‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 8 sur 33 · Datame le Perse, raconte Aristote (I), étant à la · texte numérisé non relu

Datame le Perse, raconte Aristote (I), étant à la

(1) Œconom . II, 24.

« tête de son armée, pouvait procurer aux soldats, aux « dépens du pays ennemi, tout ce qui était nécessaire à a leur subsistance quotidienne, mais il n’avait pas d arec gent à leur donner pour leur solde. Comme ils la récc clamaient et que l’époque était venue où il avait promis « de la leur payer, il les réunit et leur déclara que, sans « doute, il ne manquait pas d’argent, mais qu’il l’avait dé- « posé dans telle localité. Ceci dit, il se rendit à cet en- « droit avec des chariots atteles; arrive dans le voisinage, cc il prit les devants et obligea les prêtres de lui remettre a tous les vases d’argent que renfermait le temple ; il les te chargea sur les mulets et les ramena au camp comme c< des bêtes de somme portant du numéraire. Quand les cc soldats les virent arriver, ils pensèrent que c’était la « monnaie attendue, qui allait leur être immédiatement ce distribuée, et reprirent courage. Mais Datame leur dit cc qu’il fallait attendre d’être arrivés à Amisos, distant de cc plusieurs jours d’une marche que l’hiver rendait plus cc pénible, pour monnayer ce métal. »

Ce curieux récit nous montre en action le monnayage militaire, tel que nous avons essayé de le définir, et ce qui le rend particulièrement intéressant, c’est que nous avons des monnaies de Datame, à légende grecque, frappées en Paphlagonie avec le type de Sinope (1), qui ont grande chance d’être celles dont la fabrication est racontée par Aristote.

Les écrivains aujourd’huiperdus, quePhotius a extraits pour la confection de son Lexique, parlaient d’une monnaie thibronienne, ©lêpwviov vopccpa, ainsi nommée parce que l’harmoste lacédémonien Thibron ou Thimbron l’avait

(1) Waddington, Mil. de num. 1. 1, p. 82, pl. VI, n° I.

fait frapper quand il commandait l’armée rassemblée à Lampsaque contre Tissapherne, armée dans laquelle entrèrent les Dix-Mille, quittant le service du roi thrace Seuthès (1). Nous avons ici un second exemple parfaitement caractérisé de monnaie militaire, signalé dans les écrivains anciens, quoique malheureusement on n’ait pas encore pu appliquer ce nom de monnaie thibronienne à une espèce numismatique connue (2) .

Parmi les événements de la fin du Ve siècle avant notre ère, il en est un qui nécessairement, quand même Phabitude n’en aurait pas existé et quand même le pouvoir de monnayage exercé par les généraux n’ aurait pas été reconnu comme légitime par le droit public, devait amener la création d’une monnaie militaire : c’est la révolte de l’armée athénienne stationnée à Samos, contre le gouvernement oligarchique des Quatre-Cents, quand elle rappela Alcibiade et le plaça à sa tête. Ne reconnaissant plus le gouvernement d’Athènes, jusqu’au moment où la même révolution s’accomplit dans la mère patrie, l’armée de Samos était devenue comme une colonie indépendante, vivant sur ses propres ressources et obligée de créer elle-même tout ce dont elle avait besoin. Pendant plusieurs mois, elle ne put recevoir aucun argent d’Athènes, du gouvernement

(1) Xenoph. Analas. VII, 5-8.

(2) C’est à tort que M. Mommsen (M R, t. I, p. 87) a voulu reconnaître le 0i6p<oviov voiuo-jAot dans les pièces d’argent qui portent le nom de Seuthès lui-même (D. de Luynes, Numism. des Satrap. pl. VI, p. 45 ; Num. chron. t. XX, p. 151), puisque ce n’est qu’après avoir quitté son service et avoir été payés par lui, que les Dix-Mille passèrent sous les ordres de Thibron. Au reste, il est probable que les monnaies d’argent en question, qui forment une exception très-saillante dans la série numismatique de la Thrace à cette époque, ont été frappées pour le paiement des Dix-Mille, quand ils exigèrent leur solde arriérée avant de partir.

qu’elle avait répudié; les subsides qu’ Alcibiade avait d’abord promis de la part de Tissapherne ne venaient pas non plus, car le satrape flottait encore entre les deux partis et dans cette situation trouvait plus simple de n’en solder aucun. Pourtant il fallait du numéraire pour les dépenses énormes que l’administration de l’armée et de la flotte faisait, de manière à se mettre en mesure de reprendre la campagne au plus tôt. Ce numéraire, on dut le fabriquer soi-même avec les ressources métalliques que l’on parvint à se procurer sous une forme quelconque. Battre monnaie était d’ailleurs à ce moment une manière d’affirmer la souveraineté populaire que l’armée prétendait résider en elle, tant que la démocratie n’aurait pas été rétablie à Athènes. Or, il existe une monnaie d’argent que tous les caractères de fabrique et de style rapportent précisément à la fin du Ve siècle ; ses types, comme son poids, sont ceux des pièces de Samos, mais on y lit pour légende AGEN IA (1). Cette monnaie a été expliquée comme le monument d’une convention monétaire entre Athènes et Samos, fait peu vraisemblable, car Athènes n’avait pas besoin de conventions de ce genre pour faire accepter sa monnaie avec empressement sur tous les marchés, ce qui fait que nous ne la voyons en monnayage commun avec aucune ville; d’ailleurs une monnaie d’union, suivant les règles habituelles, porterait simultanément les types des deux villes alliées. Il est bien plus naturel et bien plus vraisemblable de lire ici AGENat'wv 2Apu ( monnaie ) des Athéniens de Samos et d’y reconnaître le produit du monnayage militaire de l’armée, pendant les mois qu’elle vécut indépendante du gouvernement d’ Athènes. L’adoption du type et du poids

(1) Borrell, Num , chron. t. VII, p. 74; Brandis, p. 469.

de Samos s’explique naturellement avec cette origine, car c’est pour des achats sur le marché de Samos même et des villes voisines que la monnaie était frappée. On peut d’ailleurs admettre que les Samiens en avaient fait une condition, en mettant les ouvriers et l’outillage de leur hôtel des monnaies à la disposition des chefs de l’armée athénienne.

