‹ La Monnaie dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 42 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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user du droit de battre monnaie à son effigie, qui était attaché à la qualité impériale. En Gaule, Probus eut affaire à deux insurrections simultanées et qui se soutenaient l'une l'autre, celles de Bonosus et de Proculus. Bonosus frappa des monnaies à son nom et à sa tête (1) ; Proculus ne semble pas avoir fait de même. Trébellius Pollion raconte qu'il ne s'était jeté dans la rébellion que par crainte des cbâtiments que pouvait attirer sur lui la salutation par le titre d'Auguste, qui lui avait été adressée par plaisanterie dans un repas militaire. Sans doute le poids de ce titre, et la responsabilité de l'usurpation des droits qui en dépendaient, continuaient à lui faire peur, même après qu'il se fût décidé à prendre les armes. En effet, nonseulement on n'a pas encore rencontré d'espèces qui portent son nom, mais on peut même affirmer qu'il avait eu recours à une combinaison moins compromettante que celle d'un monnayage personnel, tout en faisant fabriquer le numéraire indispensable à la paye de ses troupes. C'est à sa révolte qu'il faut rapporter d'étranges pièces hybrides de billon, dont les types ont été copiés de ceux d'empereurs différents, pièces dont les exemplaires commencent à se montrer fort nombreux depuis que l'attention a été attirée sur eux et présentent une grande variété de coins. On y voit d'un côté la tête de Tétricus, plus ou moins fidèlement imitée, avec la légende IMP. TETRICVS. AVG ou IMP. C. TETRICVS- AVG, et au revers une Minerve Pacifère debout, avec COMITI. PROBI. AVG (2).

(1) De Witle, Rev. mm. 1859, p. 148-157; Cohen, M C, t. V, p. 315.

(2) G. Vallier, Revue savoisienne, 1867, p. 77; Annuaire de la Soc. franc, de numismatique, t. III, p. 28t et s., pi. XVIII, n°* 9-14.

2. J'ai eu l'occasion de rappeler plus haut (livre I, chap. 1, g I, 6) le culte religieux rendu aux images des Empereurs et des principaux membres de leurs familles, appendues aux enseignes militaires (1); l'effigie de l'Empereur sur la monnaie participait également au caractère sacré de la personne impériale. En général, quand une contremarque quelconque a été apposée à une monnaie impériale, on a eu soin de la placer sur le revers, en respectant le côté réservé à l'effigie ; ou bien, quand on en a poinçonné une sur le droite on s'est arrangé pour éviter qu'elle n'oblitérât la représentation sacrée des traits del* Auguste. Sur les as de la colonie de Nemausus, les contremarques sont, nous l'avons déjà dit, très-fréquentes, et l'on en voit souvent plusieurs sur la même pièce ; il n'est pas rare de leur voir affecter le droit, mais on a constaté (2) qu'en ce cas on avait fait bien attention à ce qu'elles n'atteignissent jamais la tête d'Auguste, tandis qu'elles entament fréquemment celle d' Agrippa, pour laquelle on n'avait pas le même respect religieux. Ce respect pour l'effigie impériale en frappant la monnaie de contremarques peut être posé comme une règle ; on n'y rencontre que de très-rares exceptions, et encore la plupart du temps on doit reconnaître qu'elles ont été intentionnelles, qu'elles ont une véritable valeur d'indications historique. Ainsi c'est plutôt au droit qu'au revers, et plutôt sur Teffigie même de Néron qu'ailleurs, qu'ont été imprimées les contremarques républicaines Res Fublica ou Senaius Popu-

(1) Sur ce sujet, voy. surtout le Quatorzième mémoire de Le Beau sur la légion romaine, Des enseignes^ dans le t. XXXV de l'ancienne série des Métn. de l'Acad. des Inscriptions.

(-2) Saulcy, Rev. num. 1869-1870, p. 401.

