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(6) Cependant la pièce où l’on aurait lu Municipium, ARVENse (Florez, Medallas de Espana , t. III, pl. LIX, n° 9 ; Eckhel, D N , t, I, p. 14) , vérifiée sur l’original que possède le Cabinet de France, n’est autre
gnôles que l’on sait, par les géographes postérieurs et par les inscriptions, avoir été des municipes, et dont on a des monnaies du même âge; il est probable que c’est en vertu de leur titre de municipes qu’elles ont monnayé, car il paraît bien dès lors ne plus y avoir eu en Espagne de monnayage local que dans les municipes et dans les colonies. Mais j’aime mieux borner mes exemples aux villes qui prennent cette qualité sur leurs monnaies et dont la position légale, au moment où elles les frappèrent, est incontestable. Je laisse aussi de côté l’abondante numismatique d’Obulco (1), où la ville n’inscrit jamais son titre de municipe ; sans doute on a la preuve, par les pièces où an lit les noms des deux édiles, d’abord en écriture turditaine (livre IY, chap. VI, § 2), puis en latin, et par les monnaies un peu postérieures et toutes latines où est mentionnée la décision des décurions ordonnant l’émission monétaire, que cette ville n’a monnayé qu’ après avoir reçu le titre de municipe et l’organisation latine ou romaine. Mais la date de ses espèces de cuivre est absolument indéterminée, et ce qui rend la fixation encore plus obscure, c’est que les surfrappes d’une ville sur l’autre (2) montrent que leur fabrication a été contemporaine d’un monnayage d’autonomie purement indigène, à légendes turditaines dans sa voisine Castulo (3).
qu’une pièce d’Ilipa dont la légende a été retouchée au burin par une main moderne.
(1) Delgado, Nuevo méiodo de clasificadon de las medallas de Espana , t. II, p. 219-237, pl. LV-LXI ; Aloïs Heiss, Monn. ant. d'Espagne, p. 302- 305, pl. XLI1I et XLIV.
(2) Aloïs Heiss, p. 41.
(3) Aloïs Heiss, p. 284 et s., pl. XXXIX, n»* 1-17.
M. Heiss a cru que les monnaies de Castulo, turditaines et latines,
Mais, en Macédoine et en Sicile, nous avons les mon-
portaient l’effigie d’Auguste, ce qui, malgré quelques analogies lointaines de traits, ne serait admissible que pour sesn°5 20 et 21. Sur toutes les autres pièces, on voit une tête diadémée, et jamais ce diadème royal, insigne odieux aux Romains, n’aurait été donné à l’Empereur. Partant de cette donnée inexacte, le même savant (p. 37 et 306) s’est efforcé de placer l’émission des bronzes d'Obulco entre 44 et 27 av. J.-C. C’est probablement les faire descendre un peu trop bas. Il me semble difficile d’admettre que des monnaies autonomes purement indigènes, comme celles de Castulo, contemporaines des pièces d’Obulco municipe, aient pu être frappées après César, même en Bétique. Mais je crois qu’on en peut faire descendre la fabrication jusqu’à son expédition d’Espagne. Quand nous avons parlé plus haut (dans ce chapitre, § 3, 4) du retrait général des permissions de monnayage aux villes espagnoles après la guerre de Numance, ceci s’appliquait seulement à la licence de frapper des espèces d’argent, et il est probable qu’il y a, même dans la province Citérieure, plus d’une monnaie autonome purement indigène, à légende ibérienne, mais en bronze et surtout à types autres que le cavalier, fabriquées postérieurement à la guerre de Numance. En outre, cette mesure ne s’appliquait qu’à l’Espagne Citérieure, où avaient eu lieu les révoltes qui la motivèrent. Elle n’avait pas de raison d'être pour la province Ultérieure, où il semble que les villes d’origine phénicienne, assises sur le littoral, monnayaient seules à cette epoque. Dans toute la province Ultérieure, il n’y a qu’une seule ville qui ait émis des deniers appartenant à la période du grand monnayage d’argent de la province Ultérieure ; c’est celle dont la légende ibérienne est expliquée comme donnant le nom d ’lliberi par M. Aloïs Heiss ( Monn . ant. d'Espagne, pl. XL VIII, n°s 1-4), celui d ’llipa d’après d’autres interprètes. Quant au monnayage de cuivre des villes de cette région, à légendes turditaines aussi bien que latines, il a été tardif, et je ne crois pas qu’il offre guère de pièces antérieures au xer siècle av. J.-C. Commencée plus tard que dans la province Citérieure, pour ce qui est de l’intérieur des terres, l’émission de monnaies de bronze produites par une autonomie purement indigène s’est aussi continuée plus tard en Bétique. Ainsi il est positif que Gadès a continué, jusqu’au moment où César en fit un municipe de citoyens, à frapper comme ville libre non latine ou romaine ses autonomes de cuivre à légende punique.
Tout ceci me conduirait à penser que les monnaies, contemporaines les unes des autres, de Castulo et d’Obulco, ont dû être frappées un peu avant César, qui rassembla ses troupes sous cette dernière ville dans sa
naies de Stobi (1) et d’Enna (2), où ces villes prennent la qualité de municipes, et qui sont antérieures à la constitution définitive de l’Empire. Il est vrai qu’aujourd’liui, par suite de la découverte des tables de Salpensa et de Malaca, il paraît positif, comme l’admettent MM. Mommsen (3) et Kudorff (4), qu’il y avait des municipes de droit latin à côté de ceux de droit romain, bien que ceci soit encore révoqué en doute par MM. Zumpt (5) et Walter (6) . Le développement du monnayage des municipes situés en dehors de l’Italie, tel que nous le constatons entre la mort de César et l’organisation du pouvoir impérial, ne serait donc pas nécessairement dans tous les cas une violation de l’ancien principe privant de droits monétaires les villes admises à la plénitude des droits de citoyens. Pour la plupart, on peut penser qu’il s’agit de municipes de droit latin. Mais il n’en est pas de même de Corinthe et de Gadès; là, ce sont positivement une colonie et un municipe, tous les deux de citoyens romains, qui, malgré cette qualité, émettent une monnaie locale et particulière, distincte de celle de l’Etat romain. L’existence de monnaies coloniales de Vienne, dans le pays des Allobroges,
guerre contre les fils de Pompée. Rien ne s’oppose, d’ailleurs, à ce que Ton admette qu’Obulco était un municipe de droit latin, et dans ce cas elle pouvait battre monnaie dès cette époque sans déroger aux principes légaux du temps de la République.
(1) Eckhel, D N, t. II, p. 77 ; Mionnet, 1. 1, p.488, n° 288.
(2) Eckhel, D N, 1. 1, p. 207.
(3) Stadtrechte, p. 400.
(4) Rœm. Rechtsgesch. I, § 12.
(b) Stud. rom. p. 269 et s.
(6) Gesch. des rœm. Redits, I, § 217.
frappées entre 725 et 727 de Rome, 29 et 27 av. J.-C. (1), n’est donc pas une raison aussi absolument décisive que l’ont cru MM. Herzog (2) et Zumpt (3), de penser que cette ville n’avait d’abord que le droit latin et dut seulement à Auguste celui de cité complète. Son monnayage pouvait parfaitement être une dérogation aux règles anciennes, analogue à celle que nous avons constatée a Corinthe. Et en effet, à la même époque, Lugdunum, bien que colonie de citoyens, comme le fait justement remarquer M. Ch. Robert (h), battait aussi des monnaies de bronze semblables, avec son nom de COPIA (5).
Les Gaules, dans la province Narbonnaise, nous offrent encore, à l’époque du premier triumvirat, une autre dérogation singulière aux règles qui, depuis plusieurs siècles, limitaient aux espèces de cuivre le monnayage des colonies Nemausus (6) et Cabellio (7), colonies de droit latin, Lugdunum (8), de droit romain, toutes récemment fondées, produisent alors des émissions de quinaires, analo-
(1) La Saussaye, Numism. de la Gaule Narbonnaise, p. 129-131, pl. XV.
(2) Galliae Narbonensis historia, p. 90-94.
(3) Stud. rom. p. 332 et s.; Comment, epigr. p- 370.
(4) Numismatique de la province de Languedoc, p. 47.
(5) Eckhel, D N, t. I, p. 73; Duchalais, Méd. gauloises de la Biblioth. Royale, p. 137 et s.
(6) La Saussaye, Num. de la Gaule Narbonnaise p. ISS, n° 1 2 3 4 5 6 7 8> PK X ; noS; Ch. Robert, Numism. de laprov. de Languedoc , p. 41, pl. Ul, n a , Mommsen, M R, t. III, P- 234.
(7) La Saussaye, p. 142, n° 1 ; pl. XVII, n° 1.
(8) Eckhel, D N , t. V, p. 38 ; Borghesi, Oss. num. déc. X, 7 ; dans les Œuvres complètes, 1. 1, p. 498 ; Duchalais, p. 136; Mommsen, M R, t. III,
gros a ceux que fabriquaient alors dans l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique, les chefs des cites gauloises tributaires. Il est vrai que quelques-uns des quinaires frappés
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ceux de Cabellio le nom de l’autre triumvir qui lui succéda dans le gouvernement des Gaules, LEPWus, Ces pièces peuvent donc être considérées comme des monnaies emises en vertu de Y imperium militaire (voy. le § 7 de ce chapitre), ou les noms de Lugdunum et de Cabellio ne jureraient que comme indiquant le lieu d’émission fl). Mais cette explication n’est plus possible pour les quinaires de Nemausus où on lit seulement NEMawsws COL onia et même pour celui de Lugdunum qui ne porte que LVCV- DVNI, sans inscription du nom de Marc-Antoine. Ici, nous sommes positivement en présence de monnaies coloniales, bien que d’argent.
3. Les faits que nous venons de grouper montrent combien les principes de droit en matière de monnayai des colonies et des municipes, de droit latin ou de droit romain, étaient devenus incertains pendant les désordres de la période de la guerre civile et du triumvirat. On peut dire qu il n’y avait plus de règles fixes, et que tout était laisse a l’arbitraire des autorités provinciales ou locales. En cette matière, comme en toutes choses en général une réorganisation complète était devenue nécessaire’ quand la victoire d’Actium eut rendu Octave le maître
(1) C’est l’opinion de M. Ch. Robert, Num. de la p. 47.
prov. de Languedoc,
212 la. MONNAIE DANS L’ANTIQUITÉ
du monde. Une règle absolument nouvelle fut alors adoptée (1). U n’y a Plus désormais de distinction entre les colonies ou municipes de citoyens, et les colonies ou municipes jouissant seulement des privilèges de la latinité; tous sont également admis à fabriquer des especes municipales, qui ne peuvent plus être que de bronze C est qu en effet il n’y a plus dans ce fait, comme autrefois poui les colonies latines, un droit appartenant ipso facto à une souveraineté restreinte, mais une concession gracieuse, un privilège accordé spécialement à telle ou telle ville déterminée par l’autorité souveraine. Aussi bon nombre de monnaies coloniales mentionnent-elles l’autorisation particulière en vertu de laquelle k fabrication avait lieu (2). Mais pour ce genre de mention, les usages vanen suivant les provinces et les localités. Elle est constante pour les colonies de la Lusitanie, et presque constante pour celles de la Bétique; au contraire, dans l’Espagne Tarraconnaise, Cæsaraugusta est seule à rappeler l’ongine de la permission qu’elle a reçue. En Afrique nous ne voyons semblable mention qu’à Cartbage, a Utique et a Clypée. Dans tout l’Orient, elle ne se rencontre que sur deux monnaies isolées de Corinthe et de Patræ d Achaie.
