C. Vibius Pansa
Apamée, Mionnet, t. II, p. 411, n° 18. — Nicée, Mionnet, t. II, p. 450, n° 210. — Nicomé'die, Mionnet, Suppl, t. V, p. 168, n°‘ 973-975.
(2) Waddington, Fastes des provinces asiatiques de l'empire romain, Asie, n° 17.
(3) Pinder, Ueber die Cistophoren, p. 567, n° 172; la pièce est douteuse.
(4) Pinder, p. 567, n°* 173-176 ; pl. I, n" 17 et 18.
à Éphèse, Laodicée et Tralles (1). T. Ampius Balbus proconsul en 57-56.
Lacune d’un an dans la numismatique, comme dans nos connaissances sur la succession des proconsuls d’Asie.
[C.] PVLCRI- AP- F. PROCOnSu/is, sur un cistophore frappé à Éphèse (2) ; C- PVLCHER. PROCOnSu/, sur ceux de Pergame et de Tralles (3). C. Claudius Pulclier, proconsul de 55 à 53.
Lacune d’un nom dans la numismatique et dans la succession des proconsuls (53-52).
On n’a pas encore rencontré de monnaies au nom de Q. Minucius Tkermus, proconsul en 51-50.
Q uaeslor, sans autre nom. Cistopliores frappés à Éplièse et à Pergame (4). Ces pièces ont été frappées par les ordres de L. Antonius Pietas, questeur de Minucius Thermus, à qui celui-ci laissa l’administration de la province en partant au printemps de 50 (5). Il la gouverna, en l’absence du proconsul, jusqu’à l’arrivée des chefs Pompéiens C. Fannius et Q. Cæcilius Metellus Pius Scipio, auprès de qui il était encore comme proquesteur en septembre 49 (6).
On a des cistopkores aux noms de C. Fannius (7) et de
(1) Pinder, p. 568, n0' 177-182 ; pl. I, n01 19 et 20.
(2) Pinder, p. 568, n° 183 ; pl. 1, n° 21.
(3) Pinder, p. 569, n" 184-187 ; pl. I, n° 22.
(4) Pinder, p. 571, n"’ 202 et 203 ; pl. I, n° 30.
(5) Cic. Ep. ad. fam. II, 18.
(6) Joseph. Aral. Jud. XIV, 10, 13 et 17; voy. Waddington, Fastes des provinces asiatiques de l’empire romain, Asie, 33 et 34.
(7) Pinder, p. 569 et s„ n0’ 188-191 ; pl. I. nos 23 et 24.
Q. Cæcilius Metellus (1), frappés en et 48; mais ces personnages n’avaient pas de titres réguliers comme gouverneurs; c’est en tant que chefs d’armée qu’ils ont monnayé, et nous rangerons leurs espèces parmi les monnaies militaires.
ClLICIE.
p. LENTVLVS- P- F. IMPERATOR- Cistophores frappés à Apamée et à Laodicée (2) . P. Lentulus, proconsul de 56 à 53.
AP- PVLCHER. AP- F Mus. PROCOnSw/. Cistophore frappé à Laodicée (3). — PVLCHER- IMP erator. Cistophores frappés à Apamée (4). Appius Claudius Pulcher eut le proconsulat de 53 à 51 et fut salué imperator pendant son gouvernement.
M. CICERO- PROCOnSuL Cistophore frappé à Apamée (5). — M- TVLLîws. IMPerator. Cistophore frappé à Laodicée (6). Le grand orateur Cicéron fut proconsul de Cilicie en 51-50; tous les lecteurs de ses Lettres se souviennent de la vanité enfantine qu’il mit à se parer du titre d ’ imperator, après se l’être fait décerner par les soldats à la suite de la prise de quelques méchants villages de montagnards du Taurus (7).
(1) Pinder, p. 570, n° 192 ; pl. I, n“ 25.
(2) Pinder, p. 570, n°* 193-195 ; pl. 1, A” 26 et 27.
(3) Pinder, p. 571, n“ 199; pl. I, n° 28.
(4) Pinder, p. 570, n°s 195-198.
(51 Pinder, p. 571, n° 200.
(6) Pinder, p. 571, n° 201 ; pl. I, n° 29.
(7) Ep. ad fam. Il, 10.
Cyrénaïque.
AOAAIOY. Dupondii, as et semis à divers types (1). — L. LOLLIVS. Dupondii, as et semis à divers types (2). L. Lollius, un des quinze légats de Pompée dans la guerre des Pirates, fut chargé, en 66 av. J.-C., de réduire la Cyrénaïque en province et y resta jusqu’en 64 comme propréteur (3).
Les types et la légende grecque de L. Lollius paraissent s’être immobilisés pendant 23 ans sur la monnaie provinciale, tandis que les gouverneurs se succédaient (4); on y lit, en effet, des dates qui vont de A à Kl".
nOYTIIOC — POYcPOC. TAMIAC, ANTICTPATviyo;. TIOYniOC. TAMIAC ou AYAOC. nOYTIIOC. TAMIAC. ANTI- CTPATYiyo;. Dupondii, as et semis (S). L. Pupius Rufus, questeur revêtu exceptionnellement de l’autorité de propréteur (6), dut être celui qui gouverna la Cyrénaïque à la fin de 44 et au commencement de 43 (7) , cette province ayant été donnée à la place de la Syrie, sur la proposition d’Antoine, à Cassius (8), qui refusait de l’accepter et
(lj L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, t. I, p. 153 et s., n°* 383-396.
(2) L. Muller, t. I, p. 155 et s., nos 397-121.
(3) Borghesi, dans Cavedoni, Osserv. sopra le monete délia Cirenaica, p. 65 et s.; L. Millier, t. I, p. 158.
(4) L. Muller, 1. 1, p. 160.
(5) L. Muller, t. I, p. 161 et s., n°‘ 422-428.
(6) Eckhel, D N, t. IV, p. 427 ; Pauly, Real-Encyclopœdie, t. VI, lr,! part. p. 102.
(7) L. Millier, t.I, p. 163.
(8) Appian. Bell. civ. III, 8; IV, 57. Cf. Cic. IlPhilipp. 38; Dio Cass. XLVII, 21 .
organisait en Orient la résistance au nom du parti des tyrannicides. Bientôt après, C. Cornuficius, propréteur d’Afrique et partisan des meurtriers de César, occupa militairement la Cyrénaïque et y étendit son autorité.
Afrique.
c. FABIVS. CATVLVS- I iVIR — P- SEXTILIVS- PRo.
P raetore. AFricae. VI I Ver*. EP ulonum. Petit bronze, qui paraît frappé à Hadrumète (1), dont le magistrat municipal serait désigné par le premier nom. P. Sextilius, gouverneur de la province d’Afrique en 9 4 av. J.-C., fut celui qui intima l’ordre de se retirer à Marius, débarqué à Carthage (2).
5. Si nous procédons maintenant à une revue analogue des monnaies militaires de la Képublique romaine jusqu’à la mort de César, nous devrons placer en tête deux groupes bien distincts de monnaies frappées sous le régime de l’as sextantaire et du denier de 84 à la livre (livre VII, chap. ni, 1 3), Pun même au moins après l’introduction de la taille du victoriat dans le système des monnaies d’argent (livre VII, chap. m, § 4), mais tous les deux antérieurs à la loi Flaminia (livre VII, chap. m, § 3). L’un de ces groupes a donc été émis entre 245 environ et 217 av. J.-C., tandis que l’émission de l’autre, celui qui comprend le victoriat, est restreinte entre 228 et 21 7 . Tous deux sont caractérisés par la lettre Q placée dans le champ (3).
(1) L. Millier, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. SI, n° 25.
(2) Plutarch. Mar. 40; cf. Appian. Bell. civ. 1,62.
(3) Premier groupe*: D’Ailly, Recherches sur la monnaie romaine,
La fabrique est celle de l’Italie méridionale plutôt que celle de Eome même, tellement que M. Mommsen (1) voit dans le Q la marque d’un des ateliers succursales établis dans les années qui précédèrent immédiatement la seconde guerre punique. Il me semble plus naturel d’y voir l’initiale du mot Q uaestor. Cette indication de la fonction de celui qui a émis une monnaie extraordinaire, sans y ajouter son nom, est tout à fait dans l’esprit républicain du temps. D’ailleurs, on revoit encore plus tard des monnaies questoriales anonymes, portant un simple Q, par exemple les cistophores de L. Antonius Pietas en Asie et certaines des espèces frappées pour Sylla avant sa dictature, dont nous nous occuperons un peu plus loin.
On pourrait être tenté d’expliquer par IMP erator le monogramme qui signe un groupe composé de denier, victoriat et as (2), lequel paraît devoir être classé vers la fin de la guerre d’Hannibal. Pourtant, comme la fabrique est celle des monnaies urbaines, il faut plutôt voir ici seulement les lettres MP, initiales des noms du monétaire, comme on a sur d’autres groupes de la même période les lettres MA, ME, MD, MT, liées également en monogrammes.
