‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 24 sur 137 · STABILITÉ DE VALEUR DE LA MONNAIE BIMÉTALLIQUE · texte numérisé non relu

STABILITÉ DE VALEUR DE LA MONNAIE BIMÉTALLIQUE

tion de l'argent, et Taffluz d'or s^est amorti en s'étendant sur un approvisionnement composé des deux métaux.

Autrefois tous les économistes, même ceux qui, pour des motifs d'utilité actuelle, voulaient conserver l'emploi simultané de deux métaux, admettaient la supériorité théorique du monométallisme. M. Wolowski, dès 1872, avait combattu cette opinion. A l'axiome de Locke et de lord Liverpool, qu'il ne faut qu'un seul étalon des valeurs, il répondait que l'or et l'argent, accouplés par la loi, ne forment qu'une seule mesure; qu'il n'y a pas, en réalité, d'étalon de la valeur, attendu que la valeur de toute monnaie, fût-elle faite d'un seul métal, varie, et que, faite de deux métaux, elle a une valeur plus stable, par la même raison qu'un balancier, composé de deux métaux, est moins sujet à variations. Wolowski était très fier d'avoir découvert cet argument qui lui semblait décisif.

11 établit, en effet, la supériorité absolue, même en théorie, de la monnaie bimétallique, comme l'a si clairement démontré le monométalliste levons dans son livre : On Money *.

1. Vinfluence compensatrice du bimétallisme diaprés M. Jevons,

« En premier lieu, je n'ai pas l'ombre d'un doute que M. Wolowski a raison en théorie en ce qu'il dit de l'action compensatrice du système du double étalon. Les écrivains anglais n'ont pas du tout compris la question, quand ils ont prétendu que ce système nous expose aux fluctuations extrêmes des deux métaux.

« Et ce n'est pas la seule erreur des écrivains anglais. Un peu de réflexion doit montrer que MM. Wolowski et Courcelle- Seneuil ont raison de soutenir qu'une influence de compensatioTij ou j'aimerais mieux dire d'équilibre, se fait sentir sous l'empire de la loi monétaire française et tend à maintenir plus stable la valeur de l'or et de l'argent qu'elle ne le serait autrement.

« Imaginez deux réservoirs d'eau soumis chacun à des variations indépendantes dans l'ofl^re et la demande. En l'absence d'un tuyau qui les réunit, le niveau de l'eau dans chaque réservoir sera sujet seulement à ses propres fluctuations. Mais si nous établissons une communication, l'eau, dans les deux réservoirs, prendra un niveau moyen, et l'effet de tout excès dans la demande ou dans l'offre se répartira sur la surface

Mais Faction compensatrice de remploi simultané des deux métaux comme monnaie libératoire, avait été déjà reconnue avant Wolowski et confirmée par la comparaison qu'il croyait avoir trouvée. Adam Mûller dit, dans un livre publié à Berlin en 1809 {Théorie des Geldes, t. II, p. 284) :

« Dans les nouveaux pendules des horloges astronomiques on s'est efforcé de corriger les variations de longueur du pendule en associant deux métaux qui se compensent. De même, il faut compenser le pendule du monde économique en employant deux nàétaux qui se corrigent et s'équilibrent. »

Dans ses Nouveaux Principes d'économie politique (1827), t. II, p. 59, Sismondi s'exprime à peu près de même : « C'est servir utilement la société que de travailler à diminuer encore les chances de cette fluctuation (de la valeur de la monnaie), et l'un des moyens d'y parvenir, c'est d'employer l'or et l'argent indifféremment comme commune mesure, en fixant une proportion légale entre eux. C'est ainsi à peu près que, pour avoir un pendule d'une longueur invariable, on en combine la tige de verges de différents métaux, pour que la dilatation de l'un, par la chaleur, corrige celle de l'autre. »

Celle vérité fut admise plus tard par Rau, Prince-Smith et Roscher. L'opinion de Roscher est si importante que je crois devoir la transcrire ici :

« Est-il vrai, écrit-il, à Wolowski, comme vous l'expliquez si ingénieusement, en rappelant le pendule compen-

entière. La masse des deux métaux précieux, Vov et Tangent, est exactement représentée par ces deux réservoirs et le tuyau qui les réunit est la loi du 7 germinal an XI, laquelle permet à l'un des deux métaux de prendre la place de l'autre comme monnaie libératoire (légal tender) d'une façon illimitée. » {Money, by Stanley Jevons, 1875, p. 187-189.)

