‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 2 sur 54 · IV · texte numérisé non relu

IV

En réalité^ si nous consultons le témoignage des monuments numismatiques eux-mêmes, voici ce que nous y constatons. Le roi de Perse se réservait exclusivement, et avec une grande jalousie, le droit d'émettre la monnaie d'or (1) ; il ne permettait d'en frapper h aucune ville ni à aucun dynaste local. Les rares exceptions à cette règle que l'on pourrait citer, et qui seront discutées dans la suite de notre ouvrage, quand nous traiterons de la numismatique de l'empire des Acbéménides de Darius à Alexandre, constituent des faits d'usurpation sur l'autorité souveraine, qui ne se sont produits que dans des moments de trouble. Dans toutes les provinces intérieures de ses États, qu'un lien particulièrement étroit rattachait probablement à la couronne et où, d'ailleurs, l'usage de la monnaie ne s'était qu'imparfaitement naturalisé (voy. plus haut, livre I, chap. m, § 3, 1), le roi de Perse paraît n'avoir pas toléré la fabrication d'autre numéraire que de ses propres espèces, portant son type personnel et officiel, soit monnaies communes d'empire , soit monnaies provinciales frappées spécialement, et diaprés un système particulier, pour la circulation intérieure de certaines satrapies (2).

Mais il en était autrement dans les provinces occidentales de l'empire, principalement là où la population était grecque ou phénicienne. Quatre des anciennes satrapies de Darius fils d'Hystaspe, la P% comprenant l'Eoiie, rionie, la Carie, la Lycie et la Pamphylie (divisée plus tard en trois : Eolie et Mysie , avec la côte de Mysie,

(1) Mommsen, MB, 1. 1, p. 13; Brandis, p. 2oo.

(2) Sur ces monnaies provinciales du roi de Perse, voy. Brandis p. 232 et s.

d'une part, Carie d'une autre, enfin Lycie et Pamphylie, à dater du moment où les Perses reprirent l'offensive contre les Grecs après la chute de la puissance athénienne), la ir ou satrapie de Dascylion, embrassant l'Hellespont, la Phrygie, la Bithynie, la Paphlagonie et la Cappadoce, la IV% de Cilicie^ et la V% de Phénicie, Syrie et Cypre, jouissaient d'un régime monétaire spécial. Ici, — les belles recherches de M. Waddington et de J. Brandis, dont il faut seulement restreindre les conclusions à ces contrées, l'ont définitivement prouvé, — le droit de monnayage des métaux autres que l'or était un droit essentiellement municipal, un droit propre à chaque cité, quelque petite qu'elle fût, et, par conséquent, les monnaies frappées dans chaque ville étaient marquées de types particuliers et signées du nom du peuple, accompagné souvent de celui d'nn magistrat responsable. Si la ville ou la province étaient soumises au pouvoir d'un seul homme, alors les monnaies devaient porter son nom, puisqu'elles étaient émises sous sa responsabilité. Les monuments sont d'accord avec ces principes; il est facile de nommer bon nombre de villes importantes qui ont fait frapper des monnaies autonomes pendant une longue suite d'années, sans s'être jamais soustraites au joug persan (1). 11 suffira de citer Sidé, Aspendos, Mallos, Soli, Nagidos et les villes lyciennes, dont la numismatique continue sans interruption depuis le commencement du v^ siècle avant J.-C. jusqu'à la chute de la monarchie persane (2).

(1) Yoy. les descriptions de médailles qui terminent l'ouvrage de Brandis.

(2) Sur ces dernières monnaies, voy. Fellows, Coins of ancient Lycia, Londres, 1833.

LA LOr DANS LES MONNAIES ANTIQUES 9

Les mesures particulières dont l'administration de la Cilicie fut l'objet, après la révolte du jeune Cyrus, pour mieux garantir le maintien de l'autorité souveraine dans cette province, qui assurait les communications de Suse avec l'Asie IMineure, mesures qui en firent un « Pays d'Empire », comme disent nos voisins d'outre-Rliin (1), n'interrompirent pas le monnayage des villes purement grecques du littoral, comme Mallos, Soli, Nagidos. Il y a plus, dans la capitale même de la satrapie, à Tarse, on continua l'émission d'une monnaie urbaine portant le nom de la ville, à côté de la fabrication des espèces que battaient les satrapes ou les commandants de la flotte du Grand Roi, et qu'ils signaient de leurs noms ; seulement, pour éviter la confusion entre les deux sortes de pièces sortant du même atelier et dont le cours légal devait avoir une étendue différente, on substitua, sur les monnaies municipales, la légende grecque TEPIIKON (2) à la légende araméenne T"in , usitée antérieurement (3), l'araméen étant la langue affectée aux inscriptions des pièces des satrapes ou des commandants militaires. A la même époque, ce qui est plus remarquable, on frappa, dans le même atelier, une monnaie provinciale à la double légende Kl AIKION en grec et ^Sn en araméen (/i) , monnaie dont les types n'ont rien qui indique l'autorité du roi de Perse. Mais il faut noter,

