‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 179 sur 258 · Silvestre, Notes, p · texte numérisé non relu

Silvestre, Notes, p

2. Compte rendu des travaux de la Chambre de commerce de Saigon depuis sa création, 1880, Théoriquement, la pièce de ^ francs a conservé

LA MONNAIE DE l'iNDOGHINE.

Si le commerce répugnait à accepter la pièce française de 5 francs, c'est que l'arrêté du 24 janvier 1864 lui assignait une valeur inférieure à sa valeur réelle par rapport à la piastre. En vertu d'arrêtés antérieurs, notamment d'un arrêté du 27 août 1863, la piastre était reçue par le Trésor et donnée par lui au taux de 5 fr. 55 c. Or, le poids droit de la piastre mexicaine était de 24.44 grammes de fin, et son poids courant moyen était naturellement inférieur au poids droit. Aussi ne valait-elle réellement, le métal blanc étant supposé au pair de 15 ^/2, que 5 fr. 37 Va- Sa valeur était donc légalement rehaussée de 17 V2 centimes et la valeur de l'écu légalement diminuée de la même somme.

En 1877 et 1878, le Trésor émit de nouveau de fortes quantités de pièces de 5 francs. Cette fois, les écus furent acceptés, recherchés même par le commerce; mais ils ne restaient pas dans la circulation, ils étaient immédiatement exportés.

Le Trésor recevait et livrait les piastres, à cette époque, au taux fixe de 5 fr. 35 c. En réalité, par suite de la dépréciation de l'argent, la piastre ne valait guère plus de 4 fr. 75 c. C'est à ce taux que le banquier recevait du commerçant obligé de faire une remise sur Paris, les espèces que celui-ci avait reçues du Trésor au taux de 5 fr. 35 c. Au contraire, Técu aux empreintes françaises était toujours pris au taux minimum de 4 fr. 85 c. A la vérité, cet écu contenant moins d'argent fin que la piastre, il peut paraître surprenant qu'il valût 10 cen times de plus. Mais un écu français est en réalité une valeur fiduciaire garantie par le gouvernement français et qui, à Paris, peut s'échanger contre 5 francs d'or. Les frais de transport de Saigon à Paris ne dépassant pas 3 p. % soit 0 fr. 15 c. pour 5 francs, le commerçant pouvait, en envoyant des écus français à Paris, se libérer de 4 fr. 85 c. par écu. L'écart de 10 centimes entre le cours commercial de la piastre et celui de l'écu ne formait pas tout le bénéfice de l'exportateur. Il y fallait ajouter souvent la différence entre le cours officiel de la piastre et son cours commercial. Le Trésor prenait la piastre, qui

le cours légal en Indochine jusqu'à Tarrêté du 3 octobre 1905, dont l'article 2 porte que la seule monnaie ayant cours légal sera la piastre française et ses subdivisions (Voir infra, p. 371.)

ORIGINES DU SYSTÈMli INDOCHINOIS.

valait réellement 4 fr. 75 c, pour 5 fr. 35 c. Cette différence de 0 fr. 60 c. formait le premier gain de la spéculation. Aussi, réservait-on les piastres pour payer le Trésor ; quand au contraire on avait une somme à en recevoir, on lui demandait de la payer en écus.

Le bénéfice de Texportation des écus a grossi avec la dépréciation de l'argent : la pièce française vaut toujours 4 fr. 85 c. tandis que la puissance d*achat de la piastre est tombée en 1902, par exemple, au-dessous de 2 francs. Dès 1878, les écus, à peine arrivés dans la colonie, étaient réexportés en France, On a même raconté que, par suite d'opérations de cette nature, des caisses de monnaies d'argent furent réexpédiées alors dans la métropole, sans avoir même été ouvertes. La monnaie divisionnaire française ne. tarda pas à prendre le môme chemin.

L'inexactitude du rapport officiel établi par l'administration entre la valeur de la piastre et la valeur du franc était la cause la plus active de l'exportation des monnaies françaises. Mais en dehors de cette cause accidentelle, il en est une autre, plus durable, qui a fait obstacle à l'introduction du système français dans notre colonie et nous a imposé le système de la piastre. La piastre était la monnaie des pays avec lesquels l'Indochine française entretenait ses principales relations commerciales. La nature des produits exportés par nos colonies de l'Indochine le voulait ainsi. Pour la Cochinchine, par exemple, le grand article de commerce est le riz : les rizières n'ont pas cessé de se développer dans la colonie, tandis que les plantations de poivre, de cannes, d'indigo, de cotcwa restaient stationnaires ou diminuaient. Pendant longtemps le riz est entré pour plus des quatre cinquièmes dans la valeur des exportations de la colonie*; et, pour plus des sept dixièmes, ce riz était exporté à destination de la Chine et des entrepôts anglais de l'Extrême-Orient. En 1900, sur une exportation totale en denrées du crû de 108,176,000 francs, 48,715,000 francs étaient au compte des mêmes destinations. Pour l'Annam, les chiffres étaient : 5,380,000 francs sur 6,421,000 francs; pour le Tonkin, 33,113,000 francs sur 36,735,000 francs.

