FRANCE
Pour !a France, laissant de côté le commerce extérieur et la population, nous bornerons notre étude au commerce intérieur.
On a cherché à évaluer le chitTre des transactions d'après le revenu des Français : M. Paul Leroy- Beaulieu, en se fondant sur le revenu évalué à 25 milliards, prétend que le chiffre des transactions serait triple ou quadruple. La masse des transactions serait donc égale à 100 milliards, tandis qu'aux États-Unis on a vu qu'on l'évaluait à 230 milliards". Ces évaluations n'ont qu'un intérêt de curiosité.
' Théry, op. cit., p. 53.
'•i M. Théry a cherché à établir, pour la France, un tableau de l'activité économique comme M. Mulhall l'avait fait pour l'Angleterre ; le voici :
Si TiiU en croyait ce tableau, que M. Théry du reste ne donne que *ous toutes
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Les indices indirects auxquels nous ferons appel ici senties suivants :
1° Indices fiscaux du développement de la richesse et de l'accroissement des transactions.
2° Accroissement des consommations.
3° Développement des moyens de transport.
4" Développement des opérations de Banque et de Bourse.
1° Indices fiscaux du développement de la richesse et des affaires : la progression de certains impôts qui sont des signes indicatifs assez sûrs.
L'accroissement de l'annuité successorale indique un accroissement de la richesse privée, accroissement quia pour corollaire un développement des transactions et des échanges. De 5 milliards 406 en 1885, l'annuité successorale (valeurs mobilières, meubles et immeubles) s'élevait en 1899 à 6.766, progressant en quinze ans d'un milliard, soit de 1/5.
En se fondant sur le produit de l'impôt du timbre, on peut évaluer les effets de commerce en capitaux et, par là, on a un indice indirect du développement des affaires. En France, le timbre proportionnel est de 0 fr. 05 par 100 francs; mais un effet de 101 francs et un effet de 199 francs supportent le même timbre de 0 fr. 10. Aussi lorsque la recette de l'impôt est de 17 millions, il n'en faut pas conclure qu'on a pu créer 34 milliards d'etïets :
réserves, ractivité économique de la France aurait plus que triplé entre 1840 et 1869 et plus que doublé entre 1869 et 1897.
Principaux éléments de l'activité et des ressources de la France.
Population 34.174 38.330 38.580 100 112 113
Commerce extérieur 1.442 6.228 7.554 lOU 432 524
Navigation maritime (millions de
tonnes).... 3.027 10 954 27.276 100 361 835
Production nationale (millions de
tonnes). Houille 3.003 13.509 30 337 100 449 1.010
Fonte, fers, aciers 475 2.393 4.263 100 504 897
Agriculture (valeur approximative en millions de francs) 7.000 11.000 16.000 100 157 228
Recettes budgétaires totales 1.234 2.267 3.484 100 184 282
Encaisse de la Banque de France. 1.233 1.263 3.176 100 542 1.363
Richesse publique d'après la valeur successorale 51.488 119.403 196.235 100 231 381
Caisses d'épargne 192 714 4.271 100 372 2.224
ce chiffre est exagéré et doit subir une défalcation que M. des Essars fixait à 10 0/0 en 1892 et M. Gandin' en 1902 à 17 0/0. M. Gaudin a relevé dans des bordereaux de papier tout venant 2.500 effets de commerce formant ensemble une somme de 600.000 francs; puis il a calculé quel timbre chacun des effets devait payer en ap[)liquant successivement le tarif français, le tarif anglais, etc.. Sachant que 600.000 francs d'effets devaient payer un droit de timbre 3o8,0o en France, il lui a été facile de connaître, par le produit de l'impôt, le chiffre annuel en capital des effets de commerce créés en France et la progression du chiffre des effets de commerce français qui, de 24.972 millions de francs en 1891, s'élevaient en 1900 à 28.826, soit un accroissement de 10,6 0/0.
2" Un accroissement des consommations implique un accroissement des ventes et des achats. Nous donnons ci-contre le tableau des quantités consommées en France en 1850, 187o, 1900 et 1902 pour neuf articles^ (froment, pommes de terre, sucre brut, vin, alcool, thé, café, cacao et coton).
Consommation. 1850 1875 1900 1902
Froment hect. 83.641.741 98.791.752 116.462.825 119.215.000
Pommes de terre, quint. 56.282.341 92.030.130 121.098.820 110.225.902
Sucre brut quint. 1.142.256 2.642.480 4.757.980 4.978.312
Vins hect. 43.358.541 74.763.045 70.665.000 42.281.000
Alcool hect. 638.000 1.065.000 1.783.000 1.259.000
Thé kilos. 91.610 336.433 1.079.389 936.310
Café kilos. 15.345.440 47.994.893 81.988.186 85.818.920
Cacao kilos. 1.982.213 8.723.349 17.450.901 19.248.810
Coton kilos. 59.272.880 101..339.160 158.882.442 188.052.000
Si l'on examine ce tableau on reconnaît qu'entre 1830 et 1873, comme entre 1873 et 1900, la consommation de ces difTérents articles s'accroît dans des proportions importantes : de 2 k. 33 par habitant en 1870, la consommation du froment passe en 1873 à 2,69 et en 1900 à 2,99. Celle des pommes de terre de 1 q. o8 (1850) séléve à 2,50 en 1875 et à 3,13 en 1900.
