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C.-S. — ÉOOIAHD Doi.l.KANs

50 EDOUARD DOLLÉANS;

M milliards de monnaies d'or et d'argent frappées en France depuis la Révolution.

En 1891, Or, i milliards :

Argent, valeur nominale, 2 milliards 1/2. — — intrinsèque, 2 milliards. Soit 6 milliards.

En 1897, Or i.200 millions.

Argent, écus 1.935 —

Mon. div 240 —

En 1903, Or 4.800 millions.

Argent 2.130 —

Billon 60 —

Soit 7 milliards ou 600 millions de plus qu'en 1897.

Le stock monétaire français, évalué par M. de Foville en 1878 et en 1885 à 8 milliards de francs, serait tombé en 1891 et en 1897 à 6 milliards pour se relever en 1903 à 7 milliards*.

Comment M. de Foville est-il parvenu à ces résultats? Quel procédé d'évaluation a-t-il employé?

Les évaluations du stock monétaire français faites par M. deFo- \ille reposent sur une double hypothèse : 1° homogénéité du stock monétaire national; 2° survivance de toutes les pièces frappées lors des dernières émissions.

« Quand, dit M. de Foville, un chimiste veut déterminer la composition d'une eau minérale, ne pouvant analyser la source tout entière, il prend des échantillons. De même ici, ne pouvant aller explorer tous les cofiFres-forls et toutes les bourses qui se partagent la richesse monétaire du pays, nous nous contentons d'examiner les portions de cette richesse, qui à un moment donné se trouvaient emmagasinées dans les caisses publiques ». Le recensement auquel procède l'Administration des finances donne la composition d'un échantillon monétaire prélevé sur la circulalion puisque les pièces sont classées par quotités, nationalités et millésimes. M. de Foville suppose à la masse monétaire du pays une assez grande homogénéité pour que chacune de ses parties

' Société statistique , cit. janyiev 1896, et Congrès de Besançon, p. 4.

présente une équivalente composition. Mais loiilcs les pièces frappées ne demeurent pas dans la circulation; pour des causes multiples, perles, refontes ou exportations, il en est un certain nombre qui disparaissent : de cette mortalité monétaire, il convient de tenir compte. Le rapport entre les pièces recensées et les pièces frappées donne pour chaque millésime le taux de

survie, soit ^ (F le nombre des pièces frappées et U le iKjinhre

des pièces recensées). Ce taux de survie varie avec làgc des différentes pièces : très faible pour les plus anciennes, il s'élève en se rapprochant de nous. Si Ton traduit par un yraphicpie la X succession de ces rapports annuels ou taux de sur\ie de chaque millésime, on aura la courbe des survies comjtaratives. Pour chacune des catégories des pièces de monnaie françaises (pièces d'or de 20 francs, écus de o francs, etc..) on trouve dans le rapport de l'Administration des monnaies et médailles cette traduction graphique de la proportion 0/00 par millésime qui existe entre le nombre des pièces recensées et le nombre des pièces frappées'. Le rapport entre toutes les pièces frappées et loutes les pièces recensées donne, pour chaque catégorie, un taux de survie moyen qui permet de connaître le nombre de pièces qui se trouvent en circulation, il suffit, en effet, de multiplier le nombre de pièces recensées par le chiffre qui représente le taux de survie moyen pour obtenir le nombre de pièces d'une certaine catégorie que contient le stock monétaire total ■.

* Rapport do 190i, p. 174 et suivantes.

2 De Foville, Journal de la Sociclé de statistique, 1880. " Painii les frappes récentes, il peut y en avoir dont Tetiectif n'a été que faiblement diminué. Suppos'insen une complète, absolument complète. .Si pour ce millésime privilégié la fraction

F atteint i ' par exemple, cela revient à dire que le recensement a porté sur la 1 .uuu

deux-centième partie des pièces de cet âge existant dans la circulation française

puisque le nombre de ces pièces en circulation E est supposé égal au nombre de

pièces frappées. Nous avons donc ^ = ÏTJôn ou E = 2i)0 x R. Mais si tel est pour

un millésime particulier le rapport entre le nombre des pièces existantes et le nombre des pièces recensées, la même proportion est applicable à tout autre millésime puisque c'est dans un mélange parfaitement homogène que l'échantillon soumis à l'analyse a été puisé. Il suffît donc de multiplier par 200 le nombre des pièces françaises trouvées dans les caisses publiques pour avoir le nombre total des pièces françaises en circulation sur le territoire français " — et dans la brochure du Congrès de Besanron, p. 10 : « Ces taux de survie comparatifs s'échelonnent d'ailleurs dune manière presque identique dans les trois colonnes do chilTres fournies

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Ce procédé d'évaluation du stock monétaire appelle des observations et des réserves, les unes relatives aux recensements sur lesquels il repose, les autres relatives aux hypothèses et suppositions qu'il implique.