Dans aucune série d’époque ancienne, les monnaies militaires ne tiennent plus de place et ne sont d’une nature plus certaine que dans celle de l’empire des Achéménides. Ainsi que nous l’avons déjà remarqué plus haut (dans ce chapitre, § 1, 2), presque toutes les pièces qui portent des noms de hauts fonctionnaires perses mentionnés dans l’histoire, surtout celles qui sont sorties des ateliers de la Cilicie, pays d’un importance stratégique et politique de premier ordre comme assurant les communications entre l’intérieur de l’empire et les pays du bassin de la Méditerranée, presque toutes ces pièces doivent être rangées dans la catégorie qui nous occupe. C’est comme généraux placés à la tête d’armées en campagne, et non comme satrapes exerçant les pouvoirs réguliers de cette charge, que les personnages en question les ont fabriquées et y ont inscrit leurs noms. Ces monnayages militaires ont eu lieu dans les villes où les armées avaient leur base d’opération. Tiribaze, qui était satrape d’Arménie, a battu monnaie à Issos pour le service des troupes qu’il commandait contre Cypre ; Pharnabaze, satrape de la Phrygie hellespontique, et Datame, satrape de Cappadoce, ont fait de même à Tarse quand ils ont eu successivement la direction des forces dirigées contre l’Egypte, forces dont la base d’approvisionnement et de rassemblement était dans cette ville. Au reste, le monnayage d’argent de l’atelier royal

de Tarse (livre VI, cliap. iv, § 2), monnayage fort étendu et dont nous possédons de nombreux spécimens, a eu une destination exclusivement militaire, a été fabriqué pour la solde des troupes et delà flotte. Les monnaies ellesmêmes, sorties de cet atelier, avec ou sans nom de généraux, en portent la preuve dans le mot HÎD (1), qui se lit sur la plupart d’entre elles (2), écrit en caractères araméens anciens (livre V, chap. m, § 4). L’explication véritable et certaine de ce mot a ete trouvée par M. Blau (3) ; c’est le plus ancien exemple que l’on connaisse de pehlevi, c’est-à-dire d’emploi d’une écriture sémitique pour exprimer un terme iranien. Le zend nous offre le mot mizda « solde », persan moderne müzd, correspondant au grec u>Æç ; mizdya est donc un mot perse parfaitement sûr et de la formation régulière, parallèle à celle du grec pcôioç, avec la signification adjective « qui appartient à la solde, qui sert à la solde ». C’est ce mot qu’il faut reconnaître dans le HÎO des pièces de l’atelier de Tarse, où il s’applique à la monnaie elle-même comme « destinée à la solde ». La signification est encore précisée par la légende, exceptionnellement développée, d’une de ces pièces de l’atelier de Tarse, '■fin iKnnray by n nia, mot à mot ce (pièce) pour la solde qui (est) pour Abdzobar de Cilicie » ; la préposition b” a une signification qui ne prête pas à l’ambiguïté ; la monnaie n’émane pas « d’Abd-

(1) Pour la fixation de la lecture matérielle de ce mot, voy, Waddington, Mil. de mm. t. I, p. 71 et s.

(2) D. de Luynes, Num. des Satrap. pl. III et IV (sous les rubriques Abdsohar et Gaos) ; pl. VIII et IX, n°s 3-14; Brandis, p. 430, 500 et s.

(3) Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch. t. IX, p. 81 ; De numis Achemenidanim aramaeo-persicis, Leipzig, 1855.

zohar », elle a été faite « pour » le payer. La destination spéciale des produits de l’atelier de Tarse, telle qu’elle résulte du mot même inscrit sur ces espèces, est dans un accord bien remarquable avec le passage où Hérodote (1) dit que la satrapie de Cilicie payait de tribut annuel au Grand Roi 500 talents d’argent, dont 1 40 restaient dans le pays pour la solde des corps de cavalerie qui y étaient cantonnés. Nous savons que les rois de Perse se faisaient fournir le tribut, non en sommes d’espèces monnayées, mais en poids de métal (2). La part de celui de la Cilicie qui restait entre les mains du satrape, sans aller au trésor central de l’empire, pour la destination militaire indiquée par Hérodote, devait être monnayée surplace, avant d’être employée à la solde des troupes ; et ainsi s’explique l’origine de toute la série des pièces à la légende HÏD. Les corps de cavalerie cantonnés en Cilicie étaient en grande partie fournis par le pays même, dont les chevaux étaient célèbres (3). Abdzohar, comme le Sam ou Sama, qui est nommé sur quelques autres monnaies analogues de date un peu postérieure, frappées probablement sous Alexandre (voy. plus haut, dans ce chapitre, §1,3), était un dynaste de la Cilicie orientale ou de la Commagène, du pays même où l’on retrouve sur le trône, au IIe siècle avant l’ère chrétienne, un Abdissarès etunSamès, dont on a des pièces à légendes grecques (4) , comme tel, il devait commander de droit une portion du contingent de cavalerie, celle que

(1) lll, 90.

(2) Herodot. III, 89.

(3) La Cilicie, outre son tribut d’argent, fournissait par an 360 chevaux aux écuries du roi de Perse.

(4) Waddington, Mél. de num. 1. 1, p. 79.

son pays avait fournie. Rien donc de plus naturel que de trouver parmi les monnaies militaires de Tarse quelquesunes qui ont été frappées pour le payer, lui et ses soldats.