' Journal de la Société de statistique, février 1903. Ce chilîre de 17 0,0 ne vaut que pour la France : c'est une erreur que de l'étendre aux pays étrangers, puisque ce chiure de 17 0/0 a été obtenu en calculant le droit de timbre sur des effets français.
2 Annuai)-e statistique de la France, l'X)2 et 1903.
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Celle du sucre brul de 3 k. 2, -en 18S0, passe à 7 k. 2 en 1875 et à 12,5 en 1900.
Celle du vin, de 1 h. 21 en 1850, était en 1875 de 2,04 et de 1,70 en 1900 (chiffre inférieur à celui de 1875, mais supérieure celui de 1850). Par contre celle de l'alcool triplait presque, passant de 1 1. 46 en 1850 (quantité imposée), à 2,71 en 1875 et à 4,66 en 1900.
La consommation du thé s'élevait de 0 k. 5, en 1850, à 0,9 en 1875 et à 2,8 en 1900. De même :
par 100 habitants. —Cacao 1850.. 5,6 1875.. 2,38 1900.. 45,1
— Café — .. 43,1 — .. 130,7 - .. 221,9
— Coton — .. 1,7 par hab. - ., 2,7 - .. 3,3
3° Développement des moyens de transport. — De 1 878 à 1900, en vingt-deux ans, le tonnage en marchandises a exactement doublé et le nombre des voyageurs triplé comme le montre le tableau suivant' :
Nombre de Voyageurs.. 152.806:132 453.192.822 426.437.000
Nombre ramené au parcours de 1 kilomètre. 5.779.387.262 14.063.018.584 13.334.778.000
Nombre détonnes... . 63.087.498 126.829.723 129.305.000
Nombre ramené au parcours de 1 kilomètre. 8.399.810.087 16.557.188.228 16.584.947.000
Recettes totales de l'exploitation 903.176.029 f 1.516.839.127 f 1.505.110.000 £
4° Opérations de bourse et de banque. — Il serait intéressant de connaître les opérations des bourses de marchandises et de valeurs : mais cela est impossible pour les bourses de marchandises et difficile pour les bourses de valeurs.
Pour les bourses de marchandises, les stocks ne nous renseignent pas sur l'activité des affaires en bourse : à des stocks bas correspondent souvent, mais pas toujours, des affaires actives. La Chambre syndicale a tout récemment imposé une taxe sur l'endos des filières, mais ce fait est trop récent pour permettre une comparaison.
Pour les bourses de valeurs, l'impôt sur les opérations de
* Annuaire statistique de la France, 1881, p. 428, 1902, p. 162 et 190 3.
bourse est un indice. d'une exactitude très relative et qui ne peut servir que pour les dernières années depuis la loi du 28 décembre 1895; en 1896 le [»roduil de rimpôt était
de 5.064.000 francs
et en 1903 de 7.366.600 —
Le développement des opérations d'escompte peut être considéré comme un indice du développement de l'activité commerciale. Le développement des escomptes de la Banr[ue de France depuis 1850 est considérable :
1850 1 milliard 171.
18G4 6 milliards 1/2.
„„ ce. ny „ on ^ 187'J 7 milliards.
ou 65 % en 20 ans {
( 1899 .... 11 milliards 746.
L'actif des grandes Sociétés de crédit (Crédit Lyonnais, Comptoir d'escompte, Société générale, Crédit industriel et Société marseillaise) était :
en 1880 de 933 millions et, fin 1904, de 3.497 — ^
soit un accroissement de près de 300 0/0 en 24 ans.
Sous toutes réserves, on peut provisoirement admettre un accroissement de 50 0/0 du chiffre des transactions en France pendant les vingt-cinq dernières années.
B. — Les succédanés de la monnaie et la masse nette des transactions.
Nous avons à nous demander ici quels sont les différents succédanés de la monnaie et quelle part il convient de leur assigner dans le règlement des échanges.
' Bulletin de Statistique, février 1905, p. 170.
2 Economiste européen, 10 mars 1905, p. 297. Actif (Portefeuille-escomptes, — Reports-avances et encaisse disponible).
1880 933 millions 1900 S.511 mlUloDB
1890 1.257 — fin 1904 3.497 —
PortefeuUle-escompteB de 484 en 1880 — de 848 en 1890 — de 1.493 en 1900 et do 2.150 On de 1904.
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l. LES VALEURS MOBILIÈRES.
On a montré que, dans le commerce international, la monnaie métallique avait un substitut dans les valeurs mobilières et on a cherché à savoir dans quelle mesure l'emploi des titres diminuait l'emploi de la monnaie métallique'. Les valeurs mobilières jouent le rôle de monnaie dans deux circonstances : 1° lorsqu'elles sont vendues à l'étranger par l'ordre du débiteur lui-même ; 2° lorsque, dans certains cas d'arbitrage provoqués par l'état du change, elles tendent à le redresser automatiquement.
Mais il est impossible de savoirdans quelle mesure elles jouent le rôle de succédané de la monnaie dans le commerce international.