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l'ouest du Brésil, dans TAfrique australe et dans l'intérieur de r'Australie; mais, le passé récent le fait prévoir, du moment qu'on les exploitera avec l'énergie qu'on y met aujourd'hui, ils ne dureront pas plus longtemps que ceux de l'Australie et de la Californie. Il reste, il est vrai, l'attaque directe des filons par l'art des mineurs; mais quand on ne rencontre pas des gîtes très riches, les frais dépassent bientôt les bénéfices. C'est pour ce motif qu'en Europe, comme en Amérique et déjà en Australie, tant d'exploitations sont aujourd'hui abandonnées.
C'est une remarque d'Hérodote, qu'Alexandre de Humboldt a mise en tête de ses recherches sur les métaux précieux, que l'or vient toujours des limites extrêmes où s'arrête la civilisation. Très souvent, c'est le premier fruit de la colonisation. Dans l'antiquité, l'or arrivait de l'Inde et de la Perse, de l'Arabie et du Nil, d'Ophir, des montagnes de la Dacie et de TEspagne. Dans les premiers temps du moyen âge, la Bohême en livre un peu; mais vers la fin de cette époque la production paraît avoir cessé, presque entièrement pour l'Europe. Après la découverte du nouveau monde, Mexico, le Pérou, les Antilles, plus tard le Brésil, apportent un contingent considérable d'or; mais vers 1830 on ne recueille presque plus rien, trente millions de francs par an, en tout, estime Mac-Culloch. En 1848, nouvel afflux plus considérable que tous les précédents; mais plus on produit, plus l'épuisement vient tôt. Plusieurs des régions naguère les plus riches, comme la Californie, Montana, Idaho, Jeniseï, Victoria, montrent des signes indéniables d'un rapide appauvrissement.
La conclusion du livre, si rempli de faits, de M. Edouard Suess est que la production de l'or va en diminuant, comme c'est du reste le sort de toutes les industries extractives qui épuisent le fonds qu'elles exploitent; que par conséquent la quantité de ce métal deviendra complètement insuffisante pour faire face aux besoins croissants des arts, du luxe et du monnayage. D'après le savant géologue viennois, c'est à peine si l'or et l'argent réunis offriront un moyen d'échange en rapport avec l'accroissement si rapide du commerce dans le monde entier. Si donc on devait écouter les partisans de l'unique étalon d'or et expulser l'argent, on arriverait, d'après lui, aux conséquences les plus désastreuses.
U QUESTION MONÉTAIRE. — L*ÉTALON d'OR ET LE FREE-TRADE
Lettre ouverte aux membres du Cobden Club,
Convaincu qu'un grand intérêt humanitaire est engagé dans la question monétaire, je m^adresse à mes collègues du Cobden Club, et surtout à ceux qui font partie de Tadministration actuelle, et que j*ai l'honneur de connaître personnellement : à ce grand, éloquent et infatigable serviteur de la justice, qui a nom Gladstone, au duc d'Argyl, à sir Charles Dilke, à MM. Chamberlain, Fawcett, Grant Duff, Shaw-Lefevre. La bienveillance de l'accueil que j'ai toujours reçu d'eux me fait espérer qu'ils ne me refuseront pas un moment d'attention.
Je ne vous parlerai pas, éminents Collègues, des embarras et des maux que le désordre monétaire actuel cause à l'industrie et au commerce de l'Angleterre. Vous les connaissez mieux que moi. Les pétitions de vos Chambres de commerce, de vos négociants, le mémorandum du Département des finances de l'Inde vous les exposent assez clairement. Je vous parlerai d'un intérêt plus général et plus grand encore.
La devise du Cobden Club est : Frbb Trade, Péage and 600D wiLL AMONG NATIONS. Je u'hésito pas à dire que votre politique monétaire met en péril ces trois grands intérêts de rhumanité : la paix, la liberté des échanges et la concorde entre les peuples.
Vous avez tous été élevés, comme moi, dans les principes économiques de l'école déductive. Les maîtres de notre science en Allemagne et en Italie, récemment M. P. Leroy- Beaulieu, en France, et, en Angleterre, parmi tant d'autres, Cliffe Leslie et Ingram, sont venus montrer ce que ces formules abstraites et incomplètes renferment d'erreurs et causent parfois de maux. Dans aucune question, elles n'ont été plus malfaisantes que dans la question monétaire.
