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DES MONUMENTS NUMISMATIQUES QUI NE SONT PAS DES MONNAIES

§ 1 . — Les MEDAILLONS ROMAINS D’OR, D’ARGENT ET DE CUIVRE.

1 . Eckhel , en commençant son immortelle Doctrine , était encore obligé , par l’état de la science de son temps, de consacrer un chapitre à l’examen de la question de savoir si les monuments qu’étudie la numismatique étaient ou non de véritables monnaies, s’ils avaient servi à la circulation ou bien avaient été simplement frappés à titre commémoratif. Nous n’en sommes plus là. Que l’immense majorité ou pour mieux dire la presque totalité des pièces monétaires antiques parvenues jusqu’à nous se compose de monnaies autrefois circulantes, c’est ce dont personne ne saurait plus aujourd’hui douter et ne doute plus. Il faut, au contraire, poser maintenant la question inverse. Au début d’un livre spécialement consacré à l’étude delà monnaie proprement dite, on doit se demander si, parmi les monuments du ressort de la numismatique, il ne s’en rencontre pas quelques classes, peu nombreuses et nettement déterminées, qui sortent du sujet d’un pareil livre, quelques groupes de pièces produites par

les procédés de la fabrication monétaire et qui pourtant n’ont jamais été des monnaies, se distinguent même de celles-ci avec une entière certitude. Ces classes particulières de monuments numismatiques existent en effet, bien qu’elles soient peu de chose comme nombre à côté des vraies monnaies, qu’elles ne tiennent qu’une place infiniment minime sur la masse si considérable des pièces où le numimatiste doit faire porter ses investigations. Les monuments en question se distinguent à des caractères certains des monnaies. Avant d’entrer dans le fond de notre sujet, nous devons en passer rapidement en revue les differents groupes, quand ce ne serait que pour les éliminer du cadre de la présente étude.

Et d’abord, les anciens avaient-ils, à côté de leurs monnaies, comme une chose distincte, ce que nous appelons des médailles?

Le mot médaille, absolument inconnu à l’antiquité, a été emprunté chez nous dans le XVIe siècle à l’italien medajlia. Cette dernière expression, dans l’origine, n’était pour les Italiens qu’un synonyme d’obole ou de demi-denier (I); c’était l’équivalent du mot de basse latinité medallia, dont notre maille était, à son tour, la contraction conforme aux lois de formation de notre propre idiome. Les mailles italiennes ou viedaglie étant tombées en désuétude, on ne donna plus ce nom qu’aux pièces anciennes qui n’avaient désormais qu’un intérêt de curiosité . C’est dans les écrivains du xve siècle que le mot apparaît avec ce sens en Italie, et à la même époque Philippe de Commynes s’en sert le premier chez nous, en parlant des collections nu-

(I) Usavansi allora le medaglie in Firenze , che le due valevano uno danaio piccolo : Novelle antiche, 94, 3.

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prismatiques de Pierre de Médicis. La medag/ia ou médaille étant ainsi devenue, dans les habitudes du langage, une pièce monétaire étrangère à la circulation, envisagée seulement au point de vue de l’art ou de la curiosité, les mêmes mots prirent naturellement un nouveau sens; ils s’appliquèrent, par opposition au terme de monnaies, aux pièces que l’on commençait précisément dans le xve siècle à prendre l’habitude de fabriquer (comme on a continué depuis lors, mais comme ne faisait pas le moyen âge) sous une forme analogue à celle des monnaies et avec les mêmes procédés, à titre d’objets d’ornement ou comme moyen de perpétuer le souvenir des événements, mais sans les destiner à circuler avec une valeur légale. C’est dans cette acception que je prends le mot quand je pose la question de savoir si les anciens, à côté de leur monnaie courante, ont eu des médailles sans caractère proprement monétaire.

2. Si l’antiquité a connu l’usage des médailles au sens que je viens d’indiquer, il y a eu du moins bien peu de développements, puisque ni les Grecs ni les Romains n’ont éprouvé le besoin de posséder dans leur langage, pour les désigner, un terme différent de ceux par lesquels on nommait la monnaie. Et pourtant les Romains avaient adopté une expression spéciale, celle de nomismata, pour la désignation des monnaies anciennes recueillies comme objets de curiosité, pour les médailles de collections (voy. ch. il, 4).

Il est vrai de remarquer que les sociétés antiques ne devaient pas ressentir au même degré que les nôtres le besoin de faire frapper spécialement des médailles commémoratives avec l’unique intention de conserver par elles le

souvenir clés grands événements. Ceci tenait à la manière dont elles avaient conçu les types des monnaies courantes, au caractère et à la variété qu’elles admettaient pour ces types. Aussi, quand on voulait y consacrer aux événements un souvenir métallique, il n’était pas nécessaire de recourir à la fabrication d’une médaille destinée à rester en dehors de la circulation du numéraire. C’est par la monnaie même que l’on assurait la mémoire du fait, en y plaçant un type allusif. La Confédération Suisse en fait de même encore de nos jours. A chacun des grands tirs fédéraux qui sont pour elle de véritables tirs nationaux, au lieu d’une médaille inutile, elle fait frapper une pièce de 5 francs avec des coins nouveaux, dont les types et les inscriptions rappellent la circonstance exceptionnelle qui en a produit la fabrication. Cette pièce entre dans la circulation générale au même titre que les espèces monétaires semblables comme titre et comme poids, et portant la même marque de valeur ; en même temps, on peut la conserver comme souvenir. C’est à la fois une monnaie et une médaille commémorative. De même, en Belgique, sous Léopold Ier, lors du mariage du duc de Brabant, aujourd’hui roi, l’on frappa une pièce de 20 fr. à l’effigie de ce prince, destinée à la fois à circuler comme monnaie et à garder la mémoire de l’événement.

