmes d’Athènes comme une monnaie internationale, a valem “ ZU recherchée. Les Athéniens eu

garde de pousser les villes de leur empire dans les voies îe Vunité monétaire, de faire cesser un état de choses qui assurait à leur propre monnaie un succès exceptionn et une large exportation, leur procurant ainsi de si beaux bénéfices dans l’exploitation des mines du dans la fabrication des espèces monnayées. Ils favonse

rent donc la variété des étalons des monnaies locales et entravèrent toutes les tentatives pour s ’y soustraire, tant que dura leur suprématie. C’est seulement après l’écroulement de leur empire que nous voyons se former entre les villes qu’ils avaient dominées des unions monétaires dans le genre de celle des hectés d’électrum ; c’est même seulement apres la paix d’Antalcidas, et sous les auspices du gouvernement perse, que se produit dans un grand nombre de villes de l’Asie Mineure un mouvementtrès-sensible vers l’unification de l’étalon monétaire, mouvement qui se traduit par l’adoption du pied de l’argent rhodien (1).

Au reste, une des grandes préoccupations de la politique financière d’Athènes a été de développer l’exportation de la monnaie d’argent, où elle trouvait une de ses meilleures sources de revenus (voy . liv. YI, chap. iv, § 1). C’est à ce point de vue qu’elle régla la situation de ses colonies sous le rapport monétaire, au moins de celles qu’elle établit pendant la période de sa plus grande puissance. A d’autres époques de l’histoire grecque, nous voyons certaines cités en possession d’une domination extérieure étendue, comme Rhodes, qui permettent et favorisent le monnayage de l’argent chez leurs sujets. Ainsi, pendant le temps où Rhodes eut la souveraineté- de la Lycie, entre 188 et 168 av. J.-C., la plupart des villes lyciennes furent admises à frapper de petites pièces d’argent aux types rhodiens, où elles inscrivaient leurs noms au lieu de celui de Rhodes, et même quelquefois deux de ces noms en union monétaire (2) . Il est probable que la ville souveraine devait percevoir un droit sur les bénéfices de ce monnayage de ses sujets. Au

(1) Voy. Brandis, p. 223 et s.

(2) Longpérier, Rev. num. 1810, p. 405 et s.; Leicester Warren, p. 37.

contraire, lorsque l’on étudie les suites des monnaies d’Égine, deNaxos et de Mélos, il est facile de constater que la fabrication des pièces d’argent, abondante jusque-là, cesse brusquement avec l’établissement des cléruques athéniens entre lesquels on partage le sol enlevé aux anciens habitants. La nouvelle population des colons athéniens n’émet que des pièces de cuivre (1). Ces faits sont si bien caractérisés, qu’ils me paraissent révéler un principe suivipar Athènes à l’égard des territoires qu’à cette époque elle réduisit à l’état de colonies ; interdiction de tout monnayage d’argent pour ne se servir que des espèces de la mère patrie dans ce métal, permission de frapper seulement de petites monnaies d’appoint en cuivre (2).

(1) Sur les monnaies de bronze des cléruques athéniens d’Égine, qui marquent une date importante dans l’histoire du monnayage de la Grèce, voy. livre VI, chap. iv, § 6.

(2) La question de la limite dans laquelle, chez les Grecs, le droit monétaire était laissé à une ville dépendant politiquement d’une autre, est encore fort obscure et réclamerait une étude spéciale. Il ne paraît pas, du reste, y avoir eu de principes fixes à ce sujet, et les faits ont varié suivant l’esprit de la politique des cités. Quelquefois la ville souveraine supprime tout monnayage de la part de la ville dépendante; d autres fois elle la restreint à ne frapper que des espèces de cuivre. Il y a des cas où elle se réserve la fabrication exclusive des pièces d’argent les plus fortes, ne laissant à la ville soumise à son autorité que l’émission de très-petites pièces divisionnaires de ce métal ; c’est ce que nous observons à Héraclée de Lucanie, dans les temps assez anciens où elle dépendait politiquement de Tarente, et plus tard chez les Pitanates, colonie des Tarentins dans le Samnium, toujours subordonnée poliiiquement à la mère patrie (Mommsen, M R, t. I, p. 145 et 169). Enfin il est des cas où la ville dépendante jouit de la plénitude du droit monétaire et frappe des monnaies de même valeur que celles de la ville dominante, en moins grand nombre seulement. Citons Astyra, dont les pièces d’argent égalent celles de Rhodes, sa métropole, dans le commencement du ive siècle (Brandis, p. 486), et Crénides, dépendance de Thasos, qui pendant sa courte existence a frappé, avec l’or de ses mines, des monnaies désignées par leur

A l’époque où la prépondérance de Thèbes, sous l’impulsion du génie militaire et politique d’Épaminondas et de Pélopidas, absorba presque complètement la Confédération Béotienne, transformant en véritable domination l’hégémonie qui avait presque toujours appartenu à cette ville, nous voyons la proportion du monnayage fédéral diminuer très-notablement et la masse du monnayage municipal de Thèbes s’augmenter de façon à en dépasser de beaucoup l’importance (î). La numismatique exprime ainsi sous une forme sensible la position nouvelle prise par la ville de Cadmus. De même qu’à ce moment, dans le langage des historiens, Thébain devient le synonyme de Béotien et l’expression la plus souvent employée (2), Thèbes, désormais maîtresse du pays jusqu’à son abaissement par Philippe et sa ruine par Alexandre, développe la fabrication de sa propre monnaie, dont elle a seule les profits, aux dépens de la monnaie fédérale, dont il eût fallu les partager avec les autres confédérés. C’est à ce moment qu’elle se met à frapper des espèces d’or à son propre nom (3), tandis qu’aucune n’a jamais été fabriquée au nom de la Ligue.

8. J’ai réservé le groupe nombreux des monnaies de la Ligue Achéenne pour en parler séparément. C’est le monnayage fédéral le plus important de la Grèce et le mieux organisé, de même que la Confédération qui l’a émis fut la

légende comme celles des Thasiens du continent, OAZIfîN HPEIPO (Mionnet, t. I, p. 433, n° 12).

(1) Leicester Warren, p. 8 et 24.

(2) Voy. Freeman, History of fédéral government, p. 160 et s.

(3) Mionnet, Suppl, t. III, p. 523 et s., n“ 117 et 118; Calai. Th. Thomas, n“ 1419 et 1420.

plus parfaite, la plus homogène, celle qui sut le mieux concilier la souveraineté que gardaient, chacune chez elle, les cités confédérées, avec l’existence d’un pouvoir fédéral commun vraiment fort, exerçant une autorité effective. La supériorité de la Ligue Achéenne sur tous les autres essais de fédération tentés jusqu’alors chez les Grecs se traduit dans sa numismatique . Elle nous fait pénétrer dans les rouages intimes de cette Confédération si Lien constituée, qui eût pu sauver l’indépendance de la Grèce si elle s’était formée plus tôt et si des jalousies aussi coupables que mesquines ne l’avaient pas contrecarrée, mais qui du moins parvint à jeter un dernier éclat sur 1 agonie de la nationalité hellénique. Le pacte fédéral des Achéens, remontant aux premiers et modestes débuts de leur Ligue, mais auquel durent adhérer toutes les villes qui s y agrégèrent par la suite, établissait 1 unité de poids, de mesures et de monnaies, comme de législation civile et criminelle, dans tout le territoire de la Oonfedeiation, de même qu’en respectant la souveraineté des villes il leur imposait, pour être admises comme confédérées, d’adopter un même type de constitution, avec les mêmes magistrats (1) ; c’était le moyen d’éviter les déchirements que l’antagonisme entre les cites démocratiques et aiistocratiques avait produits dans les Confédérations giecques antérieures. Au début, la monnaie fédérale — on ne possède qu’un petit nombre de spécimens de cette époque (2)

se composait de drachmes d’argent et de petites pièces

de cuivre, ayant les unes et les autres, d’un côté la tête de

(1) Polyb. II, 37.

(2) Cousinéry, Monnaies de la Ligue Achéenne, lre part. pl. I, n° 1; Zeilschr. f. Num. t. II, p. 138 et 246.

Jupiter, de l’autre, dans une couronne d’olivier, un grand monogramme composé des lettres AX ; il n’y a rien de plus, aucune indication de ville, aucune mention de magistrat ; les pièces ont été évidemment frappées dans un atelier unique, servant pour toute la Confédération. Cette forme donnée au numéraire fédéral était la plus convenable à l’époque où la Ligue se bornait aux petites villes de l’Achaïe propre, trop peu importantes pour avoir chacune sa monnaie et qui trouvaient économie à frapper les espèces en commun pour partager les bénéfices comme elles avaient partagé les frais. Mais il fallut adopter une autre combinaison, à partir de l’époque d’Aratos, quand la Ligue s’étendit à la plus grande partie du Péloponnèse et même à quelques territoires au delà de l’isthme, englobant des cités riches et puissantes, qui n’auraient pas renoncé facilement au droit de monnayage qu’elles exerçaient de longue date.

Il importait de ne pas admettre, ce qui avait eu de grands inconvénients dans les anciennes Ligues, la fabrication par les différentes cités confédérées de monnaies municipales parallèlement aux monnaies fédérales, y faisant concurrence, encombrant la circulation et y portant souvent le trouble, car l’exactitude du poids et du titre de ces monnaies municipales échappait au contrôle des autorités centrales de la Confédération. On y parvint par une ingénieuse combinaison des deux droits de monnayage local et commun confondus en un seul, que réglait un concordat fédéral sous la surveillance des magistrats présidant à toute la Ligue. La monnaie fut une de poids, de titre, de valeur et de types ; mais chacune des villes en frappa chez elle une certaine quantité, en prenant pour elle les dépenses et les profits, sous la responsabilité de

ses propres magistrats, et comme marque de cette responsabilité, ainsi que comme moyen de contrôle pour les autorités fédérales, elle y plaça, à côté des types communs de la Ligue, sa marque particulière et la signature de son magistrat.

C’est sur ce principe que repose toute l’organisation des monnaies de la Ligue Àchéenne (1). En argent, ce sont de petites pièces dont le poids flotte de 2 gr. 77, pour les plus anciennes, à 2 gr., pour les plus récentes; elles ont les mêmes types que les pièces de la première époque : au droit la tête de Jupiter, presque toujours sans légende (2), au revers le monogramme de la Ligue, composé des deux lettres AX, de grande dimension, dans une couronne d’olivier ; mais désormais ce monogramme est accompagné du symbole ou des initiales de la ville où la pièce a été frappée, et des premières lettres du nom d’un ou de plusieurs magistrats urbains responsables, détachées ou groupées en monogramme (3), le tout de plus petite dimension (i). Les monnaies de cuivre, toutes d’une seule

(1) Sur ces monnaies en général, voy. Leicester Warren, Greek fédéral coinage, p. 44 et s.

(2) Ægion seule met quelquefois son nom tout au long du côté de la tête de Jupiter, comme pour indiquer que c’est le dieu qui a son sanctuaire dans la ville, en même temps que c’est la ville qui a frappé la monnaie.

(3) Ægion et Élis sont seules à inscrire tout au long le nom du magistrat responsable auprès du monogramme de la Ligue, sur le revers des pièces d’argent.

(4) Sur ces monnaies, voy. Cousinéry, Essai historique et critique sur les monnaies d'argent de la Ligue Achéenne, Paris, 1823. Depuis lors, il n’y a pas eu de travail d’ensemble; on trouve seulement quelques excellentes observations de détail dans les Numismala hellenica du colonel Leake.

taille (1), ont les images des deux dieux protecteurs de la Confédération, qui avaient leurs temples côte à côte à Ægion (2), d’un côté Zeus Homagyrios debout, avec le nom du magistrat local écrit tout au long, de l’autre Déméter Panacbæa assise, avec une légende qui contient le nom du peuple delà ville, précédé de l’épithète d’Âchéens, qui caractérise sa soumission aux lois fédérales, par exemple AXAIflN KOPIMGlflN ( monnaie ) des Achéens de Corinthe, AXAlflN AAEIflN ( monnaie ) des Achéens d’Elis, etc. On peut ainsi suivre sur les monnaies achéennes tous les événements qui font successivement entrer des cités nouvelles dans la Ligue, comme aussi les progrès de la politique de Philopémen tendant à diminuer les dangers qui résultaient de l’importance trop grande de certaines villes, en faisant donner par l’assemblée de la Confédération les droits de cités souveraines à des localités qui dépendaient d’abord d’elles, séparant par exemple Pagæ de M égare, Alipkira, Asée, Dipée, Gortys, Pallanteion et Tkisoa de Mégalopolis, Elisphasia de Mantinée, Coroné de Messène (3).

(1) Les monnaies de cuivre de la Ligue, bien plus faciles et bien plus certaines d’attribution que celles d’argent, ont été l’objet de plus nombreuses études : Sestini, Sopra lemedaglie antiche relative alla confederazione degli Achei, Milan, 1817; Leicester Warren, The copper coinage of the Aehæan League, dans le Num. cliron. 1864, p. 77-93; Finlay, Num. chron. 1866, p. 32 et s.; P. Lambros, Ztitschr.f . Num. t. II, p. 160 et s.

(2) Pausan. VII, 21, 1 et 2.

(3) Voici la liste des 43 villes dont on a pu jusqu’ici relever les marques ou les noms écrits en entier sur les monnaies de la Ligue Achéenne. Pour chacune j’indique le métal dont on en connaît des pièces.

Ægire (argent et cuivre).

Ægion (argent et cuivre).

Cérynia (cuivre).

Achaïe.

Dymé (argent et cuivre).

Patræ (argent).

Pellène (cuivre).

Les petites pièces d’argent étaient sûrement des drachmes (1)-, nous rechercherons plus loin l'origine de

Élide.

Élis (argent et cuivre).

Triphylie.

Ilypana (cuivre).

Messénie.

Coroné (cuivre).

Messène (argent et cuivre).

Laconie.

Lacédémone (argent).

Arcadie.

Alée (cuivre).

Lusi (cuivre).

Aliphire (cuivre).

Mégalopolis (argent et cuivre),

Antigonia-Mantinée ( argent et Méthydrion (cuivre).

cuivre).

Pallanteion (argent et cuivre).

Asée (cuivre).

Phénée (cuivre).

Caphya (argent et cuivre).

Pbigalie (cuivre).

Clitor (cuivre).

Stymphale (cuivre).

Dipée (cuivre).

Tégée (argent et cuivre).

Elisphasia (cuivre).

Teuthis (cuivre).

Eva (cuivre).

Thelpuse (cuivre).

Gortys (cuivre).

Hérée (cuivre).

Thisoa (cuivre).

Argolide.

Argos (argent et cuivre).

Epidaure (argent et cuivre).

Asiné (cuivre).

Hermione (cuivre).

Cléones (cuivre).

Trézène (argent).

Corinthie.

Corinthe (argent et cuivre). Sicyone (argent et cuivre).

Phlionte (cuivre) .

Mégaride.

Mégare (argent et cuivre). Pagæ (cuivre).

Iles.

Égine (argent).

(1) Voy. Mommsen, M R , t. I, p. 83.

leur taille si faible (livre YI, chap. iv, § 1 , et chap. y. § 7) . Quant a celles de cuivre, quelques-unes portent la marque de valeur XI, qu’il faut expliquer par yxKy.ol iïéxoc (1); elles avaient donc cours pour dix chalques, c’est-à-dire, avec le nombre de chalques que comprenait ordinairement la drachme à partir du temps d’Alexandre (voy.plus haut, livre II , chap. I , § 1 et 2) , un sixième de la pièce d’argent.