Elles y ont apporté la lutte au lieu de la paix, Tantagonisme au lieu de rharmonie des iatérèts.
La nature a doué deux métaux, Tor et Targent, de toutes les qualités propres à en faire Tiustrument des échanges. Dans tous nos traités d'économie politique, le chapitre de la Monnaie débute par cette démonstration. En raison de ce fait naturel, Thumanité a toujours employé l'or et l'argent sur le même pied.
L'école déductive — non Adam Smith — s'est insurgée contre la nature et contre l'histoire. Elle est yenue dire : Il ne faut pour la circulation qu'un seul métal. Gardez l'or et proscrivez l'argent.
Tant que l'Angleterre a agi seule, cet attentat aux traditions historiques et aux conditions naturelles n'a produit que des perturbations passagères; mais dès qu'on a voulu généraliser le système, ses funestes effets se sont fait sentir sous la forme des maux économiques que nous avons sous les yeux. L'histoire et la nature ont vengé leurs droits méconnus.
Notre éminent collègue, M. Goschen, l'a dit : vouloir
GÉNÉRALISER L'EMPLOI EXCLUSIF DE l'oR EST UNE UTOPIE PERNI- CIEUSE.
Je vous le demande : un système monétaire, qui devrait être le privilège égoïste de l'Angleterre, peut-il être vrai et conforme aux lois naturelles?
Croyez-vous que ce soit un élément de concorde entre les peuples que de dire : Le seul système monétaire rationnel, c'est Tétalon d'or; mais tous les pays ne peuvent l'avoir. L'Angleterre le garde pour elle. Les autres se contenteront de l'argent ou de cette insanité qu'on appelle le bimétallisme.
Expulser l'argent et n'avoir que l'or seul comme monnaie, au moment où il se raréfie et où la circulation métallique se rétablit ici et augmente ailleurs, c'est agir dans le sens de la baisse des prix.
La baisse des prix, provenant non de l'abondance des produits, mais de la rareté du numéraire, c'est la crise lente insidieuse, continue.
La baisse lente et continue, c'est le fermier qui ne peut payer son bail.
C'est la réduction des fermages, et la terre retournant en friche, comme je l'ai vu en Angleterre.
C'est le commerçant obligé de Tendre moins cher qu'il n*a acheté ;
C'est l'industriel forcé de réaliser le produit fabriqué au-dessous du prix de la matière première ;
C'est la dépression ou la stag^nation des affaires et, par conséquent, la baisse des salaires ;
C'est le numéraire s'accumulant, inerte, dans les banques, et, par suite, la baisse de l'intérêt;
C'est enfin, au point de vue social, l'hostilité des classes : fermiers à moitié ruinés contre les propriétaires; ouvriers moins rétribués contre les maîtres.
Voici maintenant comment la lutte pour l'or tue le Free- Trade.
Quand les prix baissent d'une façon continue et générale, l'agriculteur et l'industriel en accusent la concurrence étrangère, car rinfluence mystérieuse de la contraction monétaire leur échappe. Cela s'est vu pendant la période de dépression 4815-1830, comme pendant la crise récente 1873-1879.
Le succès des États-Unis, qui, en élevant les droits de douane, s'est créé une balance favorable, payée en or, est un précédent mortel pour le Free-Trade^ si la lutte pour l'or doit continuer. 11 est certain que les pays qui verront leur or s'écouler voudront le retenir, en empêchant autant que possible l'importation des marchandises étrangères, donc par la protection.
L'Allemagne a élevé les droits quand elle a vu son or, si chèrement acheté, retourner en Angleterre.
Si l'Italie s'aperçoit que les 400 millions qu'elle va emprunter pour abolir le cours forcé partent pour Londres, elle fera de même. Le négociateur habituel des traités de commerce, M. Luzzatti, n'a pas hésité à le déclarer au Parlement italien, le 7 février dernier, en répondant aux menaces du Saturday Review, qui avait dit : « L'Angleterre, la France et l'Allemagne se coaliseront pour défendre leur or, que l'Italie veut leur enlever. »
La Russie, pour arriver à relever le change du rouble et reconquérir une circulation métallique, en conservant les 125 millions d'or qu'elle produit, a déjà augmenté considérablement ses tarifs douaniers, et elle les exige en or.
