LOR NE 8E1UIT-IL PAS ENLEVE DE LA CIRCULATION PAR LA THÉSAURISATION
Les adversaires du bimétallisme, en Angleterre surtout, et en tête de ceux-ci M. Giffen, ont dit : Du moment que l'argent, métal déprécié et repoussé, serait, en vertu de la loi, déclaré monnaie libératoire, kgal te,nder^ chacun payerait en monnaie d'argent et conservpiHit le métal recherché, Tor, qu'il thésauriserait : dold oouùi be hoarded.
On comprend difficilement qu*une idée aussi étrange ait pu entrer dans la tête d'un Lc.ume connaissant quelque peu les affaires financières.
Et d'abord, cette distinction entie ^or, métal recherché, et l'argent, métal déprécié, si les deux métaux étaient indéfiniment monnayables, n'aurait pas plus de raison d'être, que dans la période 1856-1866, où l'argent était recherché et l'or déprécié et presque proscrit.
Aujourd'hui, la préférence que Ton accorde à l'or est parfaitement justifiée. L'argent, ne pouvant plus être librement monnayé en Europe, n'est plus qu'une marchandise comme le cuivre ou le nickel, dont la valeur varie chaque our, tandis que l'or conserve une valeur parfaitement stable, parce qu'il peut être converti à volonté en monnaie d'après un tarif fixe. 11 s'ensuit que les États privés d'or en quantité suffisante sont obligés, quand ils négocient un emprunt à l'étranger, de stipuler que l'intérêt sera payé en or.
THÉSAURISATION DE l'OR 203
Il s'ensuit, en second lieci, que quiconque doit faire des remises à Tétranger recherche Tor, puisque c'est le seul métal exportable.
Mais ces causes très naturelles de la préférence accordée à For disparaîtraient, puisque l'argent reprendrait, comme autrefois, et plus encore qu'avant 1873, sa valeur fixe en tant que métal partout monnayable et exportable. Dès lors pourquoi thésauriser de Tor plutôt que de Targent, piusque ces deux métaux jouiraient au même degré des mêmes privilèges?
Serait-ce parce que Tor est jaune et que l'argent est blanc? Évidemment non.
Serait-ce parce qu'il est quinze fois et demie plus léger pour une valeur égale? Non encore. Cette considération peut avoir quelque influence en temps de guerre ou de révolution, quand ceux qui cherchent à s'éloigner tâchent d'emporter la monnaie la moins encombrante. Mais il est clair que ces circonstances exceptionnelles et passagères ne peuvent modifier la circulation d'un grand pays, et encore moins à la fois celle des quatre nations commerciales.
La thésaurisation, dans une grande mesure, comme celle que prédit M. Giffen, est impossible au point de vue financier. Quelle est la banque, quel est le capitaliste qui irait amasser de l'or pour le cacher, perdant ainsi l'intérêt d'une façon permanente et sans l'espoir d'en retirer jamais aucun bénéfice?
On peut faire des syndicats, des corners^ comme disent les Américains, pour accaparer le blé, le cuivre, le mercure, les diamants, parce qu'en diminuant l'offre on fera monter le prix de la marchandise monopolisée ; mais une semblable opération est impossible pour l'or, puisque l'acheteur d'or peut toujours s'en procurer, en prenant dans l'approvisionnement de vingt milliards de monnaie qui s'offrent à lui autant qu'il en voudra au prix fixe de 3100 francs le kilogramme. Au reste, ici encore, nous n'en sommes pas réduits à des raisonnements ou à des hypothèses. Il suffît d'ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans les pays bimétalliques maintenant, pour se convaincre que, dans le cas d'un accord
des grandes puissances commerciales, pom- établir le bimétallisme international, aucune thésaurisation ne se ferait
Actuellement, dans l'Union latine, la valeur intrinsèque de Targent est dépréciée de 20 à 25 pour 100 relativement à sa valeur nominale.
Une pièce d'or de 5 francs vaut en réalité i fr. 50 de plus qu'un écu de 5 francs, quoique ces deux disques monétaires aient le même pouvoir payant. En outre, l'argent est menacé, à tout instant, d'une dépréciation plus forte et même de démonétisation. Il y aurait donc certains motifs assez plausibles pour thésauriser Tor, en ne laissant que l'argent dans la circulation.
Et cependant rien de semblable ne se fait. Sans doute, l'or devient rare, parce que le monnayage de ce métal est presque nul dans notre Occident, mais celui qui existe ne se cache pas et ne se thésaurise pas.
Les banques d'émission s'efforcent d'en garnir leur encaisse ; mais c'est uniquement pour faire face aux remises à l'étranger. On peut donc affirmer, avec toute certitude, que l'or, n'étant pas thésaurisé dans les pays bimétalliques, aujourd'hui que l'argent perd 20 à 25 pour 100 de sa valeur nominale et légale, il le serait bien moins encore si le métal blanc redevenait monnayable et exportable en tout pays, sur la base d'un rapport légal identique.