On reste, sous l’Empire, fidèle aux principes de la loi Plautia-Papiria, en ceci qu’aucune des villes situées dans le territoire de l’Italie, et également investies du droit de cité complet, ne reçoit d’autorisation de monnayage municipal. Pæstum fait seule exception sur ce point On en a dit de petites pièces de cuivre aux têtes d Auguste et de Tibère, portant les noms des duumvirs municipaux et la
(1) Mommsen, M R, t. III, p. 339.
(2) Eckhel, D N, t. IV, p. 197 ; Mommsen, M. R, t. III, p. 339,
légende PAEsft S ignalum Senatus C onsulto (ou plus souvent PSSC), S ignatum P aesti Senatus Consulto ou bien T... D... De Senatus Sentenlia (1). Ici, c’était le Sénat qui avait donné la licence pour cette exception au privilège qui lui appartenait de fabriquer seul, dans son atelier de Rome, la monnaie de cuivre destinée à la circulation de l’Italie en même temps qu’elle avait cours légal dans tout l’Empire.
Hors de l’Italie, la permission était, au moins dans le début, donnée directement par l’empereur. C’est ce que prouvent les formules PE RM issu AVGVSTI (ou PE RM- A VG), PERMISSV CAESARIS AVG usti (ou PER. CAES- AVG), PER missu IMP eratoris CAESARIS AVGVSTI , qui se lisent sur les espèces des villes espagnoles de Cæsaraugusta, Ebora, Emerita, Italica, Julia Patricia (Corduba), Romula et Julia Traducta. Elles appartiennent les unes aux provinces impériales de la Tarraconnaise et de la Lusitanie, les autres à la province sénatoriale de Bétique ; de même, dans la province sénatoriale d’Achaïe, à Patræ, nous rencontrons aussi la mention d’une autorisation personnelle de l’empereur, INDVLGENTIAE AVGusli MONETA IMPETRATA (2). Ces permissions données par Auguste lui-même, si elles étaient révocables de leur nature, étaient accordées une fois pour toutes et n’avaient pas besoin d’être renouvelées, même à un changement de règne, tant qu’on ne les retirait pas. Ainsi Italica et Romula, dans la Bétique, inscrivent sur leurs monnaies, au temps de Ti-
(1) Eckhel, D N, t. I, p. 159; t. IV, p. 1 44; Cavedoni, Bullet. arch. Napol. t. II, p. 118 ; Mommsen. M R, t. III, p. 219 et s.
(2) Eckhel, D N, t. II, p. 257 ; Mionnet, t. II, p. 192, n° 326.
bère, PERMissu DIVI AVG usti (l). Il est probable que la plupart des autorisations directes d’Auguste pour le monnayage de cuivre des colonies, comme pour celui des villes indigènes en Afrique et en Orient, ont été délivrées entre 27 avant J.-C., date où l’organisation des provinces fut achevée, où Octave reçut le titre d’Auguste et où les nouvelles règles pour les monnayages locaux durent être mises en vigueur, et 15 avant J.-C., date du partage du monnayage d’Empire entre l’autorité de l’empereur et celle du Sénat (2) (voy. le § 8 de ce chapitre, et livre YII, chap. IV, § 1). A cette époque, tandis que les fabrications monétaires dans les provinces étaient réglées par l’empereur et faites par ses agents, le Sénat avait encore la direction exclusive de la monnaie d’Etat de tous les métaux, frappée dans l’atelier de Rome; il n’y fabriquait alors aucune monnaie de cuivre, et, par conséquent, il y avait intérêt à favoriser et à étendre les émissions de numéraire d’appoint local dans les provinces.
Postérieurement à la réorganisation monétaire de l’an 739 de Rome, 15 avant J.-C. , les permissions de monnayage aux colonies furent du ressort des proconsuls pour chaque province. Ces autorisations proconsulaires ne sont pas alors seulement inscrites sur les monnaies de villes situées dans les provinces sénatoriales, comme l’Afrique et la Gaule Narbonnaise, mais aussi sur celles de villes de provinces impériales, comme la Syrie. Le plus souvent, on mentionne le nom du proconsul ou du légat; par exemple, à Béryte, on lit : PERMmw SILANI , du légat Q. Cæcilius
(1) Mionnet, t. I, p. 17 et s. n°‘ 131-34, p. 25, n° 186; Aloïs Heiss, Mon», ant. de l’Espagne, p. 380, n° 8, p. 393, n“ 2, 3, 5 et 6.
(2) Mommsen, M R, t. III, p. 8 et s.
Metellus Creticus Silanus (1), à la fin du règne d’Auguste et au commencement de celui de Tibère (2). Sur les monnaies de Clypée, dans la province d’Afrique, au temps de Tibère, on lit successivement les mentions : PERMISSV L APRONI PROCOnSif/û? III ( tertium) et PERMISSV P CORNELI DOLABELLAE PROCOnSulis (3), ce qui date des années 773 et 777 de Rome (20 et 2 A après J .-C.). Ceci montre clairement que les permissions monétaires nouvelles, pour les colonies, étaient désormais données par chaque gouverneur personnellement, et rien que pour le temps de son gouvernement, devant être renouvelées à l’entrée en charge de son successeur. Après Tibère, les permissions ne sont plus mentionnées dans les légendes des monnaies. « Il semble, remarque M. Mommsen (4), que, depuis qu’elles n’étaient plus que temporaires et du ressort du gouverneur, elles se confondirent petit à petit avec la surveillance générale et le contrôle supérieur que les gouverneurs avaient toujours exercés sur le monnayage des villes et des Etats nominalemen b libres sous la suzeraineté de Rome. » Ce n’est que sur les monnaies de Corinthe, du temps de Domitien, qu’on lit encore: PERMmu IMPeratoris , parce que la ville reçut de nouveau, de Domitien, le droit de monnayage que Yespasienlui avait enlevé (5).
La mention de la permission proconsulaire a quelquefois lieu sous une forme très- abrégée. Borghesi (6) a établi
(1) Eckhel, D N, t. III, p. 278.
(2) Eckhel, D N , t. III, p. 357; Mionnet, t. V, p. 338, n° 28.
(3) L. Muller, Numism. de l’anc. Afrique , t. II, p. 155 et s.
(4) M R, t. III, p. 340.
(5) Eckhel, D N, t. II, p. 243; t. IV, p. 497.
(6) Oss. numism. déc.X, 4.
que les lettres P P D D (ou D D P P) , qui se lisent dans le champ des monnaies de la colonie de Carthage (1) et du municipe d’Utique (2), doivent être expliquées en P ermissu P roconsulis Decurionum Decreto. Nous avons vu tout à l’heure (dans ce chapitre, § h, 7) que, dans les contremarques apposées sur les monnaies de bronze au type de l’autel de Lugdunum, PP était aussi bien positivement l’abréviation des mots permissu proconsulis.
Il n’y a pas à leur chercher une autre interprétation sur celles des monnaies coloniales de Nemausus (3) où elles se montrent, placées de manière à n’avoir aucun rapport spécial avec l’une des deux têtes, d’Auguste et d’ Agrippa, qui décorent ces pièces, et aussi d’une façon tout à fait indépendante de la légende IM P DIVI F. Les tentatives de lecture de ces lettres par les mots P atronus Parens, en les rapportant à Agrippa (ù), ou Pater Patriae, en les rapportant à Auguste (3) , n’ont pas peu contribué à embrouiller la chronologie du monnayage colonial de Nemausus, avec l’idée qu’il devait être tout entier antérieur à 27 av. J.-C. , parce qu’on n’y lit pas le nom Augns-
(1) L. Müller, Nurnism. del'anc. Afrique, t. II, p. 149 et s.
(2) L. Müller, t. II, p. 159ets.— Surcesmonnaies, les lettres DDPP se trouvent quelquefois en même temps que le nom du proconsul, mais ce dernier y figurant sous une forme qui implique seulement une date, comme C VIBIO MARSO PR COS II, « sous le nom proconsulat de C. Vibius Marsus. »
(3) La Saussaye, Numism. de la Gaule Narbonnaise , p. 159 et s., pl. XIX, n“ 40-46; Ch. Robert, Numism. de la province de Languedoc, p, 44 et s. pi. IV, n°‘ 10-12.
(4) La Saussaye, p. 170.
(5) Eckhel, D N, t. VI, p. 112; Mommsen, MR, t. III, p. 256.
lus (1 ). Plus au courant de l’épigraphie que de la numismatique, les savants qui ont soutenu cette thèse n’avaient pas eu l’occasion de constater que plusieurs fois le nom (YAuguslus est absent des monnaies après 727 de Rome (2), tandis qu’on ne l’omet pas dans les inscriptions. Ils n’avaient pas su reconnaître non plus, ce qui ressort pourtant des caractères les plus incontestables de style et de fabrication, que le monnayage de cuivre de Nemausus s’est prolongé fort longtemps (3), et qu’il offre un des exemples les mieux établis que nous ayons dans l’antiquité d’immobilisation absolue des types et de la légende d’une ville, qui les copie servilement bien après qu’ils ont perdu tout sens actuel (voy. livre IV, chap. vu). Mais si l’on écarte ces deux données erronées, le classement historique des as de la colonie de Nemausus, aux deux têtes d’Octave- Auguste et d’ Agrippa et au revers du crocodile devant le palmier, devient facile et très-clair. Il y en a trois groupes primitifs, dont la succession a été reconnue par M. de La Saussaye, Duchalais et M. Ch. Robert : 1° la tête d’Octave est nue, groupe dont la fabrication doit être placée entre 36 av. J.-C., où Agrippa reçut la couronne rostrale qui ne lui manque jamais sur ces pièces, et 27 (727 de Rome) ; 2° la tête d’Auguste est ceinte de la couronne civique, de feuilles de chêne, qui lui fut décernée en 27 av. J.-C. au nom du genre humain (4), en même temps qu’il reçut sa nouvelle appellation &'Au-
(1) Mommsen, l. c. ; Herzog, Galliae Narbon. prov. rom. hist. p. 106.
(2) Ch. Robert, ouvr. cit. p. 51.
(5) Ibid. p. 22.
(4) Plin. H N , XVI, 3, 4 ; Dio Cass. LUI, 16 ; voy. Eckhel, D N, t. VI, p. 88.
gustus ; 3° la tête d’Auguste est laurée, et les lettres PP sont ajoutées dans le champ du droit, des deux côtés. En lisant P ermissu P roconsulis, ce dernier groupe de monnaie se place tout naturellement à la suite de la réorganisation monétaire de 739 de Rome, 15 av. J.-C., à laquelle nous avons rapporté la remise aux proconsuls des provinces du droit d’autoriser le monnayage des colonies.