§ 3. — Monnayage des provinces sous la République

ROMAINE

1. L’établissement de la domination romaine apporta naturellement de grandes modifications dans les principes et dans l’organisation du droit monétaire dans le monde grec. Mais il n’y supprima pas le monnayage local. En général, les Romains, surtout dans l’Orient, laissèrent aux provinces qu’ils acquéraient par la force des armes, ou qui se donnaient spontanément à eux, une grande latitude d’autonomie municipale. Elle fut presque partout accompagnée de la permission de battre monnaie pour l’usage local, permission soumise, du reste, à une réglementation et à des restrictions assez nombreuses.

Nous étudions ici spécialement les vicissitudes du droit de monnayage dans le monde grec et oriental ; c’est donc surtout des monnaies grecques battues sous la suprématie de la Képublique romaine, que nous avons à parler. Pourtant il est impossible de ne pas dire aussi un mot de l’Oc-

(1) P. Lambros, Zeitschr. f. Num. t. II, p. 167.

cident, car nous ne saurions, sans un sérieux inconvénient, scinder d’une manière artificielle cette partie de notre sujet, et ne pas jeter un coup d’œil d’ensemble sur les principes adoptés par le gouvernement républicain en matière de monnayage local des contrées alliées ou sujettes. Les faits seront exposés en détail, province par province, dans le livre VII, chap. m, § 6 ; ici, nous voulons seulement résumer les règles qui ressortent de leur étude.

Si l’on constate, du reste, à l’époque de la République, de nombreux faits de fabrication de monnaies locales en Occident, aussi bien qu’en Orient, on est tout d’abord frappé d’une différence profonde dans la manière dont Rome en entendit l’organisation en Orient et en Occident, non pas tant au point de vue des limites du droit laissé aux provinces et aux villes qu’au point de vue du système monétaire (1).

En Italie, en Sicile, en Sardaigne, dans la province de Carthage, en Numidie et en Mauritanie, dans toute l’Espagne, dans les Gaules et en Dalmatie, les Romains, au fur et à mesure de l’établissement de leur domination, ne tolérèrent que la circulation exclusive de leurs deniers ou la fabrication d’espèces locales taillées sur le type du denier et de ses divisions. Tout l’ancien numéraire qui ne rentrait pas dans ce type fut démonétisé. Pour le nouveau, ou bien les ateliers municipaux ne purent plus émettre de pièces d’argent, mais seulement des monnaies divisionnaires de cuivre ramenées au système de l’as, comme en Sardaigne, en Afrique et même en Sicile ; ou bien l’on imposa, même aux rois alliés et aux cités qui continuaient de rester légalement libres et autonomes, de calquer désormais leur

(1) Voy. Mommsen, MR, t. III, p. 435.

numéraire d’argent sur les étalons romains. C’est ainsi que les monnaies de ce métal des rois de Mauritanie, des villes de l’Espagne entre 206 et 143 av. J.-C., ainsi que d’Apollonie d’Ulyrie après 229(1), sont des deniers; celles de Dyrrhachion à partir de la même époque et celles de Massalie à dater de la seconde guerre punique (voy. livre YI, chap. vu, §2), des victoriats (voy. livre VII, chap. m, § 4); enfin celles des chefs gaulois depuis César jusqu’à l’organisation des trois provinces par Auguste, des quinaires. Dans toute cette partie des domaines de Rome, il n’y avait donc qu’une seule forme de monnaie d’argent en circulation. Les monnaies locales n’avaient pas pour cela cours légal en dehors du territoire pour lequel elles avaient été fabriquées, mais elles purent continuer à y circuler, comme deniers et divisions du denier, longtemps après que la permission de les fabriquer eut été retirée (2) .

En Orient , au contraire , Rome ne voulut pas faire violence à des habitudes établies depuis des siècles, en imposant l’adoption de l’étalon du denier. Elle se borna à assurer à sa propre monnaie d’or et d’argent cours légal, etdans (.tes conditions avantageuses, parmi toutes les provinces sujettes et les pays alliés. Un des premiers soins de l’administration romaine fut donc, dans les diverses contrées de l’Orient , d’établir pour la région un tarif fixant la valeur réciproque des anciennes monnaies indigènes et du denier, tarif d’après lequel les transactions devaient se régler et qui avait toujours un caractère léonin en faveur du numéraire de la République souveraine. C’est

(1) Mommsen, M R, t. II, p. 92.

(2) Pour les faits qui le prouvent par rapport aux deniers espagnols, voy. Mommsen, U R, t. III, p. 2 45.

ainsi qu’en Grèce la drachme attique fut assimilée au denier (I) ; dans la province d’Asie Mineure, tous les anciens tétradrachmes grecs, quel qu’en fût le poids, furent tarifés à 3 deniers (2); dans la Syrie, au contraire, Pompée en fixa la valeur à k deniers (3). De cette manière s’établirent un certain nombre de circonscriptions monétaires, dont les limites ne coïncidaient pas toujours avec celles des provinces, circonscriptions dans chacune desquelles un tarif particulier déterminait le rapport légal entre la monnaie indigène et le denier romain (4). Ceci établi, on laissait les anciennes monnaies existant dans la circulation y demeurer avec la nouvelle valeur qu’on y avait imposée, en se fiant à la force des choses pour que celles à qui le tarif était par trop désavantageux prissent rapidement le chemin du creuset et fussent remplacées par la monnaie romaine. Quant aux nouvelles monnaies dont on permettait la fabrication, elles continuèrent à être taillées d’après les systèmes grecs ; mais on n’y admit plus que la drachme conforme au tarif régional, c’est-à-dire celle des diverses unités grecques qui se trouvait dans un rapport déterminé avec le denier romain. Ainsi, dans la province d’Asie, on interrompit toute fabrication de tétradrachmes de poids attique, pour ne plus laisser faire que des cistophores (voy. livre VI, chap. iv, à ce mot), dont le poids se rapprochait en effet de celui de 3 deniers romains, valeur pour laquelle ils étaient tarifés. En Syrie, Pompée

(1) Mommsen, M R, 1. 1, p. 96 et s.

(2) Mommsen, M R, 1. 1, p. 64 et s., 98 et s.

(3) Mommsen, M R, t. I, p. 46 et s., 97 et s.

(4) Sur les textes qui nous font connaître les principaux de ces tarifs et leur explication, voy. Mommsen, M R, t. I, p. 33 et s.

fit cesser l’émission des tétradrachmes de pied phénicien à Sidon et à Arados (1), parce que ces monnaies , avec une valeur de 4 deniers, auraient eu un poids plus faible, que leur tarif de circulation eût été désavantageux à la monnaie romaine ; en même temps, sous les auspices des gouverneurs romains, on se mit à fabriquer à Tripolis et à Arados des pièces de poids attique (2), combinées de telle façon que leur drachme fût un peu plus pesante que le denier romain, qui légalement lui était équivalent (voy. livre VI, chap. v,§ 5). Le principe adopté par les Komains en pareil cas, afin d'assurer un avantage à leurs espèces, était d’imposer de tenir la monnaie locale un peu au-dessus de la monnaie romaine comme valeur intrinsèque et de recevoir au même cours le denier, réellement inférieur. C’était, du reste, pour sa valeur en drachmes grecques, déterminée par ces tarifs léonins, que la monnaie romaine circulait dans les provinces, orientales ; car nous savons par des témoignages positifs que, jusqu’à l’Empire, les comptes officiels eux-mêmes s’y faisaient en drachmes et deniers (3).

(1) Eckheh D N, t. III, p. 393. — On ignore par quelle raison et en vertu de quel privilège Tyr fut, au contraire, admise à continuer la fabrication de ses tétradrachmes sur l’ancien pied, laquelle se maintint jusqu’en 183 de l’ère tyrienne, 57 ap. J.-C. 11 est probable que les tétradrachmes municipaux de Tyr ne furent pas reçus au droit de circulation libre dans la province de Syrie d’après les données du tarif de 4 deniers, mais qu’ils furent traités en monnaie étrangère, soumise au change, en dehors du territoire même de la ville.

(2) Mommsen, MR, t. I, p. 47.

(3) L’an 711 de Rome, on comptait encore en Syrie par tétradrachmes : Cic. Ep. ad fam. XII, 13, 4.

2. Au point de vue du droit monétaire, comme du droit public, il importe de distinguer dans le système romain les alliés des sujets. Sans doute, dans le fait, les privilèges de la qualité d’alliés n’étaient que nominaux; si ceux que l’on avait admis à ce titre dans la clientèle de la Ville éternelle étaient libres de droit et nominalement souverains chez eux, cette souveraineté était rendue dans la pratique tout à fait illusoire, réduite à une simple autonomie municipale, et les alliés se trouvaient, eux aussi, des sujets. Pourtant, au point de vue monétaire, ils paraissent avoir bien eu le droit général de frapper la monnaie d’argent, en vertu de leur position légale plutôt encore que d’une autorisation particulière. C’était pour leur enlever ce droit, toujours soumis, du reste, à une surveillance et à une réglementation, non pour le leur donner, qu’il fallait une décision spéciale.

La plupart des villes grecques, d’Occident ou d’Orient, que nous savons avoir joui du titre de libres et autonomes, tout en étant enclavées dans des provinces romaines, nous offrent, pendant cette période de leur histoire, un monnayage d’argent, d’apparence pleinement autonome, qui pour quelques-unes se continue jusqu’à l’établissement de l’Empire. On peut citer entre autres, dans ce genre, les séries de Massalie, d’Apollonie et de Dyrrhachion en lllyrie, d’Athènes (1), d’Alexandria Troas, de Chios, de Rho-

(1) L’époque où cessa la fabrication des tétradrachmes d’Athènes est encore fort difficile à déterminer. M. Mommsen ( U R, t. III, p. 283) pense que la ville perdit le privilège du monnayage de l’argent lors de sa prise par Sylla; Beulé ( Monnaies d’ Athènes, p. 100 et s.), que ce droit a dû se maintenir jusqu'à Auguste. C’est l’opinion à laquelle nous inclinerions le plus volontiers, car nous croyons y retrouver, parmi les magistrats monétaires, des personnages postérieurs à Sylla, entre autres le Thémistocle, qui fut daduque d’Eleusis vers 55 av. J.-C.

des, de Tyr, de Tripolis de Syrie et d’Arados. Il faut y joindre celle de Sidé de Pamphylie, ville dont aucun teste littéraire ne détermine la position légale, ressortant seulement de la numismatique. La fabrication des tétradrackmes de Sidé, à la tête de Minerve avec une Victoire au revers (1), s est prolongée jusqu’à l’époque du second triumvirat (2), puisque, lorsque Marc-Antoine eut donné la Pamphylie à Amyntas, roi de Galatie, celui-ci la continua encore sans autre changement que l’inscription de son nom royal (3). La circulation de ces tétradrachmes de Sidé comme monnaie provinciale paraît avoir été tolérée dans toute l’étendue de la Pamphylie (4), dont la situation resta fort indécise et flottante jusqu’en 25 avant Jésus- Christ, où elle forma définitivement une province avec la Galatie. Mais ils n’étaient reçus dans la province d’Asie qu’ après avoir été poinçonnés d’une contremarque qui les assimilait au cistophore (5), bien inférieur de poids, qui en faisait dans cette province l’équivalent de 3 deniers romains, tandis qu’en Pamphylie ils en valaient quatre.

A plus forte raison que lorsqu’il s’agit des simples cités déclarées libres et autonomes, le droit de monnayage de l’argent et du cuivre appartenait librement aux pays que les Romains, en attendant de les réduire plus tard en provinces, organisent en Confédérations nominalement libres, sous leurs auspices et leur protectorat. T. Quinctius Fla-

(1) Brandis, p. 496.

(2) Burgon, Nam. chron. t. VIII, p. 82 et s.; Mommsen, M R, t. I, p. 99.

(3) Borrell et Burgon, Num. chron. t. VIII, p. 62 et s.

(4) Mommsen, M R, t. III, p. 310.

(5) Pinder, Ueber die Cistophoren, p. SS2, pl. I, n° 31.

mininus, que sa politique philhedlénique ait été de bonne foi ou n’ait caché qu’un piège, fut le plus grand créateur de Confédérations de ce genre, après sa victoire sur Philippe Y de Macédoine. Nous avons des monnaies d’argent de toutes celles qu’il établit au nord de la Grèce (1), des Tliessaliens (2), des Perrhèbes (3), des Magnètes (4), des Eubéens (5) . Ce sont des espèces fédérales émises en commun au nom du peuple; mais, chez les Magnètes, la capitale, Démétrias, produit en même temps un monnayage d’argent (6). Toutes ces Confédérations, de même que celles qui avaient une existence plus ancienne dans la Grèce propre et dont le monnayage fédéral nous a occupés au § précédent, furent dissoutes par les Romains lors de la prise de Corinthe et de la formation de la province d’ Achaïe ; la fabrication de leurs monnaies ne dura donc que cinquante-

(1) Tit. Liv. XXXIII, 32; Polyb. XVIII, 29, 3.

(2) Cavedoni, Spicilegio numismatico, p. 36; F. Lenormant, Rev. num. 1832, p. 211 et s.; Leicester Warren, Greek fédéral coinage, p. 20 et s.; R. Weil, Zeitsclir. f. Numism. t. I, p. 176 et s.

(3) Leake, Numism. hellen., European Greece, p. 88; Zeitschr. f. Num. t. I, p. 181.

(4) Leake, Numism. hellen., European Greece, p. 67.

(3) Mionnet, t. II, p. 301, n°s 9 et 10.

C’est entre la mort de leur roi Amynandre et l’année 146, date de la réduction de tous ces pays en province romaine, que les Athamanes ont frappé les monnaies républicaines portant leur nom de peuple (Mionnet, t. II, p. 89, n° 21; Suppl, t. III, p. 481 et s.). Quant aux pièces des Ænianes, imitées de celles delà Ligue Thessalienne (Eckhel, D N, t. II, p. 133; Mionnet, t. II, p. 8 et s., n°s 66-69; Suppl, t. III, p. 277 et s., noS 113-120), il faut en placer la fabrication entre 168 et 146, la première date étant celle où les Romains les firent sortir de la Confédération Étolienne.

(6) Mionnet, t. II, p. 10, n° 78.

neuf ans. Quand les Romains, un peu plus tard (1), rétablirent nominalement les Ligues grecques, dont l’existence ne leur parut plus offrir de danger politique, on ne leur rendit pas le droit de monnaie commune ; elles n’étaient plus alliées, mais tributaires et sujettes. La Ligue des Thessaliens le reçut seule de nouveau, vers le temps de César (2), et le garda pendant l’Empire (o), mais pour le cuivre seulement, non pour l’argent.

Après la défaite de Persée, la Macédoine ne fut pas tout d’abord réduite en province ; pour briser sa puissante unité nationale, on la divisa en quatre Confédérations, nominalement indépendantes. Nous avons de belles monnaies d’argent qui portent les noms de la première et de la seconde de ces Confédérations, MAKEAONHN nPHTHS et MAKEAONON AEYTEPA2 (4), des pièces de cuivre de la quatrième (5); mais jusqu’à présent on ne connaît aucune monnaie de la troisième, celle dont Pella était la capitale. Exactement contemporaines se montrent, par leurs caractères de style et de fabrication, les pièces d’argent aux mêmes types qui ont pour légende MAKEAONHN

(1) Pausan. VH, 16, 10.

(2) Le premier nom de stratège que l’on trouve sur ce nouveau monnayage thessalien est celui de Petræos, qui fournit un corps d’auxiliaires à César dans la campagne de Pharsale : voy. Leake, Transact. of tlie R. Soc. of Literature, 2e ser. t. IV, p. 75; F. Lenormant, Rev. nom. 1852, p. 213 et s.

(3) Jusqu’à Gallien : Mionnet, t. II, p. 6-8; Suppl, t. III, p. 268-277.