Les recensements sur lesquels s'appuient ces évaluations sont sujets à certaines causes d'erreurs qu'on ne peut passer sous silence et qui en diminuent l'exactitude. Prenons, par exemple, le dernier recensement du 15 octobre 1903. H contient certaines inexactitudes venant des indications fournies par des agents subalternes assez négligents pour inscrire des pièces de 20 francs de 1872 et des pièces de 10 francs de 18S3, alors qu'il n'en existe point de ces millésimes. En 1903, on a déclaré pour le Pas-de- Calais 113 pièces suisses de 10 francs, pièces qui n'ont jamais existé'. Une autre source d'inexactitude se trouve dans la simplification probable de l'encaisse la veille du recensement : les comptables remplacent des monnaies d'or et d'argent par des billets de banque; cette simplification exagère encore la prépondérance des billets dans les grosses encaisses et altère la proportion naturelle du papier et du métal. De plus, le recensement fait par la Banque de France et les autres établissements de crédit ne porte que sur leurs recettes de la journée et non point sur leurs réserves : or la composition de celles-ci peut différer de celle de la circulation courante. Enfin, l'enquête ne comprend pas les lingots et monnaies d'or étrangères n'ayant pas cours en France'^, mais qui, étant compris dans l'encaisse de la Banque, sont également représentés dans la circulation en billets.

Considérée en elle-même et abstraction faite des inexactitudes de recensement, la méthode employée par M. de Foville pour évaluer le stock monétaire est de toutes celles qui ont été imaginées la seule qui soit scientifique, celle qui permet de s'ap-

par les trois grandes opérations de 1891, 1885, 1878. Celte parfaite harmonie des séries de nombres dont chacune résume 20.000 dépouillemenls distincts prouve bien que nous sommes là en présence de résultats positifs ». Les enquêtes postérieures ont confirmé l'exactitude des courbes de survies.

1 De Foville, Économiste français, 1904 : « Et malheureusement, la direction compétente, au lieu d'éliminer comme il convenait ces témoignages, les a dûment contresignés au risque d'égayer à ses dépens les spécialistes. L'enquête de 1903 n'a donc pas la valeur des précédentes ».

2 Aupetit, Revue écon. intern., mai 1904. » La Banque de France ne publie pas la décomposition de son encaisse or en ses difiérents éléments ».

prochei" le plus près de la vérité. Cependant on ne peut oubJier que celte méthode repose sur des hypothèses fondamentales et des suppositions secondaires qui font que ses résultats n'ont qu'une valeur approximative : ceux-ci ne sont exacts que dans une certaine mesure, dans la mesure où ces hypothèses et suppositions coïncident avec la réalité.

Il est un point sur lequel la critique ne peut [)orter : c'est l'établissement des taux de survie et de la courbe des survies comparatives, courbe dont l'exactitude a été confirmée par les enquêtes successives; il existe une harmonie parfaite entre les différents recensements et entre les graphiques ([ni représentent pour chacun d'eux les courbes de survies. Le taux de survie moyen, pour chfiqiie catégorie de pièces, résulte d'une opération dans laquelle chaque millésime a une influence proportionnelle à l'importance de sa frappe.