(1) Voy. Droysen, Zeituchr. f. Num. t. Il, p. 311.

(2) D. de Luynes, Num. des satrap. pi. XI.

(3) D. de Luynes, Num. des satrap. pi, VIII, n"' 1 et 2; Waddington, Mél. de num. t. I, pi, V, n"' 5 et 6.

Uae des pièces de celte période a la légende bilingue TEPZI et "in : Waddington, t. 1, pi. V, n° 7.

(4) Waddington, Mél. denum. pi. V, n"* 3 et 4; voy. Brandis, p. 350.

dans ces deux cas, la forme constante de la légende, qui offre un adjectif neutre au nominatif, KikUiov et Tfpctxov, sous-entendu vo(xiG[/.a, et non, comme dans l'immense majorité des monnaies autonomes , un nom de peuple au génitif pluriel ; la légende devient ainsi une simple indication du lieu de fabrication et du territoire où la monnaie doit circuler, au lieu d'être celle du peuple autonome qui l'émet en son nom; il y a là une « monnaie tarsienne » ou « cilicienne » d'origine, non « la monnaie des gens de Tarse » ou « des Ciliciens » (1). La nuance a sa valeur (2). Sur les pièces des villes grecques de Soli et de Nagidos (3), nous avons alternativement la forme de Tetlinique au pluriel et au génitif d'appartenance, NAriAEnN, lOAEHN, et celle de l'adjectif neutre au nominatif, NAriAIKON, 20AIK0N; dans ces changements, nous avons probablement l'indice de vicissitudes dans les conditions légales d'après lesquelles les villes en question fabriquèrent leurs monnaies.

Les despotes locaux de certaines villes d'Asie Mineure avaient déjà commencé à inscrire quelquefois leur nom sur la monnaie avant la conquête de l'ionie par Cyrus (voy. livre VI, chap. m, § 1); le plus ancien statère d'électrum d'Ephèse que l'on possède présente un nom de

(1) Voy. Waddington, Mél. de num. t. I, p. H.

(2) Pourtant des formes présentant l'adjectif neutre au nominatif singulier, telles que 'ApxaSixôv, 0£cuiy.ôv, sous-enlendu v6îxiCT[jia, se rencontrent quelquefois sur des pièces du caractère le plus absolument autonome; mais là encore, nous le verrons dans le § suivant, la substitution de ces formes au nom du peuple mis au génitif pluriel implique peut-être que le monnayage a eu lieu dans des conditions particulières.

(3) Brandis, p. 498 et s.

ce genre, celui d'un certain Phaënnos (1). Pour la période postérieure à Darius 1", nous avons les monnaies de Tjmnès, despote de Terméra en Carie dans la première moitié du V siècle (2). On possède môme les espèces frappées au nom du grand Tbémistocle dans la ville de Magnésie (3), dont le domaine utile lui avait été concédé par Artaxerxe, lorsque, proscrit par les Athéniens, il s'était réfugié à sa cour {h) , et cet exemple est particulièrement important, parce qu'il prouve que l'installation de Thémistocle par le Grand Eoi comme despote d'une ville grecque avait entraîné pour lui la possession du droit de monnayage. Artoapara et Ddênnêbêlê, personnages inconnus à Thistoire, dont nous possédons des monnaies frappées dans des villes indéterminées de la Lycie (5), me paraissent devoir être rapportés à cette classe des petits despotes de cités, bien plus qu'à celle des satrapes, où on les a rangés . Nous avons aussi les monnaies de Denys et de Timotliée, qui exercèrent ensemble le pouvoir de tyrans dans la ville d'Héraclée du Pont (6), comme vassaux des Achéménides, dans les derniers temps de l'existence de l'empire.