Où l’on doit avec certitude reconnaître des monnaies
pl. CIX, nos 6-10; il comprend quinaire, sesterce, triens, quadrans et sextans.
Deuxième groupe : D’Ailly, t. II, pl. LXXXVI, n« 4-7 ; il comprend victoriat et quinaire. Nous voyons un Q de forme particulière sur ces pièces, où le baron d’Ailly voudrait reconnaître un ver ou une sangsue servant de symbole du monétaire.
(1) M R, t. II, p. 236, n° 18.
(2) Mommsen, M R, t. U, p. 245, n° 32 ; D’Ailly, t. II, pl. CV1II,
militaires, comme l’a déjà fait M. Mommsen, c’est dans les pièces d’or de 60, 40 et 20 sesterces frappées en vertu de la loi Flaminia (1), dans les premières années qui suivirent sa promulgation (livre VII, chap. m, § 3). La valeur très-grande qui leur est attribuée eu égard à leur poids de métal, et qu’elles portent inscrite, leur donne le caractère de monnaies exceptionnelles et de nécessité (yo y* P^us haut, livre II, chap. i, § 1, 4). Le travail en est grec, du midi de l’Italie. Elles ont donc été frappées par les generaux qui poursuivaient dans cette région la guerre contre LIannibal. Les pièces de 40 sesterces ont, en général, dans le champ des symboles, que l’on doit considérer comme la marque personnelle de chacun des généraux, une ancre, un fer de lance, un bâton noueux, un pentagone, ce qui permet d’en rapprocher les pièces d’argent et de cuivre aux types ordinaires qui, présentant les memes symboles, doivent être rattachées aux mêmes émissions (2). D’après le système habituel chez les Eomains
(1) Mommsen, MR, t. II, p. 57, 113 et s., et 236, n° 19.
(2) Ancre, pièce d’or, denier : D’Ailly, t. II, pi. LXVIII, n0! l et 2.
L’ancre paraît avoir été le symbole d'une des familles qui ont joué le plus grand rôle dans les affaires au vie siècle de Rome ; aussi se trouvet-il sur plusieurs groupes bien distincts de monnaies de cuivre, où les poids de l’as varient. Celui de ces groupes qui correspondrait le mieux à la pièce d’or, d’après le pied monétaire sur lequel il est traité, joint à Tas l’initiale du mot Q uaestor : D’Ailly, t. II, pl. LXVIII, n°* 13-16. 11 y a là réunion du symbole personnel et de l’indication du titre d’un questeur, par l’initiale de son titre.
Fer de lance, pièce d’or, denier, victoriat, quinaire, as, semis, triens, quadrans, sextans, once : D’Ailly, t. II, pl. LXXXII, n°s 13-20, LXXXIII n°‘ 1-5.
Bâton noueux, pièce d'or, denier, victoriat et pièces de cuivre depuis Tas : D’Ailly, pl. LXXXVI et LXXXVII, n“ 1-11.
Pentagone, pièce d’or et denier : D’Ailly, pl. XCII, n™ 10-16.
n. ig
(nous y reviendrons au livre 1Y, chap. I et m) de prendre, toutes les fois que le cognomen était le nom d’un objet matériel, la figure de cet objet pour emblème monétaire, le bâton noueux, scipio, qui se reproduit sur les deniers d’un assez grand nombre d’émissions diverses, serait l’emblème naturel des Cornélius Scipio, et les monnaies d’or qui le présentent pourraient, avec une assez grande vraisemblance, être considérées comme frappées par le grand Scipion, en vertu de ses pouvoirs militaires, tandis qu’il préparait en Sicile et dans le midi de l’Italie son expédition d’Afrique (204 av. J.-C.).
La seconde guerre de Macédoine (200-197) est marquée parle statère d’or de T. Quinctius Flamininus (1). La légende latine T- QV1NCTI montre clairement que cette pièce a été frappée par l’autorité de Flamininus lui-même, et non par les Grecs en son honneur. La pièce est de poids grec (2), reproduisant celui des statères d’Alexandre dont elle copie aussi le type de revers. C’est la seule fois que nous verrons un général romain faire fabriquer ainsi à son nom une monnaie d’or de système grec ; mais les circonstances historiques expliquent une telle anomalie. 11 fallait bien que Flamininus taillât sa monnaie sur un pied en usage dans le pays où elle devait circuler (3). Or, à ce moment, le système monétaire romain était encore inconnu
(1) Mionnet, Suppl, t. III, p. 260, n° 706 ; Reo. num. 1832, pi. VII, n° 1; Postolaccas, KotoXoyoî twv àpxcdwv vo[«<rp.ài:MV toü ’AOyjviflcriv ’E0vixoù MouaeCou, n° 1669.
(2) Mommsen, M R, t. II, p. 116. — Le poids de l’exemplaire de Paris est 8 gr. 30, celui de l’exemplaire d’Athènes 8 gr. 332.
(3) Ces pièces se raccordaient, du reste, assez facilement avec le poids romains ; il en fallait 37 1/2 pour faire avec une exactitude presque rigoureuse une livre romaine, 73 pour faire deux livres.
des Grecs. Plus tard, an contraire, Sylla put donner une partie aliquote de la livre romaine comme poids aux aurei qu’il fit frapper en Grèce, parce que depuis plusieurs générations les Orientaux étaient habitués au système pondéral et monétaire de Rome.
Le nom de T. Quinctius, sur son statère, n’est suivi d’aucun titre ; c’était alors l’usage dans le monnayage romain. Tant qu’il reste en vigueur, nous n’avons aucun moyen de distinguer, parmi les deniers de la suite romaine, les monnaies militaires des monnaies urbaines. On relève à cette époque, sur les espèces d’argent de la République, les noms d’un certain nombre de personnages historiques, qui ont pu parfaitement être appelés à monnayer comme généraux d’armées ; mais on ne saurait dire si c’est à ce titre, ou simplement comme magistrats monétaires urbains, qu’ils ont signé des deniers. Ce qui est seulement certain, c’est que l’usage du monnayage militaire existait pendant cette période. Nous en avons la preuve par la numismatique des Italiotes révoltés dans la Guerre Sociale. Ils imitaient en tout les magistratures, les lois et les usages de la constitution romaine, de même qu’ils calquaient leurs espèces sur les deniers de Rome. Or les Italiotes ont emprunté alors aux Romains la double fabrication parallèle de la monnaie urbaine, que chez eux il faut appeler monnaie civile, et de la monnaie militaire. Leur monnaie civile porte seulement pour légende d’État le nom delTtalie, 1TALIA sur les pièces latines (1), VH3TK1 Viteliu sur les pièces osques (2), sans nom de monétaire. Leurs monnaies militaires ont les noms des géné-
(1) Friedlænder, Oskische Mümen, pl. X, nos 14-18.
(2) Friedlænder, pl. IX, nos 1 et 7.
raux revêtus de Yimperium, avec ou sans la légende de l’Italie. C’est ainsi que nous y lisons les noms des deux consuls nommés à Corfinium en 90, le Marse Q. Pompædius Silo et le Samnite C. Papius Mutilus, qui les ont émises dans cette année même, en tant que consuls commandant les armées, ou plutôt la suivante, comme revêtus des pouvoirs de proconsul. Le premier est écrit en latin, Q. SILO (1), le second toujours en osque (2), et la forme la plus complète en est 'IhTVhH . > . inrarcn . > G. Paapi. G. Mutil; il commence par mettre son nom seul, sans titre (3), puis il y ajoute la qualification de QVTNQai-H3 embratur (4), correspondant au latin imperalor, dont il avait été salué par ses soldats. On ignore si le Numerius Luculeius ou Lucilius, fils de Marcus, inconnu à l’iiistoire, dont quelques deniers offrent le nom sous la forme osque am . 'OnV'l . IH Ni. Luvkl. Mr (5), était un général ou un questeur militaire. Les historiens sont aussi muets sur le compte du Minius Ieius fils de Minius, IHH • 5 11-31 • IHH Mi. Ieiis. ML, dont le nom se lit sur la pièce d’or (6) que Mithridate fit fabriquer à Amisos pour les Italiotes (voy. plus haut, dans ce chapitre, § 3, 3); mais il avait évidem-
(1) Friedlænder, pl. X, n° 19.
(2) Môme sur une pièce bilingue, où l’on voit au droit la légende latine ITALIA : Friedlænder, pl. X, n° 21.
(3) Friedlænder, pl. IX, n0! 4, B et 10. — Sur un denier, on lit au droit le nom du général, Mutil, et au revers celui des Samnites, Safinim : Friedlænder, pl. IX, n° 3.
(4) Fridlænder, pl. IX, n°s 6 et 9.
(5) Friedlænder, p. 77, pl. IX, n0> 2 et 3.
(6) Friedlænder, p. 73; Pinder et Friedlænder, Beitrcege, I, p. 176 ; Mommsen, M R, t. II, p. 426, n° 223.
ment un commandement militaire important et était le principal personnage de l’ambassade envoyée au roi de Pont.
