CHAPITRE XVIII
l'ebrbur de la thèse de u surproduction démontubë par m. sauerbeck
Pour prouver que la baisse des prix est due à un accroissement de la production, M. P. Leroj-Beaulieu et M. David Wells comparent les chiffres de la production à des dates très éloignées, 1850 et 1885 ou 1886.
Dans un admirable travail de statistique : Prices of cornmodities and ihe precious metalSj London, E. Stanford, 1886, M. Augustus Sauerbeck a prouvé combien cette façon de calculer est superficielle. Il faut noter d'abord qu'entre ces deux dates, la population s'est considérablement accrue et la richesse encore davantage, et que, par conaéqueolf les besoins de la consommation se sont développés en même temps que la production, puisqu'il n'y a nulle part un grand stock de marchandises non vendues.
U faut, en second lieu, prendre en considération le fait que, si le total des produits à échanger a doublé du triplé, les moyens d'échange n'ont pas augmenté en ces dernières années, ce qui, d'après les principes généralement admis de l'économie politique, devait nécessairement avoir pour résultat une baisse de prix.
Mais il y a mieux : les relevés statistiques de M. Sauerbeck démontrent sans réphque l'erreur de la théorie de !a surproduction. Au lieu d'embrasser en une seule période le temps qui s*est écoulé entre 1848 et 1886, lequel comprend des années de monnaie abondante, 1850-1873, et dea
années de monnaie rare, il Ta divisé en trois périodes : 1848-50 à 1859-61, 1859-61 à 1872-74, 1872-74 à 1883-85. Puis il a calculé, pour chacune de ces périodes, Taugmentation de la production des principaux produits dont les prix ont servi de base aux calculs de la hausse ou de la baisse générale des prix. Et voici le résumé des résultats auxquels il est arrivé (voir Priées of CommoditieSy p. 34 *).
Accroissement proportionnel de la production :
1848-50 à 1859-61 : 30 pour 100 ou 2,7 par an.
1859-61 à 1872-74 : 37 pour 100 ou 2,8 par an.
Moyenne de 1850 à 1874 : 2 3/4 pour 100 par an.
1872-74 à 1883-85 : 17 1/2 pour 100 ou 1,6 par an.
Ainsi donc pendant la période 1848-50 à 1872-74 la production s'accroît en moyenne de 2,75 pour 100 par an, et, d'après tous les statisticiens, y compris M. P. Leroy- Beaulieu, les prix haussent : de 20 pour 100 d'après levons, de 18 pour 100 d'après Soetbeer.
Pendant la période 1872-74 à 1883-85 la production n'augmente plus que de 1,6 par an, donc moitié moins, et les prix diminuent de 22 à 25 pour cent. Si les prix qui ont haussé jusqu*en 1873, ont commencé à baisser après cette date, — qui est précisément celle des grands changements monétaires, — alors que l'augmentation annuelle de la production diminue de moitié, ne peut-on pas dire que la théorie de la surproduction est ruinée dans son fondement et sans rémission? MM. P. Leroy-Beaulieu et ceux qui pensent comme lui, voudront-ils bien discuter les chiffres de M. Sauerbeck ou se contenteront-ils de reproduire la thèse du glut, généralement considérée en Angleterre, en Allemagne et même en Danemark a, comme n'étant plus
1. M. Sauerbeck a fait des efforts si consciencieux pour arriver à des résultats exacts qu'il a pris comme points de comparaison, la moyenne de trois années, au lieu d'une seule année, comme on le fait d'ordinaire, au risque de tomber sur une année de prix passagèrement bas ou élevés.
2. Voyez l'excellent travail de M. W. Scharling, professeur à l'université de Copenhague : Die ôkonomische Situation und die Wàhrungsfrage, {Preuss. Jahrbûcher, B. LXill.)
L'EFREUR de la SlîRPROfH.XTION DÉMO?ITRÉE 97
admissible aujourd'hui, quand )a crise s'est prolongée pendant seize années ?
D'ailleurs, sans recourir à la démonstration malhéraatique de M. Sauerbeck, n'est-il pas reconnu par tous que c'est pendant la période de 1850 à 1873, que les moyens de production et de transport se sont surtout perrectîonués, et que c'est pendant ces années de prospérité que s*est produit raccroissement extraordinaire des richesses et des produits, et non pendant les années de dépression commer^ dale et industrielle, lorsque le chiffre du capital des émissions nouvelles tombait de onze à quatre milliards.
Tant qu'on n'aura pas réfuté les démonstrations de M. Sauerbeck, on pourra dire que pour tout esprit non prévenu la théorie de la surproduction est déflnilivement convaincue d'erreur.
E. DB LayeLEYE. — La monnaie.