Au reste , le droit de monnayage de tous les dynastes héréditaires qui régissaient des villes ou des territoires

(1) Newton, Ntm. chron. n. s. t. X, p. 237; Barclay Head, iVum. chrou. n. s. t. XV, p. 264, pi. VII, n" i.

(2) Waddington, Mél. de mm. t. I, p. 7-14, pi. I, n° 1.

(3) Md. p. 1-6, pi. I, n° 2; Brandis, p. 459.

(4) Thucyd. I, 138; Plat. Themist. 29; Athen. I, p. 29.

(5) Fellows, Coins of Lycia, pi. VII, n"' 3 et 5-7; Brandis, p. 248.

(6) Eckhel. D N. t. II, p. 420.

plus OU moins étendus dans les provinces oecidentales de la monarchie perse, sous la surveillance des satrapes, lieutenants directs du Grand Roi, est un fait incontestable (1). C'est ainsi que les rois phéniciens de Cition de Cypre (2), ceux des autres petits royaumes entre lesquels se partageait cette île, rois aux noms grecs gravés sur les monnaies dans récriture propre aux Cypriens (3), les Teucrides de Salamis (4), les rois de Byblos en Phénicie (5) et ceux de plusieurs autres localités encore douteuses des pays phéniciens et araméens, nous ont laissé de riches séries numismatiques. On peut s'étonner de n'avoir aucune monnaie des rois de Sidon à côté de celles des rois de Byblos ; mais cette circonstance tient probablement à la condition particulière faite dans l'empire perse au melek de la principale des cités phéniciennes. Il était héréditairement un des grands officiers de la couronne, ayant de

(1) Brandis, p. 238.

(2) Brandis, p. S0S-S08; Vogiié, Monnaies des rois phéniciens de Citium. dans la Rev. num. de 1867.

(3) La grande majorité de ces monnaies a été publiée par le duc de Luynes, mais avant que le déchiffrement de récriture cypriote eût encore été consommé : Numismatique et inscriptions c«//)riOïes, Paris, 1832. — Un bon nombre de légendes monétaires sont expliquées dans le mémoire de J. Brandis, Versuch zur Entzifferung der kyprischen Schrift, inséré aux Monatsberichte de l'Académie de Berlm, 1873. — Le premier travail d'ensemble sur la numismatique de Cypre, depuis les déchiffrements, est celui de M. Blau, Zur kypriotischen Miinzkunde, dans la Numismatische Zeitschrift devienne, 187o.

(4) Borrell, Notice sur quelques médailles grecques des rois de Chypre. Paris, 1836; Brandis, p. 508-511 ; VonSallet, Zeischr. f. Num. t. II, p. 130-137.

(5) D. de Luynes, Num. des satrap. p. 91 et s., pi. XV et XVI,

n" 42-48; Brandis, p. 511 et s.

droit le commandement supérieur de la flotte que la Phénicie fournissait à son suzerain (1), et par suite une certaine autorité sur les rois des autres villes ; il est probable que les avantages de cette situation étaient en partie compensés pour lui par une restriction du droit monétaire. Tout indique que c'est à Sidon même qu'étaient frappées les monnaies provinciales du roi de Perse pour la Phénicie (2), monnaies dont le melek de Sidon devait être chargé de diriger la fabrication, en ayant une part dans les bénéfices; mais, ceci étant, il devait en découler naturellement, comme conséquence, que le suzerain interdisait à ce vassal de frapper parallèlement une autre monnaie à son propre nom.

Nous avons aussi des monnaies des dynastes de la Cappadoce, ancêtres de la maison qui prit dans ce pays le titre royal après Alexandre. Ces monnaies, frappées à Sinope et à Graziura, portent le nom de Datame (3) en grec (Zi), et en araméen ceux d'un prince que je n'hésite pas à considérer comme son fils, appelé par Diodore de Sicile Ariam-

(1) Voy. Schlottmann, Die Inschrift Eschmunazars Kônigs der Sidoniery Halle, 1868.

(2) Ce sont les pièces classées par Brandis, p. 42i et s., sous la rubrique : IX° satrapie, ii' classe, 1" série.