La meme légende ’IÎD, dont nous venons de constater la signification, se lit, tracée avec des caractères d’une paléographie différente, sur une des grosses pièces d’argent du monnayage provincial du Grand Roi en Syrie et Phénicie (1), dont les ateliers paraissent avoir été à Damas et à Sidon (2) (voy. livre VI, chap. iv, § 2). Une partie au moins de cet antre monnayage provincial des Achéménides a été frappée avec une destination militaire, évidemment pour le paiement de la flotte phénicienne, qui constituait le nerf des forces maritimes du monarque perse ; et le type de la galère, qui y décore constamment le revers des pièces (3), doit avoir rapport à la flotte royale. La solde des troupes de terre dans l’empire des Achéménides, et particulièrement celle des mercenaires grecs, se payait en dariques d’or (4) ; il semblerait que la flotte phénicienne était payée en argent (5), de même que la cavalerie cilicienne, et qu’il y avait deux fabrications spéciales de monnaies pour y subvenir, chacune fournissant des monnaies des systèmes différents auxquels Phéniciens et Ciliciens étaient habitués par d’anciens usages nationaux. Nous avons déjà

(1) Gesenius, Mon. phœn. pl. XXXVI, G ; Rev. num. 1855, pl. III, n° 2.

(2) Brandis, p. 232 et s.

(3) Ce sont les monnaies décrites par Brandis (p. 424-426) sous la rubrique de la IX® satrapie, 2e classe.

(4) Xenoph. Ambas. I, 3, 21 ; V, 6, 23 ; VII, 6, I ; voy. Brandis, p. 249 ; F. Lenormant, Monnaies royales de la Lydie, p. 33.

(5) Les Phéniciens, comme les Grecs, n’employaient presque exclusive ment chez eux que la monnaie d’argent.

remarqué plus haut (livre I, chap. m, § 3, 1) combien l’usage de la monnaie s’était imparfaitement naturalisé dans l’empire des Achéménides -, la population de toutes les provinces intérieures restait encore, dans les transactions entre particuliers, fidèle à l’antique coutume asiatique d’employer aux échanges les métaux précieux en lingots, à l’état de marchandise. C’était principalement pour les services gouvernementaux que se frappaient les espèces du Grand Roi, et celui de tous ces services qui réclamait constamment, surtout dès qu’il y avait guerre, les plus grosses sommes de numéraire monnayé, était la solde des troupes, dans un empire qui n’avait guère sous ses drapeaux que des mercenaires étrangers ou des contingents de vassaux, dont il fallait s’assurer la fidélité au moyen de gros gages.

Encore plus que les Perses, les Carthaginois faisaient la guerre exclusivement avec des armées de mercenaires, dont l’entretien leur coûtait très-cher ; mais ce peuple de marchands aimait mieux payer des soldats à tout prix que se battre lui-même. C’est pour l’entretien de ces mercenaires et en général pour subvenir aux dépenses militaires que les Carthaginois créèrent en Sicile leurs premières monnaies (1) (livre VII, chap. i, § 1), près d’un siècle avant de se mettre à en frapper dans leur cité, 'qui restait encore fidèle à l’emploi du métal en lingots (livre VI,

(1) Dans l’inscription de la colonne de Duilius (qui, quoique restituée postérieurement, repose sur un fond ancien), il est question de fortes sommes en or et en argent monnayés dans le butin fait sur les Carthaginois : aurOM CAPTOM NVMEI CD CD CD D C . .

arcenTOM CAPTOM PRAEDA NVMEI CCCDOD. Les espèces ici désignées sont des monnaies siculo-puniques, et aussi des pièces de Carthage même (on n’en a fabriqué en or que dans cette ville), dont l’émission avait commencé vers 350 av. J.-C.

chap. vu, § 1). Les monnaies siculo-puniques ont eu leurs coins gravés par des artistes grecs siciliens ; elles n’appartiennent pas au système pondéral d’après lequel Carthage tailla plus tard ses monnaies, et qu’elle devait à ses fondateurs phéniciens, mais d’après le système particulier du monnayage de la Sicile (1). Il faut y distinguer deux classes de pièces, ainsi que l’a fait mieux que personne M. L. Millier : les monnaies qui portent les noms de villes constituées dans un état d’autonomie analogue à celui des colonies latines dans la Confédération romaine, dont la situation politique servit sans doute ici d’exemple, comme n-ipSo-Cn Ileraclea Minoa, NltaDH Motya, "|£D Solonte, px Ségeste et K’K Thermæ Himerenses; celles qui ont été émises par l’autorité de l'Etat carthaginois et des magistrats qu’il envoyait dans l’île (2). Une partie de ces dernières sont an épigraphes ; mais leur étroite analogie avec les pièces qui ont des légendes et la présence sur les unes et les autres des symboles de l’État carthaginois, le cheval ou la tête de cheval et le palmier, en forment un groupe inséparable. Quand il y a inscription, c’est le nom même de Carthage nii?*în-rnp, comme ROMA sur les monnaies d’Etat romaines frappées à Capoue ou dans les ateliers succursales de Corcyre, Yibo, Crotone, etc. Associé au nom de Carthage., on lit quelquefois rUHD, et isolément

nana dv ou njnjQ cyw.

DJilD signifie proprement ce le camp »; mais est-ce un

(1) Sur l’ensemble de ces monnaies, voy. Gesenius, Mon. phœnic. p. 287-297 ; Ugdulena, Sulle monete punico-sicule, Palerme, 1857 ; A. Salinas. Appendice alla Memoria sulle monete punico-sicule dell’abate Ugdulena, Palerme, 1858 ; F. Lenormant, Essai sur la propagation de l’alphabet phénicien, t. I, p. 157-160.

(2) L. Millier, Numism. de l’anc. Afrique, t. Il, p. 74-84.

nom de localité? L’opinion de Judas (1), qui y voyait la désignation du quartier des Magalia à Carthage,, bien qu’adoptée par un philologue de la valeur de M. Schrœder (2), ne saurait rallier un seul instant les "numismatistes, puisque les monnaies sont sûrement d’origine sicilienne, et non proprement cathaginoise. Plus sérieuse est l’opinion de ceux qui pensent que Panorme, quartier général des forces puniques en Sicile, avait reçu des Carthaginois un nom qui signifiait dans leur langue ce le camp ». Pourtant M. L. Muller (3) a montré quelles sérieuses objections s’opposent à ce que l’on admette que Panorme ait joui alors d’une autonomie qui lui permît d’inscrire son nom, soit seul, soit associé à celui de Carthage, sur les monnaies qui ont été certainement frappées dans son atelier. De plus, dans les usages de l’emploi numismatique du dialecte phénicien de Carthage, D7 ne sert pas pour désigner le peuple d’une ville, en tant que synonyme du grec J-îigo; (û); on use du mot SlO» dans le sens de « citoyen », mis à l’etat construit du pluriel devant le nom de la ville , TUN ou TH N SlHU ( monnaie )

des citoyens de Gadès , UDIP ( monnaie ) des citoyens

(1) Rev. num. 1856, p. 220-224.

