CHAPITRE XLIV
LES ETATS-UNIS POURRAIENT-ILS SEULS MAINTENIR LEUR PAIR BIMÉTALLIQUE DE 1 : 16?
Les faits constatés depuis J873 permettent d'affirmer que les États-Unis, même en portant les achats d'argent à quatre millions et demi d'onces par mois, sous Tempire da Silver-bill de juillet 1890, n'arriveront pas à maintenir d'une façon stable le prix du métal blanc à l'ancien taux de 60 7/8 pence par once standard anglaise ou même à 59 pence, ce qui correspond au rapport américain de 1 : 16.
Les États-Unis ont d'abord, de 1873 à 1876, acheté 31 603 905, 87 onces d'argent au prix de 37 571 148,04 dollars pour en faire de la monnaie divisionnnaire. Du 28 février 1878 au 1" novembre 1889, il a été acheté 229 889 416, 11 onces d'argent pour 286 930 633, 64 dollars, qui ont été frappées en 343 638 001 dollars légal tender avec plein pouvoir payant.
Sur ce total, 60 098480 dollars, ou moins de un dollar par tête, étaient en circulation au l®»" uovembre 1889 : 283 539 521 dollars étaient déposés dans les caves du Trésor, dont 277 319 944 dollars circulaient sous forme de Silver cetHificates ; l'excédent n'agissant pas comme instrument d'échange effectif n'était que de 6 219 577 dollars.
On peut donc affirmer que la tentative de faire emploi de l'argent comme moyen de payement sous forme de Certificats a complètement réussi, et c'est même Tua des motifs
qui a engagé le Congrès américain à donner une place plus large encore dans la circulation au métal blanc.
Mais, d'un autre côté, les achats si considérables d'argent faits par les États-Unis n'ont pas empêché la baisse continue du prix de ce métal, comme Je montre un rapport 1res bien fait de M. William Windom, secrétaire du Trésor [SUver^ Washington printing office, 4889).
« En 1873, date où commencent les achats d'argent pour la monnaie divisionnaire, la valeur marchande d^ dollar contenant 371 grains 25 d'argent fin était d'environ 1/2 cent (le cent, centième partie du dollar, vaut un peu plus de 5 centimes) plus élevée que celle du dollar or. Au 1®'" mars 1878, quand commencèrent les achats pour le n?onnayage des dollars, la valeur du dollar d'argent n'était plus que de 0.93 dollar or et maintenant (novembre 1889) elle est tombée à 0.72 dollar or. En d'autres termes, l'argent est tombé relativement à l'or de 28 pour 100, dans ces dernières seize années, et de 20 pour 100 depuis le commencement des achats de 1878. Ce mouvement de baisse a été continu, ainsi que cela résulte du tableau suivant :
Années. Prix de Targent Valeur Baisse
— à Londres, d'une once fin. depuis 1873.
Pence. Dollars. Pour 100.
« Cette baisse continue s'est produite, quoique ia quantité d'argent achetée augmentât à mesure que le prix en baissait, puisqu'en vertu du Bland-billy il fallait en acquérir pour 2 millions de dollars par mois. Au !•' mars 1878, au prix de 54 pence 15/46 l'once standard ou de 1,204 429 dollar par once de fin, les 2 OCO 000 dollars employés mensuellement achetaient 1 660 729 onces de fin, qui livraient 2 147 205 dollars standard.
Au prix moyen de Tannée fiscale finissant au 30 juin 1889, soit au prix de 42,49 pence Tonce standard, équivalant à 0.93,163 doll. l'once de fin, les 2 000 000 dollars employés mensuellement achetaient 2 146 755 onces de fin, qui livraient 2 775 628 dollars standard.
