II
empereur de sa façon, le Cyriades de Trébellius Pollion, le Miriades, Mareades ou Mariadnus d'autres écrivains (1), il fit fi'apper dans son camp même un aureus pour le nouvel empereur, comme signe matériel de sa ])roclamation ; seulement, comme on n'avait pas dans l'armée perse de graveur capable de tracer une légende latine correcte, on y simula les inscriptions par des traits sans suite et des lettres informes. La monnaie d'or à laquelle je fais allusion est celle du Cabinet de France, que Ch. Lenormant(2) et d'après lui Victor Langlois (3) ont attribuée à Odénat, pièce singulière par le contraste du travail délicat et vivant des types avec la barbarie des légendes. Malgré cette circonstance, on ne peut pas la ranger parmi les plagia barbarorum (voy. livre \Y, chap. vu, § 2), car c'est une monnaie dont les types ont été exécutés avec soin par un artiste à la main habile. La nouvelle attribution que j'en propose se fonde sur l'étroite analogie du style avec celui de l'art sassanide au temps de Sapor, sur le type du revers, qui représente un cavalier perse au costume parfaitement caractérisé, enfin et surtout sur la ressemblance frappante de la tête laurée que l'on voit au droit, et qui a tous les caractères d'un portrait fort individuel, avec les traits donnés à Cyriade ou Miriade sur les grands bas-reliefs monumentaux où Sapor a fait retracer son intronisation (4). Elle est surtout marquée si l'on
(1) Voy,, sur ces diverses leçons, l'intéressante note de M. C. Miiller, Fragm, histor. graec. t. IV, p. 192.
(2) Rev. num. 1846, p. 278 et s., pi. XVI, n° 14.
(3) Numism. des Arabes avant l'islamisme, pi. III, n° 1. — Cette dernière gravure est quelque peu arrangée pour arriver à trouver dans la légende du droit des éléments du nom d'Odénat.
(4) Ces bas-reliefs prouvent que Gibbon {Décline and fall of Roman
se reporte à la composition où Sapor, monté sur un cheval qui foule aux pieds Valérien lauré et prosterné la face contre terre, impose sa main sur la tête du nouvel empereur, en lui faisant prêter serment de fidélité, ainsi qu'à l'armée romaine (1). Les traits sont les mêmes, bien que la barbe courte de la figure manque dans les représentations gravées, sans doute par une inexactitude des dessinateurs, et la tête de Cyriade ou Miriade est couronnée comme sur la médaille, dans le bas-relief où Sapor, toujours foulant Yalérien sous les pieds de son cheval, présente l'Auguste de son choix aux hommages des officiers romains {'2). On peut encore rapprocher celui où Sapor, encore à cheval, remet le diadème à Cyriade, tandis que Valérien, lauré et fort ressemblant, se jette à genoux pour demander grâce à son vainqueur (3). Sur l'aureus qu'il a fait frapper pour son prétendant, le monarque perse a tenu à ce que le portrait fût réel et exact, s'il s'est peu inquiété de la légende; ceci semble indiquer que, dans la pensée et dans les idées de son temps, l'effigie primait l'inscription, comme marque de souveraineté sur la monnaie.
■\Iais tous les chefs de révoltes militaires, qualifiés de tyrans, ne paraissent pas avoir eu l'audace de prendre assez ouvertement le titre d'Augustes pour oser également
Empire, t. I, chap. x) a eu raison de placer, malgré une phrase de Trébellius Pollion, la proclamation de Cyriade comme empereur après la capture de Valérien. C'est aussi ce qu'admet M, G. Rawlinson {The seventh yreat oriental monarchy, chap. iv).
(1) Bas-relief de Darabgerd : Flandin, Perse ancienne, pi. XXXIII.
(2) Malculm, History of Persia, t. I, p. 23S; Texier, La Perse, pi. CXLVI; Flandin, pi. XLIX.
(3) G. Rawlinson, The seventh oriental monarchy, pi. à la p. 607.