(2) Die phœnizisehe Sprache, p. 277.

(3) Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. 81.

(4) Le mot DÎT en phénicien, du moins à Carthage, paraît avoir impliqué, comme en arabe, une notion d’infériorité qu il n avait pas en hébreu, c’était plebs plutôt que populus. Dans les inscriptions votives de Carthage découvertes par M. de Sainte-Marie et déposées à la Bibliothèque natio^ nale, les personnages auxquels s’applique la désignation de ntt? iHD lp paraissent des serviteurs publics. Voy., du reste, Genes. xxxii, 8, et xxxm, 15, pour l’emploi de QJT en parlant de serviteurs, même en hébreu.

de Sexti , by^Q ( monnaie ) des citoyens de Tingis,

^y^fy ( monnaie ) des citoyens deSégeste (1). Au contraire, njPiQ DV> mot à mot « peuple du camp, foule du camp », est pour désigner l’armée, une expression tout à fait dans le génie de la langue phénicienne, tout à fait parallèle à celle que l’hébreu nous offre avec le même sens, Dy « Ie peuple de l’armée » (2), narfjan Dy

« le peuple du combat » (3). L’interprétation la meilleure et la plus vraisemblable est donc celle de M. de Saulcy (h), de Lindberg et de M. L. Millier (5), traduisant « le camp » la légende associée au nom de Carthage et « (monnaie) de l’armée » celle, plus développée, qui se rencontre isolément. La monnaie carthaginoise de Sicile était essentiellement, par son origine et par sa destination, une monnaie militaire ; elle en porterait ainsi la désignation écrite. Au temps de leurs guerres de Sicile, les Carthaginois payaient leurs mercenaires en monnaie d’argent, à la mode grecque, prédominante dans le pays; après la première guerre punique, ils les payèrent en monnaie d’or (6), qu’ils fabriquaient désormais abondamment dans leur cité même.

Ce qui confirme encore l’opinion à laquelle nous nous rallions au sujet de la légende nJHD Qy, c’est qu’on voit quelquefois une autre s’y substituer, DSXÏUD. De celle-ci

(1) Voy. Schrœder, Phœnh. Spr. p. 181.

(2) Num. xxxi, 32.

(3) Jos. vin, 13; x, 7; xi, 7. — CL, pour l’emploi de DÎT seul en parlant des soldats, Jud. v, 2; vin, 3 ; ix, 36 et 37.

(4) Mém. de l’ Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XV, 28 part. p. 39.

(3) Numism. de Vax ic. Afrique, t. II, p. 80.

(6) Polyb. I, 66; voy. L. Millier, t. II, p. 72 et s.

l’unique interprétation raisonnable a été donnée par Lindberg (1) et M. L. Miiller (2); elle y voit la désignation des « officiers comptables » (3) , des questeurs militaires qui assistaient le suffète chargé du commandement de l’armée (ù). Ce sont évidemment à ces questeurs que se rapportent les noms d’hommes plus ou moins abrégés (S) qui se lisent aussi sur quelques-unes des monnaies d’Etat siculo-puniques ; aucun ne coïncide, en effet, avec le nom d’un des sufletes ayant commandé en Sicile, que nous connaissons presque tous.

En face de ce monnayage militaire des Carthaginois à Panorme ou à Lilybée, nous pouvons en placer un autre, qui a eu aussi la Sicile pour patrie, mais du côté des Grecs. Ce sont les pièces .de cuivre qui portent la légende AAAII1NHN 2YMMAXIKON avec la tête deZeus Eleutherios, JEYI EAEY0EP1OI, ou bien seulement 2YMMA- XIKON, avec la tête de la Sicile personnifiée, 2IKEAÎA, ou d’Apollon Àrchégète, APXArETAI. M. Barclay Head (6)

(1) De inscriplione Melitensi, p. 47.

(2) Numism. ds Varie. Afrique, t. II, p. 80.

(3) 3ÜTO est un mot formé comme 7p3Q « préfet », qui se lit sur les monnaies de Leptis Magna (L. Millier, t. III, p. 3 et 10), et büian « prince » dans la Bible (1 Chron. xxvi, 6). Il se rattache au pied de la racine Sffin, qui à cette voix prend le sens de « compter ».

(4) Tite-Live (XXVIII, 27), à propos de Gadès, montre le questeur auprès des suffètes dans la constitution des villes d’origine tvrienne.

(5) En seul est écrit intégralement, bÿiro, par corruption pour byairû, parallèle à l’hébreu bxirû (voy. Schrœder, Phœniz. Spr. p. 200); c’est le nom punique dont les Grecs et les Latins ont fait Bithyas, Bithias ou Bitias.

(6) Coinage of Syracuse, p. 37 et s.; voy. Ilolm, Zeitschr. f. Num. t. II, p. 340 et s.

a établi, en effet, que ces monnaies avaient été frappées pour l’armée des alliés rassemblés de toute la Sicile par Timoléon afin de résister à l’invasion carthaginoise (340 av. J.-C.), armée dont le point de réunion était peut-être à Alæsa (1).