lusQue Romanus, apposées par l'ordre du Sénat au plus grand nombre possible des pièces de cet Empereur (1). C'est aussi toujours sur le portrait de Néron que sont frappées, pour l'oblitérer en partie, les contremarques dont l'armée de Syrie estampilla, dans l'année qui suivit la chute du parricide, les monnaies des villes du pays à son effigie, en y inscrivant successivement les noms des trois empereurs qu'elle reconnut ou proclama l'un après l'autre pendant cette année, \MPerator. OALba, \MPeraior, OTHO, IMPerator yESpasianus (2), ou bien la contremarque contenant en monogramme les lettres W ES? ASianus, que l'armée de Mésie appliqua sur tout ce qu'elle avait à sa portée de monnaies de cuivre de Néron, aussitôt qu'elle se fut déclarée pour Yespasien (3). On connaît les sesterces de cuivre de Nerva à la légende FISCMVDAiCI. CALVMNIA-SVBLATA (4), rappelant l'ordre donné par cet empereur d'abandonner les recherches inquisitoriale s commandées par Domitien pour trouver des judaïsants secrets à qui appliquer l'impôt spécial sur les Juifs. Il n'est donc pas étonnant de voir des monnaies de Domitien^ trouvées en Judée et en Samarie^ avec l'effigie frappée d'une contremarque contenant le portrait de Nerva ou celui de Trajan (5) ; la population de ces provinces, qui avait eu beaucoup à souffrir de l'inquisition de Domitien, substituait sur les espèces circulantes les portraits de ses bienfaiteurs à celui de son persécuteur. Sur

(1) Saulcy, Mél, de mm. 1875, p. 186.

(2) Saulcy, Rev. archéol. nouv. sér. t. XIX, p. 415-427.

(3) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 190.

(4) Eckhel. D N, t. VI, p. 404; Cohen, M f, t. I, p. 475, n° 83.

(5) Saulcy, Mél. de mm. 1875, p. 339.

les monnaies municipales de villes de plusieurs provinces, par exemple de Néapolis de Samarie (I), l'effigie d'Élagabale est oblitérée ou accompagnée d'une contremarque offrant l'A initial du nom d'Alexandre Sévère,

Il y a dans ces faits une véritable proscription de l'image d'un empereur déterminé, proscription causée par des raisons politiques. Les mesures qui firent effacer dans les inscriptions le nom de tel ou tel empereur furent appliquées dans beaucoup de localités à leur efîigie monétaire (2). La tête de Domitien sur les monnaies de Cibyra, celle de Géta à Stratonicée de Carie (3) , à Pergame et à Smyrne, sont le plus souvent barrées de traits qui les oblitèrent. D'autres fois, c'est dans la légende que le nom proscrit a été raturé au burin, tandis queTeffigie demeurait intacte. M. Von Sallet (4) signale ce fait pour le nom de Géta sur une pièce de Métropolis d'Isaurie. Des monnaies bien connues du municipe espagnol de Bilbilis portent la date consulaire Tl. CAESARE- V. L- AELIO. SEIANO; mais sur la majorité des exemplaires le nom de Séjan a été effacé plus ou moins complètement après sa cbute et son supplice (5).

J'ajouterai que, dans certains cas, sans proscription du souvenir et de l'image d'un empereur, on n'a pas cru manquer au principe du caractère sacré et inviolable de l'efîigie du souverain en surfrappant le portrait d'un

(1) Saulcy, Mél. de num. 187o, p. 336.

(2) Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. III, p. 261.

(3) Friedlgender et Von Sallet, Das kœnigl. Miinzcabinet, n° 6H; Zeitschr. f. Num. t. II, p. 371.

(i) Zeitschr. f. Num. t. III, p. 261.

(b)FloTez, Medallas de Espana, i.l,Y>. 183; AIoïs Heiss. Descr. gén. des monn. ant. de l'Espagne^ p. 184.

prince, mort depuis quelque temps déjà, d'une contremarque contenant celui d'un nouveau prince, que l'on voulait honorer en multipliant ses images sur le numéraire circulant, même sur celui des anciennes émissions. Ainsi, plusieurs villes de Syrie, entre autres Rabbathmoba (1), ont contremarque la tête de Septime Sévère de celle de leur compatriote Elagabale, au moment de son avènement. En agissant de cette façon, si l'on portait la main sur une image sacrée, on ne le faisait que pour lui en substituer une non moins auguste et sacrée. Il y a là quelque chose d'analogue aux changements de têtes des statues impériales, qui n'étaient pas toujours le résultat d'une prosscription de l'image de l'empereur ainsi dépossédé, mais bien des fois celui d'un simple empressement de la servilité publique à avoir le plus vite possible — et avec les moindres frais — des statues du nouveau maître.

3. En possession du droit exclusif d'effigie monétaire et de celui que tout le numéraire public mis dans la circulation fût frappé en leur nom, les empereurs donnèrent part à ce privilège de la puissance souveraine aux membres de leur famille, à leurs fils et à ceux de leurs proches parents, qu'ils décoraient du titre de Césars, même à leurs femmes, à leurs mères, à leurs filles et à leurs sœurs, qu'ils revêtaient de la qualification purement honorifique d'^wgusta (!2), laquelle ne conférait aucun pouvoir politique,

(i) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 338.

