CHAPITRE XLIII
POURQUOI LA FRANCE NF. PEUT SEULE REMETTRE EN VlOimim LE SYSTÈME BIMÉTALLIQUE.
Aa sein de la Gold and Silver Commission^ on a demandé à M. H. Gibbs si Tile de Jersey ou le canton de Berne, en adoptant un système monétaire bimétallique, pourraient faire prévaloir le rapport (ratio) entre les deux métaux qu*ils auraient adoptés. M. H. Gibbs a répondu que non et avec raison. La France a pu maintenir pendant 70 ans le rapport de i : 15 1/2 de la loi de Tan XI pour les motifs suivants :
1® Elle se trouvait placée entre TAngleterre, qui, depuis 1816, avait Tétalon d*or, et le continent, qui, depuis le moyen âge, avait Tétalon d'argent ;
2® Son commerce d'exportation était assez florissant pour qu'elle eût souvent le change en sa faveur, ce qui la dispensait d'exporter du numéraire et lui permettait souvent d'en obtenir de l'étranger;
3^ Elle avait assez de valeurs de toute nature : propriétés rurales et urbaines, usines, titres de rente et de sociétés, marchandises, etc., pour offrir un débouché, c'est-à-dire un emploi pratiquement illimité au métal, tantôt l'argent, tantôt Tor, qui, par le monnayage libre, était transformé chez elle en monnaie libératoire;
4® Enfin elle possédait un approvisionnement d'or et d'argent suffisant pour faire face, de 1803 à 1850, aux
E. DE LaVELEYE. — La monnaie. 12
exportations momentanées d*or, et, de i856 à 1866, aox exportations exceptionnelles d'argent.
Pour qa'uD pays ou un groupe de pays puisse imposer au monde commercial, le rapport entre les deux métaux qu'ils adoptent, il faut ces conditions réunies.
Si un État doit payer annuellement à l'étranger un tribut pour l'intérêt de sa dette, quand même il produirait des métaux précieux, il ne pourrait les conserver.
Le métal, ayant cours dans le pays créancier, y serait attiré et le pays débiteur ne garderait que le métal non youlu au debors ou du papier-monnaie : exemple, la Russie.
Si un pays ne possède pas assez de biens de toute espèce pour offrir un déboucbé illimité au métal qu'on peut y transformer en monnaie libératoire, le monnayage libre ne peut plus agir pour soutenir la valeur de ce métal. Supposons que Jersey mette en vigueur la loi de l'an XI, avec frappe libre des deux métaux : on y apporte de l'argent qu'on frappe d'après le rapport de 1 : 15 1/2. Mais que faire de l'argent monnayé?
D'abord enlever tout l'or, en donnant 15 1/2 kilogrammes d'argent pour un kilogramme d'or. Mais après? Acheter des marchandises, des terres? L'emploi serait minime et, le marché étant saturé d'argent, tous les prix monteraient à proportion de la dépréciation de ce métal, et, sur ce marché, tout achat avantageux deviendrait impossible.
Enfin, si le pays bimétallique n'a pas un approvisionnement de métaux suffisant pour faire face aux exportations extraordinaires, il ne pourra plus payer les traites de l'étranger dans la monnaie y ayant cours et, par conséquent, le change se mettra contre lui, en raison de la dépréciation du seul métal qui lui restera.
La Hollande parvient à conserver, principalement dans sa banque centrale, assez d'or pour faire face aux demandes éventuelles du dehors, d'autant plus que, grâce à la somme considérable de fonds étrangers que ses citoyens possèdent, elle est presque toujours créancière de Télranger. Mais admettons que la Hollande, ayant décrété la frappe libre des deux métaux, soit privée d'or et qu'elle soit débitrice :