‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 34 sur 137 · MARKS · texte numérisé non relu

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Or.

Argent.

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Ainsi dans le décennat 1831-1840, la production totale de l'or et de Targent, 162178000 marks, est même inférieure à

celle de la période 1741-1760, un siècle auparavant, où elle s'élevait à 169 426 000 marks i.

La valeur totale des métaux précieux produits annuellement descendit donc de 265 millions de francs, en 1801- 1810, à 161 millions de francs, en 1820-1830.

Il s'ensuivit une baisse des prix que M. levons estime au moins à 30 p. 100, de 1810 à 1840. On peut suivre, dans le livre classique de Tooke et Newmarch, History of priceSy quelles gênes et quelles souffrances accompagnèrent ce changement. Indépendamment des crises aiguës de 1825 et de 1833, résultats d'une surexcitation violente et momentanée, le marché fut presque constamment déprimé. Ainsi, de 1839 à 1843, on compta 82 faillites des banques, dont 29 avaient le droit d'émission.

C'est cet état de gêne qui donna lieu à la théorie du ghU universel. Gomme la circulation se faisait mal et que les produits ne se vendaient pas, on prétendit, comme aujourd'hui, qu'il y avait un excès universel de production. On trouve la réfutation de cette thèse dans tous les traités d'économie politique, notamment dans celui de Stuart Mill. Il ne peut pas y avoir, disent les économistes, un encombrement, un glut universel, car les produits s*échangent contre des produits. Si Pierre produit deux au lieu de un, et Paul aussi' deux au lieu de un, deux s'échangeront désormais contre deux, comme auparavant un contre un.

Non seulement les instruments métalliques de l'échange étaient en réalité devenus plus rares, mais, en outre, après 1815, la paix, enfin conclue après tant d'années de guerre, provoqua un essor universel du commerce et des échanges. En outre l'Angleterre attira presque tout Por du continent.

Dans un mémorandum en date de 1832, la Banque d'Angleterre estime à 500 millions de francs (20 millions livres sterling) l'or qu*il fallut soutirer aux pays étrangers. Elle ajoute : This great supply of gold could only be purchased by reduced prices of commodities. Cette période de 1820 à

1. Production des métaux précieux, d'après M. Soetbeer» MatériauXj etc., p. Ô.

i830, qui aurait dû amener une prospérité sans pareille, fut signalée, au contraire, par une détresse cruelle. La baisse des prix fut si grande que Brougham proposa de diminuer les impôts en proportion et, en 1822, on émit même l'idée de réduire le souverain de 20 à i4 sjiellings. L'agriculture et Imdustrie souffraient également. La misère de la classe laborieuse se manifesta en Angleterre par des insurrections de famine, par de menaçantes processions cliartistes et par des demandes de secours adressées au Parlement. A différentes reprises, il fallut en Irlande recourir, comme aujourd'hui, à la répression armée. Voici comment Sismondi parle de cette « grande calamité européenne » dans son livre, Nouveaux Principes cCéconomie politique, publié en 1827 : « Un cri de détresse s'élève de toutes les villes manufacturières du vieux monde et toutes les campagnes du nouveau monde lui répondent. Partout le commerce est frappé d'une même langueur; partout il rencontre la même impossibilité de vendre. Il y a cinq ans au moins que la souffrance a commencé ; loin de se calmer, elle semble s'accroître par la durée. La détresse des manufacturiers est la plus cruelle, parce que, à la différence des agriculteurs, leur subsistance tout entière dépend des échanges. C'est aussi un symptôme funeste de cette souffrance universelle que ces associations patriotiques que l'on voit se former en Belgique, en Allemagne, pour repousser les marchandises étrangères. Le système (protecteur) qui prévaut aujourd'hui dans l'opinion, c'est la détresse qu'on a partout sous les yeux qui l'a fait adopter *. » (T. 11, p. 405 et 406.)