(2) Le titre d'Augusta fut quelquefois donné à des filles d'Empereurs, mariées à des particuliers, pour qui ce rang attribué à leur femme n'entraînait aucun partage de la puissance ou des titres impériaux. C'est

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mais faisait participer à la sainteté religieuse de la dignité impériale (1). Ce fut aussi une action considérée comme un modèle de piété, de la part de certains empereurs, comme Trajan, que de placer sur les monnaies l'effigie commémorative de leur père, qui n'avait pas été élevé à l'empire (2). Dans le même esprit, Yespasien ou Titus, on ne sait exactement lequel des deux, décerna le titre posthume à'Augusta à Domitille, la femme de Vespasien , morte avant l'élévation de son mari à l'empire (3).

Il importe, du reste, de distinguer de l'effigie d'un vivant l'effigie commémorative d'un personnage, placée sur la monnaie après sa mort. Cette dernière était depuis longtemps dans les mœurs romaines-, on avait permis sous la République aux monétaires de décorer la monnaie urbaine des portraits de leurs ancêtres illustres; l'effigie posthume n'avait aucune signification politique, tandis que celle d'un vivant en avait beaucoup. Nous avons vu qu'Antoine avait été le premier à placer sur des monnaies romaines les portraits de membres de sa famille vivants,

ainsi qu'encore aujourd'hui, en Turquie, les filles du Sultan, mariées à des particuliers, gardent le titre de Sultanes et ont le pas sur leurs maris.

(1) Eckhel, D N,t. VIII, p. 3d6 et 364. — Claude fut le premier Empereur qui donna à sa femme Messaline, étrangère au sang d'Auguste, le titre d'^î/^Ms/à; encore n'apparaît-il en numismatique que sur des monnaies de villes grecques.

(2) Sur les monnaies à l'effigie de Trajan le père, voy, Longpérier, Rev. num. 1839, p. 137 et s. — Ce n'est que sur les monnaies locales de Philippopolis d'Arabie, sa patrie, que nous voyons placer l'effigie divinisée de Marinus, le père de l'Empereur Philippe : Tôchon d'Annecy, Mémoire sur les médailles de Marinus, Paris, 1817 ; Waddington, Rev. num. 1863, p. 36-66.

(3) Eckhel, D N, t. VI, p. 336 et s.

de sa femme et de son lils aîné. Il ne le faisait, du reste, qu'en plaçant ces portraits sur le revers des monnaies, en les subordonnant à sa propre tête, seule véritable effigie légale, occupant le côté principal de la pièce. De la même manière , Auguste laissa placer , sur quelques-uns des derniers deniers d'argent signés de triumvirs monétaires, avant 739, les trois têtes de Julie et de ses deux fils Caïus et Lucius, au revers de sa propre effigie (1). C'est, du reste, le seul exemple d'un fait de ce genre que l'on puisse relever sous Auguste, dont la prudence s'abstint de prodiguer aux membres de sa famille un honneur qui répugnait encore aux habitudes des Romains. On laissait les villes grecques multiplier les effigies de ce genre, où se manifestait leur goût pour la flatterie ; mais on évitait de choquer les Romains en les plaçant sur la monnaie de Rome. S'il laissa associer sur plusieurs monnaies de coin romain l'effigie d' Agrippa à la sienne (2), c'est qu'Agrippa était presque pour Ini un collègue, auquel il avait permis de partager le privilège de la puissance tribunicienne, et que le portrait de ce général glorieux , après lui le premier personnage de l'Empire, ne pouvait rien avoir d'offensant pour les susceptibilités les plus ombrageuses.

Aussi Auguste admit-il lui-même Agrippa à un privilège bien plus grand et plus significatif que celui d'une association d'effigie dans une position subordonnée. Du vivant d'Agrippa, on frappa quelques monnaies à son seul nom et à sa seule effigie, dont la légende rappelait son fameux troisième consulat, sous lequel avait eu lieu Torga- •

(1) Cohen, M C, pi. XX VU, Maria, n°^ 10 et 11.

