‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 2 sur 258 · LA CINQUIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

LA CINQUIÈME ÉDITION

Des faits monétaires de nature à retenir Tattention so sont produits depuis quelques années.

Le système indien a subi, pour la première fois depuis son organisation, Tépreuve d'une crise ayant de la durée. Les facultés d'exportation de ITnde s'étant trouvées réduites en 1907 et 1908 par Teffet des mauvaises récoltes de blé, de riz et de coton ainsi que des moindres acliats de jute des États-Unis, la balance des comptes est devenue débitrice. En vue de prévenir la nécessité des règlements en roupies, qui aurait fait tomber le change à la parité métallique des espèces d'argent, le gouvernement de Tlnde a fourni des traites sur TAngleterre durant cinq mois consécutifs^ pour plus de 8 millions sterling, et, afin de couvrir ces traites, le secrétaire d'État a dû aliéner une bonne partie des titres du fonds de garantie de Tétalon d^or. L'événement a donc justifiée les observations qui avaient été faites dans les précédentes éditions de ce livre au sujet de l'imparfaite stabilité du régime indien. Les autorités financières de la colonie n'hésitent plus à reconnaître que la combinaison monétaire de 1893-1899 a quelque chose d'artificiel et que le pair de la roupie ne sera définitivement assuré que par l'introduction d'une circulation d'or.

La convention de l'Union latine du 4 novembre 1908, en augmentant de 554.8 millions de francs notre contingent Arnauné . a

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de monnaies divisionnaires d'argent, va permettre d'achev er la transformation en petites coupures delà portion de notre stock de grosse monnaie blanclie qui dépasse les besoins de la circulation. De 1895 à 1911, en exécution de la convention du 29 octobre 1897 et de la convention du 4 novembre 1908, près de 153 millions de francs d'écus ont été employés à fabriquer des petites pièces d'argent. Dans quinze ou vingt ans, lorsque les refontes prévues par les deux conventions seront achevées, le stock des écus français aura été réduit d'environ 635 millions de francs, somme supérieure au montant des fabrications malencontreuses exécutées, de 1867 à 1878, sous le régime de la frappe libre. A ce moment la limitation du cours libératoire de la pièce de 5 francs ne soulèvera plus aucune difficulté. La substitution du franc d'or au franc d'argent de la loi de Tan XI, réalisée en fait dans la seconde moitié du xix^ siècle, pourra être consacrée législativement. La question des écus a dérailleurs cessé depuis longtemps d'être un sujet de préoccupations. La convertibilité en or et par suite le pair de cette pièce sont amplement garantis par l'abondance du métal jaune dans l'encaisse de la Banque de France et dans la circulation.

Le monnayage de l'or, très ralenti de 1880 à 1894, a repris une grande ampleur de 1895 à 1898 et de 1904 à 1911. Les frappes de métal neuf se sont montées à près de 2 72 milliards de francs. Notre approvisionnement actuel d or monnayé est évalué par M. de Foville à 6 milliards au moins, au lieu de 4,200 millions il y a quinze ans. Dans le même laps de temps, l'encaisse d'or de la Banque de France a presque doublé. De 1,875 millions de francs, moyenne de 1897, elle est passée à 3,400 millions en 1911, après avoir atteints, 600 millions en 1910.

La puissance exceptionnelle de cette réserve a permis à la Banque, en 1906, en 1907, en 1909, en 1910, d'aider le marché de Londres a traverser des circonstances difficiles.

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en mettant à sa disposition, par rescompte de papier anglais, des sommes qui, en 1907, ont dépasse 80 millions de francs. Ces interventions ont modéré sur la place voisine la hausse du loyer de Targent. Elles en ont évité la répercussion sur le marché de Paris, en 1906, en 1909 en 1910 ; elles l'ont certainement atténuée en 1907.

En même temps que grandissaient les réserves d'or de la Banque et, pour une large part, comme conséquence des achats de métal qui les ont constituées, les émissions de billets se sont développées. La circulation moyenne s'était élevée à 3,687 millions en 1897; elle a atteint 5,198 millions en 1910 et 5,574 millions en 1911. La limite de l'émission déjà portée en 1907, par des augmentations successives, à 5,800 millions, a été reculée de nouveau et fixée a 6,800 millions. Une fois de plus, dès que Ton a pu craindre que le maximum légal fût atteint, on Ta relevé. La Banque de France a donc joui, en fait, d'une faculté d'émission illimitée. Elle en a usé sagement, n'hésitant pas, surtout depuis 1898, à relever le taux de son escompte quand il le fallait.

Les quantités de billets et de numéraire dont dispose la France sont énormes. Elles ne dépassent pas les besoins de sa circulation, les règlements par voie de compensation que permet Temploi des chèques n'ayant pas l'importance qu'ils ojit prise en d'autres pays. Il y a en France beaucoup d'encaisses particulières. Leur approvisionnement immobilise des sommes considérables de numéraire et de billets. Cette organisation est défectueuse ; elle distrait trop de capitaux du travail de la production. Mais la circulation pour être abondante, n'en est pas moins saine, puisqu'elle se compose d'or et de valeurs métalliques ou fiduciaires garanties par de l'or. Cet heureux état de choses est le fruit et la justification de la politique monétaire suivie par la France depuis près de quarante ans.

Mai 1912.

DE

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