1. Sismondi ajoute: « On ne peut lire sans frissonner l'adresse des fabricants de bas de Nottingham. « Après avoir, disent-ils, « travaillé de quatorze à seize heures par jour, nous gagnons

* seulement de quatre à cinq shellings par semaine.... Nous « déclarons de la manière la plus solennelle que pendant ces

* derniers dix-huit mois, nous avons à peine connu ce que « c'est que d'être affranchi de la souffrance de la faim. * (Edimàurg Review, l»' mars 1820, p. 334.)

ft L'industrie agricole est aussi généralement en souffrance. Le prix des denrées compense à peine les frais de production. En Angleterre des faillites universelles parmi les fermiers ont

Après avoir parié des souffrances des ouvriers de rindnstrie, Sismondi ajoute : » En même temps, ies fermiers et les propriétaires se plaignent de leur ruine; ils demandent à grands cris des lois protectrices, des monopoles; ils déclarent ne pouvoir soutenir la concurrence étrangère; et, en effet, beaucoup de propriétaires abandonnent volontairement aux fermiers le quart ou le tiers de leurs fermages. ËnQn, de fréquents incendies de récoltes et de maisons rurales annoncent Tirritation et la fermentation sourde des journaliers de Tagriculture et Fétat précaire de toute la société. » {Études sur VÉconomie politiquey t. II, p. 226.)

Pour qu'on n'accuse pas Sismondi d'assombrir les couleurs, en vue de faire prévaloir sa thèse du glut universel, je citerai un extrait d'un discours prononcé à la Chambre des communes, le 10 juillet 1822, par M. Matthias Attwood, l'un des hommes les plus instruits de l'époque en celte matière. Après avoir invoqué un travail communiqué par M. Tooke à la Commission parlementaire, d'où résultait la preuve d'une baisse notable des prix, il ajoutait : « Si on poursuit Fexamen des faits jusqu'à ce moment, on voit que le prix des quarante marchandises sur lesquelles l'examen a porté ont baissé de 40 p. 100, c'est-à-dire à peu près dans la même proportion que les denrées agricoles.... Toutes l^s valeurs, tant mobilières qu'immobilières, de l'Angleterre ont donc diminué de près de la moitié.... Dira-t-on que les prix à l'étranger n'ont pas moins baissé : soit; mais alors je vous poserai ce dilemme : ou la masse de tous les produits a dû augmenter partout à la fois énormément, ou la quantité de la monnaie a dû diminuer. Que la production se soit si brusquement et si considérablement développée dans tous les pays et dans toutes les zones, c'est ce qu'il est impossible d'admettre. Il faut donc en conclure que la monnaie en circulation s'est réduite. » Les défenseurs de

indiqué quMl fallait restreindre plutôt qu'augmenter les entreprises agricoles et l'on a éprouvé, contrairement à l'assertion de M. Ricardo, un engorgement universel, un accroissement de production qui, loin d'accroître, a diminué la demande. » (Nouv, PHncipes d'éc, pol.y t. II, p. 406.)

la réforme monétaire répondaient que le glut provenait de la sarprodactioQ. C*èst ce qa*on dit aussi aujourd'hui. On ne possédait pas encore les chiffres recueillis depuis et groupés par M. Soeibeer, qui expliquent le phénomène, en montrant qu*il avait pour cause la diminution de la pro* duction des métaux précieux.

Je puis afGrmer que c'est encore là à peu près le tableau, que m'offrirent les campagnes anglaises, quand je les visitai Tété dernier (1889), moins les crimes agraires réservés à l'autre côté du détroit. Plaintes universelles des fermiers, baisse des fermages, abandon des exploitations, terres retombées en friche, tout comme il y a cinquante ans *.

De 1817 à 1827, les souffrances économiques sont telles,' aux États-Unis, qu'on y réclame comme remède Taugmen-* tation des droits de douane. On trouvera les détails de* cette crise persistante dans les rapports de M. Fearon,^ envoyé par les Anglais en Amérique, pour y étudier la situation. Même état de gêne en France, même appel auJ régime protecteur. Dans l'adresse de la Chambre des députés du 26 novembre 1821, « on fait entendre, au pied du trône, les plaintes de l'agriculture, cette mère nourricière de la France ». « La détresse croissante des départements de l'Est, de l'Ouest et du Sud prouve que les mesures, prises trop tard, contre l'importation des céréales étrangères sont insuffisantes. » Récemment, au sein de la Société des agriculteurs de France, nous avons entendu les mômes discours, dictés, il faut bien l'avouer, par des circonstances semblables.