Les Grecs, aux temps de leur indépendance, n’ont jamais connu d’autre manière de procéder. L’usage des médailles proprement dites leur a toujours été étranger; même sur leurs monnaies ils n’ont admis que tard les types allusifs aux événements, et cela toujours d’une manière assez détournée (voy. livre IV, chapitre Ier).

Sans doute, certaines monnaies grecques d’argent ou d or semblent au premier abord, par leurs dimensions

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exceptionnelles, répondre à ce que sont dans nos idées l’apparence et les proportions d’une médaille plutôt qu'à celles d'une monnaie. Mais cette impression est inexacte. Il est facile de constater par des preuves positives que les plus grosses pièces d’or et d’argent des Grecs, au lieu d’être des médailles, représentent des tailles monétaires habituellement usitées dans la pratique de la circulation au moment où elles furent frappées.

Ainsi, les grandes monnaies d’argent de Syracuse du poids de 10 drachmes (que bon qualifie quelquefois abusivement de médaillofis ) étaient des espèces circulantes, désignées d’après leur valeur par le nom de pentécontalitron , qui furent fabriquées en grandes quantités pour l’usage monétaire à deux époques différentes, du temps de Gélon Ier et sous la puissance de Denysle Jeune (livre YI, chap. vil, au mot Démarétion , et livre VII, chap. I, § 1). Les grandes pièces d’or des Lagides d’Egypte et des Séleucides de Syrie, du module des tétradrachmes d’argent et d’un poids double, étaient aussi des monnaies d’un usage habituel, monnaie à laquelle on donnait l’appellation de mnaieion , exprimant leur valeur d’une mine ou 100 drachmes d’argent (livre YI, chap. vi, § 1). On peut donc les comparer aux pièces de 100 francs en or que 1 on frappe de temps à autre à la Monnaie de Paris .

Seule dans toutes les séries grecques l’énorme pièce d’or d’Eucratide, roi de Bactriane (1 ), dont le Cabinet de France possède l’unique exemplaire connu, semble présenter, par ses dimensions supérieures aux données normales des tailles usitées dans la circulation monétaire, le caractère exceptionnel d’une médaille frappée seulement pour com-

(I) Revue numismatique , 1867, pl. XII.

mémorer un grand événement. Le fait que son poids correspond à une valeur exacte dans la monnaie circulante de l’époque (20 statères d’or ou 500 drachmes d’argent) n’est pas une raison déterminante pour l’envisager autrement, car nous allons constater le même fait pour ceux des médaillons d’or romains qui le plus positivement n’ont jamais été des monnaies. Quant au type, les Dioscures à cheval, s’il est le plus habituel dans le monnayage proprement dit du même roi, on ne saurait méconnaître l’allusion manifeste qu’il renferme au fait culminant de l’histoire d’Eucratide, au combat de cavalerie dont l’issue inattendue le rendit maître d’une grande partie de l’Inde au moment même où il paraissait prêt à perdre sa couronne (1). Il semble donc que la grande pièce d’or ait été une médaille fabriquée à la suite de ce combat extraordinaire, peutetre avec le butin qui y avait été conquis, et pour en perpétuer le souvenir (2), et que ce soit sur cette médaille qu’ait été adopté pour la première fois le type allusif que le monarque fit ensuite passer sur la monnaie.

3. En revanche, dans la série impériale romaine, nous rencontrons avec certitude des pièces d’or, d’argent et de cuivre, reconnaissables en général à leurs dimensions

(1) Justin. XLI, 6.

(2) Il semble même que de cette médaille il n’a dû être fabriqué que deux ou trois échantillons, sinon l’unique parvenu jusqu’à nous. En effet, il est facile de constater, d’après les accidents de la surface de cet exemplaire, que le coin s’est brisé en le frappant, et cela après avoir à peine servi.. Il avait été retouché pendant le cours de la frappe de la pièce même que nous possédions, qu’il avait fallu nécessairement faire recuire à plusieurs reprises pour arriver à un résultat parfait (voy. livre II, chap. ni, §1).

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exceptionnelles, qui n’ont jamais été des monnaies et qui, bien que fabriquées par les mêmes procédés que celles-ci, ont eu un autre usage, une autre destination. Ce sont celles qu’en numismatique on a pris l’habitude de désigner, d’après leurs proportions, par le nom de médaillons , de l’italien medaglione, une grosse médaille.

Les médaillons proprement dits, — car il importe de réserver exclusivement cette expression aux pièces qui n’ont pas pu avoir le caractère de monnaies, — les médaillons ne commencent qu’avec le règne de Trajan. Ceux d’or ne se multiplient que sous les empereurs du m° siècle. En effet, il faut retrancher du nombre des monuments de cette classe le soi-disant médaillon d’or d’Auguste découvert à Herculanum (1) et celui de Domitien (2), qui a disparu des collections du Cabinet de France à la suite du vol de 1831 ; ce sont de grosses pièces. de monnaie, des pièces de quatre aurei , appelées quaterniones, la plus forte taille monétaire usitée dans la circulation du temps des empereurs (voy. livre VII, chap. iv, § 1).

Suivant la judicieuse remarque d’Eckhel (3), les types des médaillons impériaux des trois métaux ont très-rarement un caractère historique que l’on puisse rapporter à un événement précis, et par là ils diffèrent complètement de nos médailles commémoratives. Les types des monnaies courantes des mêmes empereurs sont en général bien plus historiques; c’est sur celles-ci que l’on plaçait les allusions aux faits dont on voulait conserver la mémoire sous une forme numismatique.

