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CHAPITRE II

Le besoin de auméraire et la mesure du volume des transactions.

Sous sa forme simpliste, la théorie quantitative fait abstraction de la masse des marchandises et des échanges pour n'envisager que la masse monétaire : sous sa forme complexe au contraire, elle considère, à côté de l'élément monnaie, l'élément marchandises, cà côté des stocks monétaires, le volume des transactions ; elle fait intervenir aussi le facteur crédit [>ar lequel un certain nombre de transactions sont dispensées d'un règlement métallique.

Déjà au xviu' siècle Montesquieu disait dans VEsjjrit des lois : <v Si, depuis la découverte des Iodes, l'or et l'argent ont augmenté en Europe à raison d'un à vingt, le prix des denrées et marchandises aurait dû monter en raison d'un à vingt; mais, si, d'un autre côté, le nombre des marchandises a aug-menté comme un à deux, il faudra que le prix de ces marchandises et denrées ait haussé d'un côté en raison d'un à vingt et qu'il ait baissé en raison d'un à deux et qu'il ne soit par conséquent qu'en raison d'un à dix ' ». Aujourd'hui, après avoir pendant longtemps négligé d'envisager ce terme du problème, les adeptes de la théoiie quantitative font appel au développement des transactions et au crédit pour expliquer les Xîontradictions qui apparaissent entre les prix et le mouvement des stocks monétaires.

Dans le chapitre précédent, nous nous sommes demandé comment on pouvait évaluer les stocks monétaires et leurs variations; dans le présent chapitre nous avons à nous demander s'il est possible de mesurer le volume des transactions et ses variations.

1 Montesquieu, Esprit di's Lois, livre 22, chapitre 9, p. 357, édition Garnier.

88 EDOUARD DOLLÉANS.

Mais il convient auparavant d'établir une distinction entre le volume des transactions et le besoin de numéraire; ces deux grandeurs ne coïncident pas : le développement des compensations aux clearing houses, par exemple, est un signe du développement des transactions, mais non point de l'accroissement du besoin de numéraire. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas la masse brute des transactions, mais la masse nette et c'est celle-ci qu'il convient de déterminer. 11 est un grand nombre de transactions qui s'accomplissent sans intervention de monnaie métallique et se règlent par ce système perfectionné de troc qu'est le crédit. On ne peut comparer au stock monétaire et à ses variations que la masse nette des transactions. Pour obtenir cette masse nette il faut défalquer de la masse brute des transactions celles qui se règlent sans intervention de monnaie métallique.

Nous avons donc à envisager successivement :

1" La masse brute des transactions en cherchant à en mesurer le volume;

2** La part qui, dans le règlement des échanges, revient aux succédanés de la monnaie afin d'essayer de déterminer la masse nette.

A. — Le volume des transactions.

Pour les stocks monétaires nous avons vu qu'il existait des évaluations générales et des évaluations particulières, des procédés d'évaluation directe et des procédés d'évaluation indirecte : en est-il de même pour le volume des transactions?

En ce qui concerne les transactions, nous allons être obligé d'abandonner les évaluatiofls générales et les procédés d'évaluation directe.

Tout 'd'abord, il est chimérique de vouloir mesurer le développement mondial des transactions : si l'on tentait cette entreprise, on ne pourrait aboutir qu'à des évaluations fantaisistes et à des moyennes illusoires, reposant sur la généralisation de données fragmentaires et sans lien entre elles. On pourrait par exemple prendre pour indice du développement de l'activité économique dans l'univers: soit le développement du commerce extérieur des grandes nations pendant la seconde moitié du XIX* siècle, soit l'accroissement de la population mondiale, soit encore celui de la production de certaines marchandises comme

les métaux ou les textiles; mais serait-il permis de généraliser les inductions qu'on pourrait en tirer?

Le commerce extérieur des grandes nations s'est développé dans des proportions considérables pendant les cinquante dernières années du précédent siècle : d(.' 30 milliards eu IS.'i'i, il passait à oo milliards (m 18G7,à70en 1870 et à 90 en 1889'; les exportations commerciales, de 15 milliards en 1855 et de 38 en 1890, s'élevaient h 48 milliards en iî'OO, faisant plus ([ue tripler en oO ans; mais de ce fait doit-on induire que l'activité économique de l'universelle développement mondial des transactions se sont élevées en cinquante ans de 200 0/0? Le développement du commerce extérieur est un indice inexact, parce que exagéré, du développement des transactions et de l'accroissement du besoin de numéraire. C'est un signe trop indicatif : et parce que le développement du commerce intérieur a été pendant la même période beaucoup moins considérable, et parce que le commerce extérieur est celui où l'intervention de la monnaie métallique est la moins fréquente.

De même on pourrait faire appel aux statistiques de |)roduction de certains articles de large consommation ou d'articles particulièrement importants pour l'économie des peuples comme les métaux : les statistiques de la Melallgesellschaft- nous révèlent qu'entre 1883 en 1903, en 20 ans, la production du cuivre s'est élevée de 185,7 0/0, celle du plomb de 87,9 0/0, celle du zinc de 100, 3 0/0, celle de l'étain de 102,2 0/0 et celle du nickel de 438 0/0 (depuis 1889 seulement). La production des 4 métaux (cuivre, plomb zinc et élain) a plus que doublé en 20 ans et la consommation a suivi la même marche ascensionnelle. Pour

1 Cauwès, C. d' Économie politique, t. II, p. 658.

2 Statistische Zuzammenstellungt'.n iiber Blei, Kupper, etc., von cler Metallgesellschaft und der Metallurgischen GeseUschaft a. y. Francfurt am-Mein, août

Cuivre. — Production...

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