On objectera peut-être que Nemausus, ayant obtenu antérieurement d’Auguste lui-même une de ces permissions impériales qui, nous l’avons vu, étaient données une fois pour toutes, n’avait plus besoin, sous le nouveau régime légal, d’en recevoir une du proconsul. Mais il faut remarquer que précisément à ce moment Nemausus, par la prolongation de son monnayage, devenait l’objet d’une véritable exception dans la province Narbonnaise, car toutes les autres colonies de la même province cessent de battre monnaie dans les environs de 15 av. J.-C. (1); en même temps, sa monnaie acquiert un rôle nouveau, qui suffirait à justifier une nouvelle autorisation proconsulaire et surtout sa mention ; restée la seule qui se frappât dans la province, elle reçoit un cours autorisé en dehors du territoire de la colonie, qui en fait réellement une monnaie provinciale. Les as de Nemausus se rencontrent en quantités singulièrement abondantes dans toute l’étendue de la Narbon-
(1) La pièce la plus récente de Cabellio (La Saussaye, Num. de la Gaule Narbonnaise, p. 143 et pl. XVII, n° 6) est du 11e consulat d’Auguste (23 av. J.rC.). Les as de Vienne à la proue de navire ne se prolongent certainement pas plus tard que ceux de sa voisine Copia, lesquels sont remplacés en 10 av. J.-C. par les bronzes provinciaux à l’autel de Rome et d'Auguste et ne devaient même plus se fabriquer en l’an 12, quand on se mit à émettre dans l’atelier de Lugdunum les pièces d’or, d’argent et de bronze au taureau cornupète.
naise(l), jusque dans les environs de Genève (2). La majorité des exemplaires des deux premiers groupes sont frappés de contremarques, les mêmes que sur les bronzes au type de l’autel de Lugdunum (voy. dans ce chapitre, l 4, 7 ; livre IY, chap. v, § 1) ; on y remarque celles qui transformaient les pièces en monnaies impériales, celles qui, comme DD, donnaient cours dans le territoire d’autres colonies, et le poinçon PP, accordant la circulation dans toute la province. Au contraire, les contremarques sont de toute rareté sur les monnaies du troisième groupe, où l’on ne voit jamais que celles qui ont une origine militaire. Ceci prouve que les lettres PP gravées sur le coin même de ces pièces leur donnaient le cours provincial résultant, pour les produits des émissions antérieures, du poinçonnement par les mêmes lettres.
Après le règne d’Auguste, quand le monnayage de Nîmes se continua par une reproduction servile des mêmes types, avec une décadence rapide sous le rapport de l’art, on copie indifféremment les anciennes pièces de l’un ou de l’autre groupe (3) . Les monnaies pour lesquelles on continuait à reproduire ainsi les vieux types auxquels le public
(1) Dans le reste des Gaules, on ne les trouve plus en grand nombre qu’aux gués des rivières et dans les sources thermales, où l’on peut admettre que ce sont des voyageurs ou des baigneurs qui ont offert ces pièces de la monnaie de leur province. Ainsi l’on en a découvert un millier à Bourbonne-les-Bains.
(2) Soret, Mém. de la Société d'histoire de Genève, t. I, p. 233.
(3) Voy. dans Ch. Robert, Numism. de la prov. de Languedoc, pl. IV, n»s 4 et 6. deux spécimens de copies postérieures de pièces du premier groupe, bien caractérisés en ce que le graveur n’a plus compris la couronne rostrale de la tête d’Agrippa et en a fait une couronne de laurier.
était habitué avaient alors, par l’étendue de la sphère de leur circulation, un caractère bien plus provincial que colonial, bien qu’elles portassent toujours la légende COL N EM ; aussi l’on ne rencontre pour ainsi dire jamais de contremarque sur ces pièces d’imitation, si ce n’est des poinçons militaires ou les poinçons impériaux, donnant cours hors de la province. Il y a aussi des contrefaçons tout à fait barbares des as de Nemausus (1), où les légendes n’ont plus de sens et qui certainement n’ont pas été fabriquées dans l’atelier de la ville. Elles ne s’expliquent qu’avec le caractère de numéraire provincial, revêtu à partir d’un certain moment par ces monnaies ; et l’on rencontre des contrefaçons barbares du même genre pour les espèces provinciales de l’atelier de Lugdunum, aux types de l’autel de Rome et d’Auguste, du taureau cornupète ou de l’aigle. C’est vers le règne de Néron que l’on dut cesser de frapper dans la Narbonnaise des pièces aux types et au nom de Nemausus, vers le même temps où cessait la fabrication pour les trois Gaules des bronzes portant sur leur revers l’image de l’autel du confluent du Rhône et de la Saône.
4. Je viens de signaler l’époque de la cessation du monnayage dans les diverses colonies de la Gaule Narbonnaise. En général, toute fabrication des monnaies coloniales, comme des monnaies provinciales ou des monnaies municipales des villes indigènes, là où il y en avait encore, prend fin de très-bonne heure dans les provinces d’Occident. En Sicile, la numismatique des colonies ne dépasse
(1) La Saussaye, pl. XX, n° 38 ; Ch. Robert, pl. IV, n° 7.
pas le règne d’Auguste (1), en Afrique et en Numidie celui de Tibère (2) , dans les diverses provinces d’Espagne celui de Caligula (3). Seule, dans l’Occident, Babba de Mauritanie bat monnaie jusque sous l’empereur Galba (4) .
Après cette époque, des mentions de colonies sur les monnaies impériales frappées en Occident ne reparaissent plus que deux fois, dans des conditions exceptionnelles.
Quand Commode, entre autres folies, eut l’incroyable idée de vouloir faire perdre à Rome son nom et de la proclamer colonie (5), on frappa, en 190 de notre ère, des sesterces et des dupondii de cuivre au nom de cette COL onia L ucia AN lonia COM modiana (6), avec un des types consacrés de la numismatique coloniale (7), le fondateur, vêtu suivant le mode du cinctus gabinus, conduisant autour de l’emplacement de la ville la charrue, attelée d’un bœuf et d’une vache, avec laquelle il trace le sillon des limites (8). Ces pièces portent la marque de l’atelier sénatorial, SC, qui remplace le D ecurionum D ecreto des
(1) Eckhel, D N, 1. 1, p. 185.
(2) Eckhel, D N, t. IV, p. 500. — C’est l’époque où s’arrête aussi dans la province d’Afrique le monnayage des villes indigènes; voy. le
(3) Eckhel, D N , t. I, p. 2.
(4) Eckhel, D N, t. IV, p. '153; L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, t. III, p. 172.
(5) Lamprid. Commod. 8 ; Dio Cass. DXXII, 15.
(6) Eckhel, D N, t. VII, p. 122; Cohen, M I, t. III, p. 127 et s. n“ 469 et 470.
(7) Eckhel, D N, t. IV, p. 489.
(8) Cat. ap Serv. ad Virg. Æn. VII, 755. — Une statue d’or du poids de mille livres représentant Commode dans cet acte fut élevée à 1 occasion de la constitution de Rome en colonie : Dio Cass. LXXII, 15.
monnaies coloniales ordinaires (1), carie Sénat, dans son avilissement, avait consenti alors à prendre, lui aussi, le nom de Commodianus (2), et à se proclamer le conseil municipal de la Colonia Commodiana.
On a des pièces de billon de l’empereur Postume, dont le revers offre la figure de la Monnaie personnifiée, avec la légende COLonia Claudia AGRIP pina ou Colonia Claudia A ugusta Agrippina (3) et la date du 4e consulat de ce prince, 265 ou 266 apres J. -C. Mais ce sont certainement des monnaies impériales et non des monnaies municipales de la colonie. La combinaison de la légende et du type du revers indique seulement que c’est à Cologne que Postume avait fixé son principal atelier monétaire, de même que sa résidence la plus habituelle pour la défense de la ligne du Rhin. Aussi une pièce de billon du même empereur, à la légende IOVI VICTORI, indique encore le même atelier par les deux lettres Colonia Agrippina placées dans le champ (4).
A l’inverse de l’Occident, en Orient le monnayage municipal des colonies se prolonge jusqu’à la même époque que celui des villes grecques. Au IIe siècle et au commencement du iii6, on lui voit même prendre un développement plus considérable qu’aux époques antérieures, car un grand nombre de villes d’Orient sont alors déclarées colonies, particulièrement par Septime Sévère et ses suc-
(1) Eckhel, D N, t. IV, p. 482.
(2) Lairiprid. Commod. 8.
(3) De Witte, Rev. num. 1862, p. 41-SO ; Recherches sur les empereurs des Gaules , pl. Il, nos 16 et 17.
(4) De Witte, Rev. mm. 1862, p. 47; Empereurs des Gaules , p. 37
cesseurs, et transforment leurs monnaies grecques semiautonomes en monnaies coloniales. Les exemples de ce monnayage, comme de celui des villes helléniques, deviennent très-rares sous Gallien(l), et il cesse entièrement avec la réforme monétaire d’Aurélien.
5. La langue officielle dans les colonies était le latin, même dans celles où il n’avait pas été réellement envoyé de colons et où c’était la population indigène qui avait été appelée en masse à ce titre. Aussi le latin est-il la langue des légendes de l’immense majorité des monnaies coloniales (2). Même dans les grandes villes de Syrie et d’Arabie, faites colonies au iip siècle, la substitution d’une légende latine à la légende grecque coïncide avec le changement de condition de la cité, par exemple à Laodicée et à Tyr sous Septime Sévère , à Sébaste sous Caracalla, à Sidon et à Bostra sous Elagabale, à Damas sous Philippe. Ce latin y est, du reste, très-souvent barbare, rempli de solécismes et de fautes de tout genre ; on voit que c’est une langue que les habitants ne parlaient pas et que les magistrats municipaux eux-mêmes ne savaient qu’imparfaitement. Pourtant, comme le grec tendait à devenir petit à petit, au me siècle, une seconde langue officielle dans les provinces d’Orient, et à y passer sur le même pied que le latin, nous le voyons employé exclusivement sur les monnaies coloniales de Thessalonique de Macédoine, déclarée colonie par Trajan Dèce (3), de Philippo-
(1) Eckhel, D N, t. IV, p. 500.
(2) Eckhel, DN, t. IV, p. 470.
(3) Mionnet, Suppl, t. III, p. 175.
polis d’Arabie, qui reçut ce titre de Philippe avec son nom nouveau, ainsi que de presque toutes les colonies de la Mésopotamie, Edesse (à partir de Commode), Carrhæ (à partir de Marc-Aurèle), Nisibe (à partir d’Elagabale), Resæna et Singara (à partir d’Alexandre Sévère), enfin Zaytha (à partir de Trajan) ; seule dans cette région, la colonie de Mnive a des monnaies latines (1), et la généralité de l’emploi du grec dans toutes ces villes est d’autant plus remarquable qu’elles avaient toutes reçu des colons légionnaires. Nous parlerons plus loin (§ 8) des monnaies d’Antioche, où la légende donnant le nom de la ville avec le titre de colonie, décerné par Caracalla, est en grec ; mais ce ne sont pas des monnaies municipales de la colonie ; la présence des lettres S C les caractérise comme des espèces d’Empire, sorties de l’atelier sénatorial. A Patræ d’Achaïe, dont le monnayage colonial est tout latin, nous rencontrons exceptionnellement une pièce à légende grecque dédiée à Néron, NEP.QNI, dans une circonstance qu’Eckhel a très-bien déterminée (2) et qui en fait une médaille commémorative plutôt qu’une monnaie ordinaire (3). Dans les colonies des provinces asiatiques, si les légendes principales sont en latin, sauf les exceptions que nous avons signalées, les légendes accessoires, particulièrement celles qui expliquent les types, sont souvent tracées
(1) Sur les monnaies de la colonie de Ninive, voy. les articles de MM. de Saulcy et E. Muret, Annuaire de la Soc. franç. de numismatique, t. IV, p. 212-220.