(1) Cohen, Médailles impériales , Octave Auguste, n° 36.

(2) Cohen, M I, Domitien, ntf b.

(3) DN , f. I, p. xvi.

Il importe, du reste, d’établir une distinction entre les médaillons impériaux d’après la matière dont ils sont formés pour la recherche de leur destination originaire.

h. Les médaillons d’or et d’argent forment un groupe à part.

Ils ont toujours un poids monétaire exact (1), ce qui n’a pas lieu, du reste, de surprendre, tout en admettant qu’ils n’étaient pas destinés à circuler légalement. Dans les habitudes de la cour de Byzance, les bulles d’or que l’on appendait à titre de sceaux au bas de certains actes particulièrement solennels devaient avoir un poids régulier de deux, trois, quatre solidi ou plus (2). Nous-mêmes nous avons généralement soin de donner à nos médailles d’or ou d’argent une valeur exacte, appréciable en une somme déterminée de monnaie.

Mais si les médaillons d’or en particulier ont toujours un poids monétaire exact, nous savons d’un autre côté que la monnaie courante de l’empire romain n’a jamais admis de tailles supérieures à trois et quatre aurei, à ce que l’on appelait le ternio et le qualernio (voy. livre VII, ch. iv, § 1). Il est donc facile de discerner d’après leur dimension et leur poids les pièces d’or, et aussi celles d’argent, qui n’ont jamais eu le caractère de monnaies et ont toujours été de véritables médailles.

Lampride raconte, dans la vie d’Alexandre Sévère, qu’Elagabale, dans une de ses coûteuses fantaisies, avait

(1) Sur les poids des médaillons d’or impériaux, voy. mon travail dans lu Revue numismatique, 1867, p. 127-134.

(2) De caerem. aul. byzant. II, 48, p. 689, éd. de Bonn.

fait frapper, pour le? distribuer à ses familiers, des pièces d’or dont quelques-unes allaient jusqu’à deux livres. Son austère successeur, en montant sur le trône, les fit fondre au profit du trésor (1) -, et c’est ainsi qu’aucun échantillon n’en est parvenu jusqu’à nous.

D’après cet exemple et d’après quelques autres dont il serait possible de le corroborer, on est en droit, je crois, d’affirmer que les médaillons d’or et d’argent étaient fabriqués spécialement pour être distribués aux personnages du plus de marque dans les donativa militaires et dans toutes les autres occasions de largesses publiques, de cadeaux officiels, tels que ceux qui avaient lieu auxkalendes de janvier ou aux Saturnales. On peut même ajouter que les médaillons d’or étaient peut-être donnés en présent par les empereurs, et ceux d’argent par les consuls entrant en exercice (2).

En effet, qu’il y eût une règle fixe de ce genre pour la distinction de l’emploi des deux métaux dans les largesses officielles, c’est ce que nous^ apprenons d’une manière positive par le précepte relatif à la nature des missilia , c’està-dire des petites pièces de monnaie que l’on jetait au

(1) Formas binarias ternarias et quaternarias et denarias etiam usque ad bilibres quoque et centenarias, quas Heliogabalus invenerat, resolvi praecepit neque in usu cujusquam versari; atque ex eo his materiae nomen indilum est : Lamprid. Se v. Alex. 39.

Pourtant, à son tour, Alexandre Sévère fit frapper quelques médaillons d’or que nous possédons, mais d’une valeur bien inférieure.

(2) On peut cependant objecter que la légende MONETA AVG, accompagnant le type des trois monnaies sur la presque totalité des médaillons d’argent postérieurs aux Antonins, semblerait plutôt impliquer que ces pièces étaient plutôt destinées à servir à des présents directement impériaux, mais faits à des personnages d’un rang moindre que ceux à qui l’on réservait les médaillons d’or.

peuple dans les pompes solennelles. Justinien le répète encore en ces termes, dans sa Yle Novelle : « A la seule au- « toritéimpériale appartient le privilège de répandre l’or sur « le peuple, car à elle seule il appartient de mépriser la plus « haute forme de la richesse. Quant à l’argent, qui est ce qu’il « y a de plus précieux après l'or, il est convenable que les « consuls en fassent leurs largesses. »

Il est vrai que les écrivains de l’époque mérovingienne nous montrent Clovis, à la pompe de sa proclamation comme patrice et consul, faisant jeter au peuple des monnaies d’or (1) dont quelques échantillons sont peut-être parvenus jusqu’à nous. C’était là, comme on le voit, une véritable usurpation sur les droits impériaux. Mais aussi n’était-ce pas un consul ordinaire que le terrible roi des Francs. Trop heureux de lui voir accepter les insignes du consulat, ce qui constituait une véritable reconnaissance de vasselage, l’empereur de Constantinople n’était pas en mesure de lui demander des explications sur des irrégularités et des empiétements de ce genre.

Donnés dans les circonstances que je viens d’indiquer, la plupart des médaillons d’or ont été portés au cou comme insignes de la faveur impériale. On les retrouve fréquemment encore munis de la bélière qui servait à les suspendre, entourés de riches encadrements d’or qui achevaient d’en faire des bijoux d’un grand luxe. C’est sous cette forme qu’ils devaient être généralement donnés, surtout à partir d’une certaine époque.

En effet,- l’addition de la bélière est surtout constante sur les médaillons des empereurs postérieurs à Constantin, en même temps que ces médaillons atteignent à l’ordinaire

(1) Gregor. Turon. Hist. Franc. II, 38.