Dans les années qui précédèrent la Guerre Sociale, la suite romaine ne nous offre que trois groupes de pièces qui puissent être attribués avec chance sérieuse de certitude à des questeurs d’armée. L’un comprend le denier qui porte le nom de C- FVNDANIus. Q uaestor (1) avec un type relatif au triomphe de Marius sur les Cinabres et les Teutons, en 101 (2), et sur le quinaire correspondant une Victoire couronnant un trophée, avec auprès d’elle le carnix ou trompette gauloise (3). D’autres exemples, que nous allons rencontrer chemin faisant, sont de nature à faire admettre que les pouvoirs monétaires, délégués par le général à son questeur, se continuaient jusqu’à la veille du triomphe, et que c’est encore le questeur militaire qui frappait les monnaies destinées à être distribuées en largesses aux soldats dans cette occasion. Ce monnayage triomphal était légalement extra-urbain-, mais, dans la pratique, on devait souvent mettre à la disposition du questeur l’outillage de l’hôtel des monnaies de Rome.
La Victoire écrivant sur le bouclier d’un trophée d’armes gauloises ou germaniques, auprès duquel est le carnix, tel est encore le type du quinaire signé par C. EGNATVLElus. Q uaeslor (h). Cette pièce appartient
(1) Cohen, M C, pl. XVIII, Fundania, n° 1 ; Mommsen, M R, t. Il, p. 390, n° 196.
(2) Borghesi, Om. num. déc. XVII, 4, Œuvres complètes, t. II, p. 307 et s.; Cavedoni, Ann. de l’inst. arch. t. XI, p. 312.
(3) Cohen, M C, pl. XIX, Fundania , n° 2.
(4) Cohen, M C, pl. XVII, Egnatuleia; Mommsen, M R, t. II, p. 376, n° 184.
certainement aux environs de l’an 104. 11 me paraît donc évident qu’il faut voir encore dans C. Egnatuleius un des questeurs de Marius, et que sa monnaie a dû être frappée pour le service de l’armée en 102, entre la défaite des Teutons et celles des Cimbres.
Le troisième groupe dont nous voulons parler est signé du questeur Q. Lutatius Cerco ; il comprend denier, quadrans et once (1). Ce personnage est très-probablement un questeur militaire, mais l’histoire ne le connaît pas. Il a dû monnayer un peu avant 104 (650 de Rome). C’est là tout ce qu’on en peut dire, et on ne saurait rattacher ses espèces à un événement déterminé.
Les guerres de Sylla, depuis son départ pour l’Orient contre Mithridate jusqu’à sa dictature, vont nous offrir pour la première fois une série nombreuse de monnaies militaires certaines. Cette série est d’autant plus importante qu’elle est illustrée par un témoignage littéraire. Après avoir parlé de l’amitié qui unissait Lucullus à Sylla et raconté comment ce dernier l’emmena dans sa guerre contre Mithridate à titre de questeur, Plutarque ajoute (2) : « C’est par ses soins que fut frappée dans le Péloponnèse « la plus grande partie de la monnaie émise pendant la « guerre de Mithridate, d’où vint le nom de lucullienne à « cette monnaie qui resta longtemps en circulation, ayant « eu l’occasion de se répandre et de s’échanger rapidement « en soldant les dépenses nécessitées par les besoins de la « guerre. » Jamais, en effet, général ne s’était trouvé, autant que Sylla le fut alors, impérieusement obligé par
(1) Cohen, M C, pl. XXV, Lutatia, n° 2; Mommsen, MR, t. II, p.353,
(2) Lucull. 2.
les circonstances de créer une monnaie nouvelle pour les besoins de son armée avec les ressources métalliques qu’il avait pu se procurer d’une manière quelconque dans les pays où il allait opérer, cc Autrefois, a très-bien dit M. Mommsen (1), le général de Rome débarquait avec sa caisse pleine : il tirait de Rome et par mer tous les approvisionnements lui faisant besoin. Sylla arrivait les mains vides ; les sommes levées à grand’peine pour la campagne de 88 ayant été dépensées en Italie, il lui fallait vivre de réquisitions. » C’est ainsi que, dans le cours de sa première année de campagne en Grèce, il vida les trésors des temples d’Olympie, de Delphes et d Épidaure, donnant aux dieux, pour les indemniser, la moitié du territoire de Thèbes confisqué. « Quand Mithridate, la paix faite, se fut « retiré dans le Pont, raconte encore Plutarque (2), Sylla a imposa à la province d’Asie une contribution de guerre cc de 20,000 talents et chargea Lucullus de la percevoir en cc métal, puis de la convertir en monnaie qu’il fit fabricc quer. »
Ces monnaies luculliennes, frappées en Grèce et en Asie par l’ordre de Sylla commandant son armée, sont parvenues jusqu’à nous, et La Nauze les a déjà reconnues dans le siècle dernier. L’inscription du nom de Sylla avec le titre à'imperalor' et la fabrique étrangère à Rome, toute grecque, mais en même temps, surtout pour l’argent, portant les marques de la hâte, les déterminent en effet d’une manière certaine. Ce sont des pièces d’or du poids de 1 /30 de la livre romaine et des deniers d’argent, ayant exactement les mêmes types dans les deux métaux, au
(1) Hist romaine, t. V, p. 288.
(2) Lucull. I.
droit la tête de Vénus diadémée et devant elle Cupidon tenant une palme, au revers un præfericulum et un lituus entre deux trophées, faisant allusion aux deux salutations d ’imperator reçues par Sylla, la première antérieurement en Italie, lors de la Guerre Sociale, la seconde en Grèce après les succès qui ouvrirent la campagne ; le tout est accompagné de la légende L. SVLLA- IMPerafor. ITERVM, répartie entre les deux faces (1). La taille de l’aureus de 30 à la livre est une innovation qui apparaît alors pour la première fois dans l’échelle des monnaies romaines (livre VII, chap. iii, § 5); nous allons la voir se continuer dans toutes les émissions militaires de Sylla.
En effet, celles-ci ne s’arrêtent pas en Orient, mais se continuent pendant toute la guerre civile qui l’amène ensuite à la possession du pouvoir suprême. Le débarquement du vainqueur de Mithridate à Brundisium, au commencement de 83, est marqué par le denier à la légende L- SVLA- IMPerafor(2) et au type retraçant cet événement (3), copié de celui que les débris des révoltés italiotes avaient adopté six ans auparavant, pour célébrer le dé-
(1) Cohen, M C, pl. XV, Cornelia, n° 17 ; Mommsen, MR, t. II, p.440, n° 232 c.
(2) « Il ne faudrait pas regarder, dit M. Mommsen ( M R, t. II, p. 440), les monnaies de Sylla sur lesquelles on lit IM P comme plus anciennes que celles sur lesquelles on trouve IMP- ITERVM ; car nous savons, par les inscriptions, que l’usage d’ajouter iterum commença seulement à s introduire vers cette époque, et qu’il n’était pas encore devenu une règle fixe ou exactement suivie. »
(3) Morell, Thés. t. II, Cornelia, pl. V ; Borghesi, Oss. num. décad. VIII, 1, et XVI, 9; Cavedoni, Bullet. de l’Inst. arch. 1844, p. 24. — Bien que cette pièce n’ait pas été revue en original depuis Morell, il n’y a pas de raison décisive de douter de son authenticité plus que n’ont fait Borghesi et Cavedoni.
barquement de Marius revenant d’Afrique (1), lorsque le parti démocratique de Rome avait joint sa cause à la leur. A la campagne de 83, où Sylla avait sa base d’opérations dans l’Italie méridionale, correspond l’émission des as du type ordinaire, à la légende L. SVLA- IMPE rator (2), qui ne se trouvent que dans les provinces napolitaines (3) et y ont sûrement été frappées, ainsi que des pièces d’or du poids de 1 /30 et de 1/36 de la livre (4) et des deniers d’argent, qui ont d’un côté la tête de Vénus, comme les monnaies luculliennes d’Orient, et de l’autre une double corne d’abondance avec la seule initiale Q uaestor (5). Que ces dernières pièces appartiennent à la série des monnaies de Sylla, comme Cavedoni l’a montré le premier (6), il n’y a pas moyen d’en douter, d’après leur poids et leur type du droit ; celui du revers est celui des monnaies de Valentia dans le Bruttium (7), ce qui paraît déterminer le lieu ou
(1) Friedlænder, Oskische Münzen, p. 83, pi. X, n° 13. L explication du type par le débarquement de Marius, proposée par Cavedoni [Bullet. de l’Inst. arch. 1843, p. 144), s’accorde bien mieux avec les détails de la représentation que celle de M. Friedlænder, qui y voit le débarquement en Orient de l’ambassade envoyée par les Rabotes à Mithridate.
(2) Cohen, M. C, pl. LUI, Cornelia, n° 13; Mommsen, M R, t. IL p. 440, n° 232 b.
