‹ La monnaie et les prixChapitre 22 sur 50 · I. — STATISTIQUES COMBINÉES DE LA MONNAIE ET DE LA DOUANE · texte numérisé non relu

I. — STATISTIQUES COMBINÉES DE LA MONNAIE ET DE LA DOUANE

Les statistiques combinées de la Douane et de la Monnaie semblent permettre de mesurer les variations du stock métallique : « elles font voir ([uelles sont les époques où notre approvisionnement d'or et d'argent a fait le plus de progrès' ». C'est sur

1 De Fovillc, Économiste français, 2 mai 189G, p. âtJl.

()4 EDOUARD DOLLÉANS.

ces statistiques que M. Ottomar liaupl appuie ses évaluations et M. de Foviiie, bien que n'ayant pas grande confiance en les statistiques douanières, se sert des indications données par la Douane, la Monnaie et la Banque pour confirmer son évaluation de la variation du stock d'or en France entre 1897 et 1903*.

Les frappes et les importations semblent donner l'indication des accroissements du stock monétaire, les exportations celle des pertes qu'il subit : la combinaison des deux sources d'information permettrait de se faire une idée des mouvements d'inflation et de contraction du stock, mouvements qu'on pourrait comparer ensuite aux variations de prix. Mais, pour que cette comparaison puisse avoir lieu, il faut que les fondements sur lesquels elle reposera soient solides : examinons donc successivement la valeur des informations que nous donnent les statistiques douanières et les statistiques du monnayage.

a) Statistiq\ies douanières.

Les statistiques douanières apparaissent comme des indicateurs très imparfaits du mouvement des métaux précieux, elles présentent des erreurs considérables qui s'expliquent par des causes multiples :

1° Négligence des offices douaniers qui n'ont aucune raison pour faire des constatations exactes puisqu'il s'agit de marchandises qui ne paient pas en douane; 2° mouvements de numéraire échappant à celte administration, par exemple, les matières monétaires expédiées par exprès d'une banque intérieure à ses

1 Économisle français, 23 avril 1904. « Au lendemain du recensement monétaire de septembre 1897, nous n'osions pas atlribuerà la France plus de 3.1 milliards de pièces de 20 francs françaises ou étrangères. Mais cette appréciation ne contredit pas celle que nous venons de formuler, car tout concourt à nous convaincre que notre pays s'est considérablement redoré dans ces dernières années. La banque, la monnaie et la douane en font foi : l'encaisse de la banque s'est élevée de 2 milliards à peine en septembre 1897 à près de 2 milliards 1/2 en octobre 1903. La Monnaie a frappé pour 221 millions d'or en 1897, pour 177 millions en 1898, pour 54 millions en 1899, pour 80 millions en 1900, pour 75 millions en 1901, pour 49 millions en 1902 et pour 89 millions en 1903; en tout près de 700 millions dont 628 en pièces de 20 francs. Enfin la douane qui sait mal ce qu'il passe d'or et d'argent sur nos frontières, mais qui pèche plutôt par omission que par exagération, ne chiffre pas à moins de 1.184 millions l'excédent des importations d'or sur les exportations depuis le 1«'" janvier 1897 jusqu'au 31 décembre 1902. Ce sont là des témoignages dont la concordance paraît significative ».

succursales à rétranger; 3" afflux et écoulement de niélaux précieux ayant j^our origine les espèces monnayées qu'emportent ou apportent les voyageurs et les émigrants; 4" absence de déclaration* ou encore fausse déclaration : l'or déclaré argent là 011 les tarifs des Compagnies de navigation sont proportionnels à la valeur.

Des erreurs des statistiques douanières on doit rappeler ces exemples typi([ues :

Joli[i liidilulph .Martin déclare à Tlnstitute of Bankers de Londres qu'au courant de l'année 188osa banque avait reçu dans le délai de six semaines de la part de correspondants étrangers la somme de 3.300.000 francs en pièces françaises de 20 francs, tandis que la Statistique officielle anglaise n'avait noté que 600.000 francs.

Dans une circulaire de la maison anglaise Pixley and Abeli qui s'occupe du commerce des métaux précieux, on trouve indiquée une somme de 27.000 £, exportée en 1884 de l'Autriche poui- l'Asie en passant par Venise. Or, il résulte de la déclaration de la Peninsular and Oriental Steam G" que ladite somme s'éleva en réalité à 140.000 J^.

En 1881 et dans les premiers mois de 1882, le Trésor italien reçut de l'étranger 2o3,4 millions de francs devant servir à l'abolition du cours forcé : la statistiifue douanière pour la même époque n'enregistrera que 120,5 millions faisant une erreur au moins de 132.9 millions-.

A côté de ces exem[)les un peu anciens, on en peut citer de |)lus récents, plus curieux encore :

Au moment de la crise Bahring à Londres, la France envoya à la Banque d'Angleterre 75 millions d'or ; cet or passa le détroit et revint en France sans que la douane s'en fùtaperçue, l'^n 1897- 1898, la .Monnaie française procura à la Russie 500.000 k. d'argent, la totalité venait de Londres. La douane cependant constata à la sortie une quantité beaucoup plus considérable ([u'à l'entrée. Les vaisseaux qui transportaient ces 500.000 k. en Russie ne

' Ce nesl que depuis 1891 qu'en Suisse toutes les déclarations d'envois doivent être adressées à l'oflîce central de la statistique du Commerce pour y être examinées : tout envoi au-dessus de 10 francs doit ëlre accompagné d'une déclaration.

* Carlo Ferraris : Rapport, l-.xamen des difFicultés particulières que rencontre la statistique des métaux précieux dans le commerce international, Bulletin de l'Institut international de statistique, t. II, 87, p. 235.

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