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CHAPITRE LXI

OBJECTION N*" 9. — CE N^EST PAS LE MONNAYAGE QUI DONNB LEUR VALEUR A l'oR OU A l'aRGENT

Dans réloquent discours qu'il a prononcé à la dernière Conférence monétaire de Paris, M. Frédéric Passy s'est élevé vivement contre l'intervention de FÉtat en ce qui concerne la monnaie. « Ce que je combats, disait-il, c'est la doctrine de la toute-puissance de l'État et l'idée que le monde économique est dans les mains du gouvernement et qu'il n'est pas gouverné par des lois naturelles.

« La vraie science dit aux gouvernements tentés de substituer leur sagesse à celle des intéressés : N'y touchez pas.

« Ge n'est pas, quoi que vous en disiez, le monnayage qui donne à l'or et à l'argent leur valeur; c'est la valeur propre de l'or et de l'argent qui confère à ces métaux la fonction monétaire. On ne taxe pas plus les lingots que le blé ou la farine et le cours des lingots influe sur celui de la monnaie comme le cours du blé sur celui du pain. » (Compte rendu, p. 194-197.)

M. F. Passy méconnaît ici le caractère essentiel de la monnaie. Qu'est-ce que la monnaie ou plus exactement l'unité monétaire? C'est un poids d'or ou d'argent contrôlé et pesé par l'État, qui lui confère le pouvoir payant illimité. Sans l'intervention de l'État, il n'y a point de monnaie, parce qu'il n'y a pas de marchandise investie, de par la loi, du privilège de pouvoir être valablement offerte en tout payement.

E. DE Lave LEVE. — La monnaie. 48

M. Passy est partisan du monométallisme-or; mais dans ce système, conmie dans celui du bimétallisme, c*est i*État qui confère au porteur d'un kilogramme d*or le droit de le faire monnayer en 155 pièces de vingt Arancs, avec lesquelles il peut acquitter toute dette et faire tout payement.

La monnaie d'or en tant qu'instrument légal de rechange est donc une création de la loi.

On peut prétendre que le système bimétallique offre des inconvénients assez graves pour le faire condamner; mais ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas plus contraire aux lois naturelles que le système monométallique.

Quand l'État donne au porteur d'un kilogramme d'argent le droit de le faire monnayer en 200 unités monétaires légales, et, en même temps, au porteur d'un kilogramme d'or le droit de le faire monnayer en 3,100 unités monétaires légales, il ne viole pas plus les lois économiques qu'en réservant ce privilège soit à l'or, soit à l'argent seul.

On ne taxe pas plus les lingots que le blé, dit M. Passy. Mais si on donne le droit de convertir un kilogramme d^or en 3,100 francs, n'est-ce pas le taxer à ce prix? Le céderat-on à 3,000 francs?

Sans doute une partie de la valeur de for et de l'argent provient de leur emploi industriel, comme celle du fer ou du cuivre. Mais, à moins de méconnaître la fameuse loi économique de l'offre et de la demande, il faut bien admettre que remploi monétaire doit agir sur la valeur.

Donc, si vous accordez le monnayage à un métal, vous en ferez hausser le prix. Retirez-le-lui, et vous le ferez baisser. Quand on a commencé à faire la monnaie de nickel, le prix de ce métal a triplé. Quand on a cessé d'admettre la frappe libre de l'argent en Europe, son prix a successivement baissé de 25 à 30 0/0. Mais il y a pins : la frappe libre d'un métal, créant un débouché illimité d'après un tarif fixe, détermine le prix constant de ce métal. Pourquoi l'or vaut-il invariablement à Londres dg 3.17,10 1/2 l'once standard et à Paris 3,100 francs le kilogramme à 9/10 de fin? Parce que l'on peut en Angleterre, comme en France, convertir l'or en monnaie légale d'après ce tarif de la Mint.

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