(2) Cohen, .U C, pi. XV, Cornelia, n» 29; pi. XXXVIII, Sulpicia. n"' 7 et 8.

nisation de l'Empire (I). Le même honneur fut accordé à Caïus César lorsqu'Auguste le désigna pour son héritier (2). Sous Tibère, on battit des monnaies à l'effigie de Drusus pendant les deux années où il fut associé à la puissance tribunicienne (3). Quant à Germanicus, en dehors du denier dont nous avons parlé un peu plus haut, et qu'il frappa en Arménie en vertu de ses pouvoirs extraordinaires, il n'y a qu'une monnaie à son nom émise de son vivant, c'est le moyen-bronze triomphal que le Sénat fit fabriquer après qu il eut reconquis sur les Germains les enseignes enlevées à Varus (4). Encore n'y voit-on pas son portrait en buste; sa figure ne s'y montre qu'en pied dans des types composés. Toutes les pièces de bronze à sa tête sont commémoratives, frappées sous Caligula et Claude, de même que les monnaies à l'effigie de Néron Drusus l'ont été sous le principat de Claude. Ce n'est qu'avec les Flaviens que l'on prend l'habitude, depuis lors constante, de frapper des espèces à l'effigie des fils d'empereurs proclamés Césars, parallèlement à celles de leur père.

Mais c'est surtout contre la présence des effigies de femmes sur la monnaie que l'esprit des Romains montrait une grande répugnance. Aussi Auguste n'admit-il jamais Livie à l'honneur de voir sa tête représentée sur les espèces de coin romain. Quand Tibère, en 22 et 23 de notre ère, rendit cet hommage à sa mère, à l'occasion des honneurs signalés que lui décernait le Sénat, il n'introduisit son portrait sur la monnaie que d'une manière détournée, en

(1) Cohen, M 1, t. I, p. 109, n°* 2 et 3.

(2) Cohen, M I, t. I, p. 113 et pi. V, Caius César.

(3) Cohen, M/, t. I, p. 131.

(4) Cohen, M I, t. I, p. 138, n° 5.

donnant les traits de Livie à des têtes de déesses, PI ET AS, IVSTITIAou SALVS AVGVSTA (1). C'est ainsi que, du temps d'Auguste, un monétaire s'était complu à donner les traits de Julie à un buste de Diane (2). Toutes les autres monnaies à l'effigie de femmes de la famille des Césars sont posthumes et commémoratives : celles d'Agrippine l'ancienne^ frappées sous Caligula; celles d'Antonia, sous Claude.. De Césonie, de Messaline et de Poppée, ainsi que d'Octavie, la première femme de Néron, on n'a la tête que sur des monnaies de villes grecques ou de colonies, aussi Men que des sœurs de Caligula, et encore, pour ces dernières, sauf pour Julia Livilla, toutes les effigies connues sont-elles postérieures à leur mort. Seule, l'ambitieuse et dominatrice Agrippine parvint à faire associer son effigie à celle de son mari, le faible Claude (3), et à celle de son fils Néron (4), au temps où elle le. dominait, sur les monnaies d'or et d'argent dont l'empereur disposait entièrement. Mais le Sénat, quelque servile qu'il fût, n'admit pas cette tête de femme sur la monnaie de cuivre dont il avait la direction, et Agrippine n'osa pas non plus aller jusqu'à battre monnaie à sa seule effigie (5). Pour commencer à rencontrer des pièces de ce genre, n'ayant d'effigie que le portrait d'une femme vivante, dans le cuivre sénatorial aussi bien que dans l'or et l'argent du

(1) Cohen, MI, t. I, p. 106 et pi. V. n°* 1-3.

(2) Cohen, M C. pi. XXVII, Mara, n° 9. ;3) Cohen, M I, t. I. p. 174, ii«' 2-4,

(4) Cohen, M /, 1. 1, p. 176, ti°^2-6.

(5) La monnaie de bronze (Cohen, MI, t. 1, p. 173) où son eflBgie serait isolée n'a été vue que par le seul Vaillant et paraît aussi suspecte que peu vraisemblable dans les habitudes et les données de droit du temps.

