II
dans leur gouvernement sont assez peu nombreux pour qu'on les attribue à des concessions exceptionnelles du même genre, plutôt qu'à un droit régulier de la charge. Nous exposerons aussi plus loin ( livre lY, cbap. i ) les raisons qui nous font repousser encore plus énergiquement la théorie, fort répandue aujourd'hui, suivant laquelle les satrapes auraient eu le droit d'effigie.
3. Alexandre le Grand, devenu maître de l'Asie, suivit en matière monétaire les mêmes principes que les rois de Perse , qu'il venait de détrôner et à la puissance desquels il se substituait. Il créa sa monnaie d'empire, à son nom et à ses types, qu'il fit frapper dans toutes les parties de ses Etats, dans les provinces où son autorité royale s'exerçait dans toute sa plénitude, mais non dans les cités helléniques qui, tout en reconnaissant son hégémonie et sa suzeraineté, gardaient intacts leurs droits d'autonomie intérieure, par exemple celles de la Grèce, à l'exception de Tlièbes, de la Phocide et de l'Eubée, et celles de l'Asie Mineure , auxquelles le conquérant macédonien s'était présenté comme un libérateur qui venait leur rendre la plénitude de l'indépendance (1) (voy. liv. YI, chap. y, I 1 ). En même temps, il paraît avoir, à côté de sa monnaie d'empire, fait ou laissé, pendant quelque temps, fabriquer, au nom de son gouvernement, des monnaies provinciales qui continuaient les anciens monnayages. Il scellait ses actes destinés aux contrées grecques et aux Macédoniens de son armée d'un sceau portant son portrait par Pyrgotèle, ceux destinés à la Perse de l'ancien sceau royal
(1) L. Millier, Numismatique d' Alexandre, p. 64-72.
des Acliéraénides (1). De même, pour la Perse spécialement, il semble, parallèlement à sa monnaie grecque, avoir émis des dariques d'or pareilles à celles des monarques indigènes, dariques dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu'à nous (2) et où il s'est fait représenter, reconnaissable à sa tête imberbe, mais avec le costume royal persique ; ainsi s'expliquent les récits qui , chez ses historiens, le représentent faisant des distributions d'or en dariques à ses soldats, dans l'intérieur de l'Asie (3), ou aux habitants de la Perse (A). Il y a, en outre, une pièce d'argent d'apparence tout asiatique, qui porte son nom en caractères araméens et a dû être frappée dans quelque ville de la Syrie voisine de l'Euphrate (5).
Aux villes grecques de l'Asie Mineure, Alexandre laissa ou rendit la plus entière autonomie monétaire, qu'elles conservèrent sous ses successeurs (6) (voy, liv. VI, chap. y, I 6). Leur droit d'autonomie alla même jusqu'à la fabrica-
(1) Quint. Curt. VI, 6; cf. Win.HN, XXXVII, 4.
(2) Brandis, p. 66 et 244; la pièce est gravée dans : D. de Luynes, Choix de médailles grecques, Tp\. X.II, n° li; Ch, Lenormant. Num. des r.gir. pi. LXIV, n° 4.
(3) Arrian. Anab. IV, 18, 7.
(4) Plut. Akx. 69.
(5) D. de Luynes, Num. des satrap. pi. XVI, n° 1; Brandis, p. 430; F. Lenormant, £ssai s«?- /a propagation de lalphahut phénicien, p. 236, pi. XIV, n° 1. — M. Blau a voulu récemment [Barsine, Gemahlin Alexanders der Grvssen, dans la Numismatische Zeitschrift de Vienne, de 1877) lire le nom de Barsine, veuve de Memnon le Rhodien, dont Alexandre fit une de ses concubines, sur le droit de cette pièce; mais la chose est bien peu vraisemblable, comme l'a déjà remarqué M. Von Sullet {Zeitschr. f. Num. t. V, p. 131).
(,6) Brandis, p. 267 et s.