(2) D N, t. II, p. 256.
(3) Voy. ce que nous avons dit plus haut (livre I, chap. i, § 1, 8) de la nature non monétaire des médailles à légendes grecques frappées à Corinthe en l’honneur d’Antinous, aux frais du prêtre de ce nouveau dieu, Hostilius Marcellus.
en grec sur les pièces même dont l’inscription à caractère officiel est latine. Déjà, dans le monnayage des hautes époques de la République, on remarque, sur les pièces de quelques-unes des colonies latines de la Campanie et du Samnium, la présence d’une légende principale en latin et d’une légende accessoire en grec (1) .
Il n’existe pas de monnaie de ville prenant le titre de municipe, autre qu’à légende latine.
Sous la République, jusqu’à la loi Plautia-Papiria, les colonies de droit latin sises en Italie ont signé leurs monnaies de leur nom simplement, sans y joindre leur titre de colonie . Il en a été de même dans les colonies de la Sicile jusqu’à la fin de leur monnayage, car, dans cette province, Enna seule s’est qualifiée de municipe sur sa monnaie, tandis que Panorme et Agrigente n’y écrivent pas leur qualité coloniale. Dans les provinces espagnoles, il n’y a qu’une partie des colonies et surtout des municipes qui en prennent le titre dans la numismatique (2) ; beaucoup d’autres l’omettent. Au contraire, en Afrique et en Orient, les colonies et les municipes prennent un soin extreme de ne pas manquer a se qualifier de ces noms qui leur assuraient une position exceptionnelle (3).
Pour les monnaies coloniales, comme pour celles des villes grecques, la règle générale est celle de l’obligation e decorer de 1 effigie de l’empereur ou des personnes
(1) Mommsen, MR, t. III, p. 180.
(2) Osca de la Tarraconnaise emploie dans ses légendes monétaires le mot urbs comme synonyme de municipium : VRBS VICTrùj OSCA Eckhel, D N, t. I, p. 53 ; Aloïs Heiss, Monn. ant. de l'Espagne, p. 157 et s., pl. XIII, nos9, 13 et 17.
(3) Eckhel, D N, t. IV, p. 470.
de sa famille. Pourtant, là non plus l’obligation n’est pas tout à fait absolue, et l’on y rencontre un certain nombre de dérogations. A Gadès, la tête d’ Agrippa est accompagnée des titres MVNICIPI PARENS, MVNICIPI PATRONVS ou MVNICIPI PATRONVS ET PARENS, et même on lit M AGRIPPA COS III MVNICIPI PATRON sur des pièces qui n’ont pas son effigie (1). Antérieurement à 1 Empire, on a quelques exemples de cette inscription monétaire des noms de personnages à titre de patrons de colonie ou de municipes. C’est en cette qualité bien évidemment que certaines pièces de Gadès (2) nomment BALBVS PONT ifex, c’est-à-dire L. Cornélius Balbus, fait citoyen romain par Pompée, le premier homme né hors de l’Italie qui fut élevé au consulat (en 40 av. J .-C..), décoré aussi de 1 office de pontife (3). Une monnaie d’Emporiæ mentionne P AVRe/ïws COTfa Ÿktronus {h). Enfin plus anciennement, avant la loi Plautia-Papiria, sur une pièce de Pæstum les deux magistrats municipaux, au lieu de porter comme à l’habitude leur titre de duumvirs, sont qualifiés de patrons, titre supérieur qu’ils avaient en même temps, CN COR nelius M TVC dus PAT Rom' (S).
Quelquefois, même sans que le nom du personnage
(1) Aloïs Heiss, Mo m. ont. de l’Espagne , pl. LU et LIII, n°! 42-46 ;
Delgado, Clasificacion de las medallas de Espana, t. II, pl. *
(2) Eckhel, D N, 1. 1, p. 20 ; Delgado, pl. XXIX et s., n“ 83-89 ; Alois Heiss, pl. LU, n° 37.
(3) Voy. sa biographie par La Nauze, Mém. de l'Acad. des Inscr. anc. sér. t. XIX, p. 327 et s.
(4) Eckhel, D N, t. I, p. 50.
(5) Eckhel, D N, t.I, p. 158.
représenté soit accompagné de l’épithète de divus, les effigies de membres de la famille impériale sur les monnaies des colonies ont un caractère commémoratif, et n’ont été placées sur ces monnaies qu’un temps assez notable après .la mort de ceux dont elles retracent les traits. La numismatique de Cæsaraugusta, dans la Tarraconnaise, nous en offre un exemple particulièrement caractérisé. La tête d Agrippa, accompagnée de la légende M. AGRIPPA- L- F- COS- III, s’y trouve sur des espèces portant les noms de duumvirs de la colonie, qui, d’autres monnaies l’établissent, ont exercé leur charge au temps de Caligula (1). Au reste, l’effigie d’Agrippa se présente à plusieurs reprises sur les monnaies de coin romain en argent ou en bronze avec une intention de commémoration et de restitution, et toujours, en ce cas, la légende mentionne le troisième consulat (2) ; c était en effet la date particulièrement fameuse dans la vie d’Agrippa, celle de l’année où l’empire avait été constitué et où Octave avait reçu le nom d’Auguste.
Les types des revers sont aussi variés sur les monnaies de quelques-unes des colonies que dans la série des Impériales grecques; ils font alors allusion aux anciens souvenirs historiques et mythologiques des localités où la colonie avait été établie. Comme un chapitre spécial de cet ouvrage sera consacré à l’histoire générale des types monétaires (livre IY, chap. i), je n’en parlerais pas ici, non plus que je n’ai parlé dans le § précédent des types des monnaies municipales des villes grecques, si sur les espè-
(1) Aloïs Heiss, Monn. ant. de l’Espagne, p. 209, pi. XXV, n°‘ 28 et 29, et pi. XXVI, n°‘ 53-56.
(2) Ch. Robert, Num. de laprov. de Languedoc, p. 50.
ces de cuivre des colonies dans l’âge impérial il n’y avait certains types spéciaux et caractéristiques, qui se reproduisent dans presque toutes les villes et qui ont trait a leur condition légale.
J’ai déjà parlé d’un de ces types, celui qui représente le rite de la fondation, quand la cliarrue trace le sillon délimitant l’emplacement de la ville (1) ; ce type, comme celui de la louve romaine allaitant les deux jumeaux (2), figure indifféremment sur les monnaies des colonies de citoyens et de celles de droit latin (3). Eckhel (4) a établi d’une manière décisive que le type du Silène Marsyas debout, une outre sur l’épaule et la main
(1) Les villes où on l’a relevé sont :
Ælia Capitolina de Judée.
Antioche de Pisidie.
Apamée de Bithynie.
Béryte de Phénicie.
Bostra d’Arabie.
Cæsaraugusta de Tarraconnaise.
Césarée de Samarie.
Corinthe d’Achaïe.
Dertosa de Tarraconnaise. Emerita de Lusitanie.
Héliopolis de Célésyrie.
Néapolis de Samarie.
Parium de Mysie.
Patræ d’Achaïe.
Ptolémaïs de Galilée.
Resæna de Mésopotamie.
Sidon de Phénicie.
Sinope de Paphlagonie.
Tyanes de Cappadoce.
Tyr de Phénicie.
(2) Eckhel, B N, t. V, p. 492.
Alexandria de Troade.
Antioche de Pisidie.
Apamée de Bithynie.
Damas de Célésyrie.
Deultum de Thrace.
Germé de Galatie.
— Sur les monnaies de :
Iconiumde Lycaonie.
Laodicée de Syrie.
Néapolis de Samarie.
Parium de Mysie.
Patræ d’Achaïe.
Philippes de Macédoine.
(3) On trouve aussi le type de la Louve sur les monnaies des deux municipes, Cœla de Thrace et Italica de Bétique.
(I) D N, t. V, p. 493 et s.
droite élevée (1), dans la pose même de la fameuse statue du Forum romain, était un symbole du droit latin possédé par les villes. Servius (2) dit en effet qu’une semblable statue s’élevait sur le forum de chacune des villes latines libres, pour exprimer sous une forme plastique la notion de leur liberté. Ceci donné, remarquons que ce type significatif est le plus habituel sur les monnaies de C'œla dans la Chersonnèse de Thrace ; il y a là une donnée importante dans la question, encore controversée, de savoir s’il y avait des municipes de droit latin comme de droit romain.
Le type des enseignes militaires indique pour la colonie une origine due à une deduclio de vétérans, surtout quand les enseignes sont accompagnées des numéros des légions qui ont fourni les colons (3), car les enseignes, sans ces indi-
(1) Monnaies des colonies de :
Alexandria de Troade.
Beryte de Phénicie.
Bostra d’Arabie.
Damas de Célésyrie.
Deultum de Thrace.
Laodicée de Syrie.
(2) Ad. Yirg. Æn. III, 20 ; IV, 58; Macrob. Saturn. IV, 12.
(3) Voici ia liste des indications de ce genre que l’on relève sur les monnaies coloniales, classées d’après l’ordre chronologique des empereurs à qui furent dues les dedudiones :
Auguste.
Acci de Tarraconnaise : LEG. III ( Terlia Augusta) — LEG. VI (. Sexta Vidrix').
Cæsaraugusta de Tarraconnaise : LEG- IV [Quarta Macédonien) — LEG- VI ( Sexta Vidrix) — LEG. X ( Décima Gemina ).
Emerita de Lusitanie : LE • V ■ X (Quinta Alaudae et Décima Gemina ) .
Patricia de Bélique : LE . V . X ( Quinta Alaudae et Décima Gemina ).
Néapolis de Samarie.
Parium de Mysie.
Patræ d’Achaïe.
Sidonde Phénicie.
Tyr de Phénicie.
cations, se trouvent aussi comme type monétaire du municipe d’Italica en Bétique et des villes purement grecques de Nicée et de Juliopolis de Bithynie, ainsi que d'Hiérapolis de Syrie. Même, sur des monnaies de provinces ou de villes autres que des colonies, on peut quelquefois rencon-
Patræ d’Acbaie : XXI I ( Vigesima secunda Dejotariana).
Antioche de Pisidie : V ( Quinta Macedonica ).
Béryte de Phénicie : V (Quinta Macedonica). — VI ( Sexta Ferrata ) — VIII ( Oclava Augusla).
Philippes de Macédoine : COHOR/es PRAEforiae.
Claude.
Ptolémaïs de Galilée : IV . VI . IX . X . XI ( Quarta Scythica, Sexta Ferrata , Nom Hispanica, Décima Fretensis et Undecima Claudia).
Hadrien.
Héliopolis de Célésyrie : LEG. H ( Legio Hadriana, il est difficile de déterminer quelle elle était précisément).
Septime Sévère.
Tyr de Phénicie : LEG. III* GAL ( Tertia Gallica).
Elagabale.
Sidon de Phénicie : LEG. III* PART (Tertia P arthica).
Alexandre Sévère.
Resæna de Mésopotamie : LEG. III- GAL (Tertia Gallica ).
Gordien III.
Viminacium de Mésie : IV . VII (Quarta Flavia et Septima Claudia ). Sur les pièces de Viminacium, les enseignes portant ces numéros sont dans les mains de la Province personnifiée.
Philippe.
