‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 36 sur 137 · CARACTÈRE ET INTENSITÉ DE LA CRISE ACTUELLE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE ET INTENSITÉ DE LA CRISE ACTUELLE

ensemble, la Gold and Silver Commission arrive à constater que la moyenne générale des prix est inférieure à ce qu'elle était avant 1850. u De toutes ces investigations il résulte, dit la Commission, que les prix ont haussé notablement après la découverte de For en Californie et en Australie jusqu'en 1873, et qu'ils n'ont depuis lors cessé de diminuer, pour tomber à un niveau plus bas qu'à toute autre époque de ce siècle. » {Final Report^ p. 18.)

Voici une preuve curieuse du fait que la dépression du commerce est due surtout à la baisse du prix. Les exportations totales de l'Angleterre se sont élevées en 1873 k 626000 000 Uvres sterling et en 1886 à 562 500 000 livres sterling. Si on avait appliqué les prix de 1873, le total aurait été de 850 000 000 livres sterling (voir Sir Louis Mallet, Final Report, p. 113).

Comment nier la crise? Le mot ne se retrouve-t-il point sans cesse dans les conversations, dans les journaux, au théâtre? Le revenu des terres et de presque toutes les entreprises industrielles n'a-t-il pas considérablement diminué? J'en citerai une preuve prise au hasard. La Société générale de Belgique possède d'excellents charbonnages et elle est intéressée dans beaucoup d'entreprises bien dirigées. Ses valeurs de charbonnages lui ont rapporté, en 1888, i 1/2 p. 100 et ses valeurs sidérurgiques 2 1/4. Et il en est partout de même.

Mais, disent les monométallisles, s'il y a crise, c'est une crise d'abondance et il faut s'en féliciter.

La Trade dépression Commission anglaise, après un examen approfondi de la question, repousse nettement cette opinion^. « Outre l'absence de bénéfices, dit-elle, la caractéristique la plus saisissante de la situation actuelle, celle qui distingue la présente période de toutes les précédentes époques de crise, c'est la longueur du temps pendant lequel l'excès de production aurait duré. 11 arrive nécessairement de temps à autre, pour tous les articles de production, que la production excède la demande ; mais comme nous l'avons fait observer plus haut, les variations se corrigent habituellement d'elles-mêmes dans un laps de temps très court.

Elles portent en elles-mêmes leur propre remède et ne causent pas un préjadice aniversel, encore que tel ou tel producteur ait à en pâtir. Mais il est plus difficile d'expliquer un excès de production systématique qui se prolonge considérablement et dont la classe des consommateurs ne bénéficie que peu ou point, d'après les déclarations unanimes des témoins qui ont comparu devant tous. » (Bapport final, 22 déc. 4888.)

Dans un discours lumineux prononcé en 1888, à la réunion de la Ligue bimétallique à Manchester, M. Henry Gibbs ' montre de la façon la plus nette la différence complète qu'il y a entre l'effet produit par un excès de production et par une contraction monétaire :

« £n tant que le bon marché est déterminé, non par l'accroissement de la production des marchandises, mais par un changement de proportion entre la mesure et les objets mesurés, changement provoqué par des causes qui Ont pris naissance en 1873, c'est-à-dire par l'action de l'Allemagne, de l'Italie et des États-Unis, en jetant dans la balance, contre l'or, une masse énorme de marchandises précédemment mesurées à l'aide de l'argent, il n'en peut résulter d'avantage permanent pour personne. » (Voir le discours de M. H. Gibbs, reproduit par M. A. Allard dans son Étude sur la crise et ses causes monétaires^ 1888, p. 12 *.) .

1. Ce livre de M. Â. Alard et deux autres volumes du mémo auteur la Crise, 1885, et la Dépression des Hchesses, 1889, doivent être spécialement étudiés pour se rendre compte de la crise 1874-1889.

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