(3) Riccio, Catalogo, p. 76.
(4) Voy. Mommsen, M R, t. II, p. 117.
(8) Cohen, M C, pl. XV, Cornelia, n° 18; Mommsen, MR, t. IL p. 457, n° 246; D’Ailly, Recherches sur la monnaie romaine , t. IL pl. LXXVII, n" 5 et 6.
(6) Ragguaglio storico-archeologico de precipui riposligli di medaglie consolari (Modène, 1854), p. 147.
(7) Un quadrans semoncial, c’est-à-dire de cette époque, à la simple légende RO MA, porte la même double corne d’abondance en symbole
Sylla, pendant cette période de la guerre civile, avait fixé l’atelier monétaire de son questeur (1). Conformément à sa politique de se montrer alors uniquement comme l’agent du rétablissement de l’autorité du Sénat, le chef du parti aristocratique dissimule son nom sur l’or et sur l’argent qu’il fait frapper ; il ne l’inscrit que sur le métal le plus vil, sur le cuivre. Aussi, à ce groupe de pièces frappées pour les besoins militaires pendant la lutte, fait naturellement suite celui qu’il faut placer en 80, aussitôt après la reprise de Borne. Dans ce nouveau groupe, le denier a presque exactement les mêmes types que dans le précédent, la tête de Yénus et la corne d’abondance, simple cette fois (2) , avec une légende qui ne mentionne que le Sénat, sans nom de monétaire, EX S enalus Consulto (3). Sur l’as correspondant, avec la même légende, le symbole retracé au-dessus de la proue de navire est le légionnaire de l’armée victorieuse, appuyé sur sa lance (4) . Mais en
dans le champ (D’Ailly, t. II, pl. LXXVII, n° 7); on pourrait peut-être le rattacher à celte émission.
(1) Pendant ce temps, à Rome, le Sénat, dominé par les partisans de Cinna, faisait, dans les premiers mois de 82, enlever tous les trésors métalliques des temples pour en battre monnaie, afin de payer les troupes opposées à Sylla (Val. Max. VII, 6, 4). Ce fut le préteur urbain, Q. AntoniusBalbus, qui fut chargé de cette émission (Cavedoni, Saggio di osservàzioni, p. 32), et nous avons ses monnaies, avec la légende Senatus Consulto — Q. ANTO/i'îm. BALB<«s. PRaetor (Cohen, M C, pl. III, Antonio, , n° 1; Mommsen, M R, t. II, p. 448, n° 236).
(2) Eckhel (D N, t. VI, p. 192) a conjecturé que la corne d’abondance pouvait être quelquefois un emblème du Sénat.
(3) Cohen, M C, pl. XX, Julio, n° 8; Mommsen, M R, t. II, p. 438, n° 247 ; D’Ailly, t. II, pl. LXXVII, n° 3.
(4) Cohen, MC, pl. LVI, Julio, n° 1; D’Ailly, t. II, pl. XCIII, nos 1-4. — Un as, avec la même légende et le même symbole, porte en outre le nom
même temps, lors de son triomphe en février 81, Sylla, usant une dernière fois de son droit d ’imperator, fait fabriquer une monnaie triomphale, destinée à être donnée en largesses aux soldats, par son proquesteur militaire L. Manlius, le même qui est désigné comme ayant combattu à ses côtés à la bataille de la Porte Colline (1) et qui fut ensuite gouverneur de la Narbonnaise vers 77 (2). Cette monnaie triomphale comprend deux espèces, aureus de 30 à la livre et denier, frappés avec les mêmes coins ; le type du revers retrace le triomphe lui-même (3), et la double légende est L- MANLIws. PRO- Q uaestore (4) — L. SVLLA- IMP erator (S).
Un quatrième aureus du poids de 1 /30 de livre est signé sur le droit de A- MANLIws. A- F ilius. Quaestor (6). Il a été
de C. LIClINIt». L. Filius. MACER (D’Ailly, t. II, pl. XCIII, n° 3), le même qui, vir praetorius, subit une condamnation en 66. Ceci, du reste, n’apporte aucun obstacle au rapprochement des as avec les deniers d’argent qui ont également EX. S- C-, non plus qu’à notre attribution de date pour les uns et les autres.
(1) Plat. Syll. 29.
(2) Oros. V, 23; T. Liv. Epit. XC. César (Bell. civ. III, 20) l’appelle L. Mallius, et Plutarque ( Sertor . 12) L. Lollius.
(3) Eckhel, D N, t. Y, p. 190; Cavedoni, Nuovi studi sopra le monete consolari (Modène, 1861), p. 17.
(4) Je laisse de côté le T qui se voit, en dehors de la légende, sur le droit d’une partie des exemplaires ; l’explication eo est encore très-douteuse. M. Mommsen (M R, t. II, p. 442) y voit le chiffre X retourné et l’indication de l’âge de Sylla lors de son triomphe, 30 ans; M. Cavedoni (Nuovi studi, p. 17), l’initiale du mot Triumphalis.
(3) Cohen, M C, pl. XXV, Manlia, nM 2 et 3 ; Mommsen, M R, t. II, p. 440, n° 232 a.
(6) Cohen, M C, pl. XXVI, Manlia, n° 4; Mommsen, M R, t. II, p. 440, n° 232 d.
certainement frappé en Orient, d’après son style et sa fabrique ; sa date ne peut être antérieure à 81 , puisqu’il représente au revers la statue équestre élevée près des Rostres à Sylla pendant sa dictature (1),L. SVLLae. FELIct. D\Ctatori, comme dit la légende qui accompagne ce type. A. Manlius a dû, par conséquent, être le questeur de Muréna, et cette monnaie est une de celles qui furent frappées en Asie après le départ de Sylla, avec le produit de la contribution de guerre. De la fin de 82 ou du commencement de 81 est une autre monnaie militaire, frappée dans la Gaule, le denier de C- VALenus. FLACcws. IMPERA- Tor (2). Yalerius Flaccus était gouverneur de la province gauloise et y avait gagné le titre d 'imperator dans l’été de 83 (3); rallié à la cause de Sylla après la victoire de celuici, il vint triomphera Rome en 81 (4). Son denier est une des rares monnaies militaires qui portent la note EX- Senatus . C onsulto, ce qui prouve qu’il ne le fit frapper qu’après avoir adhéré au parti sénatorial.
La guerre contre Sertorius fournit plusieurs monnaies de la classe qui nous occupe, toutes frappées en Espagne (5) :
EX- S enatus Consulto — L- et C- MENUES- L- F ilii. GALe-
(1) Appian. Bell. civ. I, 97; cf. Cic. IX Philipp. 6,13; Vell. Paterc.ll, 61; Sueion. Caes. 75 ; Dio Cass. XLII, 18, et XLIII, 49.
(2) Cohen, M Ç, pl. XL, Valeria, n° 4 ; Mommsen, M R, t. II, p. 448, n° 237.
(3) Cic. Pro Quinct. 7, 28; cf. 6, 24.
(4) Gran. Licinian. p. 39, éd. de Bonn.
(5) La guerre de Sertorius a dû être également l’occasion du monnayage à légendes latines d’un bon nombre de peuples de l’Espagne, et aussi de l’émission des dernières pièces de cuivre à légendes ibériennes.
ria, denier de fabrique très-barbare (1). Ces deux frères Memmius sont connus comme ayant été assez longtemps questeurs et proquesteurs dans les armées opposées à Sertorius. M. Mommsen a montré, par l’étude des enfouissements des monnaies de la République, que leur denier n’avait pas pu être frappé plus tard qu’en 82 ; Sylla avait donc envoyé ces deux personnages en Espagne aussitôt qu’il avait été maître de Rome.
EX. Sencitus Consulto. O ANNIws. T- F ilius. T- Nepos. PROCOnSuZ — L. FA Buts. L- Filius. HISPamensts. Q uaestor , deniers (2).
EX- S enalus. Consulto. C • ANNIVS- T- Films. T- Nepos. PROCOnSwü — C- TARQVIThts. P- F ilius. Quaestor , denier (3). L’expédition d’Annius contre Sertorius est de l’an 81. Les deux questeurs qui l’assistaient passèrent après son rappel dans le parti de Sertorius, où l’histoire les fait retrouver quelques années plus tard (4) .
Q. C aecilius. Metellus. P ius. \mperator , denier (5).
IM P erator, denier dont le type du droit (la tête de la Piété, faisant allusion au surnom Plus) est le même que
(1) Cohen, M C, pl. XXVII, Memmia, n° 3; Mommsen, M B, t. II, p. 427, n° 226.
(2) Cohen, M C, pl. II, Annia, n“ 1-4; Mommsen, M B, t. II, p. 449, n° 238 a.
(3) Cohen, M C, pl. XXXVIII, Tarquitia; Mommsen, M B, t. II, p. 449, n° 238 b.
(4) L. Fabius Hispaniensis : Sallust. Hist. III, 4, ed. Dietsch. — C. Tarquitius Priscus : Frontin. Stratag.il, 5, 31.
