‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 6 sur 137 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

mes voisins, ne suis-je pas tenu moralement, sinon juridiquement, à m'entend re avec eux?

On voit ici Tenchainement d'idées qui a donné naissance à l'Union latine et présidé à la convocation des conférences monétaires universelles de 1867, de 1878 et de 1881.

La masse d*or et d'argent, à l'état de monnaie, est le patrimoine commun de l'humanité. Par le mouvement commercial, c'est le sang qui circule dans les artères et les veines du corps « mondial ». C'est l'ensemble des véhicules au service général de tous les États. Il est donc juste, utile, nécessaire que tous les États civilisés s'entendent pour en régler la constitution et l'usage.

Qu'on permette à un bimétalliste de la veille de rappeler ici quelques souvenirs personnels relatifs à la question monétaire.

Après la découverte des placers de l'Australie et de la Californie, Michel Chevalier jeta un cri d'alarme. Le monde allait être inondé d'or. Les prix hausseraient de 50 p. c. La moitié des gens seraient ruinés. Ce devait être une perturbation générale. Les hommes d'État les plus avisés se dirent : Nous nous préserverons bien de l'inondation. Démonétisons l'or, et proscrivons-le à la frontière. C'est ce que firent, en 1850, la Hollande et la Belgique.

Avec son florin d'argent, la Hollande jouit des bienfaits d'un isolement complet. Malheureusement il n'en fut pas de même pour la Belgique. La France, qui n'avait pas pour conseillers des hommes d'État aussi prévoyants que les nôtres, resta embourbée dans « les marais pontins » du bimétallisme. Mal lui en prit : car elle fut complètement envahie par l'or. Bientôt, par un effet de capillarité, la Belgique le fut à son tour. La malaria fut contagieuse.

Xn INTRODUCTION

Nos ministres firent bravement leur devoir. Ils défendirent le territoire pas à pas. L'affreux métal jaune fut impitoyablement proscrit. Il ne fut plus reçu ni dans les caisses publiques, ni à la Banque nationale, ni aux guichets de la poste et des chemins de fer. Le commerce en gros et en détail refusait Tor, qu'il fallait vendre à perte.

Néanmoins, Tor français sinfiltra dans la circulation. Ceux qui vendaient à la France, surtout à la frontière, n'osaient refuser Tor, crainte de fâcher le client. Les boutiques furent bientôt obligées de céder à leur tour. Aux vitrines des magasins, on affichait comnie appât : Lot est reçu sans perte.

Le commerce se résigna d*abord à supporter ces pertes, mais comme elles se renouvelaient à chaque traite qu'il fallait payer à la Banque nationale ou aux banquiers, les réclamations devinrent bientôt universelles et violentes.

Je fus à mon tour atteint par la question de For. J'habitais, Tété, la campagne, sur la frontière de France, oti l'on ne voyait guère que de l'or en circulation. Je recevais mes petites rentes en or, et, l'hiver, rentre à Gand, je ne Técoulais qu'à perte. L'homme eat encore très enfant. Rien ne l'irrite comme une perte» si petite qu'elle soit, mais répétée, chaque jour, sur des pièces de monnaie qu'il considère comme ayant leur pleine valeur. Je partageai donc l'agacemcot général, et je me mis à étudier la question delà monnaie.

Les nionométallistes faisaient à la Chambre de très beaux discours pour démontrer que vingt francs en op n'étaient pas vingt francs. C'est une marchandise, disaient MM. Frère-Orban et Pirmez : pourquoi voulez- vous que votre Napoléon vaille nécessairement 20 francs? Il vaut aujourd'hui 19 fr. 50 c. Hâtez-vous

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