La série des monnaies aux types d’Alexandre, frappées après sa mort, nous offre encore un bien curieux exemple de monnayage fait au cours d’une expédition militaire. On découvrit en 1850 auprès dePatras (2) un depot de tétradrachmes d’Alexandre, tous de même fabrique et d’un type offrant des détails particuliers (3), dont les autres exemples sont d’une extrême rareté et, quand en en connaît le lieu d’origine, proviennent toujours du Péloponnèse. Toutes ces pièces ont ete sûrement frappées dans le même temps et dans le même atelier, à Sicyone, dont le plus grand nombre porte les symboles monétaires habituels en petits types accessoires dans le champ. M. L. Millier (4) en a rapporté la fabrication de la manière la plus certaine à l’expédition dans laquelle Polysperchon, en 316 avant Jésus-Christ, essaya de.se rendre maître du Péloponnèse et parvint seulement à s’emparer de Sicyone et de Corinthe, où il se ‘ maintint jusqu’en 308. Mais ces pièces n’ont pas seulement la marque de Sicyone ; on y voit aussi en petits types les symboles certains de beaucoup de

(1) La légende 2YMMAXIK0N, sous-entendu rappelle le

IYM des monnaies sÿmmachiqües de quelques villes de l’Asie Mineure, après la bataille navale de Cnide, dont il a été question plus haut, dans ce chapitre, § 2 .

(2) Newton, Num. chron. t. XVI, p. 29 et s.

(3) Ce sont les monnaies n°* 864-898 de la Numismatique d Alexandre le Grand de M. L. Millier.

(4) Numism. d’Alexandre, p. 223 et s.

villes péloponnesiennes dont Polysperchon ne put jamais se rendre possesseur, Y Athéné Promachos d’Àrgos, le foudie d Elis, les Dioscures et Y amphore de Lacédémone, le trident de Trezene et de Messène. Il est donc évident qu en vuede conquêtes ultérieures, le général macédonien, dans 1 atelier monétaire qu’il avait organisé à Sicyone aussitôt apres son debarquement, avait fait frapper des monnaies portant les marques des principales villes dont il comptait s’emparer, de manière à les avoir toutes prêtes afin de les y employer aux dépenses qu’il aurait à faire pour son armee. Il pensait par là leur faire trouver meilleur accueil sur les marchés de ces villes. Et ceci montre combien déjà, moins de dix ans après la mort d’Alexandre, les copies des monnaies du conquérant fabriquées par les différentes villes étaient bien pour le public, ainsi que nous l’avons dit plus haut (dans ce chapitre, § 1,6), des monnaies municipales , dont la véritable garantie légale résidait dans le petit type, ajouté sur le champ du revers par la ville d’émission.

Citons enfin comme dernier spécimen, car nous n’avons pas. ici la prétention de. dresser une statistique des monnaies militaires de l’antiquité grecque et d’en faire une étude complète, nous ne voulons qu’établir par quelques exemples probants leur caractère, et le développement qu’avait pris cette pratique ; citons les drachmes du roi parthe Arsace VII, Phraate II, qui portent, outre la légende ordinaire, le mot KATACTPATEIA « expédition militaire» (1) ou ...TOPOT KATACTPATGIA «expédition

(1) F. Lenormant, Catal. Behr, n° 878 ; Nouv. Ann. de l’Inst. arch. t. II, 2e part. pl. B, n° 11. — Le mot xaTaaTpaTeîa manque aux lexiques, mais il est formé de la façon la plus régulière et justifié par le verbe xatao-Tpa-

TEUOJI.au

de ...goras » (1). Ces pièces ont été frappées au cours de la grande guerre que Phraate II eut à soutenir contre l’invasion des Scythes, guerre dans laquelle il périt (2). C’est dans la Margiane qu’avait lieu la lutte et que le roi s’était porté pour couvrir la Parthyène propre, qui fut envahie après sa mort. Nous en avons la preuve par une drachme pareille, du même prince, où c’est le nom de cette province, MAPTIANH, qui est écrit à la même place que le mot x«77-'7TçaTstx sur celles dont nous venons de parler (3).

3. Les monnaies militaires, dans la suite romaine de la République, sont encore mieux caractérisées, plus distinctes que dans la suite grecque, car elles portent toujours le nom et le titre des commandants qui les ont fait frapper; de plus, elles ont une très-grande importance historique, car les règles de droit qui autorisaient leur fabrication, en déterminaient l’étendue et les conditions, ont été le point de départ de la transformation qui fit de la monnaie de l’État républicain la monnaie de l’empereur. Cette transformation s’opéra, en effet, comme toute la révolution qui substitua la monarchie à la république, sans rupture violente avec les anciennes formes, sans introduire dans le langage légal des titres nouveaux comme celui de roi, auquel les Romains répugnaient plus qu’à la réalité de la chose. Garder toutes les antiques magistratu. res en annulant les unes et en réunissant les autres sur la

(11 Ch. Lenormant, Nouv. Ann. deïlnst. arch.t. II, j>. 198, pl. A, n° 10 cf. von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. III, p. 247 et s.

(2) Voy. G. Rawlinson, The sixth oriental monarchy, chap. vn et vm.

(3) Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. III, p. 246.

tête d’un seul homme ; substituer à l’ imperium civile limité la plénitude de Y imperium militare, introduit dans Eome même avec la prise du titre d 'imperator, en y joignant l’inviolabilité de la puissance tribunicienne et le droit d’initiative exclusive attaché au titre de princeps Senatus , telle fut l’œuvre d’Auguste, celle par laquelle il organisa l’une des monarchies les plus absolues et les plus illimitées que le monde ait jamais connues. De même, en matière monétaire, ce qu’il fit et ce que César avait commencé avant lui, ce fut d’appliquer à la monnaie urbaine les principes de la monnaie militaire, jusqu’à lui exclusivement propre aux provinces, d’assurer au dépositaire du pouvoir suprême les droits que l’ancienne législation républicaine conférait en pareille matière à l'imperator à la tête de son armée ; ceci suffit pour opérer une main-mise complète de l’autorité d’un seul sur la monnaie et pour conférer à l’empereur le droit d’effigie, qui devint une des marques caractéristiques de sa puissance.

Il est intéressant de suivre dans ses détails la marche progressive de cette transformation, et c’est ainsi que notre étude sur les monnaies militaires formera la transition naturelle entre les deux sujets des principes de droit qui ont présidé au monnayage d’État de la République romaine et à celui de l’Empire. Mais, avant d’aborder la période de transformation, il faut jeter un coup d’œil sur les pouvoirs monétaires attachés d’après le droit public et la constitution républicaine à Y imperium militare.