(4) Mionnet, t. I, p. 456 et s., nos 47-62; Bompois, Examen des monnaies de la Communauté des Macédoniens, pl. III, 3' catégorie et 4e, nos 1-4.

(5) Mionnet, t. I, p. 457, n° 65; Bompois, pl. III, 4e catégorie, nos 5 et 6.

AMOAilflN (1) et BOTTEATON (2); ces monnaies étonnent au premier abord, car elles sembleraient révéler une autonomie séparée accordée aux gens de l’Amphaxitide (3) et de la Bottéatide ou Bottiéide de l’Émathie, fait dont il n’est aucunement question dans l’bistoire, que démentent, au contraire, les données tres-positives que nous avons sur l’organisation des quatre Confédérations. Mais l’Amphaxitide constituait la partie la plus importante de la seconde de ces Confédérations; c’est dans ce district qu’était située la capitale ; ses habitants pouvaient donc parfaitement s’intituler Ma^eiJo've; ’Autpa&ot, et précisément les tétradrachmes à la légende MAKEAONHN AEYTEPAI sont bien peu nombreux pour le développement de monnayage que l’on serait en droit d’attendre dans ce riche territoire. Je vois donc dans le tétradrachme MAKEAONHN AMOAIIHN une variété delà monnaie de la deuxième Confédération; et je suis disposé à considérer comme étant celle de la troisième les pièces d’argent à la légende BOTTEATHN, car la Bottiéide y tenait une place analogue à celle de l’Amphaxitide dans la deuxième. Ce qui complète le rapprochement, c’est qu’aux pièces d argent des Bottéates, dont je parle, correspondent des pièces de

(-1) Rev. num. 1866, pl. X, n° 14.

(2) Mionnet, t, I, p. 470, n° 167; Suppl, t. III, p. 30, n» 329 et 330; Bompois, Num. chron. n. s. t. XIV, p. 223.

(3) On a des pièces, mais de bronze, à la légende AMOA^IflN simplement (Mionnet, t. I, p. 462, n- 98-100), qui ne rentrent plus dans ces données d’autonomie allant jusqu’au monnayage de l’argent, mais dans celles du droit plus restreint de fabrication d’une monnaie municipale de cuivre, accordé à la plupart des villes et des cantons de la Macédoine sous le régime des quatre Confédérations et sous celui^de la province romaine. Le tétradrachme MAKEAONHN AMOAzlflN en est tout à fait différent.

cuivre contemporaines avec la légende MAKEAONHN, plus un grand monogramme, composé des lettres BOT (1), que depuis longtemps on a rapporté au peuple de la Bottéatide. Il faut donc lire en entier MxY.edovuv Bottscctwv, formule exactement parallèle a MazeJovwv ’Ajùpaçiwv • on n’en retrouve de pareille pour la désignation monétaire des habitants d’aucun autre district ni d’aucune cité de la Macédoine (2). .

En 188, les Romains donnèrent à Rhodes, traitée par eux à cette époque en puissance entièrement indépendante, la Lycie, qu’ils venaient d’enlever, avec le reste de l’Asie Mineure, à Antiochus le Grand de Syrie. J’ai signalé tout à l’heure (§ 2, 7) les monnaies d’argent qui appartiennent à cette période de la domination rhodienne sur la Lycie. Elle fut très-courte, car en 168 Rome y mit fin, constituant les villes lyciennes en Ligue indépendante sous sa tutelle (3). C’est ainsi que se forma la Confédération des Lyciens, toujours favorisée des Romains, qui en augmentèrent encore le territoire après la guerre deMithridate. Elle dura jusqu’au règne de Claude, qui réduisit le pays en province l’an 43 av. J.-C., et si des dissensions intestines, survenues sous les premiers empereurs, précipitèrent ce dénouement, jusqu’à Auguste la Ligue Lycienne fut célèbre comme un modèle de solides institutions fédérales, de gouvernement bien réglé et de bonne entente

(!) Mionnet, Suppl, t. III, p. 2 et s., n°s 6, 28 et 31 ; Bompois, Num. chron. n. s. t. XIV, p. 223 et s.; Examen des monnaies de la Communauté des Macédoniens, pl. I, n° 11 ; II, n° 19.

(2) M. Bompois ( Examen , etc. p. 41) admet aussi que les pièces de cuivre que je viens de rappeler représentent le monnayage de la troisième Confédération.

(3) Tit. Liv. XLIV, 15; Polyb. XXX, 15.

entre ses membres. Elle avait beaucoup emprunté dans son organisation à l’exemple de la Ligue Acbéenne, et le riche monnayage fédéral dont elle nous a légué les monuments (1) est exactement combiné d’après les principes de celui des Achéens. Il nous offre de petites pièces d’argent, taillées d’après le système monétaire de Rhodes (voy. livre YI, chap. V, § 6), ayant d’un côté la tête d’Apollon, le dieu protecteur de la Lycie, de l’autre la lyre du dieu, dans un carré légèrement creux et très-aplati (disposition copiée des monnaies rhodiennes); la légende se compose du nom AYKIflN ou plus souvent de son abréviation AY et du nom de la ville d’émission, indiqué par deux ou au plus trois lettres. Il y a donc là inscription du nom du peuple de la cité avec reconnaissance du pouvoir supérieur de la Confédération ; car il faut lire AYxiwv TTAiapaiwv, AY-ztwv EAv6iwv,etc. , comme nous avons vu sur les cuivres de la Ligue Acbéenne AXAIHN KOPIN0IHN, etc. La seule différence essentielle est qu’en Lycie nous ne rencontrons jamais la signature du magistrat local responsable, constante chez les Achéens. Quelques rares monnaies d’argent ont simplement le mot AYKIHN, sans indication de ville (2). Les types du cuivre sont un peu plus variés que ceux de l’argent : c’est principalement la tête. d’Artémis avec un cerf au revers, ou bien celle d’Apollon avec au revers l’arc et le carquois du dieu dans un carré légèrement creux (3).

(1) Sur les monnaies de la Ligue Lycienne, voy. le mémoire de Koner dans les Beitrœgez.alt.Münzkunde de Pinder etFriedlænder; Waddington, Rev. nam. 1 833, p. 88 et s.; Leicester Warren, Greek fédéral coinage , p. 33-44.

(2) Borrell, Num. chron. t. X, p. 80.

(3) Ce carré tend à disparaître dans le cours du ier siècle av. J.-C.; il manque toujours sur les monnaies de Bubon, que Muréna fît entrer dans la Ligue vers 84 av. J.-C.

Quelquefois, sur ces petites pièces de bronze, on ne voit pas avec les initiales de la ville celles de la Confédération, AY ; mais l’emploi des types fédéraux y supplée (1). Nous avons parlé plus haut (§ 6, 2) des alliances de cupro'XiTEuoj/.evot âr,[j.oi, qui commencent à se montrer sur les monnaies de la Ligue Lycienne vers l’époque d’Auguste et qui marquent l’apparition des premiers germes des divisions qui l’amenèrentà sa perte. C’est aussi sous Auguste que les Lyciens abandonnent leur ancien système monétaire, pour se mettre à frapper des deniers d’argent dont l’étalon est calqué sur celui de Rome et des bronzes du système de l’as romain (2), monnaies qui gardent pour-

(1) D’après Arlémidore, cité par Strabon (XIV, p. 66i), vingt-trois villes formaient d’abord la Confédération Lycienne. On a jusqu’ici relevé les noms de 19 sur les monnaies fédérales de l’un ou de l’autre métal. Ce sont :

Antiphellos.

Olympos.

Aperlæ.

Patara.

Apollonia. •

Phellos.

Araxa.

Podalia.

Arycanda.

Ithorlia ou Rhodiapolis.

Cragos.

Telmessos.

Cyanées.

Tlos.

Limyra.

Trebenna.

Massicytos.

Myra.

Xanthos.

Il faut joindre à cette liste les noms de Bubon, dont nous venons de mentionner l’introduction tardive dans la Ligue, et de Phasélis, qui en fît partie quelque temps dans le ier siècle av. J.C., mais en était sortie à l’époque où écrivait Strabon. Je serais assez disposé à croire que cette sortie de Phasélis de la Confédération coïncida avec sa prise et son démantèlement par P. Servilius Isauricus, dans la guerre des Pirates.

(2) Cavedoni, Observations sur les monnaies de la Lycie, p. 11 ; Leicester Warren, p. 38; Mommsen, M R, t. III, p. 311.

tant jusqu’à Claude leur caractère autonome et fédéral.

En 96 av. J.-C., le testament de Ptolémée Apion légua la Cyrénaïque aux Romains; mais ceux-ci n’en firent une province directement administrée par des magistrats de la République qu’en 66, par suite des événements de la guerre des Pirates. Pendant l’intervalle de 30 ans qui sépare ces deux faits, la Cyrénaïque fut une république autonome sous le protectorat romain. C’est alors qu’ont été frappées les monnaies d’argent et de bronze aux types cyrénéens habituels avec la légende KOiNON (1), mentionnant la Communauté républicaine, qui régissait alors le pays ; ces monnaies sont très-habilement surfrappées sur des bronzes des Ptolémées, ce qui fixe leur date (2). Après la formation de la province, tout monnayage d’argent cesse dans le pays ; mais on frappe encore une monnaie provinciale de cuivre, réglée sur le système de l’as^ qui porte, tantôt en grec, tantôt en latin, les noms des magistrats romains préposés à l’administration du pays, et dont la fabrication se continue jusque sous Auguste (3). A dater de ce moment, c’est le denier romain qui circule dans la province comme monnaie d’argent. L’aureus et le denier d’argent de Q. Cornuficius, préteur d’Afrique après la mort

(1) L. Miiller, Numism. de l'anc. Afrique, 1. 1, p. 37 et s., nos 103 114.

(2) De la même époque sont certainement les monnaies de bronze, sans légende indicative de ville, avec la tête de la déesse Rome, accompagnée de son nom, et au revers une abeille (L. Miiller, t. I, p. 29, n08 100 102), puis les monnaies municipales de la ville de Cyrène, en cuivre, avec les mêmes types (L. Miiller, t. I, p. 59, n° 286), ou bien avec la lyre, le cheval libre ou l'arc et le carquois, au revers de la tête d’Apollon (L. Miiller, 1. 1, p. 58 et s., noa 270-285). Quelques-unes de ces dernières sont surfrappées sur des pièces des Ptolémées.

(3) L. Miiller, t. I, p. 152-170 et table V.

de César et partisan des tyrannicides, sur lesquels on voit la tête de Jupiter Ammon (1), ont été sûrement frappés en Cyrénaïque, comme le denier du même personnage où la tête est celle de l’Afrique, coiffée de la dépouille d’un éléphant (2), l’a été dans la province d’Afrique. La tête de Jupiter Ammon doit encore faire attribuer à une fabrication cyrénéenne des deniers, les uns au nom de Marc-Antoine (3), les autres au nom d’Auguste (4) ; ils ont été frappés par Pinarius Scarpus, qui avait le commandement d’un corps d’armée d’Antoine en Afrique et se déclara pour Auguste après Actium (o) ; les premiers sont même signés de lui. Mais, à côté des deniers romains, les anciennes pièces d’argent du pays, au moins celles de poids attique, restaient dans la circulation, en vertu d’un tarif qui avait établi le rapport de leur drachme au denier ; même elles devaient y tenir une très - large place, puisque les monnaies provinciales d’argent à légende grecque, que Trajan fit frapper plus tard en Cyrénaïque (6), ne sont pas des deniers et des quinaires, mais des drachmes et des trioboles attiques, comme l’a très-bien vu M. Mommsen (7) .

(1) Cohen, M C, pl. XV, Cornuficia, n° I.

(2) Cohen, M C, pl. XV, Cornuficia, n° 3.

(3) Cohen, M I, t. I, p. 26, n° 48.

(4) Cohen, M I, t. I, p. 43, n° 15.

(5) Eekhel, D N, t. VI, p. 57, 82 et 87; Borghesi, dans Cavedoni, Osserv. sopra le monete délia Cirenaica, p. 71.

(6) Eekhel, D N, t. VI, p. 445; Duehalais, Rev. num. 1851, p. 101; L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, 1. 1, p. 172, n°s 413-445 et 418.

(7) M R, t. III, p. 331. — En revanche, le tétradrachme attique à légendes latines, avec l’effigie d’Antoine et d’Octavie d’un côté, celle de Tibère de l’autre (Eekhel, D N, t. VI, p. 161), que M. Mommsen rapporte à la Cyrénaïque, appartient bien plutôt à la Pamphylie.

Nous venons de passer en revue les principaux exemples du monnayage d’argent et de cuivre fabriqué sous la suzeraineté de la République romaine, dans les villes qu’elle traitait d’alliées autonomes et dans les pays qu’elle avaitorganisés en Confédérations républicaines soumises à son protectorat. Le même droit monétaire dans sa plénitude pour les deux métaux appartenait, comme déraison, aux Etats qui avaient à leur tête des rois vassaux de Rome ; c’est ce que nous attestent les séries des chefs gaulois entre César et Auguste (livre VII, cliap. ni, §6), celles des rois de Numidie postérieurs à Jugurtha (1), des rois de Mauritanie (2), laquelle se prolonge jusque sous Caligula (livre VII, chap. iv, § S), des derniers monarques de Cappadoce (3) et des rois de Galatie, comme Brogitaros (4) et Amyntas (5).

3. Mais jamais le droit de monnayage ainsi conservé par les cités, les peuples ou les princes soumis à Rome, ne s’est étendu jusqu’à l’or. Avec une jalousie qui rappelait celle autrefois montrée par les Achéménides, la République se réservait exclusivement la fabrication de la monnaie de ce métal, sans la permettre à ses vassaux (6). Et si des pièces d’or furent émises dans les provinces, ce fut

(1) L. Millier, Num. de l'anc. Afrique, t. III, p. 38-48.

(2) Ibid. p. 95-137.

(3) Voy. Mommsen, M R, t. III, p. 312 et s.

(4) Mionnet, t. IV, p. 405, n° 12; Suppl, t. VII, pl. XIII, n° 3.

(5) Borrell et Burgon, Num. chron. t. VIII, p. 62 et s.; D. de Luynes, Rev. num. 1845. p. 253 et s., pl. XII.

(6) Voy. Mommsen, M R, t. III, p. 344.

par des généraux d’armées romaines, comme T. Quinctius Flamininus ou Sylla, agissant au nom de la souveraineté de Kome et en vertu des droits de leur imperium (voy. plus loin, le g 7 de ce chapitre).

Quand Mithridate s’empara momentanément d’Athènes, soumise de fait aux Romains depuis 60 ans, mais jouissant encore d’une liberté nominale qui se marquait par la continuation de la frappe de ses tétradrachmes d’argent, il fit aussitôt monnayer dans cette ville, comme pour proclamer d’une manière éclatante la rupture des liens avec Rome, un statère d’or aux types d’Athènes, sur lequel son nom figurait à côté de celui de la cité (1). Dans les règles de l’alliance romaine, c’était là une usurpation et une félonie, pareille à celle que commettaient les Italiotes révoltés, dans la guerre Sociale, en frappant aussi une monnaie d’or (2). Il paraît, du reste, bien positif, d’après le poids grec, la fabrique et le type de cette pièce d’or, que ce fut Mithridate qui la fit frapper à Amisos pour les rebelles d’Italie, lorsqu’il reçut leur ambassade (3), et que le Minius Ieius dont le nom s’y trouve inscrit était un des envoyés. Le roi de Pont aimait à multiplier les défis de ce genre aux prétentions de Rome, et c’est ainsi qu’ aussitôt en s’établissant à Pergame, une fois maître de la province romaine d’Asie, il s’était hâté d’y faire fabriquer ses statères d’or (4) .

(1) Beulé, Rev. num. 1863, p. 176-179.