Damas de Célésyrie : VIF. IIIGAL ou S* T ( Sexta Ferrata et Tertia Gallica ).
Héliopolis de Célésyrie : LEG. V. MACED. VIII- AVG ( Quinta Macedonica et Octava Augusta) .
On voit par ces exemples que les deductiones étaient fournies par les vétérans des légions cantonnées dans la province même, ou dans son plus proche voisinage.
trer des enseignes portant des numéros de légions, pour rappeler celles qui y avaient leur cantonnement habituel. Ainsi, sur les bronzes provinciaux de la Dacie, la Province personnifiée tient dans ses mains deux enseignes où on lit quelquefois les numéros V et XIII, indiquant les deux légions qui tenaient alors garnison dans le pays, la Quinta Macedonica et la Décima tertia Gemina (1). Sur les monnaies de billon de l’atelier d’Alexandrie aux têtes de Nmnérien et de Carin, le type de l’aigle tenant une couronne dans son bec est accompagné d’une légende mentionnant la AG"- B- TPAI (2), c’est-à-dire la Legio Secunda Trajana , qui avait, en effet, ses cantonnements en Egypte.
| 6. — La monnaie d’État de la Képubliqüe
ROMAINE
1. Il nous reste, pour terminer notre étude sur le droit monétaire dans l’antiquité, à porter maintenant nos regards sur la série romaine proprement dite. Là, nous allons trouver le droit de monnayage constamment attribué, sous la Eépublique et sous l’Empire, à la souveraineté, quelle que soit la forme qu’elle revête.
Pendant toute la durée des temps républicains, c’est au nom de l’État et sous sa garantie officielle que sont fabriquées les monnaies. Pendant longtemps, elles ne portent que des types religieux assez uniformes, arrêtés par les
(1) Eckhel, D N, t. Il, p. b.
(2) Mionnet, t. VI, p. 489, n° 3596, etp. 491, n» 3612.
autorités publiques et puisés dans la religion de l’État ; la première légende, d’abord l’unique et jusqu’assez tard la principale, est le nom delà villle, ROMA.
Cette légende, malgré sa forme au nominatif qui s’écarte complètement des habitudes grecques en pareil cas, n’est pas l’indication du lieu d’émission, mais la marque de la souveraineté de l’État romain. Aussi apparaît-elle d’abord sur les pièces émises au nom de la République, mais hors de la ville même de Rome. Le premier aes grave coulé de Rome, celui du système libral (livre VII, chap. n, § 3), est anépigraphe ; pour trouver sur les monnaies de l’atelier romain la légende ROMA, il faut descendre aux émissions d’aes grave déjà fortement réduit qui se rapprochent du poids triental (livre VII, chap. n, § 5), c’est-à-dire qui ont été fabriquées vers le milieu du Ve siècle de Rome; encore la légende n’y figure-t-elle que sur les divisions inférieures, frappées au marteau; mais, tant que l’on emploie le procédé de la fonte pour les tailles supérieures, elles restent sans inscription.
Au contraire, en plein règne du poids libral non réduit, nous voyons des as coulés à la légende ROMA, qui ont été fabriqués dans une ville encore indéterminée de l’Italie centrale (1) et dont les types comme le style sont tout à fait étrangers à l’atelier urbain (2). La même légende se lit sur une série frappée, de style grec et de poids semi-
(!) La lettre U, qui se voit dans le champ du revers sur quelques-uns de ces as, doit être l’initiale du nom du lieu d’émission.
(2) Les types sont : Tête de Minerve de face coiffée d’un casque à trois aigrettes; iy Bœuf marchant à d. : Marchi et Tessieri, Lues grave del Museo Kircheriano, incerte, pl. V. n° 15 ; pl. suppl. n° 1 ; Baron d’Ailly, Recherches sur la monnaie romaine , 1. 1, pl. XLVIII ; Mommsen, M R, 1. 1, p. 189.
libral, qui n’offre que les tailles divisionnaires du triens, du quadrans, du sextans, de l’once et de la semuncia, et dont l’atelier d’émission a été sûrement dans une ville de l’Apulie ou de la Campanie, peut-être à Suessa (1).
Dans les monnaies des trois métaux frappées pour la République à Capoue et connues sous le nom de série romano-campanienne (2) (livre VII, ckap. m, §1), depuis 340 jusqu’en 317 av. J.-C., la légende est RO- MANO, orthographe avec anousvara (3) pour Romanom (4) , ancien génitif pluriel employé ici à la façon grecque (5) ; après 317, elle est ROMA, à la façon romaine, et jamais elle ne manque, soit sous l’une, soit sous l’autre forme.
(1) Marchi et Tessieri, classe I, pl. XII, n0! 2-5; D’Ailly, t. II, pi. LNVII, n°* 1-9; Mommsen, M R, t. I, p. 190.
(2) Mionnet, t. I, p. 127 et s.; Suppl, t. I, p. 237 et s.; Cohen, M C, pl. XLIII et XLIV ; Ch. Lenormant et De Witte, El. des mon. céramogr. t. I, p. xli-xlv ; Mommsen, M R, 1. 1, p. 260-267.
(3) Sur cette habitude orthographique en latin, particulièrement sur les monuments numismatiques, voy. Longpérier, Rev. num. 1864, p. 333- 350 ; nous y reviendrons au livre V, chap. n.
(4) La légende ROMANQM, avec orthographe pleine, se lit sur un lingot carré du poids de plusieurs livres (Eckhel, D N, t. V, p. 50; Rev. num. belge, t. Il, pl. VII et VIII ; Mommsen, M R, t. I, p. 176 et 329); il ne paraît pas coulé à Rome même, et la date peut en être relativement tardive pour un monument de cette classe (voy. livre VU, chap. ii, § 2). Quant au lingot de même nature portant N. ROMANOM (Rev. num. 1864, pl. X et XI; Mommsen, M R, 1. 1, p. 331 ; t. IV, p. 6 et s. pl. III et IV), il est si singulier que je ne saurais en tenir l’authenticité pour absolument certaine, malgré la haute autorité des juges qui l’ont admise.
(5) Fiiedlænder, Oskische Münzen , p. vi.
2. Toutes les plus anciennes monnaies d’argent de la série romaine, dont l’émission commença en 486 de Eome, 268 av. J.-C. (livre VII, chap. m, § 2), ont été fabriquées exclusivement à Eome même. Un peu plus tard, vers 525 de Eome, 229 av. J.-C., et même peut-être avant, le gouvernement de la Eépublique établit dans les provinces un certain nombre de succursales de l’atelier urbain, destinées à fabriquer la monnaie d’Etat dans les provinces ('!). A ce moment, toutes les espèces romaines, outre la légende principale RO MA , portent un monogramme ou quelques lettres indiquant en abrégé le nom de la ville où elles ont été frappées. Les ateliers secondaires étaient situés dans la circonscription consulaire, qui comprenait l’Italie avec la Gaule Cisalpine et lTllyrie (2). Sur les pièces d’argent, on trouve les marques en monogramme RO MA (3), indépendamment de la légende principale dont les lettres sont détachées, VIBo (4), KOPx-upa (5), et en lettres séparées Lmceria (6), CROTo (7). « On ne connaît jusqu’ici, remarque M. Mommsen, qu’un seul denier de cette espèce, et il est
(1) Mommsen, MB, t. II, p. 55; Babrfeldt, Zeitschr. f. JS uni. t. V, p. 40-61.
(2) Voy. Mommsen, Die Rechlsfrage zwisehen Cœsar und dem Sénat, p. 8-
(3) Cohen, MC, pi. XLIII,n0!5 et 7; pl. LXX, n° 6; Mommsen, M R, t. II, p. 223, n° 6; D’Ailly, t. II, pl. CIX, n“ 11-18, pl. CXIII, n° 12.
(4) Cohen, M C, pl. XLI, Vibia, n01 1 et 2 ; Mommsen, M R, t. II, p. 231, n° 11.
(5) Cavedoni, Bull, de l'Inst. arch. 1856, p. 77; Riccio, Catal. pl. III, n° 15 ; Mommsen, M R, t. II, p. 230, n° 9 ; D’Ailly, t. Il, pl- CIII, n“ 4 et 5.
(6) Riccio, Catal. pl. Y, n0! 1-4 et 19; Monete di Lucera, classe IV, n°‘ 1, 3, 4, 8 et 15 ; Mommsen, M R, t. II, p. 227, n° 8 ; D’Ailly, t. II, pl. CIII, n~ 10-17, CIV, CV et CVI, n" 1-11 .
(7) Cohen, M C, pl. XXVII, Metilia , n° 1; Mommsen, MB, t. II, p.230, n° 10.
marqué du monogramme de Rome ; il paraît que les ateliers secondaires n’ont émis que le victoriat, le quinaire et le sesterce d’argent avec toute la série de cuivre à partir de l’as, et qu’il leur a toujours été interdit de frapper des deniers ; le£ pouvoirs qui leur étaient accordés n’auraient ainsi comporté que la fabrication de la monnaie divisionnaire ou de second ordre. » Un certain nombre d’ateliers n’ont même frappé que du cuivre; ce sont ceux que désignent les marques CA nusium (1), KA pua (2) et raestum (3). Les lettres C-M paraissent désigner une dernière localité où l'on émettait des victoriats d’argent (4). Tous ceux de ces ateliers que l’on peut déterminer étaient situés dans des colonies latines ou dans des villes alliées jouissant des conditions de l’alliance la plus favorable (5), et quelques-unes d’entre elles, comme Luceria, Canusium, Capoue, Corcyre, fabriquaient en même temps des monnaies de cuivre à leur propre nom.
Cette organisation des ateliers secondaires dans diverses
(1) Riccio, Catal. pl. V, n° 21; Monete di città , p. 42 ; Mommsen, M R, t. II, p. 232, n° 12 ; D'Ailly, t. II, pl. CI, noS 1-16.
(2) Riccio, Catal. p. 18; Mommsen, M B, t. Il, p. 233, n° 13.
(3) Riccio, Catal. pl. V, nos 7-9, 18 et 22 ; Mommsen, il/ R, t. H, p. 235, n° 17; D’Ailly, t. Il, pl. CVIIi, n°s 12-19, et CIX, n°s 1-5.
(4) Riccio, Monete di famiglie,]). 262; Mommsen, M R , t. II, p. 234, n° 16 ; D’Ailly, t. II, pl. CI, n°s 17 et 18.
M. Rahrfeldt ( Zeislchr . f. Num. t. V, p. 33 et s.) explique encore par des noms de villes quelques lettres isolées qui se voient dans le champ de monnaies d’argent de la même époque, prenant H pour l’initiale de Herdonia, C comme celle de Canusium. Mais, comme ces lettres se rencontrent sur des deniers, je croirais qu’il faut y reconnaître des marques de monétaires romains plutôt que d’ateliers succursales.
(5) Crolone, où l’un de ces ateliers était placé, n’a reçu sa colonie de citoyens qu’en 194 av. J.-C., c’est-à-dire après que l’émission de la série dont nous parlons avait déjà pris fin.
villes ne paraît pas avoir été de’ longue durée. On y renonça pendant le cours de la guerre d’Hannibal, pour en revenir au système du monnayage d’État centralisé dans l’atelier de Rome, à l’exception des pièces frappées extraordinairement dans les provinces en vertu des pouvoirs de l 'imperium, militaire, monnayage particulier dont nous traiterons au § 7 de ce chapitre. Du moins, si quelques-uns des hôtels des monnaies accessoires dont nous venons de parler, comme celui de Luceria et celui de Pæstum, paraissent avoir continué quelque temps encore leurs émissions de monnaie d’État, ils ne donnèrent plus absolument que des espèces de cuivre.