J'emprunte au livre de Tooke quelques faits qui prouvent que la détresse était la même partout, comme le faisait remarquer le roi de France, dans sa réponse à l'adresse de

1. Voici quelques exemples de la dépréciation effrayante des terres en Angleterre empruntés à Tannée 1890. La terre de Brackenbury (Lincolnshire) est évaluée, il y a 20 ans, 36 000 liv. st., on y a dépensé 10 000 liv. st., et l'estimation actuelle est de 19 000 liv. st. La terre de Tilsbead-Manor, achetée avant 1873 12 000 liv. st., ne trouve pas acquéreur à 5 400 liv. st. Le duc de Newcaslle vend pour 131 000 liv. st. le domaine de Worshop,^ que son père avait acheté 375 000 liv. st.

la Chambre des députés. Blake, dans ses Observations (M ihe effect of Government expenditure^ rapporte que, d'après les communications reçues des propriétaires du Piémont, le prix des denrées agricoles y avait baissé de plus de moitié. Diaprés les témoignages des fermiers hollandais, le loyer des terres aurait diminué de plus d'un tiers. Les yapports des consuls anglais de Tépoque sont remplis de détails sur la baisse des prix. En 1819, la place de Hambourg fut atteinte par une série de faillites qui en amenèrent d'autres dans tout le Nord, à Stockholm, à Stralsund, à Stettin, à Riga. En 1820, au contraire, ce sont les faillites sur les places étrangères qui frappent, de leur contre-coup, le marché de Hambourg. La prime sur For y monte à près de 10 p. 100 : les prix baissent et, en même temps, le taux de rintérêt reste très bas, précisément par suite de la stagnation des affaires. L'escompte, qui, au mois d'avril 1819, était à 3, tombe à 1 1/2 au mois d'août. Ces quelques traits, qu'il serait facile de multiplier *, suffiront pour

1. Sur les crises de 1820-1840 et de 1873-1889, on peut consulter encore : A. Alison, England in 1815 and 1841 or a sufficient and a contracted Moîiey; — D. Lubé, Argument against ene gold Standards — Report ofthe monetai^y Commission oftke Senate ofthe United States, 1876; — Dana Horton, Silver and Gold; — R. Gififen, The récent fait of priées (Jowm. ofstatist. Soc,, march 1879). — D. Lubé, M. A. Trin. Coll. Dublin, écrit ce qui &uit dans son écrit Argument against one gold Standard, 1832: •. Est-il un homme de sens et de réflexion dont l'esprit n'est pas préoccupé et dont l'imagination n'est pas frappée par fa situation actuelle et future de ce pays (l'Angleterre)? La monnaie standard de TAngleterre, ce qu'elle est encore et ce qu'elle a toujours été dans le reste de l'Europe, est l'argent. Illusion incroyable et monstrueuse, on nous dit que la question est décidée pour nous à jamais. Mais avec l'étalon d'or la circulation ne peut se développer; elle oppose ainsi un obstacle à. toute amélioration. Par l'adoption de l'étalon d'or, l'agent de a circulation a été réduit au-dessous du point qui assure des prix rémunérateurs, sous l'empire des impôts actuels. » D. Lubé se prononce en faveur de l'étalon d'argent.

Voici ce que dit sir Archibald Alison sur le même sujet : il La détresse parmi les classes livrées au commerce pendant des années après la terrible crise de 1825, les souffrances de Vagriculture pendant les années de bas prix de 1832 à 1833 et

donner une idée de la crise longue et cruelle qui suivit Tadoption de l'étalon d*or en Angleterre et la réduction d'un tiers, qui eut lieu dans la production annuelle des métaux précieux de 1820 à 1830.

Dans son excellent livre, Silver and Gold, M. Dana Horton a prouvé, d'après moi, & toute évidence, que TAngleterre, en proscrivant définitivement Targent, en 1816, a commis une grande injustice et une grande faute : une grande injustice, car l'étalon national en Angleterre était la livre d'argent d'Elisabeth et, en forçant les contribuables à payer les immenses dettes contractées depuis la fin du xviii« siècle jusqu'en 1815, exclusivement en or, alors que ce métal était encore une vraie rareté, on augmentait, dans une proportion

la gène de la communauté tout entière de 1833 à 1842 furent extrêmes. L'emploi du capital à des entreprises agricoles fut pendant ce temps de détresse partout diminué de la façon la plus fâcheuse et en beaucoup de districts entièrement supprimé. Durant toute cette période l'Irlande se trouva dans un état d'insurrection latente. Le cœur saigne en présence des preuves nombreuses et incontestables de la misère si générale et si profonde des classes laborieuses que les rapports du Parlement ont accumulés concernant ces dix dernières années. » Après avoir décrit les progrès de l'inégalité, Alison ajoute : • Une cause extérieure doit avoir paralysé et vicié la richesse financière de ce pays, au milieu de cet accroissement si grand des ressources nationales depuis la paix et la très importante question surgit : quelle est la cause qui a produit de semblables résultats? La réponse est : c'est la contraction de l'agent de la circulation que, par une grave faute, on a rattachée à la reprise des payements en espèces dans le bill de 1819 qui a été la cause principale de tous ces maux. »