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des dimensions et des poids inconnus aux époques plus anciennes. On en possède de Tempereur Constance pesant 56 solidi (1), de valeur des poids de 15, 40, 48 et 90 solidi (2), enfin de Justinien dont le poids égale 36 fois cette unité monétaire (3) (sur le solidus, voy. le livre VII, chap. vi, § 1). Ces énormes médaillons d’or n’ont jamais été découverts que dans les pays occupés par les barbares au temps où ils furent fabriqués. Ceux du Cabinet impérial et royal de Vienne, les plus grands que l’on connaisse, proviennent de la Hongrie et de la Transylvanie. On les fabriquait, en effet, pour les envoyer en présent à ceux des chefs des peuples barbares qui reconnaissaient la suprématie nominale de l’Empire, en même temps qu’on leur décernait ces titres de cour qui flattaient leur vanité.

C’est ainsi que Grégoire de Tours (4) raconte que le roi Chilpéric lui fit voir un jour les cadeaux impériaux qu’il venait de recevoir de Constantinople. « Il me montra aussi « des médailles d’or du poids d’une livre chacune (72 solidi ) « que lui avait envoyées l’empereur. D’un côté, elles porte taient l’effigie de l’empereur, avec cette inscription à « l’entour : Tiberii ConstantiniperpetuiAugusti ; de l’autre, « un quadrige et son conducteur, avec cette inscription : « Gloria Romanorum. Il me fit voir encore plusieurs autres cc objets précieux que lui avaient offerts les ambassadeurs. »

(1) Arneth, Gold und Silbermonumente der K. K. Münz und Antiken- Cabinetten in Wien, pi. XV, n° 4 ; Cohen, M I, Constance II, n° 21.

(2) Arneth, pi. XVI, n°5 1 et 3; pi. XVII, n“ 1 et 3; Cohen, MI, Valens, nos 1, 4, 6, 7, 8 et 10. — Voy. Steinbüchel, Notice sur les médaillons romains en or du Musée impérial et royal de Vienne, 1826.

(3) Pinder et Friedlænder, Die Münzen Justinians, pi. II.

(4) Hist. Franc. VI, 2.

11 faut remarquer ici que la légende GLORIA ROMANO- RVM, affirmation de la suprématie romaine, est effectivement celle qui se lit presque toujours, avec des types divers, au revers des énormes médaillons d’or destinés à ces présents aux barbares.

Quelques médaillons des métaux supérieurs, or ou argent, à l’époque du Bas-Empire, ont exceptionnellement des types plus historiques, se rattachant d’une manière directe à des événements, mais n’excluant aucunement, bien au contraire, l’idée que les pièces en question ont été fabriquées pour des présents impériaux ou consulaires à l’occasion de ces événements. Tel est le petit médaillon d’argent de Constantin, commémoratif de la fondation de Constantinople, qui présente au revers la figure de la Fortune de la nouvelle ville (1). On en possède plusieurs exemplaires, lesquels montrent que des coins de ce médaillon furent mis simultanément en œuvre dans les dix ateliers de l’hôtel des monnaies de Constantinople, pour les inaugurer. Les divers exemplaires offrent entre eux de très-grandes variations de poids.

5. Les médaillons de bronze se distinguent des monnaies du même métal par un caractère absolument précis et certain, qui ne permet pas de conserver un doute sur leur nature monétaire : c’est l’absence des lettres S C, senatus consulto. La présence de ces lettres était, en effet, d’une rigoureuse nécessité sur la monnaie de cuivre pour lui donner libre circulation dans tout l’empire. Elle y était la marque indispensable de l’autorité du Sénat, auquel Auguste avait laissé la direction, la surveillance et la

(1) Friedlænder, Z-ilschr. für Numismatik , t. III, p. 125 et s.

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responsabilité du monnayage de ce métal (voy. livre III , chap. Ier, g 7, et livre VII, chap. iv, § 1).

Seules, quelques monnaies de cuivre, destinées exclusivement aux besoins de la circulation locale d’une province, ne sont pas marquées des lettres S C, parce qu’elles n’étaient pas fabriquées par l’autorité sénatoriale (1), mais en vertu d’une permission particulière de l’empereur. Telles sont les pièces d’Auguste, de Tibère, de Caligula, de Claude et de Néron, au type de l’autel de Rome et d’Auguste élevé à Lyon au-dessus du confluent du Rhône et de la Saône. Elles sont sorties de l’atelier de Lugdunum pour circuler uniquement dans les trois Gaules, Aquitaine, Celtique et Belgique, dont les députés se réunissaient dans cette ville (voy. livre III, chap. i, § 3 ; livre VII, chap. iv, § h) ; mais les nombreuses contremarques dont elles sont empreintes montrent qu’elles ne pouvaient être acceptées en dehors des trois provinces indiquées qu’après avoir reçu une estampille qui en permettait l’usage ailleurs. Ainsi , pour être reçues indifféremment dans tout l’empire, il fallait qu’elles eussent été surfrappées en contremarque des lettres IMP ou AVG, initiales des mots imperator ou augustus , dont l’apposition les transformait de monnaies locales en monnaies d’empire. Pour leur circulation dans la seule province de la Narbonnaise, il fallait une permission du proconsul de cette province, indiquée parla contremarque P P, permissu proconsidis. Même pour qu’elles fussent reçues seulement sur le territoire restreint de la colonie de Vienne, si voisine de Lugdunum, mais appartenant à la Narbonnaise, une

(1) En dehors de Rome même, il n’y avait qu’un seul atelier sénatorial, celui d'Antioche de Syrie, dont les produits étaient aussi marqués des lettres S C.

autorisation des magistrats coloniaux était nécessaire et devait être mentionnée par une estampille spéciale aux lettres D D, decurionum decreto (voy. livre IY, chap. v,

§ 1 ; livre VII, cliap. iv, § 4).