(2) Friedlænder, Oskische Münzen, p. 73; Pinder et Friedlænder, Beitrage , I, p. 176; Mommsen, M R, t. II, p. 426, n° 225.

(3) Bompois, Les types monétaires de la guerre Sociale , p. 27 et s.; cf. Zeilschr. f. Num. t. II, p. 88.

(4) Eckhel, D N, t, II, p. 365; Mommsen, M R, t. III, p. 300.

L’unique exception à la règle que je viens d’indiquer, l’unique concession de monnayage d’or faite à un prince vassal de Rome pendant toute la durée de la République, se constate au moment des guerres civiles et peut être tenue pour une des expressions les plus significatives du désordre de ces temps. Peu avant la bataille de Philippes, Brutus, pour récompenser Coson, prince de Thrace, d’avoir ouvert ses trésors au parti républicain et de s’être ainsi laissé entraîner à sa propre perte, lui accorde l’autorisation de frapper des monnaies d’or, sur lesquelles on lit son nom entier écrit en lettres grecques, à côté du monogramme en caractères latins indiquant le nom du général romain (1) . On a cru pendant un temps pouvoir joindre à celui-ci un autre exemple d’exception, dont l’auteur aurait été Marc-Antoine, permettant à Amyntas, roi de Galatie et de Pamphylie, de frapper de petites pièces d’or dans l’atelier de Sidé (2); mais il est aujourd’hui bien établi que ces pièces ne sont qu'une forgerie d’un habile faussaire de Smyrne (3) .

Dans les Gaules, nous pouvons suivre presque pas à pas les progrès de la conquête romaine par l’extinction de l’ancien monnayage d’or indigène ; on voit s’y substituer des quinaires d’argent de poids romain, imités de ceux du dernier siècle de la République et des pièces de cuivre du système de Pas (4) (voy. livre VI, chap.vin,§4; livre VII,

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 219; Mommsen, M R, t. III, p. 283.

(2) Mommsen, M R, t. III, p. 300 et 311.

(3) L, Meyer, Numism. Zeitschr. de Vienne, t. III, p. 437.

(4) On sait que la légende SIMISSOS PVBLICOS LIXOVIO,

indicative à la fois de la valeur et du peuple qui a frappé les monnaies, se lit sur plusieurs semis de cuivre des Lixoviens, dont le poids se rat-

chap. ni, §6). Cette nouvelle forme de monnaie paraît, du reste, avoir commencé à s’introduire dans la Gaule Celtique quelque temps avant César, chez les peuples qui se rangeaient dès lors spontanément dans la clientèle de Rome, comme les Éduens (1). Notons en passant que la fabrication des quinaires d’argent et des cuivres suivant le système romain, mais d’apparence autonome, parles cités gauloises et leurs chefs, ne prit fin qu’en 29 av. J.-C. , lors de l’organisation définitive des trois provinces de la Gaule par Auguste. Quant aux statères d’or, les derniers ont été frappés, au milieu des péripéties des luttes suprêmes pour l’indépendance expirante, par les deux plus grands adversaires que César ait rencontrés, par Vercingétorix, quand il se trouva placé à la tête de la Gaule entière soulevée (2), et par ce roi des Bellovaques que les textes imprimés et les manuscrits des Commentaires appellent Correus , mais qui dans la réalité, et d’après les monnaies, s’appelait CRICIRVS (3).

La jalousie de la République romaine au sujet du mon-

tache au pied de Tas semoncial introduit à Rome par la loi Plautia-Papiria; ces monnaies, pense-t-on, datent des alentours de 52 av. J.-C. : Saulcy, Rev. mm. 1861, p. 165 et s. ; 1862, p. 177 et s., pl. VI.

(1) M. de Saulcy suppose que les quinaires à la légende KAAGT GAOT, qui doivent être attribués aux Éduens, ont commencé, à êtrefrappés dès 123 av. J.-C., quand ce peuple conclut alliance pour la première fois avec les Romains : Rev. archéol. nouv. sér., t. XVII, p. 127 et s.

(2) Pour la série complète des monnaies d’or de Vercingétorix, voy. Saulcy, Numismatique des chefs gaulois mentionnés dans les Commentaires de César , p. 28-30, pl. IV, nos 57-65.

(3) Monnaies d’or, d’argent et de cuivre de Cricirus : Saulcy, ouvr. cit. p. 30-32, pl. IV, n°* 66-75.

nayage de l’or était si grande, que même les rois des pays entièrement indépendants, quand ils sont dans la sphère de l’action romaine et peuvent craindre d’attirer sur eux le courroux de la Cité reine, s’abstiennent de frapper des pièces de ce métal. La fabrication des monnaies d’or dans le royaume lagide d’Égypte cesse avec la minorité de Ptolémée Philométor et la tutelle de M. Æmilius Lepidus ; on n’en a aucune des derniers Séleucides de Syrie, des rois de Pergame ou de Cappadoce. En Macédoine, la série d’or royale se termine à Philippe Y et à la bataille de Cynoscéphales ; Persée n’a pas laissé de statère de ce métal (1). Seules les monnaies d’or de Nicomède II Épiphane en Bithynie (2), dont l’une porte la date de l’an 160 de l’ère du pays, 1^8 av. J.-C., forment dans cette période historique une exception singulière, avec le pentastatère deTyr de l’an 102 avant l’ère chrétienne (3), surtout les premières, car, sous Nicomède II, la Bithynie était depuis assez longtemps déjà entraînée dans l’orbite de la politique romaine. Il faut qu’à ce moment une circonstance particulière ait induit à user envers lui d’une tolérance que le Sénat refusait presque toujours et à fermer les yeux sur le privilège qu’il s’arrogeait.

4. Il semble que le gouvernement de Rome, en vertu de circonstances locales, et particulièrement pour tirer profit des produits de mines en les faisant monnayer sur

(1) Celui qu’on lui a attribué (Mionnet, Suppl, t. III, p. 256, n» 683) est positivement faux.

(2) Mionnet, t. II, p. 509, n°s 49 et 50.

(3) Zeilschr. f. Numism. t. IV, p. 6.

place et répandre dans le commerce sous forme de pièces frappées, n’ait pas seulement permis, mais prescrit à des peuples vassaux et placés dans les conditions d’alliés, le monnayage de l’argent sur une large échelle.

La masse des tétradrachmes de la première des Confédérations macédoniennes établies après la bataille de Pydna, qui se rencontrent encore aujourd’hui non-seulement dans le pays même, mais jusqu’au delà du Danube, en Yalachie et en Transylvanie, est quelque chose de presque incroyable (1) ; on les y trouve par dépôts de plusieurs milliers, à tel point qu’en général on se borne à les donner à la fonte sans essayer de les placer dans le commerce des médailles. Pour que de pareilles quantités d’une monnaie se découvrent encore après tant de siècles, il faut que la fabrication en ait dépassé toutes les limites ordinaires. Cette fabuleuse abondance des émissions s’explique, du reste, si l’on tient compte de ce que c’était précisément dans la Première Macédoine que se trouvaient situées les mines qui depuis Philippe II avaient fait la grande richesse du royaume macédonien (2). Mais le traité de 168 avait

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 63; Cousinéry, Voyage en Macédoine, t. I, p. 251.

(2) Au triomphe de Paul Émile sur la Macédoine, on porta, suivant Plutarque ( Aemil . 32 et 33), 750 vases contenant chacun trois talents d’argent monnayé (en tout 2,250 talents attiques ou 58,941 kil. 450 gr.) et 77 contenant chacun trois talents de monnaie d’or (en tout 231 talents ou 6,051 kil. 322 gr.). En convertissant l’or et l’argent d’après la proportion dixième qui régnait alors en Grèce, cela ferait une valeur totale de 27,360,000 drachmes d’argent en métal monnayé ; en le convertissant d’après le rapport :: 11,91 : 1, admis à Rome vers le même temps, 30,007,260 drachmes. Cette dernière somme, traduite en monnaie romaine, donne 134,432,444 sesterces. Velleius Paterculus (I, 9) exagère donc beaucoup, ou compte le métal non

formellement interdit l’exploitation de ces mines (1) ; c’est seulement en 158 que le Sénat permit de les rouvrir (2), et en 146 survint la révolte d’Andriscos, qui amena ladestruction des Confédérations macédoniennes. Les tétradrachmes en question, dont la multitude nous étonne encore aujourd’hui, n’ont donc été frappés que pendant un espace de 8 ans (3). C’est dire assez quelle fut la prodigieuse activité de leur fabrication, qui dans ces conditions ne put être que voulue, et non-seulement tolérée, par la puissance suzeraine.

Les Carthaginois avaient interdit à l’Espagne, pendant leur domination, toute fabrication d’une monnaie d’argent indigène (4) ; ils n’y laissaient circuler que leur monnaie d’Etat, pour laquelle un atelier au moins devait être établi dans la Nouvelle Carthage (5), à proximité des mines d’ar-

monnayé pour une valeur bien supérieure à celle de la monnaie, quand il dit que Paul-Émile enrichit alors le trésor de 210 millions de sesterces ; Pline (fl N, XXXIII, 3, 18) dit 230 millions.

(1) Tit. Liv. XLV, 18 et 29.

(2) Cassiodor. an. 397 ; voy. Mommsen, Hist. rom., t. IV, p. 28.

(3) Borghesi, Osserv. num. déc. XVI, 1-4, dans les Œuvres complètes, t. II, p. 233 et s.; Mommsen, M R, t. I, p. 281.

(4) Pourtant quelques-unes des monnaies d’argent de Gadès à légende punique (Mionnet, 1. 1, p. 12, n° 77; Delgado, Nuevo métodode clasificacion de la medallas autônomas de Espana, t. II, pl. XXV, nos 1-11) paraissent remonter au temps de la domination carthaginoise. Mais Gadès était une ville phénicienne antique et sacrée, que les Carthaginois ne pouvaient soumettre au même régime que les indigènes ; ils avaient dû lui laisser les privilèges de cité libre et alliée.

(3) L. Millier, Num. de l'anc. Afrique, t. II, p. 107. — Même la monnaie de cuivre, bien que fabriquée dans le pays (L. Millier, t. II, p. 109), était de coin carthaginois. Il semble pourtant y avoir eu un monnayage de cuivre à types particuliers, mais probablement toujours fait au nom

gent dont 1 exploitation avait pris une si grande activité sons les Barcides. Par une politique opposée, les Romains favorisèrent et développèrent dans toutes les cités de l’Espagne Citerieure la fabrication d un numéraire indigène de ce métal, taille sur le pied du denier de 84 à la livre (voy. livre VII, chap. ni, § 8), depuis la première conquête jusqu’à la guerre de Numance, époque où la concession du droit monétaire paraît avoir été uniformément révoquée pour la province entière (1).

On connaît la nombreuse série des monnaies improprement appelées d’ordinaire celtibériennes (2). Si le déchiffrement des légendes de ces monnaies, tracées à l’aide de l’alphabet ibérien (voy. livre V, chap. vi, § 1), et par suite leur attribution certaine aux différentes villes et aux différents peuples qui les ont fait frapper, présentent encore des problèmes de la plus grande obscurité, elles forment du moins un groupe parfaitement un et défini, dont la place dans Thistoire est fort nette. Toutes ont été manifestement émises à la même époque et pendant un assez court espace de temps, malgré l’abondance de ce monde la République souveraine, dans la Bétique (L. Millier, t. II, p. 147). Les anciennes villes puniques, comme Gadès, Abdère, Malaca, Sex, seules avaient peut-être dès lors leur monnayage autonome de bronze. Encore n est-il pas sûr que, pour plusieurs d’entre elles, ce ne soit pas sous les Romains qu’il ait commencé.

(1) Saulcy, Monnaies autonomes de l’Espagne, p. 12; Mommsen M R t. III, p. 245.

(2) Principaux ouvrages sur ces monnaies : Saulcy, Essai de classification de monnaies autonomes de l'Espagne, Metz, 1840; Boudard, Essai sur la numismatique ibérienne, Paris, 1859; Aloïs Ileiss, Description générale des monnaies antiques de l'Espagne, Paris, 1870; A. Delgado, Nuevo método de clasificacion de la medallas autônomas de Espana , Séville, en cours de publication, deux volumes ont déjà paru.

nayage. Les pièces d’argent sont imitées des deniers romains au plus ancien type de la tête de Rome casquée, avec le revers des Dioscures à cheval, type encore maintenu après la première réduction du denier (livre VII» chap. m, § 2 et 3), dont elles suivent l’étalon. On y voit d’un côté la tête d’un dieu ou d’un héros à la barbe courte, de l’autre un cavalier avec divers attributs, la lance en arrêt ou bien tenant une palme . Ces types invariables se reproduisent sur les bronzes correspondants, qui suivent le système de l’as.

Les monnaies d’argent de cette série ont été désignées par les écrivains latins sous le nom générique d ’argentim oscense,e t l’on voit, parles énumérations du butin porté dans les triomphes de l’Espagne Citérieure, au vic siècle de Rome, qu’ils y formaient alors le fond de la circulation métallique, avec les deniers romains, mais en plus grande abondance (1)* Le nom d’ civffsntuin osccnss parait venii de la ville d’Osca chez les llergètes, à côté de laquelle étaient situées de riches mines d’argent (2). Il est probable que le métal provenant de ces mines fut principalement

(1) Tit. Liv. XXXIV, 10 et 46 ; XL, 43.

Une remarque très-importante pour la classification de ces monnaies a été faite pour la première fois par M. Mommsen [M R, t. III, p. 144) : c’est que, dans les triomphes sur l’Espagne Ultérieure, le butin comprend une seule fois des deniers romains (Tit. Liv . XXXVI, 21 et 39), toujours de grandes quantités d’or et d’argent non monnayé, jamais de monnaie indigène. Il semble donc que la fabrication d’espèces d’argent locales fut limité à la province Citérieure, à 1 époque où ces monnaies ont été émises Par suite, il faudrait pour cette époque étendre à toute l'Espagne Ultérieure ce que Strabon (III, 3, 7) dit de la Lusitanie : qu’il n’y avait pas de monnaie et qu’on y employait les métaux précieux au poids dans les échanges.

(2) Plin. H N, XXXIV, 10, 48.

employé, ou peut-être avant celui d’autres mines, pour le monnayage de l’Espagne Citérieure. On peut même admettre que c’est à Osca, près de la mine, que furent frappées les premières de ces monnaies, et que la tête barbue qui les décore est celle d’un dieu local et éponyme, nommé Osca, protecteur spécial des mines, qui aura été reproduite par les autres peuplades espagnoles à l’imitation des émissions de la ville même d’Osca. En effet il existe un denier romain, frappé en Espagne, l’an 71/Ùe Eome (40 av. J.-C.), par Cn.Domitius Calvinus (1), dans le cours de sa campagne contre les Cérétans (2), monnaie ou la légende OSCA, explicative du type, accompagne la tête qui décore constamment Vargentum oscense. Peut-être même Osca était-il le dieu ou le héros éponyme commun de la population indigène de l’Espagne, dont les derniers descendants, dans le pays basque, se donnent encore à eux-mêmes le nom d’Esques ou Eusques. M. de Saulcy et M. Delgado admettent que l’expression d 'argentum oscense était un simple synonyme d’ ce argent ibérien ». Cependant il faut remarquer la persistance du type propre aux monnaies celtibériennes sur les pièces de cuivre à la légende latine de la ville d’Osca, qui sont postérieures, et jusque sur celle que cette ville frappa à l’effigie impériale, comme mumcipe, du règne d’Auguste à celui de Caligula (3). Cette permanence aussi tardive du type de Vargentum oscense ne se remarque au même degré que dans un

^(1) Eckhel, D N, t. V, p. 203; Cohen, M C, pl. XVII, Domitia,

(2) Dio Cass. XLVIII, 42 ; Vell. Paterc. Il, 78.