M. Mommsen (l)a traité ce chapitre d’une manière particulièrement remarquable, et des faits numismatiques il a su déduire avec sûreté les règles de droit.

(1) M R , t. II, p. 57-63.

« Le général, dit-il, qu’on l’ appelât dictateur, consul, préteur, proconsul, propréteur, ou qu’il fût seulement désigné par le titre d ’imperator, avait, par le fait même du commandement en chef ( imperium, ) dont il était revêtu, le droit de battre monnaie, et ce droit il pouvait l’exercer légalement par son questeur ou son proquesteur ( proquaes tore ou legatus pro quaestore ), dans toute l’étendue des provinces soumises à son autorité. » Les monnaies frappéesdans ces conditions portent tantôt simultanément le nom du général et celui de son officier de finance, tantôt isolément le nom du général ou bien celui du questeur ou proquesteur.

ce Pendant les guerres civiles, continue M. Mommsen, des magistrats urbains, comme le questeur urbain et les

triumvirs monétaires, remplacèrent exceptionnellement les

questeurs militaires ; souvent même des commandants de corps d’armée ( legatipro consule ou pro praetore), , revêtus extraordinairement des pouvoirs consulaires ou prétoriens, furent momentanément chargés de battre monnaie.

cc Le plus souvent l’autorisation du Sénat n’est pas mentionnée sur les pièces militaires, parce qu’évidemment le général en chef, agissant dans les limites des fonctions de sa charge, n’en avait pas besoin, et que ce monnayage était régulier. Nous ne connaissons que trois monnaies de cette classe sur lesquelles il soit fait mention de 1 autorisation du Sénat, et ces trois exceptions servent à confirmer la rè<de générale. Les deux premières pièces appartiennent à deux lieutenants de Sylla, L. Annius, qu il envoya en Espagne combattre les partisans de Sertorius, aussitôt après sa rentrée au pouvoir, et L. Yalenus Flaccus, qui gouverna la Gaule à la même époque. Il est tout naturel que Sylla, qui était parvenu à mettre le gouvernement

entre les mains du Sénat, voulût également faire remonter jusqu’à lui les droits monétaires du général d’armée (1). Quant à la troisième exception, elle peut aussi s’expliquer; en effet, Q. Coponius, au temps de la guerre entre César et Pompée, n’avait pas légalement le droit de battre monnaie, puisqu’il commandait les troupes comme préteur et non comme propréteur; il lui fallait donc, d’après la constitution encore en vigueur, une autorisation spéciale du Sénat pour exercer les droits monétaires qui appartenaient au général en chef. »

Les pouvoirs absolus de Y imperium militare n’étaient pas, du reste, reserves à l’état de guerre. Les commandants des provinces en étaient revêtus, même en temps de paix, dans l’étendue de leur gouvernement. Ils ont donc joui du même droit monétaire que les généraux en campagne. Mais, numismatiquement et par le fait, les monnaies des gouverneurs de provinces ou de leurs questeurs forment une classe distincte des monnaies proprement militaires, bien qu’elles aient été frappées d’après le même principe légal et en vertu des mêmes pouvoirs. Nous avons vu plus haut (dans ce chapitre, §3,6) comment le droit de monnayage concédé aux autorités indigènes communes de certaines provinces avait été graduellement absorbé et confisqué par les gouverneurs romains, chargés seulement d'abord de le contrôler par une haute surveillance; comment les tétradrachmes des Macédoniens avaient fini par

(1) Il faut joindre ici un exemple de plus, appartenant à la même époque et s’expliquant par les mêmes raisons ; c’est le denier que les deux frères L. et C. Memmius, questeurs en Espagne dans la guerre contre Sertorius, ont signé ensemble, sans y mettre leur titre, mais en mentionnant l’autorisation du Sénat : voy. Mommsen, M R, t. II p. 427 et s.

devenir ceux des préteurs de la province et de leurs questeurs, comment les cistophores, de monnaie nationale de la province d’Asie, émise par les prytanes des cités, s’étaient transformés en monnaie des proconsuls.il résulte de cette marche graduelle que les choses avaient suivie, que le monnayage des gouverneurs de province en temps normal, tel qu’il se poursuivait avec une certaine continuité, est un fait qui débute historiquement plus tard que le monnayage proprement militaire, opéré dans des circonstances exceptionnelles, pour les besoins urgents de la guerre. De plus, les monnaies de la première classe, celles des gouverneurs, suivent en Orient les systèmes d origine grecque qui avaient été admis pour la monnaie provinciale, avec un tarif officiel et fixe pour la correspondance de leurs valeurs avec celles de la monnaie d Etat romaine , en Occident même, où le gouvernement central de la République ne tolérait pas de monnayage provincial d’après un autre système que celui du denier et de l’as, ces monnaies ont toujours un caractère local très-prononcé, qui montre que leur circulation était limitée à la province. Souvent un nom de ville y est écrit en même temps que celui du gouverneur. Les monnaies proprement militaires, frappées par les généraux à la tête des armees actives, rentrent toujours, à de bien rares exceptions près, dans le système de la monnaie d’État de la République; elles ne se distinguent de la monnaie urbaine que par la nature de l’autorité qui les a fait fabriquer; aussi, dans la pratique, y étaient-elles entièrement assimilées; au lieu d’avoir une circulation limitée, elles possédaient le même cours légal dans toute l’étendue de l’empire de Rome. Dans les dépôts de pièces du temps de la République, on trouve ces monnaies militaires mêlées aux monnaies urbaines ; on observe

seulement que celles qui ont été frappées dans les provinces éloignées ne se rencontrent pas encore dans les dépôts de l’Italie presque contemporains de leur émission, car il fallait un certain temps pour qu’elles arrivassent, en passant de main en main, jusqu’en Italie.

4. Il m’a paru utile de dresser d’abord une sorte de statistique des monnaies provinciales frappées jusqu’au second triumvirat, au nom des gouverneurs ou de leurs questeurs, en vertu de leur imperium ou de sa délégation pour cet objet spécial à l’officier de finances. On remarquera que, malgré le caractère local de ces espèces, la légende du magistrat romain y est toujours en latin, même dans les pays grecs, sauf sur quelques pièces de cuivre de la Macédoine et de la Cyrénaïque.