(b) Cohen, M C, pl. VIII, Caecilia, n° 10 ; Mommsen, M B, t. II, p. 4b9, n° 248 a.
sur le précédent (1). Si l’on en croyait Plutarque (2), la salutation de Metellus Pius comme imperator en Espagne n’aurait eu lieu qu’en 79 ; pourtant les monnaies qui lui donnent ce titre paraissent un peu plus anciennes ; M. Mommsen croit à une erreur de l’historien (3).
On sait l’immense crédit de 1 8 millions de deniers qui fut accordé sur le trésor public, en 74, pour les armements contre Mithridate et les Pirates, en particulier pour la construction d’une flotte (4). Il paraît bien établi aujourd’hui (5) que ce ne furent pas les généraux et leurs questeurs, mais par exception le questeur urbain, que le Sénat chargea alors de monnayer les lingots tirés de l’ærarium. Nous avons des monuments de cette émission extraordinaire dans les deniers, dont un fort commun, qui, avec la formule EX- S enatus. Consulta, portent la signature de ce questeur urbain, tantôt avec son titre ordinaire, CN. LEUtulus. duaestor (6), tantôt avec une qualification exceptionnelle, LENTtt/ws. CVR ator. X ( denariis ). FL«ndis (7). C’est alors que nous paraît devoir se placer naturellement, bien plutôt qu’à la magistrature monétaire
(1) Cohen, M C, pl. VIII, Caecilia , n° 11 ; Mommsen, M B, t. II, p. 459, n° 248 6.
(2) Sertor. 22.
(3) En tout cas, Sylla était déjà mort quand furent frappés les deniers de Métellus; on s’éloignait du moment culminant delà réaction aristocratique ; ce général ne s’est donc plus cru obligé de mentionner sur la monnaie militaire l’autorité du Sénat, comme on le faisait du vivant du dictateur.
(4) Plut. Lucull. 13. .
(5) Mommsen, M R, t. II, p. 475.
(6) Cohen, M C, pl. XIV, Cornelia , n° 10; Mommsen, l. c. n° 259 a.
(7) Cohen, M C, pl. XIV, Cornelia, n° 11 ; Mommsen, /. c. n° 259 b.
LA LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES 30 î
régulière du même personnage (1), quelques années auparavant, la fabrication de l’aureus du poids de 1 / 42 de livre portant le nom de CN. LENTVLws (2).
11 existe un aureus, de la taille de 36 à la livre (3), qui a été certainement frappé hors de Rome et offre la légende MAGNVS — PROCOnSu/, avec pour types d’un côté la tête de l’Afrique coiffée d’une peau d’éléphant, de l’autre le triomphateur dans son char (4). M. Mommsen (S) le rapporte au premier triomphe de Pompée, en 81 , après sa guerre d’Afrique, Cavedoni (6) au second, en 71, après la soumission de l’Espagne, Eckhel (7) au troisième, en 61, triomphe sur Mithridate et les Pirates célébré avec un éclat tout exceptionnel. Sans doute, il y a quelque chose de singulier à voir à cette dernière époque placée sur la monnaie de Pompée la tête de l’Afrique, théâtre de scs premiers exploits, au lieu d’un type relatif à l’Asie ; mais il n’avait triomphé de l’Afrique qu’à titre de propréteur , et ce n’est que dans la guerre des Pirates et dans celle de Mithridate qu’il pouvait se qualifier de proconsul. Déplus, on voit un fils du triomphateur, encore enfant, monté, suivant l’usage, sur un des chevaux du char, et cette cir-
(1) Magistrature marquée par denier, as et semis : Cohen, M C, pl. XIV, Cornelia, nos 7 et 8; pl. LIII, Cornelia; n°s 9 et 10; Mommsen, M R, t. II, p. 435, n° 229.
(2) Rev. num. 1856, pl. X, n° 7 ; Cohen, M C, pl. XIV, Cornelia, n° 9; Mommsen, M R, t. II, p. 436.
(3) Mommsen, MR, t. II, p. 118.
(4) Cohen, M C, pl. XXXIII, Pompeia, n° 2; Mommsen, M R, t. II, p. 455, n° 245.
(5) M R, t. II, p. 456.
(6) Appendice B al saygio di osservazioni, p. 149.
constance reporte encore impérieusement à l’époque des guerres asiatiques du général, alors parvenu au faîte de la popularité. Il me semble donc qu’il faut en revenir à l’opinion d’Eckhel, ou du moins admettre que nous avons là une monnaie militaire frappée par l’ordre de Pompée pendant ses campagnes en Orient, monnaie dans le type de laquelle il escomptait par avance son triomphe futur, en rappelant les précédents.
César ne fut pas, au début de sa carrière, revêtu de la fonction de triumvir monétaire. Le denier si abondant qui porte son nom, CAESAR, avec les types de l’éléphant et des insignes du souverain pontificat (I), est la monnaie qu’il a fait frapper dans sa province, soit en Cisalpine, soit en Narbonnaise, en vertu de son imperium et pour les besoins militaires, pendant la durée de ses guerres dans les Gaules, de 58 à 50.
La guerre civile, qui éclata immédiatement après et rendit César maître du monde, a donné naissance à une trèsgrande quantité de monnaies militaires, qui méritent d’être groupées ici, en les classant à leurs dates. Il y a eu de ces monnaies frappées dans toutes les parties du monde romain par les deux partis, car successivement la lutte s’y transporta et y poursuivit ses péripéties.
Et d’abord, la retraite de Pompée en Orient avec le Sénat et tous les magistrats réguliers de la ville de Rome, quand César eut passé leRubicon et pris Ariminum, produit en 49 un étrange phénomène. C’est alors dans les provinces orientales que les magistrats urbains transfèrent leur monnayage ; ce sont eux qui émettent et signent
(1) Cohen, M C, pl. XX, Julia, n° 10; Mommsen, M R, t. II, p. 496, n° 278.
dans cette année la plupart des monnaies militaires du parti pompéien. Cicéron (1) parle de la monnaie d’argent que l’on battit à Apollonia pendant cette année 49, tandis que le quartier général de Pompée et de ses partisans était dans cette ville. Borghesi (2) a établi, en effet, que c’est là que furent fabriqués les deniers, quinaires et sesterces du triumvir monétaire régulier C. CONSIDI VS- PAETVS (3) . D’après le style des pièces qu’il a signées, un de ses collègues, W. C0RD1VS. RVFVS. IIIVIR (4), avait organisé un atelier du côté du Pont ; il marque ses monnaies de la formule S enalus Consulte, pour marquer l’origine du droit en vertu duquel il monnaye ainsi hors des conditions normales de sa charge, tandis que Considius Pætus, opérant dans la ville où le Sénat s’est transporté, n’a pas besoin d’inscrire sur ses espèces une. semblable mention. Quant au troisième membre du collège monétaire normal de l’année, Q. Sicinius, il s’était rendu à bord de la flotte de Rhodes, que commandait le préteur C. Coponius ; c’est là qu’il fit fabriquer le denier où son nom est seul (5) et celui qui porte la double légende C. COPONiVS PR aetor — SIC1NIVS- IIIVIR (6). C’est l’unique monnaie qui associe un triumvir urbain à un commandant d’armée, revêtu lui-même d’une magistrature urbaine ; il fallait des cir-
(1) Ep. ad fam. XIII, 29.
(2) Oss. num. déc. XIV, 4, Œuvres complètes, t. II, p. 152.
(3) Cohen, M C, pl. XIII, Considia, n'JÏ 4-10; Mommsen, MH t II p. 543.
(4) Cohen, M C , pl. XIV, Cordia , nM 1-6; Mommsen, l. c.
(5) Cohen, M C, pl. XXXVIII, Sicinia; Mommsen, M R, t. II p. 539.
(6) Cohen, M C, pl. XIV, Coponia, nos 1 et 2; Mommsen, l. c.
constances aussi extraordinaires pour produire un semblable phénomène, et ces deux personnages ont cru nécessaire de mentionner l’autorisation du Sénat sur les pièces qu’ils ont fabriquées en commun. Les monuments numismatiques de cette époque nous offrent encore les noms des différents membres d’un collège de trois monétaires, C. Antius Restio (1), T. Carisius (2) et A. Licinius ISierva (3), qui paraissent bien avoir appartenu au parti pompéien et avoir monnayé dans les provinces. Cavedoni (4) a vu en eux les triumvirs monétaires désignés en Orient par le Sénat pour l’année 48, et, sans être certaine, cette opinion a pour elle de grandes vraisemblances.
A côté de ces espèces signées des magistrats monétaires normaux de la République, qui auraient dû diriger le monnayage urbain si les circonstances ne les en avaient pas empêchés, nous avons les monnaies que, dans la même année 49 et dans la suivante jusqu’à la bataille de Pharsale, les généraux des diverses armées du parti sénatorial frappent d’après leur imperium, militaire, et quelquefois dans des conditions fort irrégulières au point de vue légal. Les pièces de l’armée d’Épire, deniers fabriqués à Apollonia en même temps que ceux du triumvir Considius Pætus, sont signées des deux consuls, assistes d’un questeur urbain, comme officier de finances chargé de diriger l’émission, L- LENT ulus. C- MARC ellus. COnSules — NERIws.