(3) Eckhel, D N, t. I, p. 53; Aloïs Heiss, Monn. ant. de l'ESpanne , p. 157-59, pl. XIII, nos 9-14 et 16-18 ; XIV, n°419, 23, 24, 26 et 27.

petit nombre de villes d’Espagne (1) ; elle est de nature à faire croire à une relation existant entre Osca spécialement et le nom, comme l’origine, des monnaies en question.

Que ces monnaies aient été toutes frappées entre la première création de la province Citérieure sous un préteur romain, en 206 av. J.-C., et la guerre de Numance, en 143, c’est ce qu’établissent de nombreuses preuves (2). Le style des monnaies en question convient admirablement à cette époque ; copiées des espèces romaines, taillées sur le pied du denier et de l’as, elles sont nécessairement postérieures à l’établissement de la province romaine. Les triomphes où on les voit porter dans le butin sont des années 195, 194 et 180 av. J.-C. (559, 560 et 57ù de Rome). D’un autre côté, les premières monnaies à légendes latines frappées en Espagne l’ont été sous le gouvernement républicain, dans le vu» siècle de Eome (3). Elles ont été émises dans des villes particulièrement favorisées, Carteia, colonie latine depuis 117 av. J.-C., Sagonte, Corduba. Or, ces pièces sont exclusivement de cuivre. Pour que la fabrication d’une monnaie de cuivre local fût alors un privilège, il faut qu’une circonstance anterieure eut fait, depuis un certain temps déjà, révoquer pour toute la péninsule la permission du monnayage de l’argent, et cette circonstance ne peut historiquement, dans les limites de

(1) Dans le monnayage latin antérieur à l’Empire, à Carisa, Iliturgi, Obulco, Olontigi, Segobriga et Toletum. Dans le monnayage à effigies impériales, à Bilbilis, Segobriga et Ségovie.

(2) Voy. Mommsen, M R, t. III, p. 242 et s. ; F. Lenormant, article Argentui) i oscense dans le Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio.

(3) Mommsen, M R, t. II, p. 59.

temps où elle se trouve ainsi renfermée, avoir été autre que la guerre de Numance. Pour le simple monnayage de cuivre, il semble même qu’il fallut alors une permission spéciale du Sénat. C’est ce qui résulte des pièces de ce métal frappées a Toletum par le chef indigène CELTAMBws et par un personnage romanisé du nom de CALDVS. C. F, pièces à légendes latines, mais assez peu postérieures à celles à légendes ibériennes, puisqu’elles continuent les types et les tailles. Il y a inscrit, en effet, à la suite de leur nom, 1 origine de la licence de monnayage qu’ils avaient reçue, EX S cnatus Qonsullo (1).

C est en vain que M. Àloïs Heiss (2) a cru trouver une fin de non-recevoir contre la détermination de date à laquelle nous venons d’adhérer, dans le fait que l’as des monnaies à légendes ibériennes est de poids semoncial ; il voudrait donc les tenir pour postérieures à la loi Plautia- Papiria (89 avant J.-C.), qui établit cet étalon dans la monnaie d’État romaine (livre VII, chap. m, § 5). Mais précisément nous verrons, dans le § 5 de ce chapitre, que, dès la seconde moitié du vi° siècle de son existence, Rome

(1) Eckhel, D N. t. I, p. 58; Aloïs Heiss, Monn. ant. de l'Espaqne, p. 263, pl. XXXIV, Toletum, nos 1 et 2.

Il est assez difficile d’interpréter les lettres que Caldus ajoute sur sa PYcrruo1 2^ Senatus ConsultO, car la légende est intégralement fcXbCOIQ. Ce qui ajoute à la difficulté, c’est qu'on n’est pas sûr qu il n y ait pas des fautes, avec la façon barbare dont sont écrites les inscriptions de la pièce. L’orthographe du nom du personnage y est 3 *JOV UJ v J.

Caldus Caii films est le fils d’un Espagnol admis à la cité romaine par C. Cœlius Caldus pendant sa préture d’Espagne, en 102-98 av. J.-C.mais il peut avoir été chef des Carpétans de Toletum fort peu après! Celtambus semble plus ancien que lui.

(2) Monn. ant. de l’Espagne, p. 7 et 153.

imposait aux foederali de l’Italie et aux colonies de droit latin de fabriquer l’as d’une demi-once, tandis qu’ellemême frappait encore l’as d’une once. A plus forte raison, elle avait dû imposer cette règle aux populations indigènes de l’Espagne, soumises à son empire, et par suite l’objection que l'on avait cru pouvoir soulever tombe d’elle-même.

Au reste, comme cette monnaie d’argent et de cuivre des cités de l’Espagne Citérieure était exactement conforme à l’étalon officiel romain, quand on cessa de la frapper, elle ne fut pas pour cela démonétisée et retirée de la circulation. Ces espèces avaient encore cours dans le pays cent ans plus tard, au temps du second triumvirat (1). En effet, le denier romain de Domitius Calvinus, qui en copie la tête, est de 40 avant J.-C., et l’imitation des bronzes de cette série est manifeste dans les pièces de cuivre à la légende HISPÂNQRVM, frappées en bicile par les troupes espagnoles au service de Sextus Pompée (2).

(1) Cependant, dès le commencement du i*r siècle avant 1ère chrétienne, les deniers ibériens ne formaient plus qu’une faible part dans le numéraire d’argent circulant en Espagne. Dans le dépôt de Cazlona, enfoui vers 94 av. J.-C. (Mommsen, Ann. de l’Inst. arch. 1863, p. 11-15; if R, t. II, p. 124 et s.), il y avait huit de ces pièces, des plus anciennes et des plu! récentes, déjà usées, contre 682 deniers romains et un victoriat. Les deniers ibériens paraissent avoir été absents des trésors de deniers romains découverts à Oliva (l’enfouissement en a été environ contemporain de la Guerre Sociale : Mommsen, Ann. de l Ins. arch. 1863, p. 15-22; M B, t. II, p. 126-131), à Pozoblanco (enfouissement delà môme époque que celui d’Oliva : Mommsen, M B, t. II, p. 130-132) et à Cordoue (enfoui vers 38 av. J.-C.). Le dépôt de Livia, enfoui vers 43 (Mommsen, M R, t. II, p. 144 et s.), renfermait un ancien denier ibérien avec 982 deniers romains et un victoriat (Aloïs Heiss, Monn. ant. de l’Espagne, p. 155), et celui de Fuente-Alamo, datant de la même époque, 1269 deniers romains et un ibérien (Aloïs Heiss, l. e.) .

(2) Voy. Aloïs Heiss, Ann. de la Soc. franç. de numismatique, t. III, p. 279 et s. , pl. XVIII.

Des observations qui viennent d’être faites il résulte que cette sérié monétaire, si nombreuse et dont les produits sont si abondants, a vu sa fabrication limitée à une période de 63 ans au plus. Ici encore, comme dans la Première Macedoine, il est évident qu’elle n’a pas été seulement permise, mais encouragée et favorisée par l’autorité romaine, et qu’elle est en rapport avec les riches mines d argent du pays. Nous relèverons, dans le cours de cet ouvrage, un très-grand nombre de faits qui prouvent que, en général, les gouvernements antiques, suivant le principe qui fut plus tard celui de la monarchie espagnole au Mexique et au Pérou, quand ils possédaient des mines d’or ou d’argent sur leur territoire, n’en laissaient exporter les produits par le commerce que sous forme de monnaie, afin de bénéficier de la plus-value que le métal monnayé a toujours sur le métal en lingots. Les deniers espagnols n’avaient pas cours légal hors de la province, mais le commerce les enlevait comme marchandise métallique, et il est probable que c’est seulement sous cette forme que la sortie de l’argent du pays était permise, à destination d’autres contrées que l’Italie. Ce monnayage indigène ne devait, du reste, être toléré dans de semblables conditions qu’avec un partage de ses bénéfices par l’autorité romaine. L’uniformité qu’on y remarque dans les pièces, avec des légendes très-dilférentes, donne même le droit de douter qu’elles aient été réellement frappées dans les diverses cités dont elles portent les noms ; on tendrait plutôt à croire que la fabrication en aurait été concentrée dans un petit nombre d’ateliers voisins des mines. Or, dès l’an 160, il était de notoriété publique jusque dans l’Orient que c’étaient les Komains qui avaient mis la main directement sur les mines d’or et d’argent de l’Es-

pagne et qui en tiraient d’immenses profits pour leurs finances publiques (1). On pourrait donc admettre que c’étaient eux-mêmes qui, gardant pour eux le bénéfice du monnayage, fabriquaient pour les peuples de l’Espagne ces monnaies qui devaient ensuite rentrer dans leurs caisses à titre de tributs. En donnant au numéraire fabriqué ainsi par eux dans la province, avec le métal de ses mines, la forme d’une monnaie indigène, au nom des cités, les Romains faisaient prendre plus aisément aux Espagnols l’habitude du système du denier et de l’as, devenu ainsi pour eux national, et flattaient leur amour-propre par une attention que n’avait pas eue le gouvernement de Carthage. Quand il s’était agi d’enlever l’Espagne aux Carthaginois, Rome avait cherché à donner au rôle de ses troupes un caractère libérateur. Pendant la période où nous plaçons l’émission des monnaies dites celtibériennes, les provinces espagnoles se trouvèrent dans une situation politique toute particulière, qui demandait de très-grands ménagements envers les susceptibilités indigènes ; le pays n’était qu’imparfaitement soumis, et, en dehors des points où se trouvaient leurs garnisons, les préteurs avaient affaire à, une série de petits peuples simplement tributaires, quand ils n’étaient pas en révolte, ayant leurs propres chefs et leur complète autonomie chez eux. C’était la même condition que celle de la Gaule entre César et Auguste, à l’époque où nous y avons constaté également un grand monnayage d’argent sur le pied romain par les cités indigènes et leurs chefs, monnayage seulement composé de quinaires, tandis que celui de l’Espagne l’est de deniers.

(1) I Macchab. vin, 3.

5 . Lors de la réduction de la Sicile en province romaine, en 241 avant J. -C., les Mamertins de Messine demeurèrent dans la condition d’alliés italiques, où leur admission avait été la cause de la première guerre punique, et Tauroménium reçut le même titre en 212, après la prise de Syracuse. Un certain nombre de villes grecques furent déclarées autonomes et exemptes du tribut, comme Ségeste, Centuripæ, Alæsa et Panorme, où résidait le préteur. Dans le droit ordinaire des provinces, les villes placées dans ces deux conditions auraient dû avoir, par suite de leur position légale, la licence de monnayage municipal, pour l’argent aussi bien que pour le cuivre. Mais le Sénat avait résolu d’appliquer à la Sicile la règle établie pour l’Italie depuis que Eome s’était mise à frapper des deniers, l’interdiction de toute fabrication de monnaie d’argent autre que la monnaie d’Etat de la Eépublique souveraine (voy. le § 5 de ce chapitre, et livre YII, chap. m, § 2), Les villes exceptionnellement favorisées de la province n’eurent donc la permission que d’émettre de la petite monnaie de cuivre (1), qu’elles fabriquèrent d’après l’ancien système indigène, lequel se coordonnait facilement avec le système romain de l’as et du denier, la litra de cuivre sicilienne, à son dernier état de réduction, équivalant au dixième du sesterce (2) (voy. livre VII, chap. I, § 1 ) ; Syracuse fit de même pendant plus d’un siècle et demi après la chute de son indépendance (3). Le monnayage des villes que nous avons nommées sous la domination romaine, et dans ces conditions de restriction, fut

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 235.

(2) Mommsen, MR, 1. 1, p. 118.

(3) Barclay Head, Coinage of Syracuse, p. 73 et s.

assez abondant; les produits en sont toujours à légendes grecques, sauf à Alæsa (1) et à Assorus (2), où la langue adoptée, au moins à partir d’une certaine époque (3), fut le latin. A côté de ce monnayage municipal, il y eut un monnayage de cuivre provincial, du système romain, émis par les autorités romaines (4). Les questeurs de la province (3) émettent, en y mettant leur nom en entier ou en abrégé, des as, des semis et des quadrans, ayant au droit les têtes des mêmes divinités que sur les pièces correspondantes de la série d’Etat romaine (livre VII, chap. n, | 3), sauf que la tête d’Apollon ou celle de Cérès se substitue quelquefois à celle d’ Hercule sur le quadrans; au revers, le nom du magistrat romain , dans une couronne, occupe le champ, ou bien il accompagne le symbole particulier choisi par ce magistrat; plusieurs ont adopté le même type, d’un soldat armé de pied en cap. Lorsqu’il y a sur ces monnaies l’indication d’un lieu d’émission, c’est le monogramme grec contenant les premiers éléments du nom de Panorme, monogramme qui se rencontre aussi sur

(1) Calai, of gr. coins in theBrilish Muséum, Sicily , p. 28.

(2) Ibid. p. 31.

(3) A Alæsa, Jes légendes latines n’apparaissent qu’au moment, dont la date est encore indéterminée, où la ville fut faite colonie romaine ; comme ville autonome et immune sous les Romains, cdle avait d’abord monnayé avec des légendes grecques.

(4) Eckhel, D N, t. I, p. 233 et s.; Fr. et L. Landolina Paternô, Monografia delle monete consolari sicule. Naples, 1852; Fr. Landolina Paternô, Lctlera al Riccio intorno ad alcune monete romano-sicule, Catane, 1853 ; Mommsen, M R, t. III, p. 237 et s.; Calai, of'gr. coins in the Brit. Mus. Sicily, p. 124-129.

(5) Le seul des magistrats romains nommés sur ces monnaies qui ait ajouté son titre, M’. Acilius, se qualifie de questeur : Cohen, M C, pl. XL VI, Acilia, no 2 ; Mommsen, M R. t. II, p. 59.

les autonomes de la ville. Au lieu de porter le nom du questeur, les as, semis et quadrans les plus anciens, ceux qui forment la tête de la série, ont au revers, dans une couronne, un grand monogramme composé des lettres TTOR (1), initiales du nom de Portus , qui paraît avoir été l’appellation adoptée en latin pendant quelque temps, comme traduction du grec Ilavoppo; (2). Ainsi, durant une bonne partie de la période républicaine, après la conquête, l’atelier de Panorme émit simultanément un double monnayage, municipal à légendes grecques, dans le système de la litra sicilienne, provincial à légendes latines, au nom des fonctionnaires romains et dans le système de l’as.

La combinaison du droit de monnayage municipal autonome, restreint aux seules espèces de cuivre, qui fut, comme nous venons de le voir, appliquée d’abord aux villes privilégiées de la Sicile, devint, lors de la formation des provinces de Macédoine, d’Acbaïe et d’Asie, le droit commun des villes grecques. Ou du moins celles à qui l’on accorda la permission de battre monnaie ne la reçurent que dans ces conditions, car, quelque nombreuses que soient les villes qui ont battu monnaie avec toutes les formes extérieures de l’autonomie , mais seulement en cuivre, dans ces provinces sous la domination romaine et avant l’empire, leur liste offre des lacunes trop nombreuses et trop significatives pour que l’on ne reconnaisse pas qu’il fallait une autorisation spéciale des gouverneurs, que le droit n’était pas absolu. En dehors des quelques cités plus privilégiées, comme Athènes et celles qui ont été énumérées au commencement de la section 2 de ce §,

(1) Eckhel, D N , 1. 1, p. 234.

(2) Mommsen, M R, t. III, p. 238.

lesquelles monnayaient l’argent parce qu’elles étaient considérées comme entièrement libres et alliées, une concession de ce genre, d’un droit monétaire inférieur et restreint, correspondait bien à la condition normale des villes grecques, soumises à un lourd tribut et placées sous l’autorité directe du gouverneur de la province, mais en même temps possédant une autonomie restreinte qui leur laissait la possibilité de se gouverner elles-mêmes dans leur administration intérieure, sauf une haute surveillance qui intervenait quelquefois, même dans ces affaires privées (1).