Alison décrit parfaitement les conséquences d'une contraction monétaire, phénomène économique qui passe généralement inaperçu : « Il est aussi difficile de faire comprendre à la masse des hommes que c'est l'agent de la circulation dont la valeur se modifie, quand de grands changements se produisent dans les prix, qu'il est difficile de leur faire admettre que c'est la terre qui se meut à travers les espaces du ciel. » (England in 1815 and 1845, p. 51.)

AUson a montré aussi que la cause de la décadence de l'empire romain et de la pauvreté générale au moyen âge a été la contraction monétaire continue qui s'est produite à partir du m* siècle.

criante, les charges de la nation au profit des rentiers; — une grande faute, car FAngleterre, entretenant un immense commerce avec Tlnde et avec tous les pays à étalon d'argent, avait le plus grand intérêt à conserver un instrument d'échange commun avec toutes ces contrées, c'est-à-dire constitué du même métal monétaire. Sans le bimétallisme français, le commerce anglais avec l'Asie n'aurait jamais trouvé une hase fixe pour le change et depuis longtemps il aurait réclamé, comme il le fait aujourd'hui, Tabandon de l'étalon d'or exclusif *.

De 1873 à 1889, les mêmes causes semblent produire des effets semblables. L'Amérique reprend ses payements en or, l'Allemagne accapare le même métal, dont cependant la production diminue et, en même temps, la frappe de l'argent est suspendue. Il en résulte nécessairement une baisse des prix et une crise universelle, dont chacun s'efforce de découvrir les causes. Les conséquences de la baisse des prix sont à la fois curieuses et tristes à constater. La première à noter, c'est que cette baisse lente et continue met les industriels en perte et conduit ainsi les plus mal outillés à la ruine. Le nombre des faillites augmente partout : en Amérique, il s'élève de 2 915 en 1871 à 10 478 en 1878; en Angleterre, de 9134 en 1875 à 15059 en 1878. Dans les autres pays, quoique les chiffres soient moins effrayants, ils impliquent encore une masse de ruines, de souffrances et de misères qui épouvante.

Le second effet résultant du premier est le ralentissement dans la création des entreprises nouvelles. Gomme celles qui existent donnent des pertes au lieu de bénéfices, le capital s'abstient : il achète des rentes d'État. J'emprunte à un journal spécial belge, le Moniteur des intérêts matériels,

1. Albert Galatin, économiste américain dont rautorité en matière monétaire a été souvent invoquée, écrivait en 1829 : « Par cette expérience faite, contrairement à la pratique universelle du genre humain, PAngleterre s'est non seulement soumise à de graves iuconvénients, dans le but de se conformer à un principe abstrait, mais en outre elle s'est écartée complètement des principes reconnus et surtout de ceux qui règlent une bonne circulation métallique. »

quelques chiffres qui donnent une idée de cette dépression vraiment extraordinaire. Les placements nouveaux de toute nature, dans les pays civilisés, se sont élevés au total de 15 milliards en 1871, de 12 milliards en 1872, de 11 milliards en 1873, pour tomber à 4 milliards en 1874, à 1 700 millions en 1875, à 3 milliards en 1876, à 7 milliards en 1877, à 4 milliards en 1878 et à 9 milliards en 1879, sans pouvoir arriver à 5 milliards pendant toute la période 1880-1887. On voit clairement ici Teffet de la crise.

Comme il y a beaucoup moins d'entreprises nouvelles, il faut moins de machines, moins de rails, moins de bois, moins de produits de toute espèce. Une diminution de la production a pour conséquence une moindre demande de bras, donc une baisse des salaires. Même en Amérique, vers 1876, on estimait à 3 millions le nombre des ouvriers non employés, ou travaillant à demi-journée. Quand le salaire est insuffisant, il est absorbé par la dépense de )a subsistance, et il ne laisse presque rien pour le reste. Let classe laborieuse consomme alors moins d'étoffes, moins de souliers, moins de bas, moins d'ustensiles, et les nom^ breuses industries, qui travaillent pour ces besoins divers, souffrent à leur tour. Dans notre monde économique, qui repose sur la division du travail, cet enchaînement de cause* à effet embrasse bientôt tout le cercle de Tactivité productive.

