‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 7 sur 137 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

de le vendre, car bientôt il n*en vaudra plus que 15, 12, peut-être 10. C'était de la métaphysique économique et monétaire. Le public ne comprit pas.

Si MM. Frère-Orban et Pirmez avaient eu le courage de nous faire passer au thaler allemand ou au florin d'argent hollandais, ils auraient peut-être réussi, et nous serions maintenant au régime du métal blanc. Qu'en diraient ceux qui aujourd'hui ne veulent plus que le métal jaune? Le fait est que jamais on ne parvint à faire admettre aux Belges que vingt francs d'or n*étaient pas 20 francs.

Le résultat de mes réflexions fut une petite brochure intitulée la Question de Vor (1860). J'y apportai quelques arguments scientifiques à l'appui des pétitions qui bombardaient le ministère.

J'essayai de combattre les craintes des adversaires de l'or. « L'invasion de l'or, disaient les Documents officielsjferaii courir au pays des dangers dont nul ne saurait calculer dès à présent l'étendue. » Je fis voir que cette abondance de l'or aurait pour effet inévitable de stimuler les affaires, de multiplier les échanges, de donner au commerce et à l'industrie une expansion inouïe, et, par suite, d'ouvrir à l'or nouveau des canaux nouveaux, qui en empêcheraient l'avilissement. C'était la théorie du fameux livre de Tooke : History of Priées.

Les monométallistes disaient aux industriels : Vous êtes absolument ignorants en économie politique. — C'est possible, répondirent les auteurs des pétitions, mais quand nous apprendrions par cœur le livre de Michel Chevalier, nous n'en serions pas moins gênés pour régler nos échanges. Rien n'est brutal comme un fait. Toutes les théories du monde ne peuvent le changer.

Dans ma petite brochure, je m'attachais à montrer

XIY INTRODUCTION

que les négociants, en sornme, voient souvent plus clair en économie politique que les abstracteurs de quintessence.

Dans les Documents officiels belges on lisait : « Loin de jeter la moindre perturbation dans les relations commerciales, Vexportation du numéraire offre, au contraire , l'avantage réel de débarrasser le pays d'une quantité de métaux que leurs détenteurs reconnaissent superflus et improductifs. » Cette étonnante affirmation était opposée à l'expérience commerciale et à la théorie des crises. Mais on ne semblait en avoir aucune idée.

M. Michel Chevalier, plus logique, disait : Quand on vante l'excellence d'un système, il faut admettre que tout le monde l'adoptera. — Dans ce cas, répondisje, tous les pays adopteraient l'argent, et l'or cafifornien n'imprimerait pas aux affaires cette impulsion extraordinaire qu'on voit en ce moment.

Je réclamais aussi énergiquement en faveur du maintien du système monétaire français, au nom des droits acquis. Tous les contrats, disais-je, sont conclus sur cette base. Vous, législateur, vous n'avez pas le droit de modifier cette base sans une nécessité absolue.

En théorie, j'admettais que le double étalon et le simple étalon avaient tous les deux des inconvénients, à peu près équivalents; mais la nécessité et la justice nous commandaient, à mon avis, de rentrer dans l'union monétaire avec la France.

Ma brochure fut lue et goûtée, parce qu'elle donnait l'appui d'une étude scientifique à un mécontentement et à des embarras très réels. Les commerçants se dirent : Un économiste qui veut s'éclairer en examinant de près la pratique des affaires peut parfois rendre des services : si on envoyait celui-ci à la Chambre? Je prononçai un grand discours à l'Associalion libérale

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