Le rapport entre Tor et l'argent est ainsi
2. C'est par un procédé analogue que les États de l'Union latine ont retenu sur leur territoire les monnaies divisionnaires d'argent que la prime de ce métal faisait exporter. Seulement, au lieu de réduire le poids, comme la loi anglaise de 1816, la convention latine a diminué le titre des monnaies.
LE SYSTÈME MONÉTAIRE ANGLAIS
voisins avaient à se préoccuper de reconquérir l'or et, à ce point de vue, leur condition était moins favorable que la nôtre. Mais, d'autre part, ils n'avaient pas, comme nous, l'embarras d'une circulation d'argent surabondante et n'étaient pas arrêtés par la crainte d'infliger une perte aux détenteurs du métal blanc, par la limitation de son pouvoir libératoire.
La loi de 1816 a réalisé tout ce qu'en attendaient ses auteurs. A l'intérieur du pays, elle a pleinement assuré la circulation parallèle de l'or et de l'argent ; elle a doté le commerce d'une monnaie vraiment internationale, dont l'exportation et le rapatriement ont toujours été possibles; enfin, particularité du plus haut intérêt à raison des relations de l'Angleterre avec l'Inde et du système monétaire de ce dernier pays, la législation de 1816 n'a pas empêché Londres de devenir le grand marché du métal blanc.
§ 5. — L'agitation bimétalliste.
Pendant très longtemps, l'opinion avait été presque unanime en Angleterre à reconnaître et à vanter les bons efl'ets de Téta- Ion unique d'or. Cependant, vers 1886, un parti bimétalliste, très actif, s'était formé et avait entrepris de démontrer à l'Angleterre qu'elle était, comme toutes les autres puissances, intéressée à la restauration du pouvoir d'achat de l'argent. Il imputait aux progrès du système monométalliste en Europe une prétendue rareté de l'or, qui aurait déterminé une appréciation de ce métal et la baisse générale des prix. D'autres arguments, dont la valeur de propagande était considérable dans les centres commerciaux et manufacturiers qui entretiennent avec l'Inde des relations plus particulièrement importantes, lui étaient fournis par les transformations récentes de la condition économique de ce pays. C'est la baisse de l'argent qui, en élevant des barrières contre l'importation des produits anglais et en procurant des primes d'exportation aux produits indigènes, aurait favorisé la renaissance de l'industrie du coton dans l'Inde et, par répercussion, porté une atteinte grave aux intérêts des manufacturiers anglais.
L'une des premières manifestations de l'agitation bimetal-
l'agitation bimétalliste.
liste se trouve dans un mémoire remis, le 4 avril 1879, au chancelier de TÉchiquier, Sir Slalïord II. Northcote, par une dépulation de la Chambre de commerce de Liverpool. On y préconisait un ce accord international, tendant à restituer à l'argent son rôle légitime et à assurer de la sorte au monde un approvisionnement monétaire suffisant^ ».
En 1886, se constitua la ligue bimétallique, qui a compté parmi ses adhérents : MM. A.-J. Balfour, D.-M. Barbour, Chaplin, Sir W. Houldsworth, MM. Samuel Montagu, Samuel Smith, Coke, Gibbs, l'un des directeurs de la Banque d'Angleterre, Grenfell, ancien gouverneur du même établissement, Ilowell, Lord Carmarthen, Sir G. Molesworth, Sir II. -M. Ilay, etc.
Dès la même année, le gouvernement faisait une place à la ligue bimétallique, ou tout au moins aux hommes politiques qui en étaient les chefs, dans la ce Commission royale d'enquête sur les changements récemment survenus dans les valeurs relatives de l'or et de l'argent ».
L'enquête se poursuivit en 1887 et 1888. A la fln de 1888, la Commission publia son rapport final. Six de ses membres, Lord Ilerschell, qui la présidait. Sir John Lubbock, Sir Thomas Farrer, M. Fremantle, M. Birch et M. Courtney se prononcèrent contre l'idée d'une union bimétallique. Les six autres commissaires, Sir Louis Mallet, MM. Balfour, Chaplin, Barbour, Sir W. Ilouldsworth et M. Samuel Montagu pensaient, au contraire, qu'un accord international serait utilement conclu sur les bases suivantes : libre monnayage des deux métaux en espèces ayant cours légal ; adoption d'un rapport fixe entre les deux monnaies pour le paiement de toutes dettes, au choix du débiteur^.
Ce résultat négatif ne découragea pas les bimétallistes anglais. Ils continuèrent leur campagne et, grâce à la crise agricole, gagnèrent d'assez nombreuses recrues. Le 4 juin 1889, une délégation de la ligue se présentait au Foreign Office^ où elle était reçue par le marquis de Salisbury et M. Goschen, chancelier de l'Échiquier. Le même jour, M. Chaplin introdui-
1. V. Bulletin de statistique du Ministère des finances, avril 1879, p. 273. t. novembre 1888, p. 631.
LE SYSTÈME MONÉTAIRE ANGLAIS
sait la question à la Chambre des Communes. Dans les deux occasions, le gouvernement se borna à des déclarations extrêmement circonspectes. Le premier ministre, faisant allusion à la réunion procliaine d'un congrès monétaire à Paris, déclara que les bimétallistes ne devaient pas seulemen'*. s'attacher à conquérir Topinion de toutes les parties du royaume ; pour arriver à leurs fins, il leur faudrait aussi convaincre les autres peuples. M. Goschen émit l'avis courtois qu'en présence des efforts, il ne voulait pas dire des progrès du bimétallisme, les monométallistes devaient cesser de compter sur l'évidence de leur credo pour en assurer le triomphe^.
En 1892, le bimétallisme obtint l'adhésion de la Chambre de commerce de Manchester, qui revenait ainsi par 420 voix contre 406, sur la résolution qu'elle avait opposée, en 4879, à la profession de foi bimétalliste de la Chambre de Liverpool^. Au mois de mai, à la suite d'un meeting tenu à Mansion-House, une importante députation de la ligue renouvela auprès du gouvernement la démarche de 1889. M. Goschen, dans un discours prononcé dans la Cité au mois de décembre précédent, avait déclaré qu'au cas où d'autres États reprendraient la frappe de l'argent, le gouvernement pourrait inviter la Banque à user de la faculté que lui confère sa charte, de faire entrer l'argent jusqu'à concurrence d'un quart dans sa réserve, et maintenir la liberté de la frappe dans l'Inde. Le chancelier de l'Echiquier se montra moins explicite devant la délégation. Il annonça que le gouvernement avait accepté l'invitation des États-Unis à prendre part à la Conférence de Bruxelles, et ajouta que cette acceptation même l'obligeait à une discrétion toute particulière*.
On sait déjà qu'à la Conférence de Bruxelles, Sir Hivers Wilson et M. Ch. Fremantle, qui représentaient plus particulièrement la métropole britannique, déclarèrent qu'ils ce n'admet-
1. Bulletin de statistique du Ministèi^e des finances y juin 1S89, p. G37.