A défaut d'emploi rémunérateur, le capital s'accumule dans les banques et dans les réserves des particuliers, dûtil s'y contenter du plus petit intérêt. Il y trouve, en effet, deux avantages : d'abord, il échappe aux perles inévitables qui l'attendent dans le commerce et dans l'industrie. En second lieu, pendant qu'autour de lui tout décline et diminue de valeur, lui, comme le sage de Lucrèce, il voit augmenter sa puissance d'acquisition :

Suave mari magno, turhaniibus œquora ventis,

E terra magnum alterius spectare laborem. ,

C'est quand l'or devient rare qu'on reconnaît son pouvoir. Il devient alors la richesse à l'état parfait, concentré, idéal*

pour ainsi dire, car, par son moyen, on se procure tout le veste en quantité sans cesse croissante. Gomme le dit admivablementla commission monétaire américaine de 1876 : u Dans ces moments, le travail accumulé sous forme de capital tient à sa merci le travail actuel nécessaire pour vivre. Cristallisé sous les espèces monétaires, tout en restant inerte aux mains de ses propriétaires, rien qu'en dimi- Buant de quantité, il acquiert une autorité sans cesse croissante pour commander ce qu'il désire et faire exécuter ce qui lui plaiL » C'est bien alors que Shakspeare peut s'écrier : u Gold, yellow, glittering, precious gold; thus muck of this, will make black wkite; foui fair; wrong right; hase noble: Qld young; coward valiant, » Exposé à la ruine s'il agit, certain de gagner s'il reste immobile, le capital se retire de la circulation et se refuse à la production. Dans une étude intitulée : du Caractère de la crise économique actuelle ^ M. George de Laveleye met parfaitement en relief cette inertie du capital : « Le signe caractéristique de la crise qui sévit sur le monde entier depuis 1873, dit-il, est une énorme abondance d'argent qui, restant partout non employé, provoque la hausse des fonds publics et la baisse du loyer de l'argent et se trouve à la disposition d'affaires ou de placements qui, jusqu'ici, ne se présentent pas aux disponibilités. » La cause de ce fait, suivant l'auteur, doit èlre cherchée dans le rétrécissement du champ d'emploi. Depuis quarante ans, l'Europe s'est complètement outillée pour le travail : les usines, les chemins de fer, les canaux, les ponts sont construits : que peut faire encore le capital nouveau créé par l'épargne? Le revenu des placements descendra donc de 4 à 3 pour les intérêts indiscutables, de 5 à 4 1/2 ou 4 pour les sûretés probables, de 8 à 6 pour les entreprises industrielles, de 10 à 8 pour les aventures. Je pense que cette remarque, corroborée en partie par M. Paul Leroy-Beaulieu, est fondée; mais elle ne sufût pas pour expliquer l'intensité et l'universalité de la crise actuelle, qui se fait sentir même aux Indes et en Amérique. Certainement, aux États-Unis, le champ d'emploi ne manquait pas, et cependant il y a eu crise. Depuis que notre or y

reflue, on voit reparaître une plus grande activité. Mais quand les prix baissent, la consommation se réduit; le débouché manque ; les machines éteignent leurs feux ; le travail fait défaut. On a le spectacle de cette stagnation générale qu'on attribue à tort, tantôt à un glut, à un encombrement universel, tantôt à la surproduction, tantôt encore à la concurrence étrangère.

Conséquence plus curieuse encore, le capitaliste, par une influence « réflexe », est atteint à son tour. Alison dit dans son livre England in 4845 and 4845, en parlant de la contraction monétaire qui suivit la reprise des payements en or par l'Angleterre en 1819-1821 : « Il n'y a pas de doute que la réduction du taux de Tintérét imposât aux détenteurs du capital une perte aussi grande, dans beaucoup de cas, que celle subie par les classes productives, à la suite de la baisse du prix des marchandises. » C'est pendant la période de baisse des prix qui suivit 1820, que la France convertit le 5 p. 100 en 3 p. 100 et TAngleterre son 4 en 3 et 1/2. Le même phénomène s'est produit pendant la crise de 1873-1889. Le capital, fuyant les entreprises industrielles, se réfugiait dans ce que Ton appelle à la bourse les placements « de tout repos », rentes d'État, de villes, obligations de premier ordre. Alors l'État fait la conversion de ses emprunts de 5 en 4 ou de 4 en 3 p. 100 ^ Les valeurs non convertibles montent de façon à donner 1 ou 2 p. 100 de moins pour ceux qui les achètent. La base de la capitalisation se modiûe aux dépens du capital nouveau cherchant un emploi. Le revenu du rentier baisse au niveau des prix diminués.

