LE SYSTÈME MONÉTAIRE ANGLAIS ET FRANÇAIS
misère des ouvriers, les soulèvements du chartisme, le socialisme de l'époque, enfin Taggravation presque universelle du système protecteur.
En 1873, l'Allemagne a voulu imiter l'Angleterre, en proscrivant l'argent, son étalon monétaire jusqu'à cette date.
Il s'en est suivi une nouvelle crise qui ne semble pas encore terminée. Quoiqu'il soit peut-être prématuré de vouloir déterminer exactement la part d'influence des diverses causes qui l'ont produite, on peut dire qu'elle présente des caractères très semblables à celle qui a sévi de 1816 à 1840. L'Allemagne a même dû suspendre sa réforme monétaire, pour éviter à ses populations et au monde entier les souffrances qu'elle leur infligeait. Cette expérience a été si décisive qu'elle a porté l'un des premiers économistes financiers de l'Angleterre, M. Goschen, à émettre au sein de la Conférence monétaire de 1878, ce solennel avertissement : « Tout pas nouveau dans cette voie aurait pour effet de provoquer une crise plus désastreuse que toutes celles dont le monde commercial a gardé le souvenir. » Il a été jusqu'à prononcer cette parole qui est la condamnation du système en vigueur dans son pays : « La tentation de généraliser l'adoption de l'étalon d'or n'est pas seulement une utopie; c'est une utopie fausse et pernicieuse. »
Le système français, ses adversaires le reconnaissent eux-mêmes, jouirait d'une stabilité et d'une permanence d'autant plus grandes, qu'il serait accepté par plus d'États. Le système anglais, ses partisans le déclarent hautement, doit rester le privilège de quelques nations élues. Le premier implique ainsi l'égalité et la fraternité des peuples, car il s'offre à tous. Le second est exclusif et aristocratique, puisqu'il condamne tous les pays, sauf un ou deux, à se servir d'un système monétaire déclaré imparfait ou mauvais.
Le système français généralisé établirait entre les peuples l'harmonie et l'accord des intérêts ; car, en légalisant partout l'emploi simultané des deux métaux il fournirait
au monde rinstrument d'échange indispensable. Le système anglais, au contraire, réduisant presque de moitié l'agent de la circulation universelle, provoquerait une lutte pour J'or, devenu insuffisant, ou, comme diraient certains naturalistes, un struggle for gold, qui prendrait pour armes les hausses de Tescompte et les hausses des tarifs.
La qualité principale de la monnaie est la stabilité.
Le système français, appuyé sur la masse totale de For et de Targent et alimenté par deux sources dont les variations dans le débit se compensent, donne aux prix une stabilité beaucoup plus grande que le système anglais, car celui-ci a pour fondement une masse métallique moitié moindre et il confie le rôle de monnaie exclusivement à un seul métal, Tor, dont la production est très irrégulière et qui, suivant les géologues les plus compétents, se réduira de plus en plus.
Le système français, qui établit un rapport fixe entre Tor et l'argent, quoique ne régnant qu'en France seulement, a été assez puissant pour maintenir de 1803 à 1873 la fixité du change entre les deux métaux, dans le monde entier, au profit du commerce de tous les pays et surtout de l'Angleterre.
Depuis qu'une de ses clauses, la frappe libre, est suspendue, le système anglais, isolé et réduit à lui-même, inflige des pertes et des entraves sans nombre au trafic avec tous les pays dont l'argent est la monnaie exclusive, c'est-à-dire avec l'immense majorité des populations du globe.
La législation de 1803, les habitudes commerciales et la richesse naturelle de la France lui ont assuré cette puissante circulation de métaux précieux que des conseillers, à mon avis bien imprévoyants, veulent diminuer. N'est-ce pas grâce à cette masse d'or et d'argent, qu'elle a pu payer les sommes énormes exigées par les événements de 1870 et maintenir, au pair, une émission de plus de trois milliards de billets à cours forcé, chose inouïe et incroyable?
L'Angleterre peut réduire, sans danger, dit-on, la base métallique du crédit à ses extrêmes limites, mais elle paye