Esfagne ultérieure.

CN- IVLIws. L- Filius. Quaestor — CORDVBA. Petit bronze (I). Date incertaine, mais appartenant à la fin du VIIe siècle de Eome.

VRSONE — L- AP puleius. DEC imus. Quaestor. Grand bronze (2).

Le nom de L. Appuleius Decimus se lit encore sur une pièce sans nom de ville, que M. Landolina-Paterno (3) a

(!) Eckhel, D N, t. I, p. 18 ; Aloïs Heiss, Monn. ant. d'Espagne, pi. XLI, Corduba, n° 1. Avec les mêmes types, mais sans nom de ville ; Aloïs Heiss, pl. XLI, Corduba, n° 2.

(2) Eckhel, D N, t. I, p. 28; Aloïs Heiss, pl. XLVII, n°* 3-3. — La pièce de Munda portant le nom du même questeur (Eckhel, D N, 1. 1, p. 23) paraît n’être pas authentique.

(3) Monete consolari sicule, p. 13.

donnée à la Sicile, trompé par la ressemblance du type avec ^ celui des monnaies de Lilybée. La date de ce questeur est douteuse ; M. Aloïs Heiss le rapporte au temps d’Auguste, dont il croit reconnaître la tête laurée au droit des pièces qui portent son nom. Mais cette identification d’effigie est loin d’offrir une entière certitude (1).

Sardaigne.

ATIVS. BALBVS. PR aetor — SARDVS- PATER. Moyen bronze (2). Atius Balbus fut préteur vers 62 av. J.-C.; j’ai déjà remarqué plus haut qu’il n’y avait réellement pas de raison décisive pour considérer, ainsi que l’on fait d’ordinaire, sa monnaie comme commémorative et frappée sous Auguste, plutôt que comme émise par lui-même pendant son gouvernement (dans ce chapitre, § 4, 7).

Sicile.

Nous avons déjà parlé plus haut (dans ce chapitre,

§ 3, S) des monnaies de cuivre du système de l’as frappées dans l’atelier de Panorme par les questeurs de Lilybée (3).

(1) Eckhel (D N, t. I, p. 18 et 38) fait encore un questeur provincial du Q- P E D E C A I us dont le nom se lit sur des monnaies de Carteia (Alois Heiss, pl. XLIX, nos 4 et S), parce qu'il se trouverait aussi sur une monnaie d’Urso publiée par Florez ( Medallas de Espana , t. II, pl. L, n° 2). Il ne serait pas, en effet, possible de voir en lui, dans ce cas, un magistrat municipal de Carteia. Mais reste à savoir si la pièce d’Urso, qu’on n’a pas revue depuis Florez, était bien authentique.

(2) Eckhel, D N, t. I, p. 271 ; t. V, p. 143; Cohen, M C, pl. XLV1II, Atia; Spano, Bullet. arch. Sardo, 1. 1, p. 9 et s.

(3) Eckhel, D N, 1. 1, p. 233 et s.; Fr. et L. Landolina-Paternô, Monografia delle monete consolari sicule, Naples, 1832; Fr. Landolina-Paternô. Lettera al Riccio intorno ad alcune monete romano-sicule, Catane, 1853 ; Mommsen, M R, t. II, p. 59 ; t. III, p. 237 et s.; Cota/, of gr. coins in the Brit. Mus., Sicily, p. 124-129.

Un seul de ces magistrats prend son titre de fonction :

IW- ACILIws. Q uaestor. As et semis. Ce Manius Acilius est probablement celui qui fut consul en 114 av. J.-C. et dont le triumvirat monétaire nous est connu dans la sérié romaine par des deniers et des as (1).

Malgré l’absence de la mention du titre, on considère en général, et l’on est en droit de le faire, comme étant des questeurs provinciaux tous les magistrats romains dont les noms sont inscrits sur les pièces de la même série. Eckhel (2) a attribué les monnaies portant le nom CRAS- SIPES à M. Furius Crassipes, préteur de Sicile en 173 av. J.-C (3); elles ne me paraissent pas pouvoir être aussi anciennes, et j’y verrais plutôt le M. Furius Crassipes qui frappa des deniers comme édile curule un peu avant 81 av. J.-C. (4). De même, on pourrait admettre que le NASO dont on trouve le nom sur certaines de ces pièces est le même personnage que le L. Axius Naso qui monnaya a Rome, avec une commission extraordinaire et vraisemblablement comme préteur urbain, entre 74 et 50 av. J .-C. (5). En général, du reste, toutes les assimilations que l’on peut essayer de tenter entre les noms des questeurs de Sicile, inscrits plus ou moins en abrégé sur les monnaies de cuivre frappées à Panorme, et les individus homonymes connus dans l’histoire sont extrêmement douteuses. Il est même

(1) Cohen, M C, pl. I, Acilia, n° 1 ; pl. XLVI, Acilia, n° 3; Mommsen, M R, t. II, p. 331, n° 138.

(3) T. Liv. XLII, 1.

(4) Cohen, M C, pl. XIX, Furia, n° 4; Mommsen, M R, t. II, p. 454.

(5) Cohen, M C, pl. VII, Axia, n°' 1 et 2 ; Mommsen, M R, t. H, p. 503, n° 203.

impossible, dans l’état actuel, d’arranger chronologiquement la série de ces questeurs. Tout ce que l’on saurait dire avec certitude, c’est que leur monnayage ne dépasse pas la dictature de César, si même il l’atteint. De plus, il paraît manifeste que les pièces où le nom du magistrat romain , entier ou abrégé, occupe le champ du revers, placé dans une couronne, ou bien accompagne un type personnel, changeant à chaque magistrat, sont sûrement du VIT siècle de Rome, même plutôt de la seconde que de la première moitié, et postérieures aux monnaies au type du soldat armé de pied en cap et aux noms de magistrats toujours très-abrégés, souvent exprimés par des monogrammes. Et, parmi celles-ci, les plus anciennes paraissent bien être celles où se trouve également le monogramme grec de Panorme.