3. En quelque lieu qu’elles aient été fabriquées, les monnaies d’argent et de cuivre de la République romaine d’une époque élevée portent l’inscription RQMA, marque de la souveraineté qui les a fait frapper. Sur les monnaies d’argent, remarque M. Mommsen (1), cette légende « ne manque jamais avant 640 de Rome (114 av. J.-C.); on la voit même presque toujours jusqu’en 650 (104 av. J.-C.), à quelques rares exceptions près. Depuis l’année 670 (84 av. J.-C.), elle ne sert plus qu’à l’indication du type, par exemple sur quelques deniers de T. Carisius et de Caton d’Utique, à l’époque césarienne. On peut lui prêter la même signification sur quelques pièces antérieures. Le plus ancien denier de date certaine qui ne porte pas le nom de Rome comme nom de la ville souveraine est celui des questeurs urbains Cépion et Pison (2),
(1) M R, t. Il, p. 166.
(2) Cohen, M C, pl.X, Calpurnia, n°24; Mommsen, MR, t. II, p. 383, n° 192.
frappé entre 651 et 654 (103-100 av. J.-C.) ; les derniers de date certaine qui le portent sont ceux de L. Piso Frugi (1) et de D. Silanus (2), frappés en 665 (89 av. J.-C.), » et c’est pour l’opposer à la légende ROMA que les Italiotes ont inscrit ITALIA ou Vileliu en osque sur leurs deniers du temps de la G-uerre Sociale (3).
cc Par conséquent, tous les deniers portant le nom de Eome, quand ce nom n’est pas destiné à expliquer le type, devront être considérés comme antérieurs à la Guerre Sociale, et tous ceux qui ne le portent pas seront incontestablement postérieurs à l’année 640.
cc La légende du nom de Eome se voit beaucoup plus longtemps sur les pièces de cuivre que sur l’argent. Dans quelques séries, on le voit sur les pièces de cuivre et non sur le denier. ROMA se lit sur tous les as de poids oncial (voy. livre VII, cliap. iii, § 3), excepté un seul, celui de Lentulus Marcellinus (4). Le nom de Eome ne tend positivement à disparaître qu’après l’adoption du système sémoncial (livre YII, cliap. m, § 5)-, et même alors cette suppression ne fut pas aussi absolue sur le cuivre que sur l’argent, car le nom de Eome reparaît encore sur les as de Sextus Pompée. »
C’est le nom du magistrat monétaire, signant la pièce
(1) Cohen, M C, pl. IX, Calpurnia, ri05 3-21 ; Mommsen, M R, t. II, p. 407, n° 212.
(2) Cohen, M C, pl. XXIII, Junia, nos 4-10 ; Mommsen, M R, t. II, p. 409, n° 213.
(3) Friedlænder, Oskische Münzen, pl. IX et X ; Mommsen, M R, t. II, p. 420-426.
(4) Capranesi, Ann. de l’Inst. arch. 1842, p. 131; Borghesi, Osserv. mm. déc. XVII, 6, dans les Œuvres complètes, t. II, p. 32 ; Mommsen, MR, t.ïï, p. 401, n° 207.
comme responsable, qui tend ainsi, dans la seconde moitié du vif siècle de Eome, à supplanter graduellement la légende RO MA. Les plus anciens deniers, comme les vieilles pièces de cuivre coulées de l’âge antérieur, ne portaient aucune signature de ce genre, sous une forme quelconque. On y voyait seulement au droit la marque de la valeur de la pièce (1) et au revers le nom de la cité souveraine. La plus ancienne forme de la signature du magistrat responsable, empruntée aux usages des Grecs, fut l’introduction dans le champ du revers, comme type accessoire, du symbole personnel gravé sur son cachet ( voy. livre IY, chap. in, § 1). On en a déjà des exemples avant la réduction du denier, survenue en 217 av. J.-C. (livre Y1I, chap. m, g 1), etM. Mommsen (2) croit pouvoir fixer la première apparition de ces symboles des monétaires vers o20 de Eome (234 av. J.-C.). « Depuis lors, remarque le savant prussien , malgré l’usage bientôt général de mettre en
(1) Voici les règles chronologiques que M. Mommsen (MR, t. Il, p. 164) pose au sujet de ce genre d’indications : « Les anciennes pièces d’argent portent toutes le signe indiquant leur valeur, à l’exception du victoriat, parce qu’on le considérait à peu près comme une monnaie étrangère ayant plutôt une valeur commerciale qu’une valeur monétaire (voy.
liv. VI, chap m, §4) . Jusqu’en 640 de Rome (114 av. J.-C.), la valeur
est toujours indiquée sur les deniers; depuis 665 environ (89 av. J.-C.), elle ne l’est jamais, et entre ces deux dates il n’y a pas de règle fixe. Ce
critérium est un des plus infaillibles pour fixer l’âge des monnaies . La
marque de la valeur s’est conservée plus longtemps sur le cuivre que sur l’argent ; il y a des séries dans lesquelles on la trouve encore sur le cuivre, alors qu’elle a déjà disparu de l’argent. A l’époque du système oncial, elle manque quelquefois sur les plus petites fractions, par exemple sur la demi-once et sur l’once, très-rarement sur le quadrans ou sur l’as. Après l’adoption du pied semoncial, elle manque plus souvent sur les as, et alors on la retrouve encore sur les fractions. »
(2) M R, t. Il, p. 171.
toutes lettres le nom du monétaire sur les pièces, on trouve encore, vers le milieu du VIIe siècle de Rome, des deniers qui n ont d’autre marque accessoire qu’un emblème de monétaire. Les noms de ceux-ci ne se rencontrent pas avant 537 (217 av. J.-C.), mais bientôt après. On les voit paraître à la fois sur le cuivre et l’argent. Originairement, le nom du monétaire était inscrit en lettres liées ensemble, formant ainsi une sorte de monogramme, et les lettres n’étaient détachées les unes des autres que lorsqu’il devenait impossible d’en faire une ligature, comme pour TOD, GR ; alors on se contentait d’une abréviation. Plus tard, ces lettres entrelacées paraissent plus rarement, et on les remplace par des initiales. Ce n’est que vers la fin du VIe siècle que les monétaires commencent enfin à mettre leurs noms en toutes lettres. Le nom de Rome, qui se trouve sans exception écrit en toutes lettres, reste pendant quelque temps associé à celui des monétaires; nous avons vu qu’il disparaît vers le milieu du VIIe siècle, le nom du monétaire étant devenu la légende principale, après n’avoir été d’abord qu’un simple accessoire. C’est alors que, par un revirement assez singulier, le nom de Rome, avant de disparaître entièrement, se montre encore de temps en temps sous la forme d’un monogramme (1), et même, plus rarement, indiqué par une simple initiale (2).
(1) Sur les deniers de L. Marcius Philippus (Cohen, M C, pl. XXVI, Marcia, n° S; Mommsen, MR, t. II, p. 346, n° 136), de T. Didius (Cohen, M C, pl. XVI, Didia; Mommsen, t. II, p. 349, n° 158) et de L. Piso Frugi (Cohen, M C, pl. IX, Calpurnia, nos 3-21; Mommsen, t. II, p. 407, n° 212).
(2) Sur quelques exemplaires du denier de"A. Albinus (Cohen, M C, pl. XXXV, Postumia, n° 4).
ce D’après l’ancienne législation, chaque fonctionnaire était indépendant de ses collègues et pouvait exercer les fonctions de sa charge sans leur concours. C’est d’après ce principe que l’on ne voit dès l’origine qu’un seul nom de monétaire sur les pièces, ce qui eut lieu d’ailleurs le plus souvent. Cependant, dans le courant du VIIe siècle, on trouve deux et quelquefois trois monétaires nommés à la fois.
« Les titres des fonctions et des honneurs ne commencent à être mentionnés sur les monnaies qu’à une date assez récente. Dans la seconde moitié du VIIe siècle, cette indication devient fréquente sur les pièces des émissions extraordinaires ; il arrive même que le nom de la dignité s’y trouve sans celui du dignitaire. Cependant il faut bien remarquer que l’indication de la dignité n’était pas indispensable, même sur les pièces frappées extraordinairement. . . . Comme de raison, les officiers ordinaires de la monnaie furent les derniers à mettre sur leurs pièces le titre de leur charge. » Il était évident que le nom inscrit sur la monnaie devait être présumé celui d’un magistrat monétaire régulier, à moins d’indication contraire.
h. La modification graduelle des types des deniers de la République romaine suit une marche exactement parallèle à celle de la modification des légendes. Pendant toute la période ancienne, les types restent uniformes, d’un caractère religieux; ce sont ceux de l’État.
Au droit, on voit la tête de Pallas ou plutôt de la déesse Rome (1) , coiffée d’un casque ailé. Cette tête se main-
(1) Sur les incertitudes auxquelles donne lieu la détermination pré-
tient sans variation jusqu’au milieu du vu6 siècle de 1 ère romaine, ce II n’y a que six ou tout au plus sept deniers avec la marque de leur valeur et le nom de Rome sur le revers, qui s’éloignent de cette règle (1). » Et toutes ces pièces sont postérieures à 640 {Ml\ av. J.-C.). Ce n’est que plus tard, lorsque le nom de Rome change de place ou qu’il manque entièrement, que l’on voit la tête de la déesse Rome remplacée habituellement par celle d’une autre divinité ou par celle d’un des ancêtres du monétaire. Encore, jusqu à la dictature de Sylla et même de son temps, à côté des pièces à types nouveaux, il s’en trouve qui conservent l’ancien type.
Le revers le plus ancien des monnaies d’argent de Rome est, comme tout le monde sait, le type des Dioscures à cheval, tels qu’ils étaient apparus combattant dans les rangs des Romains à la bataille du lac Régille (2). Mais, dès avant la première réduction du denier et même l’apparition des petits symboles personnels des monétaires, on
cise de cette tête, voy. Olivieri, Saggi dell' Accademia di Cortona, t. IV, p. 133; Eckhel, D N, t, V, p. 84; Borghesi, Oss. mm. décad. I, 4; Cavedoni, Saggio di osservazioni, p. 124; Aldini, Sul tipo primario delle antiche monete délia Romana Republica, dans les Mem. dell’ Accadem. di Torino, 2e sér. t. III et IV ; F. Kenner, Die Romatypen (Vienne, 1857), p. 11 et s.; Mommsen, M R, t. II, p. 8, 19 et 181 ; D’Ailly, Recherches sur la monnaie romaine , t. II, p. 43 et s.
(1) Mommsen, M R , t. II, p. 181.