prince, il faut descendre jusqu'aux monnaies que Domitien fit frapper au nom de sa nièce Julie, fille de Titus, avec laquelle il vivait publiquement comme mari et femme, sans qu'ils se fussent pourtant liés par de justes noces. A dater de ce moment, l'habitude se prend si bien, contrairement à l'ancien esprit des mœurs romaines, que le vertueux Trajan lui-même, ce représentant couronné du parti libéral de son temps et de la légalité, n'éprouve aucun scrupule à faire placer l'effigie de sa femme Plotine sur la monnaie de tous les métaux, non plus qu'à faire frapper, du vivant de sa sœur Marciane, un aureus dont la face princi[)ale offre le portrait et le nom de celle-ci (1), et un autre dont les deux côtés offrent les têtes de Plotine et de Matidie (^2). Même postérieurement à cette modification profonde des usages, et jusqu'à une époque tardive, il y a encore eu des effigies de femmes que l'on n'a osé introduire sur la monnaie qu'avec un déguisement et d'une manière détournée. Telle a été celle de Marcia, parce qu'elle n'était légalement que la concubine de Commode et non sa légitime épouse. Dans le temps de sa plus grande passion pour elle, Commode a fait représenter sur plusieurs médaillons (ce n'est même pas sur des espèces de la monnaie proprement dite, destinée à la circulation) sa tête accolée à celle d'une Amazone casquée, aux traits fort accusés dans leur caractère individuel, où il faut reconnaître Marcia, à qui

(1) Cohen, M I, t. II, p. 93, n» 1. — Le Sénat n'a admis, sur les monnaies qu'il administrait, l'effigie de Marciane qu'après sa mort, lors de sa Consécration.

(2) Cohen, M I, t. II, p. 92. — Les monnaies de Matidie vivante sont postérieures à la mort de sa mère Marciane, et par conséquent du règne d'Hadrien, son beau-frère d'adoption. On lui avait donné le titre d'Augusta, bien qu'elle ne fût que nièce et belle-sœur d'Empereurs.

il aimait à faire revêtir ce costume d'Amazone, se qualifiant lui-même à'Amazonius (1). Nous avons signalé tout à l'heure (dans la section 1 de ce §) les monnaies d'or de Yictorin, où il a donné au buste de la Victoire ou à celui de la déesse Eome les traits de sa mère Victorine. Il n'existe pas, nous l'avons dit^ d'autre monnaie de la Mère des camps de la Gaule, bien qu'elle fût Auyusta^ comme mère d'un Auguste. Sans doute les légions qui faisaient et défaisaient alors les empereurs sur les bords du Rliin, tout en acceptant l'influence politique de Victorine et en montrant une grande déférence pour les avis de cette femme virile, n'auraient pas vu avec plaisir l'effigie d'une femme tenir la première place sur la monnaie. Et c'est à cette disposition de l'armée des frontières de Gaule et de Germanie qu'il faut attribuer l'absence de toute monnaie d'impératrice dans le groupe de la numismatique des empereurs gaulois du iip siècle ('2) .

4. Toute la monnaie portant l'effigie de l'empereur, ou des personnes de sa famille auxquelles il accordait de participer à ce privilège, était devenue dans sa forme exclusivement impériale. La prise de possession du numéraire par le pouvoir d'un seul, comme signe extérieur de l'autorité

(1) Eckhel, D N, t. VII, p. 128 ; Ch. Lenormant, Rev. num. 18o7, p. 212-246.

(2) Poslume fit seulement, à l'imitation de certains revers de Septime Sévère aux têtes de Julia Domna, Caracalla et Géta, placer sur le revers d'un aureus, avec la légende AETERNITAS. AVG, les trois têtes radiées, et de petite dimension, de sa femme, de son fils et de sa fille : P. Dupré, Rev. num, 1846, p. 20-27; De Witte, Recherches sur les empereurs qui ont régné dans les Gaules, pi. I, n°' H et 12.

monarchique, était devenue complète. Pourtant Auguste, dans sa politique habile en tempéraments, dans lapiéoccupation de respecter autant que possible les cadres de l'ancien gouvernement républicain, en les adaptant à la création du pouvoir le plus absolu, ne s'était pas emparé d'une manière complète de la direction et de la responsabilité du monnayage. En cette matière, comme pour l'administration des provinces, il avait opéré un partage entre le prince et le Sénat, partage léonin en faveur du premier, que ses successeurs respectèrent pendant plusieurs siècles. Ce n'est, du reste, qu'après plusieurs tâtonnements qu'Auguste arriva en cette matière à la combinaison définitive, qui devint après lui la règle. Nous avons vu tout à l'heure (dans le § précédent, sect. 10) qu'à dater de la seconde ou de la troisième année après la constitution du triumvirat, les noms des magistrats monétaires ordinaires soumis à la direction du Sénat (alors les quatuorvirs) disparaissent absolument de la monnaie, qui devient pour une quinzaine d'années entièrement impératoriale d'aspect extérieur, soit que ces magistrats eussent été temporairement supprimés, soit qu'on leur eût seulement enlevé le droit de signer les espèces qu'ils faisaient fabriquer. C'est seulement en 27 avant Jésus-Christ (727 de Kome) , en même temps qu'Octave devenait Auguste et que le gouvernement impérial recevait son organisation, c'est seulement alors que l'on rétablit l'ancien office des triumvirs monétaires (voy. plus loin, dans ce livre, cbap. m, I 2), et qu'ils recommencèrent à mettre leur nom sur les monnaies comme marque de leur responsabilité. La monnaie ordinaire d'or et d'argent, bien que portant toujours le nom d'Auguste et le plus souvent son effigie, est alors pendant douze ans, de 27 à 15, sénatoriale d'origine et