Les monnaies de cuivre provinciales de ce genre sont peu nombreuses et toutes bien connues. D’ailleurs, avec un peu d’habitude, il est facile de les distinguer au style et à la fabrique des pièces de coin proprement romain. Parmi ces dernières, c’est l’absence des lettres S C qui doit être prise comme le caractère absolu, et au témoignage irréfragable, distinguant les médaillons de bronze, qui n’ont pas eu la destination monétaire, des monnaies véritables de même métal. Celui qui voudrait ici se guider uniquement d’après la dimension n’arriverait à aucun résultat scientifiquement acceptable et serait forcément induit à de graves erreurs. Il existe, en effet, quelques médaillons non monétaires qui n’excèdent pas le module de ce qu’on appelle vulgairement le grand bronze. Par contre, certaines monnaies destinées à la circulation courante, et comme telles marquées des lettres S C, atteignent les dimensions ordinaires des médaillons. Tels sont les quinaires de cuivre de Trajan Dèce (1) et d’Herennia Etruscilla (2) (voy. livre VII, chap. IV, § 2).

Les médaillons se distinguent aussi généralement des monnaies contemporaines par un travail plus soigné, plus précieux, par une supériorité marquée de fabrication et de style. Les coins en ont été gravés avec moins de hâte et plus de recherche ; la frappe en est plus régulière, plus attentive et toujours mieux réussie. Ce sont des produits plus

(1) Cohen, M I, Trajan Dèce, n”s 57-62.

(2) Cohen, M I, Étruscille. n° 18.

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parfaits de 1 industrie du nionnayeiir, qui a pu y consacrer plus de temps et plus de soins, travailler à tête reposée, sans être pressé par les besoins de l’usage public, et, par suite, y donner davantage le caractère d’une véritable œuvre d’art.

Si les dimensions en diamètre ne dépassent pas dans tous les cas celles des plus fortes monnaies, le flan métallique des médaillons est toujours notablement plus épais. L’épaisseur en varie d’ailleurs d’une manière très-sensible d’un exemplaire à l’autre du même médaillon, et il est clair que 1 on n attachait aucune importance à donner une / égalité de poids plus ou moins exacte aux différents exemplaires. Enfin, l’on remarque quelquefois dans la préparation au flan de ces pièces des recherches singulières et coûteuses qu’on n’eût pu se permettre en fabriquant de vraies monnaies, car elles exigeaient des frais de maind’œuvre qui eussent produit des pertes sensibles pour les finances publiques. Je veux parler des médaillons qu’une fantaisie bizarre faisait frapper sur un flan de deux métaux, formé d’un disque de bronze d’un certain alliage et d’une certaine couleur, serti au milieu d’un cercle de bronze d’autre composition et d’autre couleur, l’empreinte des types du coin matrice s’étendant sur la totalité des deux surfaces formée de cette manière de l’un et de l’autre côté de la pièce.

6. Les médaillons de bronze impériaux se rencontrent fréquemment encastrés dans une large bordure du meme métal, fondue et ciselée, qui on augmente trèsfortement la largeur et a reçu une décoration plus ou moins riche. Le plus souvent, la bordure est très-simple,

présentant seulement quelques moulures circulaires, de manière à faire ressortir par le contraste l’élégance et la richesse des types de la pièce placée au centre.

Le Beau et l’abbé Barthélemy ont très-ingénieusement conjecturé (1) que les médaillons de bronze ainsi encastrés devaient être appendus aux enseignes militaires pour y montrer l’image du souverain, objet d’un culte public. 11 n’est pas besoin d’accumuler ici les passages qui, chez les auteurs anciens, prouvent que les portraits impériaux faisaient la principale décoration des enseignes légionnaires. Suétone (2) raconte qu’Artaban, roi des Partir es, ayant passé l’Euphrate pour traiter de la paix, adora les aigles romaines et les images des Césars qui y étaient attachées. Ce furent ces images dont l’aspect souleva tout le peuple de Jérusalem lorsque Pontius Pilatus eut fait entrer dans cette ville les enseignes romaines (3). C’est aussi ce qui, dans l’âge des persécutions, coûta la vie à tant de chrétiens qui, pour cette raison, refusaient d’entrer dans la milice ou de rendre aux enseignes un culte que leur religion leur interdisait. Toutes les fois que les légions se lassaient d’un empereur, elles arrachaient son portrait de leurs étendards pour y substituer celui du nouveau maître qu’elles choisissaient. Tacite, Suétone, Hérodien et les écrivains de l’Histoire Auguste en fournissent une quantité d’exemples, et c’est pour cela que les porte-enseignes étaient souvent qualifiés de « porteurs d’images » , imaginarii ou imaginiferi (4).

(1) Mém. de V Acad, des inscr. a ne. sér. t. XXXV, p. 299.

(2) Cai. 14.

(3) Joseph. Bell. Jud. II, 9.

(4) Veget. Il, 7.

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Les nombreuses représentations des enseignes romaines que nous offrent les sculptures de différents monuments, en particulier celles des arcs de triomphe, ne laissent pas de doute sur ce qu’étaient les images impériales qu’on y attachait. Elles y figurent toujours sous la forme de médaillons ayant exactement l’aspect de nos médaillons de bronze encastrés ; presque jamais on n’en voit un seul par enseigne, mais deux, trois ou même quatre superposés les uns aux autres, et tantôt appliqués, tantôt suspendus par des chaînettes le long de la partie supérieure de la hampe, immédiatement au-dessous de l’aigle qui la surmontait. Souvent les médaillons de bronze encastrés que l’on rencontre dans les collections présentent, à la partie supérieure ou inférieure de la circonférence de leur bordure, les traces incontestables du tenon métallique qui servait à les fixer les uns au-dessus des autres.