On traverse ainsi une période d'appauvrissement général, jusqu'à ce que la vie économique reprenne sa marche habituelle avec une circulation monétaire plus réduite. L'équilibre est alors rétabli, sauf pour tous les débiteurs à long terme, contribuables, propriétaires endettés,

i. Dans les quinze dernières années presque tous les États européens, même la Russie récemment, ont pu réduire l'intérêt de leurs dettes.

8b LA MONNAIE ET LE BIMÉTALLISME

sociétés industrielles avec charge d'obligations, etc. Les contributions et les annuités à payer restent les mêmes, et, pour y faire face, il faut livrer plus d'objets, puisque ceuxci ont baissé de prix. Les débiteurs et les contribuables sont écrasés.

Dans quelle proportion la contraction monétaire a-t-elle contribué à la crise de 1873-1889? Je n'oserais encore rien préciser à cet égard, mais tout porte à croire qu'elle en a été une des causes principales. En effet, cette crise n'est pas due à une surproduction générale. D'abord, on n'a bien constaté cet excès de production que dans l'industrie métallurgique, après 1872. En second lieu, la marche des crises de surproduction est connue. Elles ne durent pas longtemps; car, d'une part, les plus mal outillés cessent de fabriquer; et, d'autre part, la baisse des prix amène un surcroît de demande qui rétablit bientôt l'équilibre. Enfin, les économistes ont démontré qu'il ne peut pas y avoir de glut universel. J'ai déjà fait remarquer que l'on ne pouvait attribuer la stagnation au manque de champ d'emploi qui, à coup sûr, ne faisait pas défaut à l'Amérique, comme tout le prouve en ce moment. Je ne vois qu'un seul élément de la vie économique des peuples qui, absolument international, ait été partout soumis à une perturbation plus ou moins intense : c'est la monnaie. L'histoire nous apprend aussi que l'afflux croissant ou diminuant des métaux a toujours exercé une influence non pas proportionnelle, mais néan* moins certaine sur les prix. Depuis le xv« siècle, les prix ont quintuplé, parce que l'Amérique nous a inondés de ses métaux précieux. De 1810 à 1848, contraction des moyens d'échange, baisse très marquée des prix. De 1850 à 1870, afflux d'or venant de Russie, d'Australie et de Californie : hausse des prix de 10 à 20 p. 100. De 1873 à 1889, nouvelle diminution, cette fois dans l'approvisionnement annuel de la monnaie : baisse simultanée dans les prix. Il ressort,, me semble-t-il, de ces faits un enseignement suffisant pour en conclure que toute mesure proscrivant l'emploi de l'un des deux métaux précieux doit être absolument condamnée.

Toutefois il est évident que quand la période de dépres*

sion est arrivée à son terme et que les prix ont repris leur équilibre sur une base réduite, le mouvement des affaires peut reprendre sa marche accoutumée, car, à condition que les prix aient baissé, on peut opérer les échanges avec peu aussi bien qu'avec beaucoup de monnaie. M. Boissevain a publié récemment (1889), dans VEconomist de La Haye, une étude sur le mouvement commercial et industriel de 4889, où il exprime Topinion que la contraction a touché le niveau le plus bas. Il est un peu tôt pour décider ce point.

En tout cas, si Ton s'en tient dans le monde entier à remploi exclusif de Tor comme monnaie-étalon, deux inconvénients continueront à se faire sentir : raggravaiioci des dettes anciennes et une rareté relative de Tor, laquelle se traduira par la difficulté croissante dans beaucoup de pavs de conserver une circulation métallique suffisante.

Il n'est pas à nier, d'autre part, que si Ton découvrait dans les parties encore inexplorées de l'Afrique, de TAmérique, de l'Asie ou de l'Australie des placcrs aussi riches que ceux de la Californie et de l'Australie, ces inconvénients diminueraient ou cesseraient d'exister.

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