Non satisfait des résultats du Bland-bill^ le Congrès de Washington a adopté, en juillet 1890, un nouveau SUverbilly dont les dispositions principales sont les suivantes :
« U est décrété par le Sénat et la Chambre des représentants des États-Unis d'Amérique assemblés en Congrès :
« 1®' §. Que le secrétaire du Trésor est tenu à acheter de temps en temps des lingots d'argent {silver bullion) pour un total de 4 500 000 onces, ou telle partie de ce total qui sera offert chaque mois au prix du marché, sans dépasser celui de un dollar pour 371,25 grains d'argent pur et d'émettre, pour le payement de ces achats d'argent, des billets du Trésor (Treasury notes) des États-Unis, qui seront préparés par le secrétaire du Trésor en telle forme et en telles coupures qu'il prescrira, pas inférieures à 1 dollar et pas supérieures à 1000 dollars.
« 2® §. Que les billets du Trésor émis conformément aux prescriptions du présent Act seront remboursables sur demande, en numéraire, au Trésor des États-Unis ou au bureau des assistants-trésoriers, et ceux qui seront remboursés pourront être émis à nouveau, mais le total de ces billets en circulation ne pourra être inférieur ou supérieur, en aucun temps, au prix total des lingots d'argent ou des dollars standard d'argent monnayés avec cet argent et détenus par le Trésor, qui les a payés en ces billets ; et ces billets du Trésor seront un moyen de payement légal {légal
tender) pour toutes les dettes publiques et privées, sauf le cas d'une stipulation contraire expresse dans le contrat, et seront recevables pour les taxes à la douane, pour les impôts et pour toute charge publique, et, quand ils seront ainsi reçus, ils pourront être émis à nouveau; et ces billets quand ils seront détenus par toute banque nationale pourront être comptés pour la réserve légale ; — que sur la demande de tout porteur ces billets seront remboursés par le secrétaire du Trésor en or ou en argent, à son choix, et conformément aux règles qu'il prescrira, la politique monétaire établie des États-Unis étant de maintenir la parité entra les deux métaux sur la base du rapport légal actuel ou de tout autre rapport à établir par la loi.
« 3* §. Que le secrétaire du Trésor fera monnayer chaque mois deux millions d'onces de Targent lingot acheté conformément à cet Act en dollars standard d'argent, jusqu'au 6 juillet 1891, et qu'après cette date, il fera monnayer, de temps en temps, l'argent lingot acheté en telle quantité qu'il peut être nécessaire pour rembourser les billets du Trésor prévus par cet Act, et tout bénéfice de seigneuriage résultant de ce monnayage sera versé au Trésor. »
Ce bill n'est évidemment pas conforme aux principes modernes concernant l'émission de la monnaie, car, au lieu de la frappe libre et automatique, il impose à l'État l'obligation, non seulement de monnayer de l'argent pour une somme fixe, mais même d'acheter de largent qui ne sera pas directement converti en monnaie. La majorité de la Chambre des députés a repoussé la frappe libre de l'argent, parce qu'elle a cru que les Mints américaines recevraient, outre l'argent produit par les mines, le métal blanc en circulation actuelle dans d'autres pays.
On répète en France et en Angleterre que ce Bill a été voté exclusivement dans l'intérêt des propriétaires de mines d'argent aux États-Unis. Cela est complètement erroné. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les remarquables discours prononcés au sein du Sénat par le sénateur du Nevada, M. John Johnes, et par le sénateur de Rhode Island, M. Aldrich.
Les motifs qui ont dicté l'adoption du nouveau SUver-hill sont ceux-ci :
i^ Gomme le dit le Bill lui-même, la politique traditionnelle et constante des États-Unis a été de maintenir remploi simultané de Tor et de Targent comme monnaie étalon (légal tender),
2<' On est généralement convaincu aux État^-Unis :
A, Que la baisse des prix et la crise si intense et si persistante qui a commencé en 1874 est due en grande pai Me à la suspension presque générale de la frappe libre de l'argent et à la contraction monétaire qui en est résultée. On croit do ic qu'il faut s'efforcer de restituer à l'argent le rôle d'instrument principal de la circulation qu'il a toujours rempli;
B, Que si la proscription de l'argent est maintenue, la baisse des prix, avec ses résultats calamiteux, continuera;
C, Que la baisse du prix de l'argent a pour effet de procurer aux pays à étalon d'argent, notamment aux Indes, le moyen de vendre leurs produits avec une prime, au grand détriment des producteurs américains {V. le discours du sénateur Aldrich, 13 juin 1890).