La forme des enseignes des corps auxiliaires était plus variable que celle des enseignes légionnaires ; on y laissait davantage carrière à la fantaisie des chefs de corps. Mais l’image impériale, environnée d’un culte, en était toujours un élément essentiel, et elle y figurait encore sous la forme d’un médaillon de très-larges dimensions , comme nos médaillons de bronze encastrés. Il est, par exemple, facile de reconnaître la place où s’enchâssaient les images césariennes et la forme qu’elles avaient dans une de ces enseignes d’auxiliaires qui a été découverte en Grèce (1).

L’opinion de Le Beau et de Barthélemy sur la destination des médaillons de bronze à l’effigie des empereurs, munis de larges encadrements, paraît donc bien démontrée, et elle a reçu l’adhésion de la majorité des savants. On ne

(1) Le Bas, Voyage en Grèce , Monuments figurés, .pl. CIX.

doit pas y objecter, en effet, que quelquefois ce n’est pas la tête de l’empereur régnant, mais celle de sa femme ou de quelque autre membre de sa famille qui est représentée sur ces monuments. L’honneur de l’image appliquée aux enseignes militaires ne se bornait pas, en effet, aux seuls augustes; il s’étendait aux césars et même aux autres membres de la famille impériale. Le portrait de Drusus était sur les enseignes de l’armée de Germanie, et c’est à cette image vénérée pour le souvenir de tant de glorieux exploits que son fils Germanicus s’adresse, dans Tacite (1), pour calmer la mutinerie des soldats. Les légions crurent faire leur cour à Tibère, en plaçant sur leurs enseignes l’image de l’ambitieux Séjan, dont il avait fait son gendre. Tibère le souffrit avec sa dissimulation ordinaire; mais, après s’être défait de Séjan, il récompensa les légions de Syrie, parce qu’elles étaient les seules qui n’eussent pas rendu cet honneur à son perfide favori (2).

7. Cependant la majorité des médaillons de bronze impériaux ne sont pas encastrés dans des bordures du genre de celles qui les rendaient propres à être fixées le long des enseignes, et ne l’ont certainement jamais été. Il faut donc que l’on en ait fabriqué, et en grand nombre, pour un autre usage. C’est là, d’ailleurs, un emploi pour lequel on utilisait les médaillons non monétaires, et non pas la destination en vue de laquelle on les frappait. En effet, on leur substituait quelquefois dans cet emploi des grands bronzes monétaires, marqués au revers des lettres

(1) Ann. I, 43.

(2) Sueton. Tiber. 48.

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S C, qui assuraient leur circulation, quand le module de ces pièces les rendait propres à un tel usage. On en rencontre, en effet, qui ont été munis de l’encadrement des images d’enseignes (1), exactement comme des médaillons, et dont l’application à cet emploi ne peut donc faire l’objet d’un doute.

Quelle était donc l’intention dans laquelle on fabriquait les médaillons de bronze non monétaires? Ces pièces sont d’un métal trop vil pour avoir pu servir à des présents impériaux ou consulaires, comme les médaillons d’or et d’argent. D’un autre côté, le travail en était trop soigné, la fabrication trop coûteuse, pour que l’on puisse admettre que c’étaient de simples tessères distribuées au peuple comme billets donnant part à la distribution dans les congiaires, les frumentations et les autres circonstances analogues.

Mais, de même que la matière des médaillons d’or et d’argent fournit un indice très-sûr pour en reconnaître la destination, il semble que dans la matière des médaillons de bronze on puisse trouver une lumière sur l’autorité qui les faisait fabriquer. Ils ont été exécutés par les mêmes graveurs et dans les mêmes ateliers que les monnaies de cuivre ; la vraisemblance est donc que l’ordre de leur fabrication a dû être donné par l’autorité qui dirigeait ces ateliers, c’est-à-dire par le Sénat, maître de la frappe du cuivre comme l’empereur l’était de celle de l’or ou de l’argent. L’omission intentionnelle et constante des lettres S C n’a, par le fait, rien de contraire à cette idée d’une origine sénatoriale; en effet, si l’on avait placé ces lettres

(1) Voy. entre autres exemples les pièces du Cabinet de France gravées dans Cohen, M I, t. II, pl. II, n° 342, et pl. VIII.

sur les pièces en question, leur inscription y eût donné ipso facto le caractère de monnaie courante, ce que l’on voulait éviter. Elles ne devaient donc en aucun cas figurer sur des médailles distinctes de la monnaie, quand bien même c’était le Sénat qui faisait fabriquer ces médailles.

Le jugement le plus vraisemblable sur l’origine et la destination de la plupart des médailles de bronze, celui qui paraît le mieux fondé reste toujours celui d’Eckhel (1). « Je ne crois pas me tromper, dit-il, en rapportant leur fabrication à l’origine suivante. Ces médaillons ont dû être faits par l’autorité du Sénat lorsqu’il émettait des vœux publics pour l’empereur dans des circonstances telles qu’une arrivée ( adventus ), un départ ( profectio ), un triomphe, ou bien chaque année aux kalendes de janvier, ou bien encore dans quelque solennité religieuse. Emis dans des circonstances de ce genre et répandus dans le public pour en conserver le souvenir, on s’explique le soin tout particulier apporté à leur travail. On comprend aussi comment ils sont en bronze, puisque le Sénat n’avait de droit que sur ce métal, et comment la marque S C y a été supprimée pour empêcher leur confusion avec la monnaie. » L’examen des types qui se rencontrent sur les médaillons de bronze impériaux de coin romain confirme entièrement ces idées (2). C’est à des circonstances du genre de celles énumérées par Eckhel que se rapportent leurs types, bien plus qu’à des événements précis. Ceux d 'adventus et de profectio sont presque les seuls qui aient un caractère

(1) D N, t. I, p. xvii.