L'Autriche a fait de même.
Enfin, en France, si la crise chronique devait s'aggraver
par suite d'une crise aiguë, eonséquence d'un drainage monétaire prolongé, soyez-en convaincus, les réclamations en faveur de droits plus protecteurs encore deviendraient irrésistibles.
Considérez un moment, très honorables Collègues, quelle est la situation des autres pays relativement à T Angleterre. L'Angleterre est encore le centre commercial du monde. Par conséquent, c'est là qu'affluent les métaux précieux. Avec une hausse de l'escompte à 3 p. c, vous attirez en temps ordinaire ce qu'il vous faut d'or. Mais à Berlin, il a fallu 5 et 6 p. c. l'automne dernier. En Italie, combien faudra-t-il pour lutter contre la puissance d'attraction presque irrésistible de la Banque d'Angleterre?
Alors se pose pour les peuples cette question, terrible dans ses conséquences : Pour conserver l'or dont nous avons besoin, que vaut-il mieux : la hausse de l'escompte ou la hausse des tarifs?
La réponse ne saurait être un moment douteuse .
Les peuples répondront : Plutôt la hausse du tarif, qui frappe l'étranger, que la hausse de l'escompte, qui frappe les nationaux.
On lira les excellents travaux que le Cohden Club distribue par milliers. Mais la loi de Darwin l'emportera : Ce sera la lulte pour l'existence, c'est-à-dire pour Tor.
N'est-il donc pas vrai que l'étalon d'or tue le Free- Tradel
On a prétendu que le Free-Tradey appliqué à la monnaie, concluait à l'étalon simple. C'est une erreur complète. S'il avait quelque application en ceci, il conduirait au système chinois du lingot au poids, c'est-à-dire au troc. S'il y a « monnaie », c'est que la loi fixe la valeur du métal libératoire.
Ce qui importe en fait de monnaie, c'est la stabilité. Stanley levons a démontré mathématiquement, et M. Goschen a affirmé au Parlement, l'an dernier, qu'une monnaieétalon, composée de deux métaux, était moins variable qu'un étalon formé d'un seul métal.
Quand les physiciens font un pendule composé, avec des tiges de cuivre et d'acier accouplées, violent-ils ou appliquent-ils les lois naturelles?
Le propre d'un système faux, c'est que les résistances qu'il provoque et les perturbations qu'il produit sont d'au-
tant plus graves qu'on l'applique d'une façon plus générale et plus persistante : c'est le cas pour Té talon d'or exclusif.
Supposons que les États-Unis et la France, vaincus par vos résistances et imitant votre exemple, proscrivent l'argent et vendent sur le marché de Londres les milliards de ce métal qu'ils possèdent, outre toute la production annuelle. Le prix de l'argent tombera à la moitié, au tiers peutêtre de sa valeur habituelle. Vous êtes mieux à même que moi d'apprécier les conséquences désastreuses de ce fait, qui deviendrait inévitable.
Je crois pouvoir affirmer que, dans la question monétaire comme dans la question agraire, l'autorité de la science, qui était jadis entièrement favorable au système exclusif de l'Angleterre, l'est aujourd'hui au système de la France, plus humain et plus conforme à la nature.
Encore un mot, dont vous comprendrez la gravité. L'Amérique envoie vers l'Europe des messagers de paix pour faire succéder l'union et l'harmonie à l'antagonisme. Si l'Europe n'accepte pas la main qui lui est tendue et si la lutte économique doit continuer, soyez-en sûrs, ce n'est pas l'Amérique qui succombera.
L'Europe a besoin des produits de l'Amérique, et l'Amérique peut se passer des produits de l'Europe.
Le prince de Bismarck l'a dit : « L'or est devenu une COUVERTURE TROP ÉTROITE : chacun veut en avoir sa part et on se la dispute. C'est la lutte. »
Est-ce que ce Struggle ou plutôt ce Scramble for gold^ que votre politique monétaire impose au monde, est la réalisation de notre devise : Free-Trade, Peace and good wUl among nations^
Liège, mai 1881.
Introduction vi