3<> La raison principale et qui a vaincu toutes les résistances, ce sont les souffrances de l'agriculture. Petits propriétaires et fermiers sont ruinés, expropriés. Ils ne peuvent plus payer les intérêts de la dette hypothécaire et souvent la terre vendue ne suffît pas à couvrir les créances (voir l'art, de M. de Kératry, Bev. des Deux Mondes, août 1890, et de nombreux articles dans les revues américaines, par exemple dans le Forum, nov. 1890, The probabilities of agriculture y by Wood Davis, et The emhattkd Farmers, by D' Washington Gladden).
4° On croit aux États-Unis que l'or seul, qu'on se dispute à coups de hausse de l'escompte, ne peut fournir au développement économique si rapide des États-Unis un instrument d'échange assez élastique, assez extensible, et qu'il est donc nécessaire de lui adjoindre l'argent.
50 On pense qu'en relevant le prix de l'argent, on fera disparaître le discrédit dont ce métal est frappé depub quelque temps, et que, par conséquent, les États européens
seront disposés à s'entendre avec les États-Unis pour lui restituer la place qu'il occupait naguère *•
Des économistes parmi les plus compétents en cette matière, entre autres le savant secrétaire de la Ligue bimétallique allemande, M. Otto Ârendt, et M. Ottomar Haupt, partagent cette manière de voir. Le nouveau Stlver-bill aura pour résultat, disent-ils, que l'emploi de l'argent dépassera la quantité qui en est produite ; donc le prix de ce métal atteindra nécessairement le maximum fixé par le SUver-bill^ soit un dollar par 371,25 grains d'argent pur, ce qui correspond à 59 pence pour l'once standard anglaif ou rapport légal dans TUnion de 1 : 16.
En effet, voici comment s'établit le bilan actuel de 1 argent :
Kilogr. Kilogr.
Production (1888) 3 637 000
Emploi : Industrie 500 000
— Frappe du Bland-bill 770 000
Envois de San Francisco en Orient (1889). 377 000
— de Londres vers TAmérique et
l'Orient (1889) 1 647 353
Frappe moyenne en Europe (1888-1889). 537 360
Manquant 194 713
1. Voici ce que dit le président Harrison à ce sujet : « Quoiqu'il semble préférable de ne pas renouveler formellement la proposition d'une nouvelle conférence en vue d'un accord pour un emploi plus considérable de l'argent sur le pied d'un rapport identique (uniform ratio), la situation à l'étranger est ' suivie avec attention, et aucune occasion ne sera perdue pour arrivera un résultat qui, pense-t-on, apporterait de très grands avantages au commerce du monde entier. Les troubles monétaires récents en Angleterre conduiront probablement à un nouvel examen des opinions relatives à cette matière. Notre grand approvisionnement en or, s'il n'est pas dissipé par une législation imprudente en faveur de l'intérêt supposé de l'argent, nous mettra dans une position avantageuse pour promouvoir un accord international permanent et sûr pour l'emploi libre de l'argent, dans la mesure de l'accroissement de ce métal et de cette monnaie. » {Message de nov, 1890.)
Il y aurait donc un déficit pour l'argent de 194 713 kilogrammes.
La production s'accroît d'année en année, mais l'exportation vers rOrient augmente aussi rapidement. Dans les dix années 1879-1888, elle n'a été en moyenne que de 751 956 kilogrammes, tandis qu'en 1889 elle s'est élevée à i 366 4*20 kilogrammes. Au 14 août dernier elle atteignait £ 5, 467 186 pour 1890, en regard de £ 3 029 234 pour 1888.