de droit légal, frappée par les monétaires que dirige le Sénat, et signée par eux (1) ; ce q*:i n'empêche pas, du reste, l'Empereur d'user du droit de son imperium pour faire fabriquer parallèlement, quand il le juge convenable, sa monnaie propre et personnelle, dont il a seul la direction et la responsabilité, où le Sénat n'a rien à voir et qui ne porte pas de trace de l'intervention de ce corps. Ce système de deux monnayages parallèles, soumis à des autorités différentes et par conséquent pouvant arriver à des divergences tout en frappant simultanément les mêmes métaux, devait nécessairement, au bout de peu de temps, entraîner de graves inconvénients. 11 ne pouvait être toléré que comme régime de transition, et il importait d'y mettre fin avant qu'il eût produit les effets fâcheux qui n'auraient pas manqué d'en sortir. Aussi en vint-on à une combinaison plus rationnelle et plus régulière. Depuis Sylla (livre VII, chap. m, g~5et6), on avait cessé à Eome toute fabrication de la monnaie d'appoint de cuivre, qui originairement s'y frappait en grandes quantités et presque exclusivement. En 17 ou 16 avant Jésus- Christ (737 ou 738 de Rome), cette fabrication y fut rétablie, et nous avons alors deux triumvirs monétaires, M. Sanquinius et P. Licinius Stolo (2), qui signent à la fois des monnaies d'argent et de cuivre. Mais, à partir de l'an 15, les noms des triumvirs ne se lisent plus que sur les espèces de cuivre, désormais très-abondantes.

On voit par là que c'est en 16 ou 15 qu'eut lieu le partage définitif et légal de la fabrication des monnaies entre l'Empereur et le Sénat, partage basé sur la distinction

(1) Mommsen, M R, t. III, p. 6.

(2) Mommsen, il/ iî, t. III, p. 8.

des métaux. A l'Empereur, le droit exclusif et sans contrôle de frapper la monnaie d'or et d'argent, dont il règle la quantité, le poids et le titre dans la plénitude de son pouvoir personnel, et qui s'appelle désormais officiellement moneta auraria argentaria Caesaris (i); au Sénat, la direction et la responsabilité de la monnaie de cuivre d'Empire, qui doit toujours porter la mention du sénatusconsulte en vertu duquel elle a été émise ; tel est le principe qui est mis alors en vigueur et continue à régler la matière jusque dans la seconde moitié du iir siècle. Chose assez singulière et qui montre bien l'insuffisance des sources littéraires à faire connaître complètement la société antique, pas un texte d'historien ni de jurisconsulte ne mentionne ce fait capital du partage de la direction et de la responsabilité des monnaies (2) ; mais il est établi par les inscriptions, avec la désignation spéciale qu'elles donnent à la monnaie d'or et d'argent, et surtout par l'étude des monnaies elles-mêmes, où deux circonstances surtout le rendent manifeste^ le caractère exclusivement impérial des espèces d'or et d'argent, où jamais rien ne rappelle, même de loin, une intervention du Sénat et des magistrats dépendant de lui, la présence constante sur les espèces de cuivre de la formule abrégée Se7iatus Consulta, laquelle seule leur donne cours légal par tout l'Empire (3). Remarquons, du reste, que si le Sénat ne possédait aucun

(1) Corp. inscr. lat. t. VI, n°* 42-44. Moneta Caesaris : Corp. inscr. lat. t. VI, n° 791.

(2) On n'en trouve de trace que dans le récit de Dion Cassius (LX, 22) sur l'ordonnance du Sénat prescrivant, en haine de la mémoire de Garacalla, de refondre toute la monnaie de cuivre à son effigie; il ne l'ordonnait que pour ce métal parce que c'était le seul sur lequel il eût droit.

(3) Eckhel, D N, t. I, p. lxxiii; Mommsen, M R, t. III, p, 9 et s.

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