EDOUARD DOLLÉANS
lion, mais seulement d'un abaissement momentané et instable des frais de production moyens. Cet abaissement, quand il se produit n'a pas pour résultat de diminuer le coût d'acquisition de l'or, mais de développer la production, de l'étendre à des mines et à des minerais d'ordre inférieur et, par suite, de relever le niveau un moment abaissé des frais de production moyens : il n'a pour effet que de créer une rente au profit de certaines mines et de certaines régions minières'.
Ainsi une baisse du coût de production de l'or se traduit : 1° par une rente au profit de certaines mines et non par un abaissement du coût d'acquisition ;
2° par une augmentation des quantités produites et l'exploitation de mines et de minerais moins riches.
Mais alors, dira-t-on, le coût de production, qui n'a pas une influence directe sur la valeur de l'or, va en exercer une indirectement par suite de l'augmentation des quantités offertes? L'accroissement des quantités produites n'a pas pour effet nécessaire une baisse de la valeur de l'or. D'abord, pour les métaux précieux, la production annuelle n'a pas, au point de vue de l'offre, la même importance que pour les autres marchamdises : en 1902, le stock d'or mondial s'élevait à 26.900 millions et la production annuelle à 1.533 millions, soit seulement au 1/17° du stock. Mais surtout, dans laconstitution delà valeur de l'or, l'offre est un facteur moins important que la demande : l'or n'est pas un bien économique qu'on puisse produire en quantités illimitées et sa valeur dépend moins du coût de production que de la demande. Des trois hypothèses pouvant expliquer la variation de la valeur de l'or (réduction du coût de production, accroissement des quantités produites, développement de la consommation), la troisième seule, qui fait intervenir la demande, nous paraît exacte.
La demande est le facteur déterminant de la valeur de l'or. A cette influence prédominante de la demande, il est une raison permanente et une raison temporaire, une raison de nature et
' Levasseur, La question de l'or, p. 139 : « La théorie de la rente s'applique aussi bien à l'exploitation des mines... le coût de production est déterminé par le prix de revient à la mine la plus pauvre. On doit entendre par coût de production le prix de revient dans la mine le moins avantageusement exploitée ». Brocard : « Certaines régions minières, certaines mines dans la même région et certains minerais dans la même mine jouissent d'une véritable rente qui se déplace et varie sans cesse. Les variations de cette rente paraissent devoir échapper à toute mesure ».
LA MONNAIE KT LES PRIX. \'li>
une raison de moment. Il est une raison permanente et en effet, par la nature même de sa fonction monétaire, Tor est l'objet d'une demande générale et illimitée si l'on peut dire, tandis que les marchandises ne sont l'objet que d'une demande particulière et limitée : l'or répond à tous les besoins puisqu'il sert de moyen d'échange, tandis que la demande de toute autre marchandise se limite aux besoins satisfaits par son utilité particulière. A l'influence prédominante du facteur demande sur la valeur de l'or, il est aussi une raison de moment. Pendant les vingt-cinq dernières années, des besoins nouveaux ont accru la demande monétaire et la demande non monétaire de l'or : démonétisation dt; l'argent et adoption de l'étalon d'or par de nombreux pays, développement de l'activité économique et des transactions, extension de la circulation fiduciaire et accroissement corrélatif de l'encaisse des grandes banques d'émission, développement enfin de la consommation industrielle. L'accroissement de la production annuelle de l'or, production qui de 160.000 kilos en 1880 s'élève en 1903 à 494.000 kilos, c'est-à-dire à plus du triple, ne paraît pas avoir pu contrebalancer l'augmentation du besoin d'or. Un seul des facteurs de la demande de ce métal, les encaisses des grandes banques que nous avons évaluées à 14 milliards et dont les plus importantes sont de formation récente, égalent la production de douze années (1891-1902). Le monnayage de l'or pour les vingt-trois dernières années (1880 à 1902) s'est élevé à 23 milliards et la consommation industrielle annuelle est passée de 90.000 kilos en 1885 à 12 1.610 en 1902: l'industrie a consommé, en 1902, pour une valeur de 418,9 millions d'or contre 300,9 en 1885. 11 y a donc eu à la fois accroissement de la consommation monétaire et accroissement de la consommation industrielle de l'or; cet accroissement paraît avoir dépassé l'accroissement la production annuelle* : c'est en ce sen^qu'on peut parler de
' Si l'on veut exprimer sous une forme simpliste la disproportion entre l'otlVe et la demande d'or pendant les vingt-cinq dernières années, on peut représenter l'oirre par la production annuelle, la demande par le monnayage et la consommalion industrielle :
On a d'un cote production (1880-1902) ... 20.907 millions.
de l'autre : 1» consommation industrielle 7.90ri
2o monnayage 23.000
3U.'A'5 millions.
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contraction monétaire. Il semble résulter des faits que la hausse de la valeur d'échange de la monnaie, que révèle le mouvement des prix, est due à rabaissement du prix de revient des marchandises et à l'accroissement de la consommation monétaire et industrielle du métal jaune.
Il ne suffit pas de dire que l'influence de la monnaie sur les prix n'est pas exclusive; il faut ajouter qu'elle n'est pas mesurable. 11 n'est pas permis d'affirmer qu'étant donnée la complexité du problème, une vérification quantitative de celte influence ne sera jamais possible ; mais aujourd'hui, en l'état de nos connaissances, la recherche d'un rapport statistique entre les variations du facteur monétaire et les variations des prix rencontre, comme nous avons essayé de le montrer, des obstacles dirimants. Lorsque nous avons cherché à mesurer, d'une part, les variations des stocks monétaires et de la vitesse de circulation de la monnaie et, d'autre part, le volume des transactions et le besoin de numéraire, notre analyse quantitative s'est heurtée, soit à des évaluations contradictoires (stocks monétaires), soit à des évaluations arbitraires (masse brute et masse nette des transactions), soit même à des évaluations impossibles (vitesse de circulation).
Quand nous avons voulu faire la synthèse de ces résultats fragmentaires, nous nous sommes trouvé en présence d'évaluations particulières non généralisables et sans commune mesure entre elles : nous ne nous sommes pas cru autorisé à nous servir, pour les rapprocher et les comparer, d'évaluations globales fondées sur des bases si fragiles qu'elles n'auraient eu aucune rigueur scientifique. Nous avons du nous résigner à des conclusions plus modestes que celles que permettraient d'espérer certaines formules de la théorie quantitative : il faut se contenter d'accepter cette théorie sous sa forme simpliste, sous sa forme de constatation générale et vague d'une relation entre la quantité de monnaie et les prix sans que les faits permettent de préciser cette relation quantitative.
(en supposant de 1880 à 1902 une consommation industrielle moyenne de 100.000 k.).