CHAPITRE XI
LA VALEUR DES MÉTAUX PRÉCIEUX CONSIDÉRÉE DANS LEUR POUVOIR d'aCBAT
La valeur des métaux monétaires, c*est-à-dire leur puissance d^acquisition de tous les autres objets, est une question des plus compliquées. Elle dépend du rapport existant entre la quantité des échanges à accomplir d'une part, et, de Tautre, de la quantité totale de monnaie métallique et d'autres intermédiaires des échanges qui remplacent le métal. Ainsi le billet de banque, remplissant exactement le même office que la monnaie d*or ou d'argent, fait concurrence à celle-ci et la rend moins nécessaire. Cette diminuetion de sa valeur ou de sa puissance d'acquisition se tradui par une hausse des prix. Supprimez partout les billets de banque, et la valeur de la monnaie métallique augmentera onsidérablement, car chaque unité monétaire sera plus recherchée et sa puissance d'acquisition s'accroîtra par la baisse des prix, quoique les frais de production des métaux précieux soient restés les mêoies. La valeur de l'or et de l'argent diminuera, au contraire, si on multiplie les billets de banque. Ainsi, quand les États-Unis et l'Italie, passant au régime du papier-monnaie, ont abandonné aux autres pays leur stock monétaire, il en est résulté une diminution de valeur de la monnaie dans le monde entier. Au contraire, depuis que, pour se refaire une circulation métallique, ces pays attirent à eux une partie du stock monétaire, ils ont occasionné une augmentation de la valeur de la monnaie par la baisse des prix. Ces changements dans la valeur de
l'or et de l'argent sont complètement indépendants de leurs frais de production.
Les frais de production des métaux précieux ne peuvent influencer leur valeur qu*à la longue et en tant qu'ils ont pour effet soit de restreindre, soit d'augmenter la quantité produite. Supposons que pour extraire une once d'or des mines il en coûte demain deux fois autant qu'aujourd'hui : dans ce cas, la plupart des mines, à commencer parles plus pauvres, seraient abandonnées; le stock monétaire s'accroîtrait plus lentement et les prix baisseraient. La valeur de l'or augmenterait, mais la baisse de prix de toutes choses, y compris celle de la main-d'œuvre, pourrait alors diminuer les frais de production, et permettre ainsi de reprendre l'exploitation des mines abandonnées. Si, au contraire, on pouvait produire les métaux précieux à moindres frais, il s'ensuivrait peut-être qu'on en extrairait davantage des mines, et il pourrait alors en résulter une diminution de leur valeur, se manifestant par une hausse des prix.
Toutefois cette influence, déjà éloignée, que l'accroissement ou la diminution des frais de production peut exercer sur la valeur de l'or et de l'argent, a été souvent contrariée ou annulée par certaines circonstances, outre celles que nous avons déjà indiquées précédemment. Premièrement il n'en est pas de l'argent, et surtout de l'or, comme du blé ou du charbon : on n'en produit pas, à volonté, la quantité qu'on en désire. Il faut trouver des mines à exploiter, et ces mines s'épuisent rapidement. Depuis le commencement jusqu'au milieu de notre siècle, la valeur de l'or a beaucoup augmenté, sans provoquer un accroissement correspondant de la production. C'est la découverte des « placers » après 1848, en Californie et en Australie, qui a augmenté extraordinairement la production du métal jaune. Cette abondance et la diminution du prix de revient aux u placers » n'ont occasionné que momentanément une baisse de sa valeur. Celle-ci s'est soutenue et s'est même bientôt relevée, comme j'ai essayé de le montrer, par suite de la demande de l'or, énormément accrue, faite par le commerce et l'industrie dans le monde entier.