‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 14 sur 258 · MONNAIE · texte numérisé non relu

MONNAIE

toriale du législateur. On ne doit jamais oublier, quand on règle une question monétaire, que les détenteurs de métaux précieux peuvent très facilement chercher à Tétranger le bénéfice d'une législation plus équitable ou mieux faite.

Conséquences de l'inaltérabilité des métaux précieux. — Les métaux précieux résistent admirablement à l'usure et à Toxydation. Tandis que beaucoup de marchandises se consomment par le premier usage^ que la plupart, une fois ouvrées, ne peuvent utilement recevoir une autre forme^ les métaux précieux^ du moins à l'état d'alliage, ne sont que très lentement usés par le frottement et ils sont susceptibles, grâce à leur ductilité et à leur faible oxydabilité^ d'être presque indéfiniment l'objet de façons nouvelles, sans grande déperdition de matière et moyennant le sacrifice de frais de fabrication relativement minimes.

Ils doivent à ces propriétés physique et chimique une propriété économique non moins remarquable : la stabilité relative de leur valeur. L'or et l'argent s'usant avec une lenteur extrême^ les existences anciennes sont, en général, de beaucoup supérieures aux productions annuelles ; elles doivent, en outre, à raison de la possibilité de transformer à peu de frais les objets précédemment ouvrés, être considérées comme disponibles pour leur presque totalité. La production d'une année ou même d'une période plus longue ne représente donc qu'une partie ordinairement faible du stock auquel on peut puiser pour les besoins de l'échange ou de l'industrie. Il en résulte que le ralentissement ou l'accélération des extractions annuelles n'exercent le plus souvent sur la valeur des métaux précieux qu'une influence très atténuée^. Le pouvoir d'achat de ces métaux est, en conséquence, assez stable. Il est, dans tous les cas, infiniment moins variable que celui de la plupart des marchandises.

La stabilité relative de la valeur des métaux précieux permet de leur supposer, sans trop d'inexactitude pour une durée de

1. Il n'est pas question ici des énormes accroissements de production qui, au xvi° siècle et au xix* siècle, ont produit de véritables révolutions dans la valeur des métaux précieux. V. infra^ p. 23 et suiv.

INALTÉRABILITÉ DES MÉTAUX PRÉClliUX.

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temps limitée, un pouvoir d'achat fixe à Tégard des autres marcliandises. C'est ce que Ton exprime, en termes assez ambitieux, quand on dit qu'ils jouent le rôle d'étalon des valeurs.

Cette même stabilité de valeur, jointe à l'inaltérabilité qui en est la source, à la grande puissance acquisitive des métaux précieux, à l'attrait général qu'ils exercent, en fait des instruments commodes d'épargne et de capitalisation. Nul n'hésite à accumuler une marchandise dont le pouvoir d'achat est général et presque invariable, dont l'inaltérabilité est h Fépreuve des plus longues thésaurisations, dont le volume ne nécessite pas d'installations vastes et coûteuses. Théoriquement, l'épargne et le capital se conçoivent sans la monnaie. En fait, l'une et l'autre ne peuvent guère, sinon exister, du moins se développer sans le secours des métaux précieux. Comment épargner les fruits de la terre ? la plupart se corrompent en quelques jours ; l'écoulement de tous est incertain. De même, les produits fabriqués se détériorent dans un laps de temps assez court, et ne trouvent pas sûrement des acheteurs. Au contraire, transformée en métal précieux par la vente, la richesse que le producteur crée au delà de ses besoins est pour ainsi dire impérissable ; le pouvoir d'achat en est invariable pour un temps qui dépasse d'ordinaire la durée de l'existence humaine ; elle peut être échangée, à tout instant, contre des objets de consommation, des instruments de travail des matières destinées à être ouvrées à leur tour. Si le capital ne pouvait prendre, à sa naissance, la forme métallique, l'épargne serait presque impuissante à le créer ; la conservation et l'utilisation en seraient le plus souvent impossibles.

En résumé, les fonctions de la monnaie, parvenue à son dernier degré de développement sous la forme d'espèces d'or ou d'argent, sont les suivantes : 1° elle fournit l'unité d'évaluation qui permet de mesurer l'équivalence des marchandises ou des services échangés ; 2^ elle sert d'intermédiaire dans les échanges ; 3^ elle est l'étalon auquel sont rapportées les valeurs de toutes les marchandises ; 4^ elle est un instrument de capitalisation ; 5"^ enfin, elle est un instrument de transport des richesses, particulièrement utile dans les relations internationales.

§ 3. — Le monnayage.

Le monnayage consiste dans la division d'un métal monétaire en pièces de dimensions et de poids uniformes, et dans l'apposition sur ces pièces d'une empreinte, qui vaut attestation de la quantité de métal fin contenu dans chacune d'elles, ou garantie de leur valeur nominale quand celle-ci est supérieure à leur valeur métallique.

Le monnayage facilite la circulation des métaux précieux et les opérations d'échange. 11 dispense le débiteur et le créancier de peser et d'essayer la parcelle de métal donnée en paiement.

Les métaux monétaires n'ont pas toujours été monnayés ; même à notre époque, ils ne le sont pas dans tous les pays ^

L'invention et les premiers perfectionnements du monnayage sont curieux à suivre à Rome. On trouve à l'origine le bronze métal à Tétat de lingots sans forme régulière (œs rude) mais coupés d'après des tailles exactes qui vont de 2 livres à 2 onces. L'œs signatuyii apparaît ensuite. Il est constitué par des tuiles de bronze pesant environ o livres, puis vers 430 avant J.-C, par des pièces lenticulaires empreintes de figures {as libralis de 10 onces). Mais même sous cette forme, du moins pendant un certain temps, les espèces se pesaient et ne se nombraient pas. C'est ce qu'apprend un passage célèbre des Instittctes de Gains (L 122).

La substitution de la monnaie comptée à la monnaie pesée est loin d'avoir marqué le terme des transformations du monnayage. La méthode du nombrement des espèces a été complétée par le système de la tarification des monnaies.

Au début, l'idée de valeur et l'idée de poids sont confondues. La monnaie appelée livre en France, en Angleterre, pesait réellement au temps de Gharlemagne une livre d'argent ; le taël chinois, le nén annamite sont à la fois des monnaies et des poids. Le jour où plusieurs métaux entrent dans la circulation, la notion d'unité monétaire devient forcément distincte de celle

i A titre d'exemple, on citera Tancien système monétaire de Madagascar. V. Bulletin de statistique du Ministère des finances, octobre 1893, p.

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