Sans doute, le directeur de la Mint de l'Union estime la production de l'argent pour 1889 à 3 913 700 kilogrammes. Mais comme, d'autre part, l'Union doit acheter maintenant annuellement, au lieu de 770 000 kilogrammes, 1 679 600 kilogrammes, c'est-à-dire plus que la production des États-Unis (1 555 000 kilogrammes en 1889), il s'ensuit que le manquant sera beaucoup plus grand qu'auparavant.
A ne consulter que la loi de 1 offre et de la demande, cette demande plus que doublée du Sitver-bill devrait amener une hausse notable, même si les producteurs d'argent et ks spéculateurs ne forment pas un syndicat, un corner, pour relever le prix de l'argent.
Quant à moi, tout en admettant que beaucoup des raisons qui ont déterminé le vote du nouveau Silver-bill et que j'ai résumées plus haut, sont très fondées, je pense que ce bill est une faute, d'abord parce qu'il est en opposition avec la théorie rationnelle de la monnaie et ensuite parce qu'il diminue, au lieu d'augmenter, les chances d'adoption du bimétallisme international.
Le sénateur Aldrich reconnaît nettement qu'un accord international peut seul donner à l'argent une valeur stable. Les achats mensuels du Trésor américain relèveront le prix du métal blanc. Mais ils en augmenteront probablement les fluctuations, ce qui ne contribuera pas à réconcilier l'opinion générale avec l'argent.
Ces fluctuations seront invoquées comme un argument centre le bimétallisme. Gela est si vrai que la. Ligue bimétallique anglaise a cru devoir publier récemment (20 nov. 1890) une circulaire pour démontrer que le Silver-bill n'est nulle- Hcient une loi bimétallique dans le sens véritable du mot.
Enfin le Silver-biU peut avoir pour effet d'engager certains pays, notamment la Russie et TAutriche, à passer de Fétalon d'argent à Tétalon d'or, malgré les inconvénients et les injustices graves qui en seraient la conséquence.
Mieux eût valu pour les États-Unis adopter à tout risque la frappe libre de l'argent ; car, de toute façon, si l'achat annuel de 1 679 000 kilogrammes d'argent doit continuer, ils y seront amenés. La conséquence finale serait alors qu'ils deviendraient en fait un pays à étalon d'argent; ce qui est peut-être, au fond, le but poursuivi.
Qui en souffirirait? L'Europe bien plus que l'Amérique.
Supposons l'argent retombé à 43 pence et le dollar ne valant plus en or que 3 fr. 50 : la moitié au moins de nos exportations en Amérique deviendraient impossibles. L'emploi d'un instrument d'échange déprécié est la plus puissante des protections. Les industriels russes le savent bien : depuis que le rouble est reiaonté à 3 fr., ils se plaignent, et comme la concurrence étrangère recommence à les talonner, ils réclament de plus forts droits protecteurs.
Un agio sur l'or est très dur pour les pays qui ont des dettes étrangères payables en or, comme la Russie, l'Autriche, le Brésil, l'Argentine, car il faut, coûte que coûte, se procurer le métal jaune. Mais les États-Unis n'ont pas de dettes envers l'étranger et l'intérêt de la dette nationale est payable en légal ienderj c'est-à-dire en monnaie légale, or ou argent*. Ils toucheraient leurs créances en Européen or et ne payeraient plus qu'en argent. Leurs fonds cotés chez nous perdraient 30 pour 100; mais qu'importe à un État qui, au lieu d'emprunter, a un surplus annuel de près d'un demi-milliard de francs?
Certes, si les États-Unis continuent à acheter, conformé-
1. Tandis qu'on discutait le Bland-bill, le Sénat vola, 43 voix contre 22, 16 janvier 1878, la résolution Matthews qui porte que tous les titres de la dette (fonds) seraient « payables, intérêt et principal, à Toption du gouvernement, dollars d'argent contenant 412 1/2 grains d'argent standard », « attendu que tous les titres de la dette ont été émis remboursables en la monnaie légale (coin) de Pépoque de leur émission ».