(2) La collection des médaillons de coin romain conservés au Musée Britannique a fait récemment l’objet d’une splendide publication aux frais de ce grand établissement scientifique : lioman medallions in ths Brilish Muséum, Londres, 1875, in-4°.

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historique; le plus grand nombre sont d’une nature religieuse qui les rattache tout naturellement à des vœux publics. Particulièrement intéressant et instructif est le petit médaillon d’Hadrien, frappé à l’occasion des souhaits des kalendes de janvier, qui a pour légende au revers Sénats P opulus Q ue Rumanus knnurn N ovwrn F austum F elicem HADRIANO ÀVG usto P atri Patriae(l).

8. De Eome, l’usage des médailles de bronze non monétaires passa dans les provinces orientales vers l’époque d’Hadrien. C’est depuis le règne de ce prince jusque vers la fin du IIIe siècle qu’il y donna naissance aux grands médaillons, analogues à ceux de coin romain et toujours en bronze, avec la tête des empereurs, qu’émirent les cités de l’Asie Mineure et de la Thrace à l’occasion de ces jeux périodiques et solennels qui tenaient alors tant de place dans la vie des Grecs dégénérés et par lesquels ils se consolaient de la liberté perdue.

Ces médaillons des provinces d’Orient, quelquefois de dimensions plus larges que ceux de coin romain , mais au flan généralement moins épais, s’en distinguent dès le premier coup d’œil par un travail bien moins soigné, par un plus mauvais style, aussi bien que par la nature des types des revers , presque tous agonistiques , par la langue des legendes, qui est constamment le grec, et par 1 inscription des noms des villes qui les ont fait frapper. Ces pièces se trouvent décrites avec les monnaies dans le grand ouvrage de Mionnet et dans les principaux catalogues des collections numismatiques. On ne leur a consacre aucune etude spe-

(I) Cohen, M I, Adrien, n° 374

ciale depuis le livre de Buonarroti, publié à la fin du XVIIe siecle (1), et il serait fort à désirer que quelque numismatiste en donnât une monographie complète. Le sujet en vaut bien la peine.

Les légendes tracées au revers des médaillons de bronze des villes grecques sous la domination impériale en indiquent très-nettement l’origine et la destination. Presque toujours les jeux dont ils commémoraient la célébration y sont mentionnés, et cela avec des formules tout autres que celles des mentions de jeux qui se trouvent fréquemment à la meme epoque sur les monnaies proprement dites. J’en citerai comme exemple l’inscription qui se lit sur plusieurs médaillons frappes a Pliilippopolis de Thrace au temps de l’empereur Caracalla (2) : KOINON GPAKCüN AAGIANAPGIA TTY0IA GN 0IAirTTTOT7OAGI: Communauté des Thraces. Jeux Alexandréens Pylhiens à Philippopolis . Sur une monnaie destinée à une circulation légale, les jeux pourraient être mentionnés, mais le nom de la ville serait de règle exprimé par l’adjectif ethnique au génitif pluriel, 0IAITTnorTOAGITCüN, car ce serait une monnaie des gens de Philippopolis, à laquelle l’autorité municipale donnerait sa garantie par cette formule. L’emploi de l’expression £V «Ihaitutto-o'/.s-., à Philippopolis , s’appliquant aux jeux eux-mêmes, est caractéristique d’une médaille non monétaire, destinée seulement à conserver le souvenir de la fête agonistique.

Les médaillons sont souvent frappés au nom de ces assemblées de délégués des villes d’une même province, désignées par les noms de conventus ou de commune , en

(1) Osservazioni tioriche sovra alcuni medaglioni. antichi, Rome, 1698.

(2) Mionnet, t. I, p. 417, n°s 349-353.

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grec xowov, qui, sous la surveillance des gouverneurs romains, se réunissaient pour délibérer sur certains intérêts financiers communs ou bien pour administrer certains cultes et certains jeux (1). Une partie de ceux de ces y.oivà dont les noms se lisent sur les médaillons n’apparaissent pas également sur des monnaies ; c’est l’indice que les communautés qui se trouvent dans ce cas pouvaient bien faire fabriquer des médailles n’ayant pas de cours légal, mais ne possédaient pas pour cela le droit d’un monnayage collectif. On peut citer dans ce genre la communauté des treize villes d’Ionie, KOINON IflNflN, KOINON II" nOAEHN inNHN, et celle des cités de la Thrace, KOINON OPAKfïN.

On remarque aussi sur les médaillons la multiplication des formules de dédicace exprimées par le verbe àvéQnxe. Il est vrai que des formules semblables se rencontrent aussi quelquefois à la même époque et dans les mêmes contrées sur de vraies monnaies, où elles semblent indiquer la générosité de quelque ricbe particulier qui se serait chargé de subvenir pour sa ville aux frais de la fabrication monétaire (2) (voy. livre IV, cliap. n). Mais on doit remarquer que sur les monnaies l’inscription de dédicace, composée du nom d’un individu que suit le verbe, se place généralement après la mention des habitants de la ville au génitif de possession : ( Monnaie ) des gens de tel endroit ; an tel a dédié. La formule qui met l'adjectif ethnique au datif après le verbe de dédicace — Un tel a dédié aux gens de tel endroit — peut être considérée comme presque absolument caractéristique d’une médaille au lieu d’une

(1) Voy. Eckhel, D N, t. IV, p. 430 et s.; Tittmann, Griech. Staatsverfassungen, p. 740 et s.