C’est en Sicile qu’ont été sûrement frappées (1) les pièces de cuivre à la légende C- AL10— BALA (2), qui paraissent du même personnage que des deniers de la suite romaine, frappés peu après 10ù av. J.-C. (3). Mais son monnayage de questeur provincial (car on ne saurait séparer ces pièces des monnaies questoriales de Païenne) est nécessairement postérieur de plusieurs années à son monnayage romain comme triumvir monétaire, et c’est à tort que souvent on les rapproche l’un de l’autre.

Sous César, ce n’est plus le questeur, mais le propréteur de Sicile qui signe le monnayage provincial de l’atelier de Panorme. Nous en avons la preuve par l’as à la légende

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 240.

(2) Cohen, M C, pi. XLVI, Ælia, n° 1.

(3) Cohen, M C, pi. I, Ælia, n° 3; Mommsen, M R, t. II, p. 380, nu 189.

M- ACILIws PROPRaefor (1), qui appartient au M. Acilius qui gouverna la Sicile (2) après avoir combattu dans la guerre civile sous les ordres de César (3). Des noms de propréteurs de la même province, ayant exercé leur office entre 34 et 27 av. J.-C., et de proconsuls de la période postérieure du règne d’Auguste, figurent encore dans la numismatique (4) ; mais ils se lisent sur des monnaies coloniales portant également les noms des duumvirs, auteurs de l’émission monétaire. Leur nom ne figure donc plus là que pour dater, et celui des proconsuls est toujours à l’ablatif, cas dont l’emploi ne peut laisser aucun doute sur cette intention.

Macédoine.

MAKEAONHN TAM10T TAIOT FIOTTAIAIOY, ou simplement TAIOT TAMIOY. Bronzes de système grec (3).

MAKEAONHN TAMIOT AEYKEIOT c&OAKINNIOY.

Bronzes de système grec (6). Ces deux questeurs doivent être attribués aux premiers temps de la réduction du pays en province, entre 146 et 126 environ av. J.-C.

MAKEAONHN. LEG atus. Tétradrachme (7). Vers 120.

(1) Morell, Acilia, pl. IA; Capranesi, Bullet.de T Inst. Arch. 1834, p. 74; 1835, p. 43.

(2) Cic. Ep. ad. fam. XIII, 30.

(3) Caes. Bell. civ. III, 15, 16 et 39.

(4) Borghesi, Bullet. arch. Napol. 2e série, t. VI, p. 31 et s.

(5) Eckhel, D N, t. II, p. 62 ; Bompois, Examen chronologique des monnaies frappées par la Communauté des Macédoniens, pl. IV, 6e catégorie, n01 1-7.

(6) Eckhel, l. c. ; Bompois, pl. IV, 6e catégorie, n° 8.

(7) Bompois, pi. II, 2' catégorie, n" 1 et 2.

J’ai déjà parlé plus haut de ces pièces (dans ce chapitre, §3, 6) et montré que le legatus y est probablement un legatus pro quaestore.

CAE-... PR aetor. MAKEAONHN — AESILLAS. Q uaestar, ou seulement MAKEAONHN — AESILLAS- Q uaestor. Tétradrachmes et drachme (1). Un peu avant 89 av. J.-C.

MAKEAONHN — SVVRA- LEGafws, PRO- Quaestore. Tétradrachmes (2). Frappés par Bruttius S tira, proquesteur du préteur Sentius Saturninus, de 89 à 87 av. J.-C. Sur la date de ces deux dernières séries de tétradrachmes, voy. plus haut, dans ce chapitre, § 3, 6.

HPAKAEOTI 2HTHP0I 0AIIHN. Tétradrachme du type ordinaire de ceux de Thasos de la dernière époque (3) ; dans le champ, SVRa, les deux dernières lettres liées en monogramme (4). Il faut encore reconnaître ici le nom de Bruttius Sura.

Bithynie et Pont.

C’est seulement pour mémoire que nous rappelons ici les monnaies de cette province, où on lit en grec les noms des trois gouverneurs C. Papirius Carbo, entre 74 et 72 av. J.-C.; C. Cæcilius Cornutus, entre 69 et 65, et C. Vibius Pansa, entre 64 et 60 (5). Ce ne sont pas, en effet,

(1) Eokhel, D N, t. Il, p. 61 ; Bompois, pl. V, T catégorie, n°s 1- 5 et 7.

(2) Mionnet, Suppl, t. lit, p. S, n° 34 ; Bompois, pl. V, 7e catégorie, n° 6.

(3) Sur ce type, Eckhel, D N, t. II, p. 5; Mionnet, t. I, p. 435, n- 30-39.

(4) P. Gardner, Num. cliron. n. s. t. XVI, p. 302; Zeitschr. f. Num. t. V, p. 130.

(5) Sestini, Lett. num. di continuazione, t. VII, p. 64 et s.

des monnaies émises par ces magistrats, mais des monnaies de villes (1), où leurs noms figurent précédés de la préposition km, qui fait de cette mention une simple date,

« sous le gouvernement de N. »

Asie.

AIINIOT. ANGTITATOY. PnMAinN- Monnaie de cuivre frappée à Atarnée (2). M. Waddington pense que Cm Asinius fut proconsul vers 77 av. J.-C.

TVLLI- PROCOnSw/ts. Cistophore frappé à Tralles (3). Q. Tullius Cicero fut proconsul d’Asie de 61 à 38.

C- FABI- M- Filii. PROCOnSw/ù. Cistophores frappés à Apamée, à Éplièse et à Tralles (A). C. Fabius fut proconsul en 38-57.

T- AMPI- T- Filii. PROCOnSulis. Cistophores frappés

(1) C. Papirius Carbo :

Amisos, Mionnet, t. II, p. 344, n° 81. — Apamée, Mionnet, t. II, p. 412. - Nicée, Mionnet, t. II, p. 449 et s., n" 206-209. — Nicomédie, Mionnet, t. II, p. 465 et s., nos 298-302; Suppl, t. V, p. 166 et s., n01 964-972. — Prusa, Mionnet, t. II, p. 479, n° 373.

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