6. Le principe adopté dans l’organisation de la province d’Achaïe avait été l’isolement des villes grecques, dont on avait dissous toutes les Ligues ; il n’y avait donc pas d’institutions régionales, et le seul lien d’unité de la province était dans l’autorité du gouverneur romain, étendue sur tous. Dans cette situation, il ne pouvait pas y avoir lieu à un droit monétaire pour la province envisagée comme corps. Il en fut autrement en Macédoine et en Asie, provinces qui jouissaient d’une véritable personnalité légale.

Nous manquons de documents précis pour déterminer jusqu’où allaient l’autorité et l’indépendance administratives du KOINON MAKEAONHN, dont le nom est inscrit sur des monnaies de l’époque impériale (2). Mais une mention de

(1) Cette position légale des villes grecques a été définie de main de maître par M. Mommsen, à propos de la province d’Achaïe : Hist. rom. t. IV, p. 349.

(2) Mionnet, t. I, p. 458 et s., 554-562; Suppl, t. III, p. 8-14, 223-231.

LA. loi dans les monnaies antiques

ce genre suffit à établir l’existence d’institutions provinciales indigènes , d’une sorte d’assemblée délibérant sous la direction du gouverneur romain et ayant part à l’administration. La Communauté des Macédoniens, organisée dans la province que l’on établit en 146 av. J.-C., après la défaite de Philippe Andriscos, fut mise en possession d’un droit monétaire, qui s’étendit même pendant un demi-siècle environ à la fabrication d’espèces d’argent.

Il existe une assez riche série de pièces d’argent et de bronze qui portent le nom du peuple des Macédoniens, MAKEAONflN. Eckhel (1) les a rapportées à l’époque des derniers rois de Macédoine, dont les petits bronzes portent des types analogues à ceux qui y prédominent ; cette opinion a été adoptée parla généralité des numismatistes, et c’est celle que tout dernièrement encore M. Bompois a défendue dans une importante monographie de ces monnaies (2). Elle me paraît pourtant devoir être absolument rejetée. A mes yeux, les pièces de la légende MAKEAONflN n’ont pu être frappées qu’après la formation de la province romaine • elles font suite à celles des quatre Confédérations formées après la bataille de Pydna, au lieu de les précéder historiquement.

J’ai déjà indiqué plus haut (dans ce chapitre, § 1,4) les raisons de droit public qui ne me permettent pas d’admettre que les rois de Macédoine, dont la monarchie était si forte et si concentrée, aient pu laisser se produire un monnayage commun, au nom du peuple, à côté de leur

(1) D N, t. Il, p. 61.

(2' Examen chronologique des monnaies frappées par la Communauté des Macédoniens, Paris, 1876.

monnayage royal. Quant aux preuves de la date que j 'assigne à la série en question , elles me paraissent nombreuses et probantes. Les tailles d’argent que nous y constatons sont le tétradrachme, le triobole et le triliémiobole du poids attique, qui depuis Alexandre était le seul en usage dans ce pays. Mais entre le tétradrachme et le triobole nous rencontrons une pièce intermédiaire, qui ne rentre plus dans les divisions normales du système attique (1); or, son poids est celui du victoriat romain (livre VU, chap. ni, § h), qui n’a pu s’introduire dans le pays qu’ après la conquête. Un des bronzes les plus remarquables comme travail (2) porte un grand D latin au-dessus de la légende grecque MAKEAONHN, disposée en deux lignes et occupant le champ du revers. D’autres (3) ne peuvent être séparés des bronzes, identiques de travail et de types, où se lit le nom du questeur romain C. Publilius (ù). Enfin, sur les tétradrachmes d’argent, nous voyons à un certain moment s’introduire sans aucun changement dans le type, sans aucun hiatus entre les pièces qui n’ont pas et celles qui ont cette mention, le mot latin abrégé LEG (b).

Le LEQalus que mentionnent ces dernières monnaies peut être un legatus pro praetore , chargé temporairement de l’administration de la province, ou bien un legatus pro quaestore, comme celui que sur d’autres tétradrachmes au nom des Macédoniens , sur lesquels nous reviendrons dans un instant , désigne l’indication plus complète

(1) Bompois, ouvr. cit. pl.I,n" 4 ot S.

(2) Bompois, pl. II, n° 16.

(3) Bompois, pl. II, n°’ 20 et 21.

(4) Bompois, pl. IV, 6e catégorie, n° S.

(5) Bompois, pl. II, 2e catégorie, n°* 1 et 2.

LEGPROQ. L’intervention du questeur dans la fabrication de monnayages faits hors de Eome est aussi indiquée par un simple Q, sans nom propre, sur quelques cistophores (1) et sur un denier et un aureus de 36 à la livre (2), frappés à Yalentia dans le Bruttium (3) lors du retour de Sylla en Italie (voy. le § 7 de ce chapitre et livre VII, chap. ni, §5).

La série des monnaies de la Communauté provinciale des Macédoniens a dans le début une physionomie purement autonome, dans l’argent comme dans le cuivre ; les monogrammes qu’on y rencontre sont grecs et paraissent exprimer les noms d’officiers monétaires indigènes. Il y a même une des pièces d’argent (4) où nous trouvons le monogramme composé des lettres in, lequel se trouve également sur des pièces de Philippe Y, de Persée et de la Première Macédoine. Ainsi quel’a reconnu M. L. Müller (5), ce monogramme désigne certainement le Zoïle qui a écrit son nom tout au long sur quelques tétradrachmes de Persée, particulièrement remarquables comme art (6) ; il fut maître de la monnaie d’Amphipolis pendant près d’un demi-siècle, et sous les rois eut également une autorité sur les ateliers monétaires de Pella et d’Uranopolis. Bientôt ce caractère tout indigène ne reste plus qu’aux espèces de cuivre ; il y a limitation dans l’autorité monétaire du cornai) Pinder, Weber die Cistophoren, p. 274.

(2) Cohen, M C, pl. XV, Cornelia, n° 18 ; Mommsen, M R, t. II, p. 247, n° 246.

(3) Les types des pièces sont ceux de cette ville.

(4) Bompois, pl. I, n° 4.

(5) Rev. num. 1867, p. 91.

(6) Mionnet, Suppl, t. III, p. 237, n°‘ 689 et 690, pl. XI, n° 4.

mune macédonien. Les tétradrachmes continuent toujours à porter la légende nationale MAKEAONON, mais c’est le questeur ou le proquesteur de la province qui dirige leur fabrication et qui y met sa marque. Déjà un peu auparavant (1), la monnaie questoriale avait fait son apparition à côté de la monnaie du commune indigène , sous la forme d’espèces de cuivre portant, aveclenom des Macédoniens, celui du questeur écrit en grec, MAKEAONON TAMIOY TAIOY nOnAIAIOY, MAKEAONON TAMIOY AEYKEIOY c&OAKSNNIOY (2). A dater du moment où la marque latine de l’officier de finances romain commence à se montrer sur les tétradrachmes, on ne frappe plus de monnaies d’argent de tailles inférieures. Peut-être est-ce aux premiers temps du régime du nouveau règlement monétaire indiqué par ces différents changements, et dont la date peut être approximativement dix ou quinze ans après la création de la province, qu’il faut attribuer certaines pièces d’un billon de bas titre (3) qui paraissent avoir remplacé les petites pièces d’argent comme monnaies divisionnaires supérieures au cuivre. Ces pièces de billon présentent des monogrammes grecs de magistrats responsables, sans doute de ceux que déléguait le commune indigène, et la fabrication en fut évidemment très-peu prolongée.

Les premières émissions des tétradrachmes à la légende MAKEAONON, jusqu’à ceux où se montre le mot latin LEG, paraissent s’être suivies avec assez de continuité et

(1) Les pièces des questeurs C. Publilius et L. Fulcinnius, d’après leur style, appartiennent manifestement aux premiers temps de la réduction du pays en province romaine.

(2) Bompois, pl. IV, 6' catégorie, m* 1-8.

(3) Bompois, pl.IV, 5° catégorie, n° 1.

pendant un temps assez court. Toutes ces pièces, ayant sur le droit le buste d’Artémis au centre du bouclier macédonien, forment un groupe d’une étroite unité. Mais, comme l’a montré M. Mommsen (1), ce monnayage provincial n’était plus de droit absolu ; il dépendait du bon plaisir de la puissance souveraine et ne pouvait avoir lieu qu’en vertu d’une autorisation spéciale et temporaire du gouverneur. Par suite, il ne se produisait que par intervalles, suivant les besoins administratifs et surtout militaires (voy. le § 7 de ce chapitre). Aussi tous les caractères du style indiquent-ils un hiatus d’une quarantaine d’années entre le premier groupe de tétradrachmes au nom des Macédoniens, dont je viens de parler, et un second, où les types sont autres, d’un côté la tête d’Alexandre divinisée, de l’autre les insignes de la questure placés au milieu d’une couronne. Sur ces nouveaux tétradrachmes, on lit encore la légende grecque MAK.EAONON, mais en même temps toujours des noms d’officiers romains,, écrits en latin (2). Les plus nombreuses de ces pièces (3) , frappées dans les trois ateliers d’Amphipolis, de Thessalonique et de Pella (4), portent au revers le nom AESILLAS Q uaestor et quelquefois au droit l’indication abrégée du gouverneur dont il dépendait, CÆ. PR. On ne sait comment compléter

(1) M R, t. III, p. 282.

(2) Friedlânder, Zeitschr. f. Num., t. III, p. 177-182; Bompois, pl. V, 7e catégorie, n°* 1-6.

(3) Il y a une drachme qui y correspond : Bompois, pl. V, 7" catégorie, n» 7.

(4) Les deux premières de ces villes sont indiquées par les lettres A et 0, la troisième, comme au temps des quatre Confédérations et sur les cuivres du questeur C. Publilius, par le monogramme BOT, de la Bottéatide.

le nom de ce dernier personnage, mais en tout cas il est antérieur à Sylla, puisqu’il porte le titre de PR aetor et non celui de propréteur. D’autres tétradrachmes, sortis exclusivement de l’atelier de Thessalonique, ont au revers SVVRA LEG atus PRO Q uaestore. On ne saurait hésiter à reconnaître ici, avec l’illustre Borghesi (1), Bruttius Sura, légat de Sentius Saturninus, gouverneur de la Macédoine de 89 à 87 avant Jésus-Christ. Ceci date nettement ce groupe monétaire, encore très-un et resserré dans un court espace de temps. CÆ. PR est le prédécesseur de Sentius Saturninus dans le gouvernement de la Macédoine, et l’émission de tétradrachmes au nom des Macédoniens, que ces deux préteurs successifs ont fait faire sous la direction, l’un de son questeur, l’autre de son proquesteur, a eu pour objet de parer aux nécessités financières qui fondaient sur eux de tous côtés, par suite de l’invasion de Mithridate en Europe et des attaques que depuis l’année 92 avant Jésus-Christ il n’avait cessé de provoquer contre la Macédoine pour se frayer la voie, incursions des Thraces et révolte du prétendant Euphène. Ayant à faire face à ces dangers, tandis que l’Italie était en proie à la Guerre Sociale et aux dissensions civiles, les préteurs de la Macédoine étaient alors obligés, comme Sylla le fut bientôt après en Grèce et en Asie Mineure (voy. le § 7 de ce chapitre), de trouver dans le pays les ressources métalliques qui leur étaient nécessaires et de créer la monnaie destinée à la paye de leurs troupes ainsi qu’au service de leur intendance.

Que la province d’Asie ait possédé sous l’autorité de la

(1) üsserv. numism. déc. XVI, 1—4; dans tes Œuvres complètes, t. II, p, 236 et s.

République romaine une monnaie d’argent régionale, d’apparence entièrement autonome au début, et que cette monnaie ait été les cistophores (voy. livre VI, chap. rx, à ce mot), c’est un fait aujourd’hui si bien établi que M. Pinder (1) et M. Mommsen (2) ont même admis que les cistophores avaient été créés seulement à la formation de la province romaine, en 133 avant Jésus-Christ. J’ai déjà dit (dans ce chapitre, §1,3) que je ne partageais pas cette manière de voir, que je croyais que la fabrication des cistophores avait commencé sous les rois de Pergame et s’était seulement continuée sous les Romains; j’y reviendrai encore plus tard. Quoi qu’il en soit, du reste, le débat ne peut plus porter que sur ce point, et il est incontestable que la grande majorité de ces pièces d’argent date du temps de la domination romaine. Les cistophores ont une grande analogie avec les produits du monnayage fédéral de la Ligue Achéenne et de la Ligue Lycienne. Ce sont de même des monnaies d’un type et d’un poids uniformes, destinées à circuler indifféremment dans toute l’étendue du pays, quel que fût leur lieu d’émission. Ils ne sortent pas d’un atelier central; mais, au contraire, un certain nombre de villes les frappent, en y inscrivant leur nom en abrégé (3),

(1) Ueber die Cistophoren, p. 352.

(2) M R, t. I, p. 63 et s.; t. III, p. 301 et s.

(3) Ces villes sont :

En Mysie :

Parion.

Adramytlion

Pergame .

Atarnée (?).

En Lydie :

Sardes.

Thyatira.

Tralles.

en y plaçant quelquefois leur symbole particulier, de petite dimension, dans le champ, et en y joignant la signature, plus ou moins abrégée, du magistrat municipal responsable (1). Il n’y a pas, comme sur les tétradrachmes de la Macédoine., de légende commune offrant le nom d’un peuple; la province d’Asie n’avait pas d’unité nationale; elle comprenait des pays originairement fort divers, et c’était une sorte de fédération de villes grecques soumises à Rome, qu’y administrait le gouverneur.

Environ 70 ans après la formation de la province, on commença à inscrire en latin les noms des proconsuls de la province sur le revers des cistophores. Le premier qui s’y lise est celui de Q. Tullius Cicéron, qui eut le gouvernement de 61 à 58 avant Jésus-Christ (2). En 50 et 49, la province demeure sans gouverneur, pendant les débuts de la guerre civile; c’est alors que le questeur Lucius Antonius, demeuré seul à la tête de l’administration financière, fait frapper des cistophores qu’il signe d’un simple

En Ionie :

Ephèse. Smyrne.

En Carie :

Nysa.

En Phrygie :

Apamée, Laodicée.

(1) Le magistrat municipal responsable est sûrement ici le premier des prytanes de la ville, désigné sur les pièces frappées à Pergame par le monogramme des lettres TFPYT, initiales de son titre (voy. dans ce livre, chap. ni, § 1, 4).

(2) Pinder, mém, cit. p. 345 et 567.

Q, initiale du mot Q uaestor, sans y écrire son nom (1). Jusque-là, le nom du magistrat responsable de la ville d’émission était resté écrit en grec sur les pièces, en même temps que celui du proconsul en latin. Lucius Antonius fait le premier disparaître cette mention, qui reparaît sur les cistophores du préteur C. Fannius (2), dans les derniers mois de 49, pour prendre absolument fin l’année même de la bataille de Pharsale, tandis que Q. Cæcilius Metellus Pius exerce le pouvoir militaire dans la province à titre d 'imperator , en l’absence d’un gouverneur régulièrement institué (3) . Toute trace d’intervention des autorités municipales disparaît ainsi de ces monnaies, et sous Marc- Antoine les villes où elles sont frappées cessent aussi d’y mettre les initiales de leurs noms (4).