1. 42,187,000 francs sur 49,836.000 francs en 1890, 88,754,000 francs sur 110,505,000 francs en 1900.

LA iiiU.>xNAii!: Uiù L i.NDOCillME.

C'est en Chine, à Hong-Kong, à Singapore qu'étaient les principaux clients de rindochine ^. C'est par Tintermédiaire de Hong-Kong que se traitent la plupart des affaires avec la Chine et le Japon. Les banques de l'Indochine ont beaucoup d'argert sur cette place, qui est un des gros marchés du monde. Il faut ajouter que, toute compensation faite, rindociiino <^si. oj-dinairement créancière de ces divers pays. Comme dans les ports de la Chine, à Hong-Kong, à Singapore, la circulation monétaire consistait en piastres, c'est dans cette monnaie que notre colonie recevait le paiement du solde de ses créances.

Dès 1878, le gouvernement reconnut l'impossibilité de maintenir les écus dans la circulation de la Gochinchine et la nécessité de conserver le système de la piastre.

Ce point admis, on était conduit à se demander s'il n'y avait pas un intérêt politique à fabriquer des piastres françaises, au lieu d'utiliser les piastres mexicaines et les dollars américains comme on l'avait fait jusqu'alors. En émettant nous-mêmes des piastres portant le nom de la France, nous affirmerions notre souveraineté sur le pays.

L'émission d'une piastre française permettait en outre de conjurer une crise monétaire imminente. La piastre mexicaine était à ce moment devenue fort rare par suite des troubles du Mexique, à ce point qu'elle faisait prime sur l'argent. En juillet 1876, à Londres, l'once d'argent standard était cotée en barres 46 ^4 pence, et sous forme de piastre 48 V2 pence. La piastre faisait donc 6 p. **/o de prime sur l'argent en barres. Dès le mois suivant, cette prime de la piastre amenait a Saigon une hausse de 7 p. dans le prix du change sur l'Europe. On avait pu craindre que l'encaisse de la succursale de la Banque de l'Indochine à Saigon ne fût attaquée. Il y avait là une sorte d'entrepôt de piastres qui pouvait attirer l'attention du commerce anglais. Le moyen d'attaquer l'encaisse était simple : il suffisait

1. CeUe situation tend à se modifier. Hong-Kong et Singapore sofU toujours de très gros clients ; mais les relations avec la métropole ^Grandissent en importance. (Voir ci-après, p. 393). l^ar ailleurs, la piastre uicxicaine n'esi. plus la monnaie de Singapore, le gouvernement Lri'annique ayant créé pour les Strails SetlLemenis un dollar spécial auquel uiu« valeur ti\e en monnaie sterling a été a!trih!iéo en V. ci ap/ê.-. [>. 418.

ORIGINES DU SYSTÈME INDOCHINOIS

d'acheter du papier sur la Banque. Le tout était d'y mettre le prix. On n'y manque pas quand il y a intérêt de le faire. Si une telle spéculation avait été entreprise, la Banque eût été fort empêchée pour reconstituer son encaisse, tous les autres marchés étant déjà démunis de piastres. Pour parer à ce danger il était utile de lui permettre^ ainsi qu'au commerce Indochinois en général, de se procurer des piastres en les faisant frapper à la Monnaie de Paris, dans des conditions analogues à celles où la Banque de France et le commerce français peuvent, en cas de besoin, faire frapper de l'or.

Ces diverses questions furent soumises par M. Léon Say, en même temps que plusieurs autres intéressant le régime fiscal ou monétaire de diverses colonies, à une commission instituée par un décret du 1®^ juin 1878^. La commission se prononça pour la fabrication d'une piastre française. La Monnaie de Paris fut autorisée à la frapper par une décision du m inistre des finances du 9 octobre 1878. Les caractéristiques de cette nouvelle pièce et de ses subdivisions furent fixées par une décision du ministre de la marine et des colonies en date du 24 décembre 1878 ^

On commença par frapper^ en 1879, des cinq centièmes de piastre en bronze ou sapèques. Cette émission répondait, semble-t-il, à un besoin des plus urgents. En 1878, en effet, l'administration avait cru nécessaire, pour suppléer à l'insuffisance des ligatures, de faire trouer à l'arsenal de Saigon une certaine quantité de pièces françaises de 1 centime qui furent ensuite lancées dans la circulation. Tous ces centimes revenaient dans les caisses du Trésor; les trous^ grossièrement pratiqués au centre des pièces, leur faisaient perdre près d'un dixième de leur valeur ; il était impossible de les faire accepter à la population ^.

Dès la même année 1879^ on frappa des pièces de 10, 20 et

1. Cette commission eut à s'occuper notamment de la situation monétaire à rîle de la Réunion. EUe était composée de MM, Calmon, président, André Béchu, Delarbre, Desmazes, contre-amiral baron Duperré, Gay, Girod, Godin, Le Pelletier de Saint-Remy, Michaux, baron de Rothschild, Ruau, Tirard; Aubry, secrétaire.

2. Tous les textes relatifs au régime monétaire de l'Indochine ont été réunis dans le Rapport du Directeur des monnaies pour 1902.

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