VIII INTRODUCTION
Les pièces de monnaie sont la propriété de celui qui les détient; mais il ne les a pas reçues pour les garder; il les livre pour obtenir ce qu'il veut consommer. Et ainsi, les véhicules monétaires, passant de main en main, forment, tous ensemble, Tagent national de l'échange.
Mais Tor et l'argent vont au delà de la frontière. Ils servent à payer, comme lingots, les balances commerciales, et passant par l'hôtel des Monnaies, pour y recevoir une autre empreinte, ils entrent dans la circulation sous un nom nouveau.
Le Souverain anglais devient l'Aigle américain, le Guillaume allemand ou le Napoléon français. La masse d'or et d'argent qui circule, sous des formes diverses, est donc, en quelque sorte, la propriété commune de tous les peuples qui commercent ensemble.
En outre, on a vu, mieux que jamais, par l'exemple de la réforme monétaire allemande de 1873, que les mesures législatives adoptées par un pays, en fait de monnaie, exercent une influence parfois plus grande sur la situation des autres pays que sur celle de l'État légiférant.
L'Allemagne démonétise l'argent; elle force ainsi tous les autres États à suspendre la frappe de ce métal ; elle en diminue considérablement la valeur; elle détruit une partie de la richesse de tous les détenteurs d'argent dans le monde entier : le paysan indou, au fond des vallées de l'Himalaya, perd 20 p. c. sur son petit trésor, sur les colliers de sa femme et sur le métal de ses idoles; les mineurs des Montagnes Rocheuses ne gagnent plus leur journée habituelle ; le trésor indien inscrit, chaque année, à son passif, 60 à 75 millions; le commerce anglais est désorganisé; le change -argent n'a plus nulle part de fixité ; partout la circulation se contracte; les prix baissent, la crise