Au moment où les noms des gouverneurs romains de la province d’Asie commencèrent à être inscrits sur les cistophores, la Pbrygie, une des contrées où se fabriquaient et où circulaient ces monnaies, avait été distraite de l’Asie pour être jointe à la province de Cilicie. Ce sont donc les noms des proconsuls de Cilicie que l’on voit sur les cistopbores d’Apamée et deLaodicée, frappés de 56 à 50 avant Jésus-Christ (5). Mais il n’en résulte pas pour cela que les cistophores eussent alors acquis la circulation légale dans toute la province de Cilicie ; au contraire, tout indique que ceux que faisaient frapper les chefs de ce gouver-

(1) Pinder, p. 546.

(2) Pinder, p. 569.

(3) Pinder, p. 546 et 570 ; Mommsen, M R, t. III, p. 302.

(4) Pinder, p. 555 et 573.

(5) Pinder, p. 547,570 et s.

nement avaient leur cours limité à la Phrygie. Nous l’avons déjà dit, les circonscriptions monétaires ne correspondaient pas toujours exactement aux limites administratives des provinces.

§ h. — Monnayage des provinces soüs l’empire.

1. « Le denier romain, dit M. Mommsen (1), était, dès le temps de la République, la seule monnaie ayant cours indistinctement dans tous les pays soumis à la domination de Rome, tandis que les monnaies des provinces ne circulaient légalement que dans celles pour lesquelles elles avaient été frappées : ainsi le denier romain avait cours aussi bien en Italie qu’en Espagne et en Syrie, tandis que la monnaie provinciale frappée pour l’Espagne n’était pas acceptée en Syrie, pas plus que les pièces de la Syrie n’étaient acceptées en Espagne. Et lorsque nous voyons dans l’histoire qu’Àuguste rendit les monnaies, les mesures et les poids romains obligatoires dans toute l’étendue de l’Empire (2), ceci veut dire seulement qu’il ordonna que tous les comptes publics et tous les tarifs fussent faits et dressés d’après le système romain; car, d’une part, il y avait déjà longtemps que le denier circulait dans les provinces, et, d'autre part, Auguste ne supprima pas les monnaies provinciales et locales. Les inscriptions trouvées dans l’Asie Mineure et dans lesquelles il n’est pas fait mention, autant que nous sachions, d’une autre espèce de

(1) M R, t. III, p. 342.

(2) DioCass. L.II, 30.

monnaie d’argent que du denier, nous en fournissent la preuve. Une remarquable inscription de Cibyra (1) le prouve encore mieux. Après avoir désigné une somme en drachmes de Rhodes, elle en donne immédiatement l’équivalent en deniers romains. L’Égypte est la seule province romaine qui fasse exception à cette règle générale. Il paraît que, au moins jusqu’à l’époque de Dioclétien, les comptes publics continuèrent à y être réglés en drachmes et en oboles. »

Sous l’Empire, il faut distinguer trois sortes de monnaies, d’Etat, provinciales, municipales et locales. Il sera parlé de la monnaie d’Etat au point de vue légal dans le § 8 de ce chapitre. Nous nous bornerons donc ici à jeter un coup d’œil sur les règles dont les deux autres sortes de monnaies révèlent l’existence et l’application, en renvoyant au livre VII, chap. iv, § 4, pour l’exposé détaillé des faits, classés dans l’ordre géographique .

2. Il n’y a de monnaies provinciales d’argent qu’en Orient, dans les provinces où les habitudes de la population tiennent encore au système grec de la drachme. Le gouvernement impérial frappe alors des monnaies taillées sur l’étalon de celle des drachmes helléniques à laquelle les indigènes sont habitués, mais en modifiant plus ou moins cet étalon pour le mettre dans un rapport exact avec le denier, seule monnaie officiellement adoptée pour la comptabilité publique dans tout l’Empire.

Le plus souvent, la monnaie d’argent fabriquée ainsi pour le service d’une province déterminée est une monnaie

(!) Corp. inscr.graec. n° 4380.

purement impériale, qui n’a de local que son type et son système de poids particulier. Le nom de la province n’y apparaît pas, car l’émission est faite au nom du souverain, au nom du gouvernement central, et le monnayage ne porte en rien le caractère d’une autonomie indigène.

Tel est le cas des séries les plus nombreuses et les plus importantes, de celles qui étaient fabriquées pour les provinces les plus riches et les plus populeuses, pour les provinces qui auraient pu compter politiquement d’une façon considérable dans l’Empire. Citons avant tout l’abondant monnayage d’argent à bas titre et de cuivre, sorti de l’atelier d’Alexandrie pour la circulation particulière de l’Egypte (1) ; citons aussi les drachmes émises à partir de l’an 17 ap. J. -C., date delà réunion du pays à l’empire, à Césarée de Cappadoce (2) ; le nom de la ville n’y est inscrit qu’à partir de Septime Sévère, et toujours sous la forme KAICAPGIA ou KAICAPGIAC, qui n’implique qu’une simple indication de lieu d’émission, tandis que sur les bronzes contemporains nous avons le nom des habitants au génitif pluriel, KAICAPGtüN, ce qui dénote le monnayage municipal des gens de Césarée. La nombreuse série des téitradrachmes d’argent fortement allié, que l’atelier d’Antioche fabriquait pour la Syrie, est aussi dans le même cas (3) ; le nom de la ville n’y figure qu’à partir des deux Philippe, et encore sous la forme d’une pure indication

(1) Eckhel, D N, t. IV, p. 26 et s.; Mionnet, t. VI, p. 45-514 ; Suppl. t. IX, p. 24-144; Feuardent, Egypte ancienne, Domination romaine, Paris, 1873 ; Mommsen, MR, t. III, p. 332 et s.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 187 et s.; Mionnet, t. IV, p. 408-437 ; Suppl, t. VII, p. 660-709; Mommsen, M R, t. III, p. 314.

(3) Eckhel, D N, t. III, p. 287 et s.; Mionnet, t. V, p. 170-191 ; Suppl, t. VIII, p. 131-139 ; Mommsen, M R , t. III, p. 319 et s.

LA LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES loi

d’atelier, ANTIOX1A. Il est également impossible de contester la nature de monnaie purement impériale frappée seulement sur un pied particulier, différent de celui de la monnaie générale de l’empire, en vue de convenances locales, pour la série, si bien étudiée par M. Pinder (1), des tetradrachmes d’argent impériaux à légendes latines de l’Asie Mineure, qui continue sous l’empire la série des cistophores, mais avec des types différents. L’aire de circulation de ces espèces n’était pas restreinte à la province d’Asie, mais s’étendait aussi certainement à la Bithynie, à la Pamphylie et à la Galatie. Il n’y a pas eu pour leur fabrication un atelier unique et constant-, mais, au contraire, il est manifeste que, suivant les époques, les tétradrachmes impériaux en question ont été frappés dans différentes villes des provinces qui viennent d’être nommées, par exemple à Ephèse, à Sardes, à Nicomédie, à Perga. Mais ce n’est que d’après les indices de fabrique, de style et surtout d’après les types que l’on peut arriver pour quelques-uns à une détermination d’origine de ce genre. En fait de marque de lieu d’émission, l’on ne trouve que le mot SA RD sur un tétradrachme d’Hadrien et un monogramme contenant les premières lettres du nom d’Ephèse en grec sur les didrachmes et les drachmes que Néron et Vespasien essayèrent un moment de substituer aux tétradrachmes (2). Les mots COMmwne ASIAE qui accompagnent l’image du temple de Borne et d’Auguste sur les tétradrachmes de plusieurs empereurs, comme ceux de COM-

(1) Ueber die Ciétoplioren und Hier die Kaiserlichen Silbermedaillons der romischen Provins Asia, dans les Mémoires de l’Académie de Berlin pour 1855; voy. aussi Mommsen, M R, t. III, p. 302.

(2) Eckhel, D N. t. IV, p. 279; Pinder, p. 576 et s.; Mommsen, M R, t. III, p. 307.

mune BIT hyniae écrits auprès du même temple sur des tétradrachmes d’Hadrien, se rapportent à l’organisation du culte des temples augustaux de Pergame et de Nicomédie, desservis chacun par la Communauté de l’une des deux provinces (1), et non à l’intervention de ces Communautés dans le monnayage. La preuve en est dans la pièce qui fait lire à côté du temple la légende plus étendue S enatus P opulusque Romanus, COMmwne BIT hyniae; elle a trait au culte et à la construction du temple, comme celle qui accompagne la représentation d’un arc de triomphe sur un tétradrachme de la même série, à la tête d’Auguste, S enatus Populusque Romanus S1GNIS RE- CEPTIS.

Le nom de la province et de son peuple n’est pas non plus prononcé ; les légendes, rédigées exclusivement en grec, sont exclusivement impériales, sur les deniers frappes en Lycie après la suppression de la Ligue Lycienne et la réduction du pays en province, sous le règne de Claude (2). Ces pièces ont au revers l’ancien type national de la lyre d’Apollon ou de deux lyres, et la fabrication s’en est continuée jusque sous Trajan. Comme, malgré leurs légendes grecques, ce sont des deniers impériaux du même poids que ceux de coin romain, elles ont été admises dans tout l’Empire sur un pied d’égalité avec eux et ont circulé jusqu’aux bords du Danube et en Germanie (3).

Sous les règnes de Marc-Aurèle et de Commode, après la conquête de l’Osrhoëne et de la Mésopotamie septen-

(1) Diod. Sic. LI, 20.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 1; Mionnet, t. III, p. 430 et s.; Suppl. t. VII, p. 1 et s.; Mommsen, M R, t. III, p. 311.

(3) Mommsen, M R, t. III, p. 312.

trionale dans la campagne de Lucius Yérus contre les Parthes, on fabriqua, probablement dans l’atelier d’Edesse, une sérié de petites pièces d’argent de poids assez irréguliers, mais se rapprochant du système des drachmes frappées a Cesarée de Cappadoce ; elles étaient destinées à la circulation spéciale de la nouvelle province (1). Les légendes en sont grecques ; elles ont d’un côté la tête et le nom de Marc-Aurèle, de Faustine, de Lucius Yérus, de Lucille ou de Commode, au revers des types variés, mais toujours avec la légende YneP NIKHC PCOMAIlDN ouYTTGP NIKHC TtON KYPlGüN CGBocffTÜv.

Sont encore purement impériales, sans mention d’autorités locales de province ou de ville, certaines espèces d’argent de poids grec, qui ont été destinées à une circulation provinciale, mais frappées en moins grand nombre, qui ne constituent pas des séries continues et apparaissent seulement d’une manière exceptionnelle et temporaire. Tels sont les tétradrachmes de Yespasien et les didrachmes de ses fils, associés par lui à l’Empire, frappés en Cypre avec des légendes grecques (2) ; un tétradrachme à légende latine frappé sous Tibère en Pamphylie (3) , avant l’entrée de cette province dans la circonscription où circulaient les pièces continuant la série des cistophores ; enfin les drachmes de Trajan en Cyrénaïque (4).

Ces faits sont d’autant plus importants au point de

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 520 et s.; Mionnet, t. V, p. 638 et s.

(2) Eckhel, D N , t. III, p. 85; t. IV, p. 419 ; Mionnet, t. III, p. 672 et s.; Suppl, t. VII, p. 305; Mommsen, MR, t. III, p. 327 et s.

(3) Eckhel, D N, t. VI, p. 161.

(4) Eckhel, D N , t. VI, p. 445; Duchalais, Rev. num. 1851, p. 101 ; L. Millier, Num. de l’anc. Afrique , t. I, p. 172, n°s 443-445 et 448.

vue de l’étude des conditions de droit public et de la législation monétaire, que plusieurs des provinces dont nous venons de constater l’existence d’un monnayage d’argent purement impérial, bien que destiné aux besoins régionaux, nous offrent parallèlement un monnayage provincial de cuivre, fait au nom du Kowov de la province. C’est le cas delà Bithynie (1) et de Cypre (2). Tout en se réservant dans ces provinces la fabrication exclusive de la monnaie d’argent provinciale, l’Empereur y abandonnait le cuivre à la direction de l’assemblée de la Communauté des indigènes, de même que dans la monnaie d’empire il avait laissé ce métal à l’autorité du Sénat (voy. le § 8 de ce chapitre) . Deux autres pays nous offrent un monnayage exclusivement de cuivre émis sous les empereurs et avec leurs effigies, mais au nom du Commune indigène : c’est la Macédoine (3), où l’on ne frappe plus désormais de mon-

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 403 ; Mionnet, t. II, p. 410. — C’est Hadrien qui donna un droit monétaire à la Communauté de la province natale de son cher Antinoüs. Auparavant, les monnaies provinciales de cuivre en Bithynie avaient été fabriquées comme monnaies de l’Empereur, portant avec la formule S7iî...(xv6urarn)u, sous le proconsulat de N , qui a le caractère d’une date, les noms des proconsuls, et du procurateur sous Vespasien, qui avait momentanément modifié l’administration du pays : Eckhel, D N, t. II, p. 400 et s.; Mionnet, t. II, p. 408 et s.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 84 ; Mionnet, t. III, p. 671 et s. — En tête de la série de bronze de Cypre sous l’Empire, nous rencontrons sous Auguste une monnaie proconsulaire à légendes latines.

(3) Eckhel, D N, t. II, p. 64; Mionnet, 1. 1, p. 458 et s., 554-562. — Sur les premières impériales de la Macédoine, jusqu’à Vespasien, on lit d’un côté les noms de l’Empereur et de l’autre le titre de ZEBAZ T 02 MAKEAONHN, qui semble le qualifier comme « l’Auguste des Macédoniens » ; à partir de Domitien, la légende du revers est KO! NON MAKEAONHN.

naie d’argent, et la Thessalie (!). Par contre, en Judée, nous constatons une fabrication de petites pièces de cuivre purement impériales, destinées exclusivement à la contrée et recevant une forme particulière, pour ménager les susceptibilités religieuses des habitants. Nous avons vu plus haut (dans ce chapitre, §1,4) qu’après Simon Macchabée les princes Asmonéens n’avaient plus frappé que de petites monnaies de bronze, par ménagement pour les susceptibilités des Séleucides. Iiérode, leur successeur, ne reçut d’Auguste, comme la plupart des rois vassaux, la permission de monnayage que restreinte au même métal. Lorsque la Judée, à partir de l’an 6 ap. J.-C., fut administrée par un procurateur impérial, l’atelier monétaire national resta en activité. Les procurateurs romains y firent frapper de petites monnaies de cuivre aux mêmes types que celles des derniers dynastes indigènes (2), sans l’effigie impériale, qui répugnait tant aux Juifs ; ces monnaies ne portent, en fait de légendes, que le nom de l’empereur et des années de l’ère d’Auguste, commençant en 727 de Rome, 27 av. J. -C. ; la fabrication s’en continue jusqu’à l’explosion de la grande révolte, sous Néron. Ce sont ces petites pièces de cuivre que l’Evangile appelle lenrov (3)

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 135; Mionnet, t. II, p. 6 et s. — Jusqu’à Hadrien, la Ligue thessalienne, reconstituée sous César, frappe sa monnaie de cuivre à la façon d’une république simplement vassale de l’Empire : au droit est l’effigie de l'empereur suzerain, avec son nom, au revers la légende nationale ©EZ2AÀGJN et le nom du stratège de la Ligue. C’est seulement ensuite que la légende du revers devient KOINON ©eCCAAdN.

(2) Eckhel, D N, t. III, p. 497 ; Saujcy, Numismatique judaïque, p. 138 et s. ; Numism. de la Terre-Sainte, p. 69-78; Madden, History of jewish coinage, p. 134-153; Mommsen, M R, t. III, p. 326.