Tout en admettant cet avantage du bimétallisme, Jevons ne raccepte pas, parce que les désavantages résultant de la Grcsham law lui paraissent l'emporter. A l'époque où il écrivait son livre, le moyen de neutraliser l'effet de cette loi par l'adoption générale d'un même rapport entre l'or et l'argent, suivant l'avis de Newton, ne semble pas lui avoir été connu.

STABIUTÉ DE VALEUR DE LA MONNAÎE BIMÉTALLIQUE 31

sateur, que le but principal, qui est de mieux préserver la monnaie, des fluctuations du marché, puisse être plus sûrement atteint par ce mode de payement mixte, or et argent, que par le payement légal uniquement prescrit en or ou en argent. Je n'hésite nullement à répondre oui, quand nous nous plaçons au point de vue élevé qui embrasse le monde dans un vaste système économique. Avec le payement mixte, la variation de valeur des instruments de la circulation peut être plus fréquente, mais elle sera moins forte qu'avec un métal unique. Cet avantage d'une plus grande uniformité des prix constitue un progrès très utile. »

Toute la puissance de cette considération n'a pas, semblet-il, été saisie par M. Gibbs, dans son fameux livre Double Standard, car il fait encore aux monométallistes la concession qu'on leur faisait autrefois, en admettant que leur système est préférable en théorie. « Pour un pays isolé, dit M. Gibbs, la monnaie faite d'un seul métal a cet avantage que créancier et débiteur savent exactement ce qui sera payé, tandis qu'avec le bimétallisme, le créancier recevra ou de l'or ou de Targent. »

En réalité, cet avantage n'est qu'apparent; car le système bimétallique donne aux payements à faire en monnaie une base plus fixe que le système monométallique. Quand je stipule livraison d un cheval ou d'un bœuf, c'est pour avoir l'animal stipulé. Quand je stipule un payement de cent francs, ce n'est pas pour avoir de préférence soit cent disques d'argent appelés francs, soit cinq disques d'or appelés louis ou napoléons. A moins que je ne sois orfèvre ou exportateur de métaux précieux, ce que je désire, c'est la puissance d'acquisition que donnent cent francs. Ce qui m'importe, par conséquent, c'est que cette puissance d'acquisition soit aussi stable que possible, afin que j'obtienne, au moment du payement, le pouvoir exact, sur lequel j'avais compté. Si un étalon d'un seul métal est plus variable que celui fait de deux métaux accouplés, je sais bien le nombre de grammes du métal unique que je recevrai, mais je ne puis pas aussi bien prévoir la puissance d'acqui-

sition OU de libération qu'ils auront, et c'est là ce qui «l'importe le plus.

Sous l'empire de la monnaie bimétallique, je ne puis prévoir si je serai payé en or ou en argent. Mais si, soit avec Tor, soit avec l'argent je puis également acheter tou'e marchandise et payer toute dette, et si, en même temps, je puis mieux prévoir la puissance d'acquisition que me donnera l'un ou Tautre métal, la base du contrat sera plus certaine, moins sujette à aléa. Or, il e§t évident que la monnaie faite de deux métaux a une valeur plus stable que celle faite exclusivement soit d'or, soit d'argent.

Supposons que j'aie prêté, en 1846,20 000 francs à restituer en 1856. Si l'or avait été seule monnaie à cette époque, la puissance d'achat de l'or aurait énormément diminué après 1850, comme Ta démontré M. Michel Chevalier. En 1856, j'aurais reçu mes 20 000 francs en or, mais leur valeur aurait été très réduite. Grâce au système bimétallique, mes 20 000 francs ont gardé leur puissance d'achat. Que m'importe, dès lors, qu'on me les ait payés en or ou en argent? Il suit de ceci que même l'avantage attribué au monométallisme, en théorie, n'existe pas.

M. Michel Chevalier lui-même avait dû reconnaître que la masse considérable d'argent employé comme monnaie avait empêché la baisse de la valeur de l'or, quand, après 1850, sa production avait presque décuplé. La monnaie bimétallique avait, disait-il, servi de parachute.

Cette vérité a été parfaitement mise en lumière par M. Prince-Smith, dès 1869, dans son livre sur les Types métalliques et les Monnaies. « En réalité, la fixation par la loi du rapport de valeur entre l'or et l'argent, présentée comme un acte arbitraire, a l'avantage de circonscrire les fluctuation des deux métaux précieux en des limites plus restreintes qu'elles ne le seraient autrement. Si, par exemple, le taux de l'or baisse, on payera de préférence en or; mais alors l'or sera plus employé, et la demande pour l'argent diminuera. Cet emploi plus grand de l'or tend à en relever le prix, de sorte que les fluctuations dans la valeur des peux métaux se corrigent promptement. Comme ces deux

Page 1