(1) Cohen, M C, pl. III, Antia, n°s 1-4 ; Mommsen, M R, t. II, p. 543.
(2) Cohen, M C, pl. X, Carisia, nos 8 et 9 ; Mommsen, l. c.
(3) Cohen, M C, pl. XXIV, Licinia , n“ 3-7 ; Mommsen, U R, t. II, p. 544.
(4) Ragguaglio de ripostigli, p. 218.
Q uaestor. VRB anus (1). Dans la province d’Asie, deux hommes représentent le parti pompéien et exercent parallèlement le pouvoir en son nom; c’est le préteur urbain C. Fannius et Q. Cæcilius Metellus Pius Scipio, qui alla ensuite, après Pharsale, organiser la résistance en Afrique. Ils s’emparent, à la place d’un gouverneur régulier, de la fabrication des tetradracbmes cistophores de la province etles signent de leurs noms, C- FAN nius. PONTi/eæ. PR aetoi sur des pièces frappées à Apamée, à Épbèse et à Tralles (2) , Q- METELLVS- PIVS- SCIPSO- IMP erator sur une pièce frappée à Pergame (3). Dans toutes les monnaies des armées d’Orient, le nom de Pompée n’est pas mentionné ; maigre sa vanité sans bornes, le souci des formes extérieures de la légalité l’amène à s’effacer derrière le Sénat et les consuls. Mais il n’en est plus de même en Espagne, parce que là, au contraire, il est en possession du titre officiel et régulier de proconsul. Les deux proquesteurs de l’Espagne citérieure ou ultérieure, en 49, tandis qu’Afranius et Petreius se préparent à recevoir les premiers l’attaque de César, frappent au nom du proconsul absent, en les signant comme monétaires responsables, les deniers (4) où on lit MÂGNms. PROCOnSul — CN. PISO- PRO¬ IE Cohen, M C, p]. XXIX, Neria ; Mommsen, M R, t. IJ, p. 537.
(2) Pinder, Ueler die Cistophoren, p. 569 et s., nœ 188-191 , pl. I, n°s 23 et 24.
(3) Pinder, p. 570, n° 192, pl. I, n° 25.
(4) M. Mommsen {Ann. de l’Inst. arch. 1863, p. 73 ; M R, t. II, p. 534 et s.) me paraît avoir eu raison d’attribuer à cette date les monnaies dont nous parlons, rapportées par Eckhel (D N, t. V, p. 281), Borghesi et Cavedoni ( Saggio di osserv. p. 113; Ragg. de’ ripostigli, p. 210) à la guerre des Pirates, où M. Terentius Varro fut aussi un des légats de Pompée, mais non Cn. Piso.
Q uaestore (1) et MAGNws. PROCOrcSw/ — VARRO- PRO
Q uaestore (2) .
Tandis que les triumvirs monétaires, émigrés avec Pompée, transportent dans les provinces le monnayage urbain, César, devenu maître de Rome, installe dans cette ville la fabrication de sa monnaie d ’imperator, la seule qu’il puisse faire frapper; l’échange du siège de l’émission des deux espèces de monnaies est absolu ; chacune se frappe précisément là où la loi l’interdisait. A peine en possession delà cité-reine, César force les portes deTærarium pour y trouver les ressources métalliques nécessaires aux dépenses de la guerre civile. Avec les lingots qu’il en retire, il fait frapper les deniers à la tête de Ténus et au revers d’Énée portant Anchise, avec la légende CAESAR (3), Taureus du poids exceptionnel de 37 à la livre (4), les deniers et les quinaires (5) qui ont aussi la tête de Ténus, avec au revers un trophée faisant allusion à la conquête des Gaules et la légende CAESAR ou CAESAR. IMPeraior (6). Dans la
(1) Cohen, M C, pl. X, Calpurnia, n° 25.
(2) Cohen, S1 C, pl. XXXIX, Terentia, n°6.
(3) Cohen, M C, pl. XX, Julia , n° 9 ; Mommsen, M B, t. Il, p. 532.
(4) Rev. num. 1860, pl. XVI, n° 3; Cohen, M J, t. I, p.8,n° 11 ; Mommsen, M R, pl. XXXI, n° 4. — Sur l’authenticité de cette pièce, contestée à tort, voy. la note de M. de Witte dans Mommsen, M R, t. II,
(5) Cohen, M C, pl. XX, Julia, nos 13-16.
(6) La date de ces dernières pièces est déterminée d’une manière absolument précise par le chiffre 1 1 1 , qui se lit au droit d’une partie des exemplaires. Borghesi ( Oss . num. déc. X, 7, Œuvres complètes, t. I, p. 495) et le comte de Salis (Rev. archéol. nouv. sér. t. XIV, p. 17 et s.) ont, en effet, montré que ce chiffre se rapporte à l’âge de César, qui venait d’atteindre 52 ans quand il entra à Rome.
première moitié de 47, avant le retour de César d’Orient à Eome et sa seconde dictature, A. Allienus, alors en Sicile comme proconsul (1), y émet les deniers à la double légende C. CAESAR. IMP eralor. COnSul. ITERwm — A. ALLIENVS. PROCOnSu/ (2).
C’est après le retour de César et avant son départ pour la guerre d’Afrique, c’est-à-dire dans l’automne de 47 (3), qu’il faut placer l’émission de l’aureus fort rare à la légende CAESAR. DICTaior — ITERwm (4). Il inaugure le système de la taille de 40 aurei à la livre, que César n’abandonna plus désormais et qui se maintint jusqu’aux réformes monétaires d’Auguste (livre YII, chap. m, §6). On ne saurait, du reste, en placer la fabrication plus tard, puisqu’à la fin de la même année ou au commencement de 46, avant la bataille de Thapsus, Q. Metellus Scipio en copia la taille dans l’aureus qu’il émit en Afrique, avec son nom, Q. METELiws. P1VS- SCIPio. IMPerator, et celui de P- CRASSVS. 1VN ianus. LEG atus. P RO- PRaefore (5) ; cet aureus est, comme presque toujours, accompagné d’un denier pareil, et il existe un autre denier avec les deux mêmes noms ; c’est celui qui offre pour type d’une autre de ses faces la figure du Genius Terrae kfricae (6). Le monnayage militaire de l’armée pompéienne d’Afrique comprend encore le denier qui réu-
(1) Eckhel, D N, t. V, p. 134.
(2) Cohen, M C, pl. Il, Alliena ; Mommsen, M R, t. II, p. 341.
(3) Mommsen ,MR, t. II, p. 341.
(4) Cohen, M C , pl. XX, Julia, n» 18.
(5) Cohen, M C, pl. VIII, Caecilia, n° 12.
(6) Cohen, M C, pl. VIII, Caecilia, n° 13.
nitles noms Q- METELLws. SCIPIO- IMP erator — EPPIVS- LEG atus. Flandum. Curavit (1), avec un autre qui est signé seulement de Q- METEL/ws. PIVS- SCIPIO- IMP erator (2). Enfin, dans Utique, où il s’était établi (3), Caton fabrique des monnaies d’argent, où il prend le titre de propréteur, dont légalement il n’aurait pu exercer l’autorité qu’en Sicile, M- CATO- PRO- PR aetore (4), et où il renouvelle les types adoptés jadis par son père, quand il était triumvir monétaire (5) .
A l’an 46, avant le triomphe de César et sa troisième proclamation comme dictateur (6), appartiennent le denier à la légende COnSul. TERT ium. DICTator. ITERmto — AVGVR- PONTî/eæ. fAAXimus (7), et l’aureus frappé dans une province encore indéterminée, d’un travail extraordinairement grossier dans une partie des exemplaires, qui associe les noms de C. CAESAR- COnSul. TER tiurn — A- HIRTIVS- PR aetor, ou PR aefectus (8). C’est également en 46 qu’il faut placer la reprise du monnayage régulier
(1) Cohen, M C, pl. XVII, Eppia. — On peut lire aussi, à la fin de la légende, Feriundum Curavit ou F adendum Curavit.
(2) Cohen, M C, pl. VIII, Caecilia, n° 9.
(3) Sur la véritable patrie de ces pièces, que M. Mommsen croyait d’abord frappées en Sicile, voy. la note du duc de Blacas dans Mommsen, M R, t. II, p. 539.
(4) Coben, pl. XXXV, Porcia, n°- 7 et 8.
(5) Cohen, pl. XXXV, Porcia, nos 5 et 6 ; Mommsen, MR, t. II, p. 396, n“ 203.
(6) Eckhel, D N, t. VI, p. 7.
(7) Cohen, pl. XX, Julia, n° 17; Mommsen, M R, t. II, p. 542.