(3) De même que M. Friedieender {Zeitschr. f. Niimism. t. III, p. 268 et s.), j'accepte la donnée de Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) qui rattache Datame à la famille d'origine perse d'où sortirent les rois de Cappadoce, plutôt que celle de Cornélius Népos [Datam. 1) qui en fait le fils d'un certain Caraissarès, originaire de Carie. Les faits de son histoire s'accordent bien mieux avec ce renseignement, et il me semble que l'analogie étroite qui relie les monnaies sinopéennes de Datame à celles qui appartiennent certainement à Ariarathe P"" est encore un argument puissant en faveur du dire de Diodore.

(4) Waddington, MéL de num. t. I, p. 82, pi. VI, n° 1.

nés (1), puis d'Ariarathe I" (2), dont une partie du règne fut contemporaine d'Alexandre le Grand (3). De même, les souverains de la Carie, depuis Hécatomnos jusqu'à Othontopatès, ont tous battu monnaie à leur nom (4). En effets quand les petits princes vassaux du Grand Roi, dont le pouvoir s'étendait à peine au delà du territoire d'une seule ville, possédaient le droit de monnayage et en usaient largement, à plus forte raison il en était ainsi de djnastes dont les Etats formaient de vrais royaumes , comme ceux de la Cappadoce et de la Carie. Les princes de ces deux contrées étaient officiellement revêtus du titre de satrapes (5), c'est-à-dire qu'ils dépendaient directement du roi de Perse, n'avaient pas au-dessus d'eux, comme les petits rois de Cypre ou de la Phénicie, un lieutenant du suzerain, envoyé par lui de Suse. Mais c'était

(1) Ibid. pi, VI, n° 5. — La légende de ces pièces se lit 13013,^; dans 13C1, je reconnais l'élément final du nom di'Aria-ramnès, porté par un roi de Cappadoce fort peu postérieur à Alexandre et dont nous possédons une monnaie en légende grecque [Zeitschr. f. Num. t. III, p. 268). Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) écrit aussi Ariamnès le nom de cet Ariaramnès. Dans la réalité, avant l'élément ramna, l'appellation du successeur de Datame devait offrir un autre élément que anja, transcrit en araméen lilX danàrmilX = Ariarathe.

(2)Waddington, Mél. de num. t. I, p. 83 et s., pi. VI, n°' 3 et 4; Merzbacher, Num. Zeitschr. de Vienne, t. III, p. 427.

(3) Diod. XVIII, 16; XXXI, ecl. 3; Lucian. Macrob. 13.

(4) Brandis, p. 475 et s.

(5) Datame est toujours qualifié par les historiens de satrape de la Cappadoce, tandis que Diodore (XVIII, 16) qualifie Ariarathe de SuvàatYi;. Les princes de Carie Hécatomnos , Mausole et Idrieus sont qualifiés de satrapes dans les inscriptions (Corp. iiiscr. gr. n"' 2691 c, d, e et 2619) et chez Harpocration (v. £7ri(7Ta6!xoç) ; voy. Droysen, Zeitschr. f. Num. t. II,

à titre de dynastes et en vertu du pouvoir particulier que cette qualité leur donnait dans leurs Etats héréditaires, ce n'était pas à titre de satrapes du Grand Roi, qu'ils frappaient leurs monnaies. Aussi aucune des provinces dont les satrapes n'étaient pas en même temps dynastes héréditaires, mais seulement nommés à la volonté du Grand Roi, ne nous offre une pareille suite monétaire, embrassant tous ceux qui y exercèrent le pouvoir pendant un assez long intervalle de temps.

Pourtant on possède aussi quelques monnaies de personnages connus dans l'histoire comme de purs satrapes, c'est-à-dire comme des membres de l'aristocratie perse choisis par le monarque et délégués par lui pour être, audessus de tous les fonctionnaires civils et militaires ainsi que des dynastes locaux, son lieutenant immédiat à la tête d'un des grands gouvernements qualifiés de satrapies (1). Un des plus célèbres parmi ces personnages est Pharnabaze, dont nous lisons le nom en grec sur des pièces frappées dans sa satrapie de la Phrygie hellespontique (2), et en araméen sur d'autres émises à Tarse (3), où étaient les dépôts de son armée lors de la seconde entreprise dont il eut le commandement entre 378 et 573 (4). Son exemple est fort important, parce que Pharnabaze, pendant tout le

(1) D. de Luynes, Numismatique des satrapies sous les rois Achéménides, Paris, 1846; Waddington, Etudes de numismatique asiatique dans le tome P'' de ses Mélanges de numismatique; Droysen, Die MUnzen der persischen Satrapen in Kleinasien , dans la Zeitschr, f. Num. t. II, p. 309-319.

