LX MONNAIE
exprime en francs, de même que Ton exprime en mètres et centimètres les longueurs que Ton veut comparer ; en kilogrammes, grammes et centigrammes, les poids; en hectares, ares et centiares, les surfaces.
Cette utilité, cette nécessité même, d'une commune mesure, d'un dénominateur commun des valeurs, a été comprise de bonne heure. On voit dans les poèmes homériques, que les anciens Grecs comptaient par bœufs. « Le trépied, donné comme premier prix aux lutteurs dans le XX!!!"" chant de Vlliade^ était évalué à douze bœufs, et une captive habile aux travaux de son sexe, à quatre^. »
Est-il besoin de dire que les bœufs ne jouaient pas, dans les échanges de Tllellade, le rôle d'intermédiaire de tous les instants qui appartient chez nous aux pièces de monnaie ? L'évaluation en têtes de bétail fournissait le moyen de calculer avec plus de précision l'équivalence des objets échangés. Mais ceuxci continuaient d être troqués directement. Le troc était facilité ; c'était toujours le troc.
Le système du troc présente deux autres défectuosités, plus graves encore que l'absence d'une commune mesure des valeurs. Le défaut de coïncidence dans les besoins, l'impossibilité de diviser certaines marchandises sans en détruire l'utilité peuvent opposer à la conclusion de Téchange direct des obstacles insurmontables. Comment le possesseur d'un habit pourra-t-il se procurer une livre de pain ? Le possesseur de la livre de pain peut très bien, à ce moment, n'avoir pas besoin d'un habit. Puis, l'habit a une valeur supérieure à celle de la livre de pain et il ne peut être divisé. L'échange paraît impossible.
Supposez, cependant, qu'il existe une marchandise qui soit à la convenance de tout le monde et qui puisse être divisée sans rien perdre de son utilité, l'impossibilité disparaît. Nul n'hésite à acquérir une marchandise dont le pouvoir d'achat est général et qu'il est toujours facile de fractionner en parties exactement proportionnelles à la valeur des objets que l'on veut acquérir. Le jour où cette marchandise essentiellement divisible et désirée par tous a été trouvée, la monnaie a été
i. Stanley Jevons. La monnaie et le mécaiiisme de V échange, Paris, Alcan, p. 18.