(8) Cohen, M C, pl. XIX, Hirtia; Saulcy, Systèmë mon. de la Rèp. romaine à l’époque de César, pl. II, n01 6 et 7.
des triumvirs monétaires à Rome, car nous avons cinq noms de semblables magistrats, qui appartiennent sûrement à cette époque, L. Hostilius Saserna (1), Lollius Palikanus (2), L. Papius Celsus (3), L. Plautius Plancus (4) et L. Yalerius Acisculus (5), donnant presque au complet deux collèges monétaires, qui paraissent ceux des années 46 et 45. Mais le monnayage urbain légal, composé de deniers d’argent, ne supprime pas, en reparaissant, le monnayage impératorial extraordinaire, même à Rome, où César l’a implanté. A la fin de 46 ou au commencement de 45, le dictateur en confie le soin à Munatius Plancus, alors préfet de Rome, lequel émet l’aureus et le demiaureus aux inscriptions C. CAESar. DIC tator. TER lium — L. PLANCVS- PRAEFecIws. VRB is (6).
Pendant ce temps, les fils de Pompée se rendent maîtres de la plus grande partie de l’Espagne et organisent l’armée que César devra combattre à Munda, en 45. Ils y ont, eux aussi, leur monnaie militaire, les deniers aux noms CN- MAGNVS- \MPerator (1) — M. POBLICIus. LEGaiws. PRO- PR aelore (8) et CN- MAGNVS- IMPerator. Filins (ou simplement CN- MAGNVS- 1MP)— M- MINATrâs. SABINws. PRo.
(1) Cohen, pl. XIX, Hostilia , uos 14.
(2) Cohen, p. XXV, Lollia, n°* 1-3.
(3) Cohen, pl. XXX, Papia, n“ 2-3.
(4) Cohen, pl. XXXIII, Plautia, n° 7.
(3) Cohen, pl. XL, Valeria, n°‘ 6-14.
(6) Cohen, pl. XXVIII, Mumtia , nos 1-3; Mommsen, M R, t. II, p. 342.
(7) C’est toujours Cnæus Pompée le fils qui prend son prénom sur les monnaies, jamais le père (Mommsen, M R, t. II, p. 336).
(8) Cohen, pl. XXXIII, Poblicia , n° 8.
Q uaestore (1), ainsi que l’as de poids oncial qui a la seule légende CN- MAG nus. MPerator (2). On sait que quelques mois après la défaite de Munda, où avait péri son frère Cnæus, Sextus Pompée renouvela la guerre en Espagne et s’y maintint jusqu’après la mort du dictateur, jusqu’au moment où il fut appelé en Italie, à la fin de klu M. Mommsen (3) a démontré que c’est pendant ce temps qu’il fit fabriquer en Espagne les deniers avec l’image de la Piété, PIETÂS, et la légende SEX- MAGnws. P1VS- MPerator ou SEX- MAGnws. IM P erator. SAL ulatus (i), les as à l’inscription MAGNIVS- PIVS- \UPerator (5) et ceux où on lit MAGNus. PIVS- IMP erator. F ilius— EPPIVS- LEG atus (6), ou seulement le nom du légat (7) . A ce moment de l’histoire romaine, on ne frappait de monnaie de cuivre qu’en Espagne, où les habitudes particulières du pays en réclamaient impérieusement. C’est, en effet, encore à l’Espagne que reportent les types, si caractérisés à ce point de vue (8), des as portant la double légende CAESAR. DIC talor. TERtium — C- CLOVkts. PRAEFeckts (9). C. Clovius était sûrement un des préfets de César dans la guerre de Munda,
(1) Cohen, pl. XXVIII, Minatia, nos 1-4.
(2) Cohen, pl. LXIII, Pompeia, n° 6; Mommsen, MR, t. II, p. 334 et 337.
(3) Ann. del’lns. arch. 1863, p. 73 et s.; M R, t. II, p. 338 et s,
(4) Cohen, M C, pl. XXXIII, Pompeia , nos 3 et 4.
(3) Cohen, pl. LXIII, Pompeia, n° 8.
(6) Cohen, pl. LXIII, Pompeia, n° 7.
(7) Cohen, pl. LIV, Eppia.
(8) Eckhel, D N, t. V, p. 169; t. VI, p. 7 ; Mommsen, Am. de l’Inst. arch. 1863, p. 73; MR, t. II, p. 332.
(9) Cohen, pl. LUI, Clovia , n° 6.
peut-être un des préfets de sa flotte, et il est probable qu’il faut porter le même jugement sur Q- OPPIVS- PRae[ectus(l), bien que ses monnaies de cuivre ne portent pas le nom du dictateur, car elles ont une étroite analogie de types, de fabrique et de taille monétaire avec celles de Clovius.
A la fin de 45, César, augmentant le nombre des minores magistratus , transforme les triumvirs monétaires en quatuorvirs (voy. plus loin, dans ce livre, cbap. ni, § 2), dont les premiers entrèrent en fonctions au commencement de Cannée hh . Au début de la même année fut rendu le sénatus-consulte qui ordonnait de mettre l’effigie de César sur les monnaies (2). Les nouveaux quatuorvirs, L. Flaminius Chilo, L. Æmilius Buca, M. Mettius et L. Sepullius Macer, avaient déjà commencé à monnayer des deniers sans cette effigie (3) ; dans le peu de jours qui séparèrent la loi nouvelle de la proclamation de César comme dictateur perpétuel et père de la patrie, M. Mettius, L. Æmilius Buca et P. Sepullius Macer firent frapper les pièces où l’on voit déjà le portrait du maître, mais avec les seuls titres de DICTafor. QVARTmn (4) ou d’IMPERa/or (5) ; enfin, vers le courant du mois de février, l’institution de la dictature perpétuelle fut saluée par l’émission extraordinairement abondante des monnaies d’argent à la tête de
(1) Çohen, pl. LAI, Oppia, nos 2 et 3.
(2) Dio Cass. XLIV, 4 ; Zonar. X, 12. — L’histoire des portraits numismatiques de César a été traitée de main de maîtro par M. von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 123-141.
(3) Cohen, pl. XVIII, Flaminia, n° 2 ; pl. II, Æmilia, nos 12 et 13 ; pl. XXVIII, Meltia, nos 1 et 2 ; pl. XXXVII, Sepullia , nos 1-3.
(4) Cohen, pl. XXVIII, Metlia, n° 3.
(3) Cohen, pl. II, Æmilia, n° 14; pl. XXVIII, Metlia, n°- 3 et 4; pl. XXXVII, Sepullia, n° 3.
César DICTaZor. PERPETVO (1), signés de L. Flaminius Chilo (2), L. Æmilius Buca, P. Sepullius Macer et C. Cossutius Maridianus, substitué à M. Mettius (3). Toutes ces pièces sont d’argent ; il n’existe pas de monnaies d’or authentiques avec le portrait de César et un nom de triumvir monétaire (4), et nous verrons même un peu plus loin que légalement il ne peut pas en avoir existé. L’aureus du commencement de 44 est encore tout impératorial, sans mention de monétaire urbain, et il n’a pas l’effigie du dictateur; c’est celui où on lit CAESar. DIQator. QVAR tum — COnSul. QVINQm'es (3); il a été frappé à l’inauguration du cinquième consulat de César, avant l’inauguration de la dictature perpétuelle.
A. Hirtius avait été nommé par César propréteur de la Gaule Belgique pour cette même année Ixh , mais il était resté à Rome et faisait gouverner sa province par un délégué (6). Aussi est- ce en son nom, A- H 1 RT IV S, que fut
(1) Cohen, pl. II, Æmilia, n°‘ 15-17; pl. XXXVII, Sepullia, n°' 6-8; pi. XVI, Cossutia, n01 3 et 4.
Les deniers, signés de Sepullius Macer et de Cossutius Maridianus, qui donnent à César le titre de PARENS- PATR1AE (Cohen, pl. XXXVII, Sepullia, n° 9; pl. XVI, Cossutia, n° 2), ont été frappés dans les mois postérieurs à sa mort, sous l’influence de Marc-Antoine.
(2) Cohen, pl. XVIII, Flaminia, n° 3. — La tête de César n’y est accompagnée d’aucun titre, mais ce denier se groupe évidemment avec ceux des autres monétaires.
(3) Mommsen, M R, t. Il, p. 546; Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 131.
(4) Cohen, M C, p. xx et s.; MI, t. VII, p. 2; Mommsen, M R, t. II, p. 541; t. III, p. 2; Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 132.