(2) Les Dioscures étaient, d’ailleurs, assimilés aux Pénates. De plus, il ne faut pas oublier que, comme le remarque M. Mommsen (M R, t. II p. 29), « les Dioscures étaient considérés comme les dieux tutélaires des chevaliers romains, c’est-à-dire de la portion du peuple-roi qui's’occupait plus particulièrement du commerce; le quartier où était situé le temple qui leur était consacré pouvait être considéré comme le centre des affaires, comme la Bourse de Rome, i
voit aussi s’introduire le type de Diane ou de la Lune dans un bige (1), et, un peu plus tard, après la réduction, celui de la Victoire dans le même char attelé de deux chevaux (2). Ce sont les deniers à ces types que l’on qualifiait de bigati , appellation qui est devenue plus tard comme une désignation générique des anciennes pièces d’argent, républicaines (3). « Le remplacement de la Victoire par d’autres divinités dans le char, la substitution du quadrige au bige et de cerfs aux chevaux comme attelage de Diane (4) , semblent devoir être rapportés à la fin' du VIe siècle de Kome ou plutôt au commencement du VIIe (5). »
Vers l’an 620 (134 av. J.-C.), les premiers types de revers personnels aux monétaires, et faisant allusion a leui nom ou aux grands souvenirs historiques de leur famille, commencent à se montrer sur les pièces et a y prendre la place des types fixes de l’État. Les plus anciens exemples en sont fournis par les coins de :
C. Minucius Augurinus (6), représentant le monument élevé devant la porte Trigemina à L. Minucius, consul et
(1) Cohen, U C, pi. XLIII, n“ 8 et 13; Mommsen, M R, t. II, p. 226, n° 7; D’Ailly, t. II, pl. LI, n°* 12-14.
(2) Cohen, M C, pl. XLIII, n° il; Mommsen, M R, t. II, p. 262, n° 59 ; D’Ailly, t. II, pl. LI, n«* 15-18. — Sur ces types au bige et leur chronologie, voy. Klügmann, Ztilschr. f. Nutn. t. V, p. 62-/2.
(3) Plin. H N, XXXIII, 3, 44; Tacit. German. 5 ; T. Liv. XXIII, 15; XXXIII, 23.
(4) Cohen, M C, pl. XLIII, n° 10 ; Mommsen, M R, t. II, p. 289, n° 94.
(5) Mommsen, M R, t. II, p. 182.
(6) Cohen, pl. XXV1I1, Mimcia, n° 3; Mommsen, M R, t. IL p. 303, nM09.
décemvir, et en même temps, auprès de ce monument, M. Minucius Fæsus, le premier augure nommé parmi les plébéiens (1) ;
Sex. Pompeius Faustulus (2), au type du berger Faustulus découvrant la louve qui allaite Eomulus et Eémus sous le figuier Euminal ;
Tiberius Yeturius (3), retraçant la prestation de serment des alliés lors du traité conclu par le consul T„ Yeturius Calvinus avec les Campaniens et les Samnites (4).
De 620 à 650 deEome (134 à 104 av. J. -CL), les anciens revers, aux types de l’État, balancent en nombre les nouveaux, ceux dont les types varient et sont propres aux monétaires. Dans cette dernière classe, il faut alors signaler, par ordre d’ancienneté, ceux des deniers de :
Q. Marcius Philippus (5) , avec l’image équestre de Philippe de Macédoine (6) ;
M. Cæcilius Metellus (7), aux types rappelant les vie»
(1) Eckhel, D N, t. V, p. 255 ; Mommsen, t. II, p, 304.
(2) Cohen, M C, pl. XXXIII, Pompeia, n° 1 ; Mommsen, t. II, p. 305, n° 110.
(3) Cohen, M C, pl. XLI, Veturia; Mommsen, t. II, p. 306.
(4) Je ne saurais comprendre comment M. Mommsen a pu admettre un seul instant la possibilité de voir dans ce type une allusion au traité conclu par le même consul T. Yeturius Calvinus à la suite du désastre des Fourches Caudines. Ce n’était pas là un souvenir de famille que l’on pût être tenté de rappeler sur la monnaie.
C5) Cohen, MC, pl. XXVI, Marcia, n° 4 ; Mommsen, t. II, p. 334, n° 142.
(6) Borghesi, Oss. mm. déc. III, 7, dans les Œuvres complètes, t. I,
(7) Cohen, M C , pl. VIII ; Cæcilia, nos 6-8 ; Mommsen, t. II, p. 335 et s., n0' 143 et 144.
toires de sa famille en Sicile sur les Carthaginois et en Macédoine ;
Q. Fabius Maximus (1), au type de Valence en Espagne (2) , pour faire allusion à la victoire d’un de ses ancêtres sur Viriathe (3) ;
C. Servilius (4), retraçant l’un des vingt-trois combats singuliers dans lesquels fut vainqueur son ancêtre M. Servilius Pulex Geminus (3) ;
M’. Æmilius Lepidus (6) , représentant un arc de triomphe avec une statue équestre, qu il est assez difficile d’expliquer historiquement (7) ;
L. Marcius Philippus (8) , avec l’image de la statue équestre élevée sur le Forum à Q. Marcius Tremulus, vainqueur des Herniques (9) ;
(1) Cohen, M C, pl. XVII, Fabia , n°* 3 et 4; Mommsen, t. II, p. 337, n° 145.
(2) Cavedoni, Saggio di osservazioni sopraalcune medaglie difamiglie romane, p. 43.
(3) Appian. Hispan. 65 et 67-69.
(4) Cohen, M C, pl. XXXVII, Servilia, n” I et 2 ; Mommsen, t. II, p. 339, n° 146.
(5) Borghesi, Oss. mm. déc. IX, 7, Œuvres complètes, t. I, p. 441.
(6) Cohen, M C, pl. I, Æmilia, n° 3; Mommsen, t. II, p. 345, n° 155.
(7) L’explication d’Eckhel [D N, t. V, p. 127), qui voyait ici le pont Emilien, n’est pas possible à maintenir, car ce pont ne fut construit qu’en 21 av. J.-C. (Mommsen, Epigraph. Analect. n° 17 ; Berichte d. K. Sachs. Gesellsch. d. Wissensch. 1850, p. 323; Corp. inscr. ht. t. I, p. 174), c’est-à-dire près de cent ans après l’émission du denier.
(8) Cohen, M C, pl. XXVI, Mar cia, n° 5; Mommsen, t. II, p. 346, n° 156.
(9) T. Liv. IX, 43 ; Cic. Philipp. VI, 5, 13; Plin. H N, XXXIV, 6, 23; voy. Becker, Roms Topogr. p. 323.
P. Licinius Nerva (1), où l’on voit le tribun C. Licinius Crassus assemblant pour la première fois le peuple dans les septa (2).
A dater de 650 de Eome (104 av. J.-C.), les types de la monnaie d’argent romaine sont variés à l’infini et entièrement livrés au caprice des monétaires (3), qui n’y mettent plus guère que des sujets empruntés à l’ histoire de leurs familles ou des images parlantes rappelant leurs noms par de véritables rébus. Les types relatifs aux événements contemporains sont plus rares et ne commencent qu’ alors. Les premiers que l’on puisse citer sont ceux du denier où l’on voit les deux questeurs urbains Pison et Cépion achetant du blé (4), en vertu de la Lex frumentaria de L. Saturninus (5), événement qui eut lieu en 651 ou 654 de Eome (103 ou 100 av. J.-C.), et des deniers italiotes de la Guerre Sociale, avec le type du taureau italique terrassant la louve romaine (6) ou de Marins débarquant en Italie (7).
Cependant, malgré ces innovations, les anciens types
(1) Cohen, M C, pl. XXXVIII, Silia; Mommsen, t. II, p. 350, n“ 160.
(2) Varr. De re rust. I, 2, 9. — Cette explication, ingénieuse et certaine, est due à M. Mommsen.
(3) Mommsen, M R, t. II, p. 183.
(4) Cohen, M C, pl. X, Calpuraia, n° 24; Mommsen, t. II, p. 385, n° 192.
(5) Anonym. Ad. C. Herennium, I, 12, 21 ; voy. Cavedoni, Appendice al saggio di osservazioni , p. 164.
(6) Friedlænder, Oskische Münzen, pl. IX, n° 6; Mommsen, t. II, p. 531 (addition du duc de Blacas).
(7) Friedlænder, Oskische Münzen. pl. X, n° 13, p. 84. Sur la signification du type, voy. Cavedoni, Bull, de l’Inst. arch. 1843, p. 144.
d’État se conservent longtemps encore. Ainsi les Italiotes ont copié le type des Dioscures sur quelques-uns de leurs deniers dans la Guerre Sociale (1), et on retrouve même, quoique rarement, après le milieu du VIIe siècle de Eome, sinon les Dioscures, du moins les biges et les quadriges avec Diane, la Victoire et d’autres divinités. Ils ne disparaissent définitivement que vers 690 (64 av. J.-C.).
Le type du victoriat, type religieux et que l’on peut considérer comme d’État, demeure immuable depuis l’introduction, dans la série d’argent romaine, de cette monnaie, qui devait son nom à son type (voy. livre VII, cbap. ni, | 4).
Sur le cuivre, les anciens types se conservent plus fidèlement que sur l’argent, et, quand on y voit quelques variations, elles n’introduisent jamais de sujets personnels aux monétaires. M. Mommsen (2) a très-bien indiqué les causes de ce fait : « D’abord la fixité des types était plus nécessaire pour ces pièces que pour celles d’argent, parce qu’il fallait qu’on pût les distinguer facilement des autres monnaies italiques du même métal. Ensuite (voy. livre VII, cbap. ni, § 5) l’émission de l’as cessa vers l’an 600 de Borne (154 av. J.-C.) pour ne reparaître qu’exceptionnellement de 650 à 670 (104 à 84 av. J.-C.) (3) et disparaître encore une fois vers 680 (74 av. J.-C.), époque à laquelle la grande variété des revers personnels aux monétaires se montre sur la monnaie d’argent. »
Cette variété des types de l’argent, laissés à la fantaisie des magistrats responsables, était un grand abus, qui
(1) Friedlænder, pl. IX, n°‘ 7 et 8 ; pl. X, n° 21.
(2) M R,t. II, p. 184.
(3) Mommsen, M R, t. II, p. 72 et s.
suffit à lui seul à montrer quelle corruption s’était introduite dans le gouvernement de la République. Mais cette licence, abusive elle-même, ne portait pas atteinte aux principes^ fondamentaux du droit monétaire. C’est toujours à l’État seul qu’appartenaient l’émission et la garantie de la monnaie. Le signe, caractéristique depuis Alexandre le Grand, de la possession de la monnaie par un seul homme, le droit d’y faire représenter ses traits, était refusé à tous les citoyens, quelque puissants qu’ils fussent, là du moins où s’étendait le régime de Yimperium civile . Sylla lui-même, dans ses années de pouvoir absolu et sans contrôle, n’ose pas l’usurper. César le premier, comme couronnement de l’édifice de sa puissance suprême, prend possession de la monnaie, et, en tant que maître exclusif du droit de la frapper, y fait placer son effigie. Nous verrons du reste, au § suivant, comment il greffa cette usurpation sur une donnée particulière des anciens usages, comment il introduisit dans Rome même un privilège du monnayage militaire, jusque-là strictement renfermé dans les provinces étrangères à la circonscription consulaire.
5. « Nous ignorons, dit M. Mommsen (1), quelle était dans l’origine la part faite à chacun des pouvoirs constitutifs de la République dans l’exercice de la partie de la souveraineté qui consiste à battre monnaie ; mais ce que nous en savons pour les deux derniers siècles peut nous fournir des données suffisantes pour apprécier ce qui avait eu lieu dans les temps antérieurs. A cette époque, le
(1) MR, t. II, p. 41.
peuple, le Sénat et les magistrats concouraient, chacun pour leur part, à l’émission légale des monnaies, cette branche de l’administration si importante pour la fortune publique, et que l’on peut appeler l'expression vivante de l’autonomie.