(2) Eckhel, D N, t. IV, p. 368 et s.

monnaie. Le sens de ces inscriptions de dédicace et le caractère commémoratif des pièces qni les portent, même quand elles ont pu être admises dans la circulation locale, sont tout spécialement caractérisés par celles que P. Claudius Attalus, fils du célèbre Polémon et sophiste comme lui, fit frapper, dans les modules des médaillons et du grand bronze, à Laodicée de Phrygie sous le règne de Marc- Aurèle et avec la tête de cet empereur (1). L’une d’elles porte en légende TT KA ATTAAOC eniNIKION AN£0HK£ AAOAIK£GON, P. Claudius Attalus a dédié en monument commémoratif de sa victoire {agonistique). {Monnaie) des gens de Laodicée.

Au reste, dans la série improprement qualifiée d’impériales grecques, comme dans la série de coin romain, l’emploi d’un module extraordinaire et supérieur à celui des plus grosses monnaies habituelles n’est pas strictement nécessaire pour faire reconnaître une pièce non monétaire. A côtq des médaillons que leurs dimensions font distinguer au premier coup d’œil, il y a de petites médailles dont une étude attentive amène à discerner la véritable nature. Ainsi, je crois pouvoir affirmer qu’aucune des nombreuses pièces frappées dans les villes grecques avec la tête d’Antinoüs n’a eu le caractère d’une monnaie circulante, bien qu’on en ait autant dans les proportions du grand bronze ou. même du moyen bronze que dans celles des médaillons. Ce sont des médailles commémoratives en l'honneur du nouveau dieu que créait le honteux caprice d’Hadrien, fabriquées au moment de l’établissement de son culte pour en éterniser le souvenir. Bien des faits se réunissent pour le prouver. On a de ces pièces dans des

(I) Eckhel, D N , t. III, p. 163.

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villes dont il n’existe pas de monnaies contemporaines ou du moins pas de monnaies du même module, par conséquent dans des villes qui ne jouissaient pas de la permission de monnayage ou qui n’en avaient qu’une restreinte. Elles ont des légendes grecques dans des colonies romaines dont les monnaies ont toujours leurs légendes en latin, ce qui montre une intention bien manifeste d’empêcher par cette particularité même qu’on ne les y confondît avec la monnaie destinée à la circulation- Enfin, c est au revers des pièces à la tête d’Antinous, que l’on rencontre le plus souvent la formule de dédicace dont nous parlions tout a l’heure. Le prêtre, institué pour desservir le culte du dieu de nouvelle création au nom d’une province ou d une ville, dédie la médaille frappée en son honneur aux gens de la province ou de la ville reunis a sa fete. C est ainsi que s’exprime dans les légendes de pièces de ce genre un nommé Hostilius Marcellus, établi à Corinthe prêtre d'Antinous pour la province d’Achaïe : 0CT1A10C MAPKGAAOC O IGPGYC TOY ANTINOOY KOPINGIHN ANGQHKG (1), Hostilius Marcellus , le prêtre d' Antinous pour les Corinthiens, a dédié, ou bien: OCTIAIOC MAPKGAAOC O IGPGYC TOY ANTINOOY AXAI01C ANGQHKG (2) , Hostilius Marcellus , le prêtre d’ Antinous, a dédié aux Achéens. Celui de Smyrne écrit sur une pièce du module ordinaire des monnaies, au revers de la tête de son dieu, CMYPNA1C0N IGPCONYMOC ANGQHKG (o), des gens de Smyrne; Hièronyme a dédié , et le stratège de la ville sur plusieurs me-

(1) Mionnet, t. II, p. 180, n° 239.

(2) Mionnet, t. II, p. 160, n<» 97 et 98.

(3) Mionnet, t. III, p. 229, n° 1287.

daillons, nOAGMHN ANGOHKG CMYPNAIOIC (I), Polé-

mon a dédié aux gens de Smyrne; le prêtre d’Antinoüs à Mégalopolis d’Arcadie sur une très-petite médaille, BGTOYPIOC TOIC APKACI (2), V eturius aux Arcadiens.

§2. — Les pièces fabriquées spécialement en yue d’offrandes religieuses.

1. Les médailles à l’image d’Antinoüs divinisé, surtout quand leur module se rapproche de celui des espèces monétaires habituelles, ont pu dans certains endroits être frappées pour un objet de culte et d’offrande aussi bien que dans une intention de simple commémoration. En effet, il est positif que dans l’antiquité les ateliers monétaires ont fabriqué des pièces exclusivement destinées à servir dans des offrandes religieuses, et non à circuler comme monnaie ordinaire.

C’était un usage très-répandu chez les anciens que celui d’offrir aux divinités des pièces de monnaie. Dans certains sanctuaires, semblable offrande avait le caractère d’une prescription rituelle. « La superficie de l’agora de Pharæ (d’Achaïe), dit Pausanias (3), est considérable, comme dans les localités les plus anciennes. Au milieu s’élève une figure en marbre d’Hermès barbu. Le dieu est debout, le corps en gaine et de forme carrée, sans base et adhérent au sol même de la place. L’inscription que porte cette statue,

(1) Mionnet, t. III, nos 1279-1286.

(2) Mionnet, t. Il, p. 213, n°s 19-22.

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