E. DE LaVELHYE. — La monnaie. 13
ment au nouveau SUver^billy 4 500 000 onces d*argenl par mois, le prix de ce métal se relèvera, puisqu'il a suffî de la perspective encore incertaine d'une mesure favorable à Targent qui aurait pu être adoptée par le congrès, pour relever le prix du métal blanc de 42 5/8 p. en oct. 1889 à 48 p. en avril 1890. Mais dans quelle mesure se produirait cette hausse, combien de temps se maintiendrait-elle, nul ne peut le dire?
Ce qui est certain, c'est que le prix de l'argent ne sera pas stable, tant qu'il y aura un marché à prix débattu et que le moindre excédent dans l'offre suffira pour amener une baisse hors de proportion avec l'accroissement de la production.
Il n'y a que la frappe libre sur une base fixe qui puisse donner aux métaux précieux une valeur constante.
Reste à voir si les États-Unis pourraient, par ce moyen^ rendre à l'argent son ancienne valeur.
Nul pays ne pourrait tenter cette entreprise avec autant de chances de succès que la grande République transatlantique, pour les motifs suivants :
1<» Le rapport de 1 : 16 empêcherait les envois d'argent en échange d'or, faits par l'Europe, pour compte des arbitragistes, puisque, n'ayant aux États-Unis qu'un pouvoir payant 16 fois moindre que Tor, au heu de 15 1/2 fois en Europe, il faudrait envoyer à New-York 16 kilogrammes d'argent pour obtenir un kilogramme d'or, qui, monnayé en Europe, n'équivaudrait qu'à 15 1/2 kilogrammes d'argent; donc la perte sur l'opération serait de 1/2 kilogramme d'argent ou 100 francs, plus les frais. Il n'y aurait à redouter que les ventes pour compte des gouvernements, auxquels ceux-ci renonceraient peut-être, comme l'Allemagne le proposait au Congrès monétaire de 1881.
2° Les États-Unis, étant le plus grand producteur d'argent (1 227 141 kilogrammes sur 3 137 175 de production totale, 1886), ne feraient qu'ouvrir un débouché au produit de leur sol.
3° La puissante Confédération, se développant d'une façon inouïe en population, en territoires défrichés et peuplés.
en richesses de toute sorte créées et échangées, a besoin d'instruments de circulation en quantité rapidement croissante, ainsi que le prouvent et remploi sans cesse plus grand des Silver certificates et les mesures proposées par les différents partis pour augmenter les agents de l'échange. 11 serait donc possible que tout Targent monnayé par la frappe libre pénétrât dans la circulation, sans rendre inutile Tor existant et par conséquent sans en amener l'exportation.
D'ailleurs le bilan général de l'argent nous montre que la quantité disponible est devenue insuffisante depuis l'adoption du nouveau SUver-bill. Voici les chiffres qu'indique pour les 3 ou 4 années suivantes M. Ottomar Haupt, dont la compétence en cette matière est reconnue (la Hausse de Vargenty 1890, p. 11).
Emploi db l'aroent.
Pays. Kilos d'argent fin.
Angleterre et Colonies 100 000
Autriche 120 000
Russie 20 000
Serbie et Bulgarie 60 000
Japon 240 000
États-Unis 1700 000
Indes anglaises 1 300 000
Mexique (solde) 50 000
Chine 400 000
Cochinchine 20 000
Emploi industriel 550 000
Total 4 560 000
Production de l'argent.
En 1886 2 902 000 kilog.