(2) D. de Luynes, Num. des satrap. pi, I, n" 5.

(3) D. de Luynes, pi. I, n°' 1-4; Brandis, p, 429,

(4) Waddington, Mél. de num. t, I, p, 64.

cours de sa longue carrière, garda une fidélité inébranlable envers son souverain et ne fut jamais en révolte ni ouverte ni secrète contre lui. On peut donc être sûr que, s'il a battu monnaie, c'est qu'il n'y avait pas là une usurpation, mais un acte légitime, autorisé par le maître. Mais il me semble que Ton a, dans tous les travaux récents, voulu beaucoup trop étendre le cercle des monnaies des satrapes, et que ceux qui ont prétendu que le droit de monnayage était au nombre des prérogatives normales de la qualité de satrape , ont forcé outre mesure les consé quences des faits constatés. Les exemples de satrapes émettant des monnaies à leur nom dans le territoire de leur propre satrapie, en dehors de celui de Pharnabaze, sont très-rares ^ ils se réduisent aux pièces de Spitbridate, frappées à Lampsaque et à Cymé (1), et à celles d'Orontas, battues à Lampsaque (2) et à Clazomène (3) ; ces deux personnages avaient Tun et l'autre également le gouvernement de la satrapie maritime d'Asie Mineure, qui comprenait à leur époque la Mysie avec l'Ionie (4). Toutes les autres pièces jusqu'ici connues, qui portent des noms de hauts fonctionnaires perses mentionnés dans l'histoire, particulièrement celles qui sont sorties des ateliers de la Cilicie, doivent être rangées dans la classe des monnaies militaires (voy. plus loin, dans ce chapitre, le § 7) ; c'est

(1) Von Sallet, Numism. Zeilschr. de Vienne, 1871, p, 424 et s.

(2) Waddington, Mél. de mm. t. U, pi. III, n° S.

(3) Waddington, Mél. de num. t. Il, pi. III, n° 4; Von Sallet, Numism. Zeistchr. de Vienne, 1871, p. 419-424.

(4) Spithridate : Arrian. Anab. 1, 12, 13 et 16. Orontas: Diod. XV, 91; voy. tous les renseignements rassemblés sur ce dernier personnage par M. Waddington, Mél. de num. t. II, p. 20 et s.

comme généraux placés à la tête d'armées en campagne, et non comme satrapes exerçant les pouvoirs réguliers de cette charge, que les personnages en question les ont fabriquées et y ont inscrit leurs noms. Ces monnayages militaires ont eu lieu dans les villes où les armées avaient leur base d'opération. Tiribaze, qui était satrape d'Arménie, a battu monnaie àlssos (1) pour le service des troupes qu'il commandait contre Cypre (2) ; Pliarnabaze, satrape de Dascylion ou de la Phrygie liellespontique, et Datame (3), satrape et dynaste de la Cappadoce, ont fait de même à Tarse, quand ils ont eu successivement la direction des forces dirigées contre l'Egypte, forces dont la base d'approvisionnement et de rassemblement était dans cette ville {(i). Je reviendrai plus loin sur ces faits de monnayage spécialement militaire dans l'empire des Achéménides, et sur le caractère particulier qu'offrent en général les produits de Tatelier de Tarse. Il suffit d'avoir indiqué ici ces exemples pour montrer que les rois de Perse déléguaient quelquefois , par une commission temporaire et spéciale, le pouvoir d'émettre des monnaies aux commandants de leurs armées, qui, dans ce cas, les signaient de leurs propres noms. Les exemples de satrapes monnayant

(1) Monnaies de Tiribaze : D. de Luynes, Numism. des satrap. pi. I; Waddington, Mél. de num. 1. 1, pi. V, n°' 1 et 2.

Le lieu d'émission à Issos est déterminé désormais par la comparaison avec la pièce de cette ville publiée Ztilschr. f. Num. t. IV, p. 145.

(2) Waddington, Mél. de num. 1. 1, p. 62.

(3) Sur les monnaies ciliciennes de Datame : D, de Luynes, Num. des satrap. pi. II (attribution à Dernès); Waddington, Bullet. archéol. de l'Athéiioeum français^ J8o6, p. 13 et s.; Mél. de num. t. I, p. 66 et s.; Brandis, p. 429.

(4) Waddington, Met. de num. t. I, p. 64 et 70.

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