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lions sont contredites par les évaluations particulières; elles présentent des discordances avec les chiffres directement fournis à la Monnaie française par certains États. En 1894 la statistique américaine laisse apparaître pour l'Angleterre une majoration qui n'est pas négligeable puisqu'elle s'élève à 1 milliard de francs : elle attribue à l'Angleterre un stock d'or de 3 milliards de francs et un stock d'argent de 600 millions, tandis que la Monnaie de Londres n'évalue ces stocks respectifs qu'à 2.250 millions et à o25 millions soit pour l'or une erreur de 750 millions ou exactement d'un 1/4*. Si l'on compare cette évaluation de 90 millions £ avec le maximum de 75 millions £ indiqué pour l'or par MM. Martin et Palgrave, on trouve qu'elle serait encore exagérée de 400 millions de francs.

La direction des États-Unis attribue, en 1894, à l'Egypte un stock d'or de 600 millions de francs alors que les informations reçues directement par la Monnaie française donnent comme maximum 125 millions, soit un écart de 475 millions et une exagération de près de 400 0/0 ^

Pour la France, en 4902, la direction des Étals-Unis donne les chiffres de :

Or. . . 903.3 millions de dollars Argent. . . 419.8 ou de i.680 millions de francs. — 2.t75

contre l'évalnation de M. de Foville Or. . . 4.800 — Argent. . . 2.130

soit pour l'or et l'argent 120 millions de différence entre les deux évaluations.

On peut se demander comment ont été établis les chiffres quiservent de base à l'évaluation américaine du stock mondial, quand on examine les renseignements qu'on peut se procurer sur le stock de chaque pays en particulier. Il est pour certains pays difficile, presque impossible, d'obtenir autre chose que des données incomplètes. Le rapport de l'Administration des monnaies et médailles de 1903 déclare qu'au 31 décembre 1902 la banque nationale de Belgique possédait en espèces (or et argent)

1-2 Rapport de rAdministration des monnaies et médailles, 1896, p. 230.

LA MONNAIK ET LUS PRIX. (il

103.77o.680 francs et ajoute : « Quwit à ce qui cxialc dans le pays, on ne peut se livrer qu'à des conjectures. La Banque consultée à ce sujet émet l'avis que la circulation d'or est très réduite en Belgique' ». Or la direction de la Monnaie des États- Unis donne néanmoins pour l'or et l'argent le chiffre de 39,7 millions de dollars ou 205.765.100 francs. La différence avec le chiffre de l'encaisse de la banque nationale doit représenter le stock monétaire en circulation, soit plus de 10l.!)89.420 francs : commenta été établi ce chiffre?

De même, pour l'Italie-, au 31 décembre 1902 :

Le Trésor italien 107.6-48.069 lires

Banque d'Émission 4-50.200.000 —

Environ or 558 millions de lires.

Argent 112.482.573 —

« Quant au stock d'or et d'argent, monnayé ou non, qui se trouve en circulation dans le pays, on n'a pas de données suffisantes pour le déterminer ». Néanmoins la Monnaie des États- Unis donne le clwffre de 558 millions de lires comme représentant tout le stock d'or et celui de 195 millions pour le stock d'argent.

Pour la Suisse l'encaisse des banques d'émission s'élevait, le 31 décembre 1902, à lOi. 912.000 francs or et 9.479.000 argent : « Il n'est pas possible de fournir des données même approximatives sur la totalité d'or et d'argent monnayé ou non qui se trouve actuellement dans le pays » Cependant la statistique américaine ne craint pas d'évaluer le stock suisse à :

Or : 142.532.500. — Argent : 55.458.100 francs.

Où a-t-elle trouvé des données lui permettant d'établir cette évaluation de 27,5 (or) et 10,7 (argent) millions de dollars?

Difficile déjà pour les grands pays, comme la France et l'Angleterre, où il existe une organisation développée et concentrée du crédit qui permet d'avoir une source d'information assez sûre, l'évaluation des stocks monétaires devient plus hasardeuse encore pour les j)etits pays. On comprend que Sœtbeer se refuse

'-^ Rapport, p. 155, p. 177.