« Le peuple, rassemblé dans les comices par tribus, décrétait tout ce qui était relatif à l’émission, au poids, à la division, au métal des monnaies, au rapport des métaux entre eux. Nous le voyons par la loi Papiria (livre VII, chap. il, | 3) et la loi Flaminia (livre VII, chap. ni, §3) sur le poids de l’as, par la loi Flaminia sur la proportion de l’unité d’argent avec l’unité de cuivre, par la loi Livia (plus haut, livre II, chap. n, § 3) sur les monnaies fiduciaires, qui devaient alors être émises en même temps que les monnaies réelles, parla loi Clodia (livre VII, chap. m, 1 4) pour la suppression des pièces de 3 sesterces et pour l’assimilation au quinaire de celles qui restaient encore en circulation, enfin par la loi Papiria (livre VII, chap. m, | a), qui ordonne une nouvelle émission de pièces d’un sesterce (1).
Dans la limite de ces restrictions légales, c’était au magistrat suprême, à celui qui était revêtu de l’imperium, que devait en principe appartenir de fixer souverainement le moment, l’étendue, le mode de l’émission monétaire et l’espèce des monnaies à émettre. Mais c’est ici qu’il faut distinguer dans la législation monétaire romaine le régime urbain, celui de Y imperium civile , du régime des provinces où s’exerce l’imperium militare. On sait combien les Romains, dans le développement de leur liberté, cher-
(1} Borghesi, Osserv. mm. déc. XVII, 1-3 ; Œuvres complètes , t. Il, p. 283 et s.
chèrent constamment à limiter, et même à supprimer, autant que possible, l’autorité des premiers magistrats de la République, surtout pour ce qui touchait aux finances et aux caisses de l’État. La direction de la monnaie fut-elle dans les débuts remise aux consuls , comme le pense M. Mommsen (1)? On ne peut émettre que des conjectures à cet égard. Pourtant, ce qui semble favoriser une telle hypothèse, c’est la constatation de la courte période d’un régime où le monnayage d’Etat ne se faisait pas seulement à Rome, mais dans un certain nombre d’ateliers succursales, répartis dans l’étendue de la circonscription consulaire. On les conçoit bien mieux, en effet, administrés comme celui de Rome par des employés délégués par le consul (2), plutôt que par des magistrats urbains spéciaux, que leur existence semble exclure. Mais nous avons vu que l’on avait renoncé pendant la deuxième guerre punique à ce système, pour en revenir à la concentration du monnayage normal de l’Etat dans l’atelier de Rome. A partir du moment où ce principe prévalut de nouveau dans la pratique, il est presque certain que l’exercice de la part de souveraineté qui consiste dans la fabrication et l’émisssion des monnaies ne fut plus confié aux consuls, mais à des magistrats particuliers, les triumvirs monétaires.
Nous nous occuperons avec détail de ces magistrats dans la suite de ce livre, chap. m, § 2. Nous verrons que leur office ne fut pas d’abord une magistrature régulière et d’institution permanente, mais une commission temporaire, le monnayage n’ayant lieu que par intervalles, au fur et à mesure des besoins qui se faisaient sentir. Ce
WM R, t. II, p. 42.
(2) Mommsen, M R, t. II, p. 56.
n’est que vers 665 de Rome (89 av. J.-C.) que le triumvirat monétaire devint une magistrature ordinaire, et que les émissions de monnaies se continuèrent régulièrement et sans interruption. Mais déjà, vers 650 (lOiav. J.-C.) ou un peu avant, elles étaient assez fréquentes pour que l’on distinguât la monnaie ordinaire, frappée sous la direction des triumvirs, de la monnaie extraordinaire, émise par d’autres magistrats pour subvenir en dehors des émissions normales à un besoin exceptionnel et temporaire de numéraire.
Les triumvirs monétaires étaient donc les magistrats exécutifs réguliers pour la fabrication des monnaies ; ils opéraient sous le contrôle du Sénat; mais précisément l’intervention de ce corps pour la surveillance et la direction des triumvirs était un fait si normal que l’on se dispensait de le mentionner sur les pièces (1). Quant aux émissions extraordinaires, c’est un sénatus-consulte qui les décidait et en confiait le soin à un magistrat déterminé. Aussi presque toutes les monnaies que nous avons, portant le nom de questeurs urbains (2) ou bien d’édiles (3),
(1) Mommsen, M R, t. II, p. 64.
(2) M. SERGI. S1LVS. Q — EX. S. C : Cohen, M C, pl. XXXVII, Sergia ; Mommsen, M R, t. II , n° 168 (un peu avant 630 de Rome).
L. TORQVA. Q. EX. S. C : Cohen, pl. XXVI, Manlia, n° 5-, Mommsen, n° 169 (un peu av. 630).
CN. LEN. Q- (ou CVR ator X FL andis) EX. S. C : Cohen, pl. XIV, Cornelia, n°8 10 et 11 ; Mommsen, n° 239 (680).
P. LENT- P- F- L. N- — Q- S- C : Cohen, pl. XIV, Cornelia, n° 12; Mommsen, n° 260 (vers 680).
L- PLAETORI- L. F- Q — S- C : Cohen, pl. XXXII, Plœtoria, n° 1 ; Mommsen, n° 268 (un peu avant 688).
(3) P- GALB- AED. CVR — S- C : Cohen, pl. XXXVIII, Sulpicia, n° 2; Mommsen, n° 266 (683).
M. PLAETORIVS. M- F- AED. CVR — CESTIANVS- S- C :
le font suivre de la mention EX S enatus Consulto ou S enatus Consulto. M. Mommsen (1) a établi que toutes les fois que sur les monnaies de la République romaine on trouve un nom sans titre exprimé, mais suivi des formules De Sénats S ententia (2), PublicE Senatus Consulto ['à), EX S enatus Consulto (4) ou simplement S enatus Consulto (5), il ne
Cohen, pl. XXXII, Plætoria, n°4 5 2-9; Mommsen, n° 267 (vers 685).
EX- S- C M. SCAVR. AED CVR— H- HVPSAEVS- AED-
CVR : Cohen, pl. I, Æmilia, nos 1 et 2; Mommsen, n° 273 (vers 696).
P- YPSAE S- C : Cohen, pl. XXXII et XXXIII, Plautia, nos 4 et, 5 ; Mommsen, n° 274 (même date).
CN. PLANCIVS. AED- CVR- S- C : Cohen, pl. XXXII, Plautia; Mommsen, n° 276 a (700).
A- PLAVTIVS- AED- CVR- S- C; Cohen, pl. XXXIII, Plautia , n° 6; Mommsen, n° 276 b (700).
(1) M R, t. II, p. 63.
(2) Ti- Q. D. S- S ; Cohen, pl. XXXVI, Quinctia, n° 4; Mommsen, n° 186 (un peu avant 660).
C- CASSIVS. L- SAUNA. D S- S ; Cohen, pl. LU, Cassia, n° 1 ; Mommsen, n° 243 (un peu avant 673).
(3) PE» S> C — LENT- MAR- F : Cohen, pl. XIV, Cornelia , n°‘ 5 et 6 ; Mommsen, n° 207 (un peu avant 670).
(4) EX. S. C — CETEGVS : Cohen, pl. XIV, Cornelia, n° 2; Mommsen, n° 179 (entre 640 et 650).
(5) S- C — Tl- CLAVD- Tl- F- AP. N : Cohen, pl. XII, Claudia, n° 3; Mommsen, n° 231 (entre 668 et 671.
C. MARI. C- F- CAPIT. S- C ; Cohen, pl. XXVI, Maria, n“ 1-3; Mommsen, n° 249 (entre 675 et 679).
S- C» — C- NAE. BAL : Cohen, pl. XXIX, Nœvia ; Mommsen, d° 253 (un peu avant 680).
S- C- — L- PROCILI- F : Cohen, pl. XXXV, Procilia, n°‘ 1 et 2; Mommsen, n° 256 (un peu avant 680).
M. VOLTEI. M. F* S- C. D- T (de thesauro ?) : Cohen, pl. XLII,
s’agit pas d’un triumvir régulier, mais d’un personnage chargé d’une commission extraordinaire. Et, en effet, toutes ces mentions se trouvent exclusivement sur des monnaies postérieures au milieu du VIIe siecle de Rome, sur des monnaies d’argent, comme celles des questeurs urbains et des édiles; en outre, beaucoup de personnages auxquels elles se rapportent peuvent être reconnus historiquement pour des questeurs urbains.
L’organisation légale et administrative que nous venons d’indiquer était celle de la monnaie urbaine. Mais, en dehors même du droit de monnayage plus ou moins restreint laissé à certaines provinces, et dont nous avons parlé dans le § 3 de ce chapitre, les nécessités des guerres lointaines des Romains, avec la consommation de numéraire que réclamaient impérieusement la solde des troupes et le service
Volteia, n» 4, cf. 1-3 et 5; Mommsen, n° 257 (un peu avant 680).
L- FARSVLEI — MENSOR- S- C : Cohen, pl. XVIII, Farsuleia, n" 1 et 2 ; Mommsen, n° 262 (entre 680 et 685).
S- C — L- RVSTI : Cohen, pl. XXXVI, Rustia, n° 1 ; Mommsen, n° 264 (entre 680 et 685).
g. c. SVFENAS : Cohen, pl. XXIX, Nonia ; Mommsen, n° 271 (vers 694).
S- C- — FAVST : Cohen, pl. XV, Cornelia , n“ 21-23 ; Mommsen, n° 275(700).
MESSAL- F — PATRE. COS. S- C : Cohen, pl. XL, Valeria, n° 5; Mommsen, n° 277 (701).
L- AXSIVS- L- F — NASO- S. C : Cohen, pl. VII, Axia , n-l et 2; Mommsen, n° 283 (entre 680 et 704).
S-C— P- CRASSVS- NI. F: Cohen, pl. XXIV, Licinia, n° 2; Mommsen, n° 293 (entre 695 et 700).
T. VETT1VS — SAB1NVS- S- C : Cohen, pl. XL, Vetlia, n° 2; Mommsen, n° 303 (entre 680 et 704).
Q. POMPON 1 — RVFVS- S- C : pl. XXXIV, Pomponia , n° 3; Mommsen, n° 309 (un peu après 700).
de l’intendance, ainsi que celles de l’administration de l’immense territoire soumis à la République, obligeaient fréquemment à procéder à des émissions extraordinaires de la monnaie d’État hors de Rome, dans les provinces, par les soins du général de l’armée en campagne ou du gouverneur de la province, ainsi que des officiers financiers attachés à son commandement, questeurs ou proquesteurs. Comme l’a très-bien dit M. Mommsen (1), «le droit de battre monnaie participait de la nature de Y imperium auquel il était attaché. Limité dans Rome et soumis à certaines restrictions comme l 'imperium civile , il participait, hors de Rome et jusqu’aux extrémités de son empire, à l’omnipotence de Y imperium militare. » Les monnaies frappées en vertu de cette dernière autorité forment dans la numismatique romaine de l’âge républicain une classe importante, qui mérite d’être étudiée à part, d’autant plus que nous profiterons de cette occasion pour jeter un coup d’œil général sur le monnayage militaire dans l’antiquité.
§ 7. — Droit monétaire attaché a l ’ imperium