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LA FRANCE NE PEUT SEULE RÉTABUR LE BIMÉTALLISME

qu'arriverait-il? Une traite tirée sur Amsterdam payable uniquement en florins d'argent vaudrait à Paris, à Londres ce que vaut le métal-argent auquel la traite donnerait droit. La Hollande ne maintiendrait le pair bimétallique adopté par elle que si elle pouvait offrir de Tor en échange de l'argent monnayé chez elle, dans la proportion légale.

Sans doute je suis disposé à croire, avec M. H. Gibbs, que la France, grâce aux 5 ou 6 milliards d'or qu'elle possède encore, pourrait rétablir et même maintenir pendant un temps Tancien prix de l'argent et par conséquent le 1 H 5 1/2.

Dans ce cas, les pays où l'argent circule actuellement sur la base de ce rapport, comme l'Allemagne, ne pourraient se livrer avec bénéfice à des opérations d'arbitrage. Toutefois il y aurait à craindre la reprise des ventes d'argent pour compte des gouvernements et l'afflux vers la Monnaie française de tous les lingots disponibles.

Mais il est un autre obstacle, lequel est absolu.

La monnaie d'argent aux États-Unis a été et est encore chaque jour frappée au rapport de 1 : 16, c'est-à-dire qu'un kilogramme d'or monnayé y a autant de pouvoir payant que 16 kilogrammes d'argent, et en fait d'argent il y existait à la date du 1®' novembre 1890 :

Standard silver 380,988,466 dollars.

Monnaie divisionnaire 77,145,591 —

Lingots d'argent à là Afm^. 17,591,835 —

Total 475,725,892 dollars.

Si la frappe libre des deux métaux était décrétée aux États-Unis avec le rapport de 1 : 15 1/2, il est évident que tout cet argent — environ deux milliards de francs — prendrait le chemin de la Mint, pour être remonnayé en dollars nouveaux, puisque 15 1/2 onces d'argent procureraient le même pouvoir payant que 16 onces auparavant : donc bénéflce net, une demi-once sur 16.

Si l'Hôtel des Monnaies de Paris s'ouvrait à l'argent sui la base" de l'ancien rapport, la même opération se ferait; elle serait un peu moins avantageuse parce que les frais

seraient plus élevés ; mais le proÛt serait encore suffisant, et ainsi tout le métal blanc des États-Unis, venant au monnayage en France, en enlèverait une valeur correspondante d'or par des opérations d'arbitrage, indépendamment de l'action du change commercial. Gomme Ta très bien montré M. Gernuschi, quand deux systèmes bimétalliques existent en même temps dans deux pays avec un rapport différent, l'un des métaux précieux, soit Tor, soit l'argent, se dirige vers le pays qui lui accorde le pouvoir payant le plus élevé. Ainsi en 1792 les États-Unis adoptent le bimétallisme avec le rapport de 1 : 15, alors qu'en France le rapport était de i : 15 1/2. Ayant en France un pouvoir payant 15 fois 1/2 plus grand que l'argent, au lieu de 15 fois seulement aux États-Unis, l'or quittait l'Amérique, pour se faire monnayer à Paris. En 1834, les États-Unis, pour attirer de l'or, adoptèrent le rapport de 1 : 16. Aussitôt un mouvement en sens contraire se produisit. L'argent, n'ayant plus aux États-Unis qu'un pouvoir payant 16 fois moindre que l'or au lieu de 15 fois 1/2 en France, abandonna l'Amérique. L'or, au contraire, qui, aux États-Unis, avait acquis dès lors un pouvoir payant 16 fois plus grand que celui de l'argent, au lieu de 15 fois 1/2 en France, reprit le chemin de New- York.

Ge qui amène ce va-et-vient de métaux précieux qu'on constate depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, ce n'est pas, comme on le répète, le libre commerce, mais la législation monétaire des différents pays ou, si Ton veut, le commerce basé sur cette législation.

Jusqu'en 1870, le bimétallisme français a pu résister sans fléchir à l'enlèvement tantôt de l'or, tantôt de l'argent par le bimétallisme des États-Unis, parce que ce pays jusqu'en 1880 n'avait qu'une circulation métallique restreinte relativement à celle de la France et parce que, bientôt après, le papier-monnaie en a chassé les deux métaux précieux à la fois.

Depuis l'organisation de la Monnaie (Mint) (i 792) aux États- Unis jusqu'en 1872, on n'y avait frappé que 8 045 838 dollars d'argent, lesquels, peu à peu importés en France pour

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