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à donner pour ceux-ci des évaluations particulières qu'il remplace par une évaluation collective : « en donnant, dit-il, une estimation collective pour les pays au sujet desquels nous manquons de renseignements ou de contrôle, nous arrivons à une certaine compensation dans les données qui, pour les pays pris isolément, auraient été ou trop faibles ou trop fortes et nous évitons ainsi des discussions vagues ».

Cet aveu d'impuissance de la part d'un spécialiste aussi éminent que Sœtbeer montre combien fragile est la base sur laquelle reposent l-es évaluations générales du stock mondial.

Les contradictions des statistiques s'expliquent, et par la nature même du phénomène dont on cherche à obtenir une évaluation, et par les différences que les économistes apportent dans la façon dont ils procèdent à leurs évaluations.

Ces contradictions s'expliquent tout d'abord par le manque d'uniformité qui existe dans les procédés d'évaluation. On considère, par exemple, les lingots d'or tantôt comme monnaie, tantôt comme marchandise'; ou bien, tantôt on évalue l'argent au pair, tantôt on en réduit proportionnellement la valeur.

D'autre part, même si les économistes s'entendaient pour donner à leurs enquêtes et investigations statistiques des bases uniformes, leurs efforts se heurteraient à un obstacle dirimant, la nature même des phénomènes étudiés : leur diffusion dans le temps et dans l'espace. Les stocks monétaires nationaux ne sont pas concentrés en quelques mains, en quelques caisses, mais répandus à travers tout le territoire et éparpillés en des milliers de mains. Sans doute les encaisses des banques forment une partie notable du stock monétaire d'un pays, mais l'exceptionnelle encaisse de la Banque de France elle-même ne comprenait le jour de la dernière enquête de 1903 que 3.542 millions d'or et d'argent sur un stock évalué à 6.900 millions, c'est-à-dire seulement un peu plus de la moitié. Nous avons vu tout à l'heure que, pour l'Italie, la Suisse, la Belgique, il était impossible, en

1 Rapport de l'Administration des monnaies et médailles 1904, p. 366 : « La meilleure solution consisterait, ce nous semble, à incorporer dans les stocks monétaires d'un pays les lingots immobilisés dans les encaisses des banques et ceux-là seulement; mais, alors même qu'on se mettrait d'accord sur une formule de ce genre, la règle serait toujours d'une application difficile ».

dehors des encaisses, d'évaluer les quantités d'or et d'argent en circulation dans le pays.

Ce n'est pas seulement à cause de leur diffusion, mais de leur infinie variabilité que les stocks monétaires sont difficiles à mesurer. Les contradictions que présentent ces évaluations montrent assez qu'en pratique les économistes ne sont pas jusqu'à présent parvenus à vaincre ces difficultés théoriques. Pour la même époque, en France et en Angleterre, nous avons vu trois évaluations se contredire. En face de ces différences qui s'élèvent, pour un seul métal, jusqu'à 7.'J0 millions (or Angleterre), et vont même jusqu'à l milliard (écus argent France), on ne peut attacher aux évaluations générales et même aux évaluations particulières qu'une valeur relative. Les procédés d'évaluation indirecte sont-ils mieux capables que les procédés d'évaluation directe de dégager les variations des stocks monétaires dans le monde ou dans un pays déterminé?

B. — Évaluations indirectes.

Les évaluations indirectes ont moins pour objet de déterminer l'état des stocks monétaires que de mesurer leurs fluctuations. On a pensé que la combinaison des statistiques de la douane et du monnayage permettrait de mesurer les variations du elock national d'un pays; on a cru que la combinaison des statistiques de la production des métaux précieux et de leur consommation industrielle permettrait de mesurer les variations du stock mondial. Et, en effet, ces deux procédés d'évaluation indirecte offriraient un moyen de comparer aux variations de prix les variations des stocks; mais ils reposent tous deux sur deux éléments indissolublement liés, et, si l'un de ces éléments est certain, l'autre échappe à toute précision.

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