L'hypothèse de l'homogénéité du stock monétaire n'introduilélle pas dans l'évaluation un élément d'arbitraire? L'échantillon recensé est supposé avoir la môme composition que la masse monétaire. Or, pour un deséléments de la circulation, les billets de banque, il est certain que les caisses recensées accusent une proportion exagérée :

Billets de banque .... 67,(13 80,:)l 81,-21 S7,()-J

Monnaie or t>2,ri 13,57 11/27 9,:i2

ECUS 9,03 0,95 i,oi5 3,66

La proportion des billets dans les caisses des administrations publiques et des grands établissements de crédit ne coïncide pas avec la proportion des billets existant dans la circulation générale : « Si, en 1903, les billets de banque avaient formé 87 0/0 de la circulation générale, sachant ([u'il y avait alors pour moins de ([uatrc milliards 1/2 de billets en circulation, nous serions conduits à évaluer le stock d'or et d'écus qui se trouvait alors entre les mains du public à 700 millions, chiffre insuffisant' ». Mais si, [)Ourcet élément, il n'y a pas coïncidence entre la proportion révélée j)ar l'enquête et la proportion réelle, on peut se demander s'il n'en est pas de même dans une certaine mesure pour les autres éléments de la circulation monétaire? Le

1 Aupotif, R.E.I. Vie financière, mai iWi.

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stock et réchanlillon ont-ils une composition identique? La nature spéciale des grands établissements publics et privés et de leurs opérations n'a-t-elle pas une influence sur la composition de l'échantillon recensé, influence suffisante pour enlever à celui-ci son caractère représentatif d'échantillon-type? Nous ne le pensons pas, car l'homogénéité que réclame la méthode d'évaluation n'est pas cette homogénéité « mter?nétallique », c'est-àdire une identique proposition entre les différents éléments de la circulation monétaire. Pour que l'évaluation du stock ne soit pas inexacte, il suffît que, pour chaque catégorie de pièces, on puisse induire des pièces recensées aux pièces en circulation : c'est là une homogénéité toute différente, une homogénéité « intramétallique », qui ne semble pas, comme l'homogénéité intermétallique, prêter à la critique.

L'hypothèse de la survivance totale des dernières frappes n'est pas absolument exacte : M. de Foville reconnaît lui-même que par suite de cette hypothèse le chiffre obtenu est ?//i inaximum. A côté de ces hypothèses fondamentales, M. de Foville est obligé de recourir à des hypothèses accessoires qui montrent l'obligation où sont les esprits les plus scientifiques de faire appel à des suppositions arbitraires pour arriver à une évaluation de stocks monétaires. M. de Foville, par exemple, se demande quelle défalcation il convient de faire, sur les 1.350 millions d'écus de l'Union latine, du chef des écus détenus par nos alliés monétaires et il ^\\q ce chiffre à 400 millions : « si, malgré la poussée continue des changes, nos alliés monétaires retiennent là-dessus une centaine de millions ainsi que l'admettent des hommes bien informés, nous pouvons dire que le stock d'écus de la France s'élève à 1.2S0 millions ». Le recensement fixant à 14,6 0/0 la proportion des pièces de 20 francs étrangères dans la circulation française, M. de Foville, « a défaut d'indications positives stiR CE POINT », généralise la proportion découverte par l'enquête et l'applique au stock d'or monnayé de la Banque de France'.

M. de Foville se garde bien de « garantir l'exactitude » de ses évaluations et il reconnaît la nécessité de recourir à des confirmations indirectes demandées à la Douane, à la Monnaie et à la

1 M. de Foville, Économiste français, 23 avril 1904.

LA MONNAIK ET ÏA-IS PRIX.

Banque. Nous ne voudrions pas que les observations et les réserves, que nous avons faites, amoindrissent la très haute Naleup des évalutions de M. de Foville pour la France : il serait désirable de posséder pour les autres pays des évaluations semblables.

Par les obstacles que rencontrent des évaluations reposant sur de larges encjuètes officielles et sur une méthode scientilique, nous avons seulement voulu montrer le peu de confiance qui peut être accordée aux autres évaluations plus hasardeustîs, puisqu'elles embrassent l'univers, et plus incertaines puisqu'elles ne révèlent ni les procédés ni les éléments qui ont servi à les établir.

b) Angleterre.

Pour l'Angleterre on possède une série d'évaluations successives du stock d'or :

Newmarch £ iO millions.

Jevons ' . . £ 80 —

Inglis Palgrave £110 —

iMonnaie anglaise £ 102,5 —

Martin et Palgrave- ... £ 69 à 75

Chancelier de l'Echiquier. £ 90

Monnaie anglaise 92,5

(circulation ^ 62,5)

(encaissesde banques. 30)

Francs.

l.loO millions.

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