(5) Cohen, M C, pl. XX, Julia, n° 19; voy. Cavedoni, Nuovi studi,
(6) Cic. Ep. ad Attic. XIV, 9.
alors frappée une petite monnaie de bronze qui se trouve très-habituellement dans les environs de Trêves 0)* Les types en reproduisent servilement ceux du denier de César au type de l’éléphant et des insignes du pontificat, monnaie qui avait été particulièrement répandue dans les Gaules pendant la guerre, puisqu’elle était, comme nous l’avons déjà dit, celle que le général faisait frapper pour les besoins de ses troupes. Il en avait même déjà été frappé une copie de bronze au nom de CAESAR, que l’on rencontre également dans le pays de Trêves (2) et qui peut avoir été émise par César lui-même dans le cours de ses campagnes en Belgique. Le délégué d’Hirtius imposa ainsi à plusieurs des chefs gaulois qui monnayaient dans la province, entre autres à un chef des Rèmes, Athedias (3), de placer sur leurs espèces de cuivre le nom du gouverneur, sous la forme A- H1R tius. IM P erator, en même temps que le leur propre (4).
(1) A. Senokler, Miinzen der allen Triererer , dans le t. XI des Jahrb. des Vereins der Freunde des Alterlh. fiir die Rheinlande (1847); La Saussaye, Rev. num. 1848, p. 236 et s.; Saulcy, Rev. mm. 1858, p. 445.
(2) A. Senckler, mém. cit.; La Saussaye, l. c.
(3) Il y est écrit, en lettres mêlées de grecques et de latines, AGI I- DIAC, et paraît le même que d’autres pièces nous offrent sous la forme purement latine ATISIOS-
(4) Saulcy, Rev. num. 1858, p. 440-445; 1868, p. 409.
Nous verrons de même, un peu plus loin, le nom de Munatius Plancus écrit d’un côté d’une pièce gauloise, qui porte de l’autre le nom du chef VLATTV. Ceci pourrait donner lieu de conjecturer, avec M. de Saulcy (Syst. i nonét. de la Républ. rom. à l’époque de César , p. 22), que sur les quinaires des Pictons aux légendes DVRATfos — IVLIOS (Duchalais, Méd. gauloises de la Biblioth. royale, p. 14, n° 26; Saulcy, mém. cit. pl. VI, n° 8) et des Séquanes aux légendes IVLIVS — TOGIRIX (Saulcy, mém. cit. pl. VI, n° 9), Julius n’est peut-être pas un gentilitium
6. Notre étude sur les monnaies militaires sous la République romaine nous a conduit à passer en revue toute la numismatique de César, pour en classer les monuments à leurs dates précises. Deux innovations des plus considérables marquent cette numismatique et sont de nature à justifier ceux qui veulent faire partir de César la suite monétaire des empereurs : c’est Finauguration d’une fabrication désormais continue de monnaies d’or frappées à Rome même, puis l’introduction sur les espèces monnayées de l’effigie de l’homme vivant investi du pouvoir suprême. L’une et l’autre ont été empruntées aux latitudes que la législation républicaine laissait au droit de monnayage exercé par suite de Y imperium militaire.
Pour la fabrication d’une monnaie d’or, la question n’est pas douteuse. Comme Fa établi d’une manière décisive M. Mommsen (1), il n’existe de monnaies d’or de l’époque républicaine que celles frappées par les généraux hors de Rome; ou du moins la seule qui ait été frappée dans la cité-reine a\’ant César, par un magistrat civil, l’aureus de Cn. Lentulus, ne l’a pas été par un simple triumvir monétaire dans l’exercice de son pouvoir ordinaire, mais par le questeur urbain, revêtu d’une commission extraordinaire, et cela pour les frais d’armements militaires.
Qu’une semblable manière d’agir ait été, comme le veut le savant prussien (2), le résultat d’un profond et sage
romain adopté par les Gaulois Duratius et Togirix en l’honneur du conquérant, mais le nom de César lui-même, inscrit en vertu de son imperium sur le monnayage de ses clients, comme marque de soumission de ceux-ci à l’autorité romaine.
(1) MR, t. II, p. 117.
(2 ) M R, t. II, p. 117.
calcul de politique économique, afin de laisser le grand commerce administrer librement, et sans intervention de l’Etat, ses ressources métalliques, laissées sous la forme de lingots, ou bien qu’elle ait tenu seulement à un principe somptuaire, analogue à celui qui fit que le Sénat se refusa si longtemps à créer une monnaie d’argent à Rome même ; dans tous les cas, il est certain que jusqu’à César on ne fabriqua pas d’espèces d’or à Rome, que ce métal fut exclu de l’échelle normale des monnaies urbaines. L’or était pourtant abondant depuis bien longtemps dans la Ville éternelle ; toutes les grandes affaires de négoce se réglaient en or; mais c’est sous forme de lingots ou de monnaies étrangères traitées comme marchandises (les philippes ou statères grecs du poids établi par Philippe de Macédoine), que ce métal était employé dans les échanges (voy. plus haut, livre II, chap. I, § 2, 3).
Dès 357 avant J.-C., on frappa sur les affranchissements d’esclaves un impôt de 5 0/0, qui se payait en or et, à cause de cela, s’appelait aurum vicesimarium (1). Le produit de cet impôt fut déposé dans les caisses de l’Etat et s’accumula au point que, lorsqu’ en 209 avant J.-C. on eut recours à cette dernière ressource pour faire face aux besoins pressants de la République, il s’en trouva quatre mille livres pesant. Ce n’était pas là, d’ailleurs, la seule •source qui fît amener de l’or dans le Trésor public. Sans doute le gouvernement républicain avait l’habitude d’exiger des vaincus le payement des contributions en argent (2), c’est-à-dire dans le métal dont il formait sa propre monnaie, et ce n’est qu’ exceptionnellement qu’il leur accordait
(1) T. Liv. XXVII, 10; cf. VII, 10.
(2) Plin. H N, XXXIII, 3, 51.
la faculté de payer en or d’après un certain tarif, comme nous avons vu plus haut (livre II, chap. i, g 1, 2 et 4) qu’on l’avait permis aux Étoliens (1 ) ; mais des masses d’or énormes étaient rapportées comme butin après chaque guerre heureuse. L’or en vint donc, à former la principale portion de la reserve que l’on conservait dans l’ærarium. Suivant Pline (2), en 157 avant J.-C., c’était pour les 4/5 que l’or entrait dans cette réserve, et quand César, en 49, mit la main sur l’ærarium, plus de la moitié de la valeur en caisse était constituée par des lingots de ce métal (3). C’était, en effet, en lingots que l’or se conservait dans le Trésor depuis une époque déjà très- ancienne (4). Ces lingots étaient coulés d’nn poids exact sous la surveillance des triumvirs monétaires (5), et une loi de Sylla défendait d’y introduire aucun alliage (6). Quand on parle, à une époque élevée, de payements en or faits par le Trésor (7), c’est en lingots de ce genre qu’ils avaient été faits. C’est également sous cette forme que les particuliers possédaient des sommes du même métal. A la suite d’un vol commis a Larinum en 69 avant J.-C. , on constata la disparition d’une forte somme d’argent monnayé et de cinq livres d’or
(1) Polyb. XXII, 15, 8; T. Liv. XXXVIII, 11.
(2) H N, XXXIII, 3, 55; vov. Mommsen, M R, t. II, p. 109.
(3) Plin. H N, XXXIII, 3, 56.
(4) Varr. ap. Non. Marcell. p. 520.
(5) Mommsen, M R, t. II, p. 46. — C’est pour cela que l’or est compté dans les attributions des triumvirs à une époque où ils ne frappaient pas encore de monnaies de ce métal (entre autres, Cic. De leg. III, 3, 6).
(6) Digest. XLVIII, 10, 9.
(7) Lucil. ap. Non. Marcell. v. Publicitus, p. 513; cf. v: Roqare , p. 382.
en lingots (1). Dans le célèbre dépôt de Cadriano, enfoui an moment où éclatait la guerre civile entre César et Pompée, l’on a trouvé plusieurs milliers de deniers d’argent et un certain nombre de lingots d’or (2) .
Naturellement, les généraux, quand ils adressaient de leur armee des appels de fonds au Sénat pour subvenir aux frais de leurs campagnes, demandaient qu’on leur envoyât de l’or plutôt que de l’argent; ils pouvaient ainsi recevoir de plus grandes valeurs sous une forme moins encombrante et plus facilement transportable. On leur envoyait en lingots pesés à la livre , mais dont on tenait compte sur les registres publics en sesterces d’argent , d’après un certain tarif de proportion entre les deux métaux (3). C’est ainsi que L. Scipion, ayant reçu 6,000 livres d’argent et 480 livres d’or, on l’accusa de ne pouvoir rendre compte que de 2 millions de sesterces de dépenses, tandis qu’on lui en avait envoyé 4 millions (4). Dans un autre passage de Tite- Live (5), on voit ungénéral qui avait demandé 100 livres d’or n’obtenir que 80,000 sesterces, c’est-à-dire 20 livres du précieux métal (6). Dans les préparatifs de la première guerre contre Mithridate, on vendit des terres
(1) Cic. Pro Cluent. 64, 179.
(2) Schiassi, Ritrovamento cli medaglie consolari fatto a Cadriano ,p. 24.
(3) Mommsen, MR, t. II, p. 111.
(4) T. Liv. NNXVIII, 55.