‹ La monnaie et le bimétallisme internationalChapitre 70 sur 137 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

CAUSES DES VARIATIONS DU PRIX DE l'aRGENT A LONDRES

L'inspection du tableau précédent montre que, d'une façon générale, depuis 1803 jusqu'en 1850, le prix de l'argent se maintenait un peu au-dessous du pair de 60 7/8 imposé par le rapport de la Monnaie française de i : 15 1/2^ et qu'à partir de 1850 jusque vers 1866, il se cotait en moyenne au-dessus du pair. Gela provenait de ce que, pendant la première période, l'argent envoyé de Londres à Paris pour les remises du change devait supporter les frais d'envoi, de frappe, etc., et ne pouvait donc valoir que le pair, moins ces frais. De 1850 à 1866 on envoyait de Londres à Paris de l'or et quand il fallait faire venir de l'argent de Paris à Londres, il fallait qu'il fût coté assez haut sur cette dernière place, pour couvrir les frais de l'opération. Voici ce que dit à ce sujet M. Ernest Seyd (Décline of Prosperity^ p. 76 et 78, et der Hauptirrthum in der Goldwâhrung^ p.4i):

1. M. £. Seyd dit en note dans la brochure allemande, p. 7 : « L'auteur, s*occupant, depuis bien des années, des opérations en métaux précieux et en arbitrages, peut affirmer quMl en connaît bien la technique. En fait, il n*y a pas de marchandise sur laquelle la spéculation peut moins s*exercer que sur les métaux précieux. On ne peut en conserver des amas, car on perd les intérêts, et le prix des métaux ainsi que les frais d'envoi se calculent jusqu'à la dernière fraction. L'auteur peut établir par des chiffres exacts que, dans tous les cas, jusqu'en 1872, les variations dans les prix de l'argent à Londres ont pour cause unique les frais d'envoi et de monnayage. »

160 LA MONNAIE ET i;.E BIMÉTALUSME

tt Avant rasage de la vapeur, les métaux précieux étaient expédiés par voitures, et par voiliers partant de Douvres ou de la Tamise. Les frais étaient trois ou quatre fois plus élevés que maintenant; avec les frais de monnayage en France et la perte d'intérêts, ils pouvaient s'élever jusqu'à 3 pour iOO '. Si donc un kilogramme d^argent était monnayé à Paris en 200 francs, le fret, les frais de monnayage, l'assurance, la perte d'intérêt s'élevaient à 6 francs, laissant net 194 francs, ce qui, au change de 25 fr. 22 1/2, donnait 7. 13, 10, de sorte que les 31 281 onces d'argent standard, que réclamait le kilogramme à 9/10 de un, ne pouvait être payé à Londres que 59 pence. Plus tard les frais diminuèrent et purent se calculer ainsi :

Monnayage par kilogramme fr. 1 50

Frais généraux » 50

fr. 2,00

de sorte que 60 pence 1/8 pouvaient être payés h Londres. « Après 1850, quand on demanda de l'argent à la France, les frais d'expédition de Paris à Londres se calculaient ainsi :

Un kilogramme argent à 9/10 de fin.... 200 francs Commission, fret, assurance, etc 3 —

203 francs.

Ce qui augmentait encore la prime, c'est que l'argent que l'on faisait venir de Paris n'était pas des lingots, mais des pièces de cinq francs plus ou moins usées, de sorte que, même en les triant avec de nouveaux frais accessoires, il fallait en fondre pour plus de 200 francs, aGn d'obtenir un kilogramme net. Les calculs précis de M. Ernest Seyd prouvent donc que les variations du prix de l'argent à Londres dépendaient des besoins de cette place et des dépenses

1. Le coût du monnayage pour l'argent s'élevait à 3 francs par kilogramme ou 1 fr. 50 pour 100 fp. jusqu'en 1835. En 1835, il fut réduit k 2 francs et, en 1850, à 1 fr. 50.

Page 1