GOMMENT LA RARETÉ DE L'OR AGIT SUR LES PRIX
métalliques que fiduciaires ont relativement diminué. Les prix ont nécessairement dû baisser.
Que la quantité des objets produits et échangés ait considérablement augmenté, nous n'avons pas à le démontrer, puisque nos adversaires attribuent uniquement à ce fait la crise actuelle.
Je citerai seulement comme exemple deux chiffres se rapportant h l'Angleterre :
Export, et import £ 522 492 962 642 990 725
Augmentation 120 507 763
Tonnage des navires, entrée et sortie 17 700 000 32 500 000
Augmentation ... 14 800 000
Les moyens d'échanges métalliques ont diminué relativement, puisque autrefois l'instrument monétaire était sans ' cesse entretenu par l'afflux des deux métaux précieux, tandis que maintenant For seul est admis à la frappe.
Celte vérité que la rareté de l'or devait amener la baisse des prix et, par suite, une crise économique, avait été très clairement exposée par le journal spécial qui en Angleterre fait autorité en cette matière, VEconomist. Voici ce qu'il écrivait en 1869, dans sa revue de Tannée précédente : « On peut affirmer sans crainte de se tromper que la production d'or actuelle de trente millions sterling n'est pas plus que sufflsante pour faire face aux besoins du commerce sans cesse grandissant du monde et pour prévenir cette pression des transactions et des marchandises sur le stock des métaux précieux, qui se traduit, en pratique, par le niveau des prix et des salaires tendant à diminuer constamment. Le véritable danger est que la production actuelle des métaux précieux diminue, et parmi les événements les plus considérables et les plus heureux qui pourraient arriver maintenant, serait celui de la découverte de riches, dépôts d'or dans trois ou quatre régions inexplorées du globe. » Malheureusement on ne trouva aucun nouveau « placer ».
Au contraire, la production de Tor diminua de plus de 10 millions sterling annuellement, et en même temps TAliemagne en réclama environ 80 millions. Dans la revue financière de Tannée 1872 publiée en mars 1873, VEconomist prédit très nettement les conséquences de la loi monétaire allemande : « Certainement par sa nouvelle loi, rAUemagne fait à l'Angleterre l'honneur d'adopter son étalon d*or unique, mais cette mesure ne peut pas ne pas coûter cher au Money Market de Londres et des autres pays. Gomme la production annuelle de l'or dans le monde entier est estimée à très peu plus que L. st. 20 000 000 et comme la demande ordinaire pour des besoins divers est très grande, il s'ensuit que si le gouvernement allemand persévère dans sa politique monétaire récente, la pression sur les stocks et sur la circulation actuels, sera très sévère. A moins que la production annuelle de l'or n'augmente promptement, les Money Markets du monde seront troublés par cette rareté du métal précieux, »
On voit que la situation actuelle a été prévue par, l'Economisa avec une rare perspicacité.
La rareté de l'or et ses effets ont été aussi parfaitement indiqués par l'un des économistes les plus clairvoyants de l'Angleterre, alors directeur de VEconomist, Bagehot.
a Pendantlesdix-huit années de 18o8à 1875 les importalions d'or en Angleterre se sont élevées à L. st. 331 479 000 •et les exportations à L. st. 251 413 000. L'absorption totale a, donc été durant cette période de L. st. 79 766 000 ou environ L. st. 4 432 000 par an, soit un cinquième de la production totale. Si l'Amérique, les États-Unis et, disons-le, l'Union latine devaient adopter l'étalon d'or, l'offre de ce métal serait à peine suffisante et très probablement le monde serait très gravement atteint par cette rareté. » (Dépréciation of Silver, p. 79-80.)
En 1876 (2 sept.) VEconomiat insiste. « Les États-Unis peuvent adopter l'étalon d'or unique, comme l'Angleterre, et jusque récemment tous les économistes anglais le leur auraient conseillé. Les maux que causerait cette mesure n'avaient pas été aperçus. »
COMMENT LA RARETÉ DE l'OR AGIT SCRtLjîl^ fRÎ.X 101 '^
En novembre 1873, dans un discours pronojQcé à^Gias^w,^ Disraeli (plus lard lord Beaconsfield)^ind^4yâil Vyec uVjg., admirable netteté la cause des perturbations économiques qui commençaient dès lors « sur Tindustrie et sur la baisse continue des prix ».
«^ J'attribue, disait-il, la perturbation monétaire qui s'est produite et qui exerce actuellement une intluence très préjudiciable sur notre commerce aux graves ebangements que certains gouvernements européens font subir à leur étalon des valeurs {standard of value). Notre étalon n'est nullement la cause de notre prospérité commerciale, mais il en est la conséquence. Il est évident que nous devons nous préparer à de grandes convulsions dans le marché monétaire, occasionnées, non comme naguère par l'excès de spéculation, ou toute autre cause ancienne, mais par une cause nouvelle que nous ne connaissons pas encore bien. »
Le 29 mars 1879, lord Beaconsfleld s'exprima ainsi : « Dans ces derniers temps, le produit des mines d'or de l'Australie et de la Californie a régulièrement diminué, et la conséquence en a été qu'un grand cbangement en faveur d'une circulation d'or s'est produit, en même temps qu'un accroissement de la population réclamait une augmentation considérable de la monnaie d'or pour opérer les échanges et, au contraire, celle-ci s'est réduite, de sorte que une situation des affaires a été amenée par cette rareté de l'or exactement opposée à celle qu'avait occasionnée son abondance. La valeur de l'or devient plus grande chaque jour et cette appréciation a pour résultat une diminution correspondante des prix. Il n'est pas impossible que, si le chiffre de nos affaires continue à se développer, le pays réclame une investigation officielle sur les causes qui afTectent la valeur des métaux précieux et sur l'effet que ce changement de valeur a exercé. »
Lord Beaconsfleld a été prophète en ceci. L'Angleterre a, en efifet, nommé deux commissions successives, l'une on Trade depressioriy l'autre, la Gold and Silver Commission, pour étudier à fond le problème économique que le chef du parti tory avait si clairement défini.