tonnes
90 EDOUARD DOLLÉANS.
le charboQ, la fonte, l'acier l'augmentation de la production n'est pas moins notable :
Charbon. 1890. 491.101 .000 tonnes. 1900. 767.636.000 tonnes. Fonte... - 27,777.000 - - 40.970.000 -
Acier... - 12.453.000 - - 27.520.000 —
En 10 ans la production de ces trois articles avait augmenté de plus de 50 0/0. Mais on ne peut pas plus se fonder sur le taux d'accroissement delà production des métaux, pas plus que sur celui du commerce extérieur, pour en induire celui des transactions mondiales. On risquerait d'exagérersingulièrement : la production des métaux est, comme le commerce extérieur, une des branches de l'activité économique qui ont subi le développement le plus considérable. Si nous ne voulons pas nous laisser aller à des évaluations arbitraires et fantaisistes, il nous faut abandonner la formule mondiale de la théorie quantitative et nous résigner à chercher une vérification expérimentale de sa formule nationale.
Mais, même pour un pays déterminé, il n'est pas possible d'évaluer directement le volume des transactions à différents moments; on doit se contenter de recourir à des indices très indirects qui nous donnent une mesure approximative des variations de ce volume considéré à l'état dynamique. Pour apprécier le taux de ces variations doit-on se contenter d'un indice unique ou faire appel à des indices multiples? M. Aupetit a' pris comme indication du développement de la population et du développement industriel les revenus soumis à l'income-tax en Angleterre (accroissement de J/3 entre 1880 et 1900) et l'impôt des patentes en France (accroissement de 1/5 entre 1875 et 1900) et il en a conclu que, dans les deux pays considérés, le développement de la richesse et des besoins circulatoires avait été de 12/30 ; puis, pour tenir compte du développement économique plus rapide des pays neufs, il a fixé comme taux général d'accroissement 15/30. L'auteur reconnaît lui-même avec beaucoup de bonne foi que c'est là procéder d'une façon trop simpliste. Ce n'est pas d'un seul élément, mais de plusieurs dont il convient
' Aupetit, op. cit., p. 277.
LA MONNAIK KT LKS PKIX. 91
de tenir compte : accroissement de la population, développement du commerce extérieur et indices indirects multiples (|tii permettent de mesurer le développement du commerce iiilérieur.
Comme il est impossible de procéder à cette évaluation pour tous les pays et rjue cette recherche serait sans intérêt puisfpie nous avons abandonné la formule mondiale de la théorie quantitative, nous limiterons notre élude à quatre pays, les États- Unis, lAllemagne, TAnj^leterre et la France, dont nousconsidérerons la population, le commerce extérieur et le commerce intérieur. Ce sont là trois éléments pouvant servir d'indices du développement des transactions. Il semble qu'à mesure que la po|)ulation s'accroît il y ait besoin, tout au moins pour les paiements de la vie journalière, d'une plus grande quantité d'espèces métalliques. Le commerce extérieur est un indice moins exact, nous avons déjà dit pourquoi. Le commerce intérieur est certainement l'élément le plus intéressant, mais c'est justemiMit celui dont le développement est le plus difficilement évaluable; car, tandis que l'accroissement de la population et celui du commerce extérieur peuvent être déterminés directement, on ne possède, en ce qui concerne le commerce intérieur, que des indices très indirects.
Le développement du commerce intérieur ne peut être évalué directement; il faudrait en effet pour cela: l" posséder des statistiques complètes de la production nationale, c'est-à-dire savoir de tout article produit combien d'unités sont introduites dans l'échange; en défalquer les exportations et y ajouter les articles importés; 2" posséder des statistiques indiquant le nombre de fois que le même objet change de mains annuellement. Or, ici surqualre éléments, deux sont inconnus : la production totale et la rapidité de circulation. Force est donc, en Fabscence de toute évaluation directe, de recourir à des indices indirects, mais lesquels?
1" L'accroissement de la pj'odtiction est un indice du développement des transactions : un plus grand nombre d'articles, une plus grande somme de valeurs mises en circulation donnent lieu à un plus grand nombre d'échanges, à la mise en mouvement de moyens d'échange et de règlement plus nombreux '.
t Nous disons ici de moyens d'échange et non d'espèces métalliques puisque, p-'ur le moment, nous n'avons à nous occuper que de la masse brute des transactions.
92 EDOUARD DOLLÉANS.
2° V accroissement de la consommation est un iodice de même ordre : dang un monde économique où règne la division du travail, la plupart des consommations présupposent un achatvente.
3° Le développement des moyens de transport implique un plus grand trafic de marchandises et de voyageurs et, par conséquent, un plus grand nombre de transactions.
4° Le développement des opérations de bourse et des opérations financières suppose aussi un accroissement de transactions, de transactions réglées il est vrai surtout par compensation; mais le mode de règlement nous importe peu pour le moment puisqu'il ne s'agit encore que de mesurer la masse brute des échanges.
5° La richesse mobilière et immobilière doit elle aussi, en se développant, engendrer un plus grand mouvement d'échanges, puisque la richesse est faite pour circuler, et nécessiter un accroissement des moyens d'échanges qui la représentent. La progression de certains itnpôts, annuités successorales, impôts sur les mutations, révèle ce développement de la richesse dans un pays. A côté des quatre catégories d'indices précédemment énumérées, il conviendra donc de faire appel à ces indices fiscaux: pour chacun des pays considérés, il ne sera pas possible de les réunir tous et il faudra choisir certains d'entre eux, ceux pour lesquels les statistiques présenteront le plus d'exactitude.