(3) Luc, xxi, 2.

ou bien xo&pavTïi ç (1), ce qui semble indiquer que dans les comptes officiels elles étaient cotées comme équivalant au quadrans romain (2). Pour le payement de l’impôt sacré dudemi-sicleauTemple (3), l’horreur religieuse qu’inspirait toute monnaie avec une effigie humaine devait faire que l’on ne se servait que des anciennes pièces d’argent des Asmonéens, conservées pieusement pour cet objet, et, comme les demi-sicles étaient très-rares par comparaison avec les sicles entiers, les changeurs du Temple demandaient un fort agio pour changer les sicles en demisicles (J). L’Evangile appelle dtdpaypv et cTav/ip la pièce employée au payement de cet impôt (5) . Mais, pour le cens à payer au fisc impérial, on se servait des monnaies à l’image de l’empereur (6), tétradrachmes provinciaux ou deniers de coin romain. Ces derniers circulaient abondamment déjà dans le pays au temps de Jésus, et l’Evangile évalue en deniers le prix des choses d’une valeur élevée (7). D’autres prix, minimes, y sont exprimés en as, àccapia (8), et en effet il est probable que ceux de l’atelier sénatorial d’Antioche venaient en grande quantité dans la Judée.

(1) Matth. v, 26; Luc, xii, 42.

(2) Il serait bien difficile d’admettre que les quadrans de l’atelier de Rome venaient circuler jusqu’en Judée; d’aussi petites monnaies ne voyagent pas d’ordinaire. Dans l’atelier sénatorial établi à Antioche pour le monnayage du cuivre, on ne frappait pas de quadrans.

(3) Joseph. Ant. Jud. XVIII, 9, I.

(4) Maimonid. De sicl. III, 1.

(5) Matth. xvii, 24-28.

(6) Matth. xxii, 15-21 ; Luc, xx, 20-25.

(7) Johan. vi, 17 ; xu, 5.

(8) Matth. x, 29 ; Luc, xu, 6.

Sous Vespasien, après la prise de Jérusalem, on frappa en Judée les seules monnaies impériales grecques qui portent le nom du pays, et cela pour célébrer sa défaite, les pièces de bronze à la légende IOYAAIAE EAAGOKYIAE (1). Elles doivent avoir été frappées dans l’atelier de Césarée, de même que l’aureus de Titus avec la légende latine correspondante IVDAEA DEVICTA (2). Nous avons ensuite, sous Domitien, quelques pièces de cuivre latines provinciales, sans les lettres S C, que leur travail et leur provenance constante, de même que leurs types, montrent avoir été frappées à Samarîe ou à Césarée pour circuler en Judée (3). Puis, à dater de ce moment, la Judée ne posséda plus de monnaies provinciales propres; elle se servit de celles de la province de Syrie.

Dans tous ces faits, on voit assez nettement se dessiner la délimitation des principales circonscriptions monétaires provinciales admises dans l’Empire, et dont la plupart avaient été établies par Auguste lui -même. Comme déjà nous l’avons constaté sous la République, elles ne coïncident pas exactement avec les divisions administratives . Ainsi plusieurs provinces ayant une administration séparée sont réunies pour former la circonscription d’émission et de circulation des tétradrachmes qui se greffent sur l’ancienne série des cistopbores . D’un autre côté, des pays placés sous la même administration et dans la même province, comme la Crète et la Cyrénaïque, ont des monnaies

(1) Saulcy, Numism. judaïque, p. 155; Numism. de la Terre-Sainte, p. 79 et s.; Madden, Jewish coinage , p. 183.

(2) Cohen, M 1 , 1. 1, p. 347, n° 45; Madden, p. 190.

(3) Cohen, M I, t. I, p. 430, n“" 354 et 355; Madden, p. 197; Saulcy, Numism. de la Terre-Sainte , p. 80-82.

différentes. La Bithynie et le Pont forment une seule province; mais monétairement la Bithynie est agrégée à l’Asie, tandis que le Pont en est distinct. La communauté d’étalon monétaire entre plusieurs de ces circonscriptions de monnaies provinciales, la Syrie, la Cappadoce et Cypre, est de nature à faire penser que leurs espèces pouvaient en ce cas circuler de l’une dans l’autre, et les dépôts de médailles que l’on découvre viennent confirmer cette hypothèse. C’est peut-être même pour faciliter l’entre-cours monétaire entre ces provinces que l’on n’a permis de frapper que des tétradrachmes en Syrie et des drachmes en Cappadoce : la première de ces provinces était ainsi obligée d’emprunter à l’autre les pièces divisionnaires et la seconde les multiples à la première.

En général, il n’y a qu’un atelier unique et central par chaque circonscription, et il est placé dans la métropole, à Antioche pour la Syrie, à Césarée pour la Cappadoce, à Alexandrie pour l’Egypte. Si la fabrication n’est pas concentrée de la même manière dans la circonscription qui comprend l’Asie avec la Bithynie et la Pamphylie, c’est précisément parce qu’elle comprend plusieurs provinces et que dans celle d’Asie plusieurs villes ont le rang de métropole (1).

3. Les monnaies provinciales d’argent de la Crète ont un caractère différent de celles que nous avons jusqu’ici passées en revue. On y lit le nom de l’empereur, celui du gouverneur romain, celui du peuple de la province, enfin celui de la ville d’émission plus ou moins abrégé, car on

(1) Marquardt, Handb. d. rom. Alierth. t. III, 1, p. 139.

en a frappé à Elenthernæ, Gortyne, Hiérapytna, Cydonia et Polyrrliénion (1). En général, ces pièces sont émises au nom des Crétois, KPHTE2, et le nom de l’empereur est au datif de dédicace. La fabrication de ces espèces d’argent n’a eu lieu, du reste, que sous les règnes d’Auguste et de Tibère (2). Après, on ne trouve plus que des monnaies de cuivre ayant au droit l’effigie et la légende impériale, au revers la mention du KOINON KPHTHN ; elles se prolongent jusque sous Caracalla. Lorsqu’une monnaie provinciale d’argent reparaît un moment sous Trajan, elle est toute impériale, avec d’un côté la tête et la légende de l’empereur en latin, de l’autre l’image de la déesse Dictynna et l’inscription AIKTYNNA KPHTfîN (3) ; le peuple de la province n’est plus mentionné que d’une manière indirecte, dans la qualification de sa déesse nationale. « Le nom delà Crète se trouvant encore sur les pièces d’argent impériales des premiers règnes, remarque judicieusement M. Mommsen (4), prouve seulement que le gouvernement n’attachait pas grande importance à ce petit Etat, et qu’il ne croyait pas nécessaire de contrarier, dès le principe, ses tendances à l’autonomie et ses espérances de liberté. »

En Cilicie, province à laquelle on pouvait encore laisser sans inconvénient politique certaines allures de liberté, on va même encore plus loin dans cette voie. Le monnayage d’argent provincial, qui ne paraît avoir jamais été très-

(1) Eckhel, D N, t. II, p. 301 et s.; Mionnet, t. II, p. 257 et s.; Suppl. t. IV, p. 296 et s.; Mommsen, M R. p. 330 et s.

(2) La pièce analogue du règne de Nerva (Mionnet, t. II, p. 259, n° 9) est fausse.

(3) Mionnet, Suppl, t. IV, p. 297, n° 8.

(4) M R, t. III, p. 349.

nombreux, mais qui se prolonge jusque sous Caracalla, prend la forme d’un monnayage semi-autonome de la ville de Tarse, métropole de la province (1). Si ces pièces ont toujours r effigie impériale, le nom de la cité y est invariablement écrit au revers, avec le titre qui lui donnait le privilège d’émettre la monnaie pour la province; on y trouve même quelquefois mentionnée l’Assemblée, KOINO- BOYAION, qui siégeait dans cette ville.

4 . Ceci nous amène naturellement à examiner les faits de monnayage local et municipal pendant la période de l’Empire, et les règles qui en ressortent.

Comme de juste, nous ne rencontrons de monnaies d’argent locales que dans les villes qui ont le titre de libres, autonomes et immunes. Encore toutes celles qui sont dans ce cas ne jouissent-elles pas de ce privilège. Quelques-unes des plus grandes , des plus riches et des plus glorieuses cités qui conservent nne autonomie nominale, comme Athènes , Ehodes, Cyzique, n’ont plus la permission d’émettre que des monnaies de cuivre. Les faits de monnayage d’argent parles villes sous l’Empire sont, du reste, assez peu nombreux pour que nous puissions tous les passer en revue (2).

(1) Eckhel, D N , t. III, p. 72 et s.; Mommsen, M R, t. III, p. 329.

(2) Il faut, avant tout, retrancher comme fausses les pièces suivantes, qui ont été citées comme exemples de monnayages de ce genre :

Bagæ (Lydie), à la tête de Gallien : Mionnet, t. IV, p. 18, n° 92.

Clazomène (Ionie), à la tête d’Auguste : Mionnet, t. III, p. 70, n° 77.

Tyr ne cesse la fabrication de ses tétradrachmes d’argent de forme pleinement autonome, sans rien qui rappelle la suprématie impériale, qu’après l’an 183 de son ère locale, 57 ap. J.-C. (1), c’est-a-dire dans les premières années du régné de Néron. Les tetradrachmes purement impériaux d Antioche, frappes pour la province de Syrie, dont nous avons parle tout a l’heure, ne commencent qm en 54 de l’ère chrétienne. Auparavant, sous Auguste, la ville d’Antioche, comme municipalité, avait émis en son nom des tetradrachmes a la tête de l’empereur, depuis 1 an 25 jusqu’à l’an 36 de l’ère actiaque, c’est-à-dire de 5 av. J.-C. à 6 ap. J.-C. (2). Ce monnayage avait alors cessé, par une cause qui nous reste inconnue, et Séleucie, succédant au privilège d’Antioche, avait fabriqué des tétradrachmes dans les mêmes conditions (3), de l’an 38 à l’an 54 del’ère d’Actium (4), par conséquent jusque sous Tibère (5).

La Ligue Lycienne, république seulement vassale de Kome et de l’empereur, continue son monnayage d’argent jusqu’à Claude, qui met fin à son existence. Seulement,

Séleucie du Calycadnos (Cilicie), à la tête d’Hadrien : Mionnet, t. III, p. 600, n° 294.

Traflles (Lydie), à la tête de Matidie : Mionnet, t. IV, p. 184 n° 1066.

(1) Eckhel, D N, ’t. III, p. 380 ; Mionnet, t. V, p. 416.

(2) Eckhel, D N , t. III, p. 272 et 287.

(3) Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 188, n° 288.

(4) Mionnet, t. V, p. 276, n° 887.

(5) On a aussi de Tibère un tétradrachme grec qui paraît frappé à Laodicée, où le nom de la ville n’est pas inscrit, mais où l’on voit ceux de deux magistrats locaux : Mionnet, Suppl, t. VIII, p. 170,

nous l’avons déjà remarqué (dans ce chapitre, § 3, 2), elle abandonne alors son ancien système monétaire pour frapper des deniers et des bronzes du système de l’as. Mais ces pièces ont toujours les anciens types fédéraux et sont émises au nom de la Ligue et de ses villes (1). L’effigie impériale remplace sur le droit la tête d’Apollon, comme hommage au suzerain, mais elle est sans légende.

Sous Auguste, nous rencontrons encore à Byzance quelques tétradrachmes avec le nom de la ville et le portrait de l’empereur, mais point son nom (2), et a Chios une drachme qui a d’un côté ZEBAIT02 et de l’autre le nom du magistrat local, mais point d’effigie (3). Dans ces deux localités, ce monnayage d’argent ne se prolonge pas plus tard.

Laodicée de Syrie frappe quelques tétradrachmes à son nom et à la tête du souverain, d’abord sous Néron (fi), puis sous Hadrien (5). L’émission de ces derniers coïncide avec le moment où l’atelier d Antioche cesse presque complètement de frapper ses tétradrachmes impériaux, pour n’en reprendre la fabrication que sous Pertinax (6). La suppression du privilège de posséder un atelier d ar-

(1) Cavedoni, Observations sur les monnaies de la Lycie, p. 11; Leicester Warren, Greek fédéral coinaye , p. 38; Mommsen, M R , t. III, p. 311.

(2) Eckhel, D N, t. II, p. 59 ; Mionnet, 1. 1, p. 449, n“ 149 et 150.

(3) Mionnet, t. III, p. 278, n° 128 ; Suppl, t. VI, p. 402, n° 113.

(4) Mionnet, t. V, p. 248, n° 719.

(5) Mionnet, t. V, p. 251, n° 736 ; Suppl, t. VIII, p. 173, n“ 229 et 230.

(6) Mommsen, M R, t. III, p. 230. - On a pourtant un ou deux tétradrachmes deMarc-Aurèle et un de Commode, qui rentrent dans la série de ceux d’Antioche.

gent provincial avait été une des mesures par lesquelles Hadrien avait châtié la rébellion d’Antioche, et l’on sait que ce ne fut que Septime Sévère qui, sur la demande de son fils Caracalla, rendit à la ville tous ses anciens droits (1).

Du reste, Hadrien, l’empereur voyageur et à l’esprit cosmopolite, accorda encore à d’autres villes queLaodicée le droit exceptionnel de battre des monnaies d’argent particulières. C’est sous lui qu’Ægæ de Cilicie, qui prit dès lors le surnom d’Hadrianæ , attesté par la numismatique, frappa des pièces d’argent du poids des anciens statères de la province (2); c'est sous lui que commença aussi la trèsabondante émission des drachmes d’Amisos de Pont, qui se continua sous Antonin (3). Enfin Stratonicée de Carie nous offre un tétradrachme à son nom, avec la tête et le nom d’ Antonin le Pieux (4).

On voit combien ces faits sont restreints et sporadiques. Il est clair, d’après cela, que sous l’Empire les principes de la législation monétaire ne sont plus les mêmes que sous la République, que les villes déclarées libres et autonomes n’ont plus, en vertu de leur situation même, le droit absolu de frapper une monnaie d’argent à elles propre. Dans les cas bien rares où elles ont la licence de monnayer ce métal, ce n’est que d’après une permission formelle, spéciale, temporaire et révocable, de l’Empereur; et en général cette autorisation ne reste que peu de temps en vigueur. Leur monnayage, d’ailleurs, est, malgré ses formes extérieures de semi-autonomie, complètement

(1) Eckhel, D N, t. III, p. 297.

(2) Mionnet, t. III, p. 340, n° 19 ; Mommsen, MR, t. III, p. 329.

(3) Eckhel, D N, t. II, p. 348 ; Mionnet, t. II, p. 344 et s.

(4) Mionnet, t. III, p. 378, n° 440.

soumis à la surveillance et à la direction du gouverneur de la province, réglementé par ses ordonnances (1). Une espèce de droit, dont l’indication et la solution nous ont été conservées par le Digeste (2), repose sur le fait d’un gouverneur qui, vers le temps de Marc-Aurèle, avait démonétisé les espèces d’argent d’une ville, dont malheureusement on ne nous donne pas le nom, comme étant d’un titre trop altéré.

5. Avec la rareté des permissions de monnayage de l’argent accordées aux villes sous l’Empire, contrastent, au contraire, la largeur et la facilité déployées, pour toutes les provinces de l’Orient, par le gouvernement impérial dans l’octroi des autorisations de monnayage local de cuivre. Cette permission devient le fait ordinaire pour toutes les cités de la moitié orientale de l’Empire. Il est bien peu de villes de ces contrées, même de second ordre, qui ne soient représentées dans l’immense série dite des Impériales grecques. Beaucoup , qui n avaient pas eu de monnayage propre aux époques anterieures, font alois seulement leur apparition dans la numismatique. Cette multiplication des permissions de monnayage municipal , limitées au cuivre, durant l’ère impériale, tint a plusieurs causes. On flattait par des privilèges de ce genre, qui tiraient bien peu à conséquence, la vanité des villes grecques, et on les attachait à la domination romaine. C’était une des expressions les plus sensibles extérieurement de cette politique des empereurs, qui, dès le premier jour, tendit a favoriser

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 240.

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