Reste à voir si cette augmentation continuera. La maison américaine Wells, Fargo et C" s'exprime à ce sujet de la manière suivante :
« Bien des gens croient que la hausse de V argent déterminera
la mise en exploitation des mines pauvres ou mal situées, qu'on avait abandonnées au temps des bas cours. Il est possible qu'on reprenne quelques-unes de ces mines^ mais je ne crois pas que Vaugmentation de la production provenant de cette source dépasse 5 millions de dollars en 4894 et 40 millions en 4 892, »
« Quoi qu'il en soit, ajoute M. 0. Haupt, une chose estcer* taihe : il manque à présent environ 550 000 kilogrammes par an, d*après le bilan que j'ai établi plus haut, et je me demande en effet où Ton peut les trouver. Si donc Texploitation des mines, pour une raison ou une autre, restait seulement aa niveau actuel, — le plus haut connu du reste jusqu'à ce jour, —les États-Unis ne trouveraient pas même la quantité sufûsante pour compléter leurs achats. »
Les pays où s'est fait en ces dernières années un monnayage important d'argent sont les suivants :
Étals-Unis
Mexico ....*••
L'Inde
Espagne ,.•..•..•...••
Autriche
Japon
Angleterre
Monnayage total
Les États-Unis possèdent un approvisionnement considérable d'or que le secrétaire du Trésor dans un rapport à propos du Silver-bill estimait être, au 30 juin 1889, de 834 millions de dollars *.
En supposant que l'Union continue à acheter, chaque année, pour 300 millions de francs d'argent, il en résulte un écoulement égal d'or; il faudrait douze ans pour que l'Union
1. Dans un remarquable article sur Tavenir du Silver-bill (de Economiste 19 juillet 1890), M. Boissevain pense que le total ne dépassait pas 700 millions de dollars. Le rapport du Director of the Mint donne le chiffre de 695, 663, 000 D. au !«' juillet ^890.
ait perdu tout son or. En tous cas, dans cinq ans il lui resterait encore 2 milliards de francs d'or, soit autant que l'Angleterre.
Ainsi donc il n*y a pas à craindre que d'ici à cinq ans, à dix ans même, l'Union soit réduite à l'argent seul et que l'action de la frappe bimétallique libre perde toute action sur le prix de l'argent. C'est seulement quand une traite tirée sur les États-Unis ne pourrait plus être payée qu'en argent, que le change sur New- York se réglerait d'après la yaleur du métal blsmc à cette date.
L'or ne disparaîtrait pas brusquement ; car où irait-il? En Europe pour y acheter de l'argent? Mais, comme Ta répété souvent M. Freemantle, directeur de la Mint à Londres, il n'y a nulle part de grands amas d'argent en lingots et l'argent monnayé vaut en Europe plus qu'il ne vaudrait aux États-Unis : il n'y serait donc pas exportable.
Faut-il conclure de ce qui précède que la frappe libre de ' l'argent soit à conseiller aux États-Unis dans leur intérêt ou dans celui du monde entier? En donnant une extension croissante au système monétaire basé sur le 1 : 16, alors que l'Europe maintient le i : 15 1/2, un écart plus grand se produirait entre les pays appelés à s'entendre. Et, en outre, l'écoulement de Tor vers l'Europe étant favorisé, la pression qu'exerce sur l'Angleterre et sur le continent la rareté relative de Tor se ferait moins sentir, les difficultés que présente le commerce avec l'Inde et avec tous les pays à étalon d'argent diminueraient et les motifs qui peuvent porter les grands États à adopter le bimétallisme international — but que les États-Unis ne cessent d'avoir en vue — disparaîtraient en grande partie. La politique monétaire des États-Unis devrait être celle-ci :
1° Suspension de la frappe de l'argent. Ils possèdent une quantité déjà suffisante d'une monnaie qui ne peut s'exporter à l'étranger et, malgré le biil Mac Kinley, le moment arrivera où l'ai'gent chassera For de la circulation.
20 Vente mensuelle, pour compte de l'État, d'une partie des dollars accumulés dans les caves du Trésor, sur le marché de Londres, le prix devant en être payé en or.