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LA TROISIÈME ÉDITION

Le régime monétaire de l'Europe et des États-Unis, objet d'abondantes controverses durant la seconde moitié du XIX® siècle, a cessé d'être mis en question.

L'expérience a prouvé qu'aucune mesure législative n avait la puissance d'enrayer la baisse de Targent et qu'à tâcher de soutenir le cours de ce métal, on risquait de provoquer l'exportation de Tor. Cette éventualité a paru, et ajuste titre, singulièrement grave. Dans tous les pays d'Europe et d'Amérique, en effet, même dans ceux dont la monnaie principale n'est pas formée d'or, c'est en or que s'évaluent tous les biens, non seulement les changes étrangers, mais toutes les marchandises et tous les services. L'or étant l'étalon commun de tous les peuples occidentaux, lorsque chez l'un de ces peuples l'étalon national est le papier ou l'argent, les prix en papier ou en argent tendent à s'y fixer, pour ainsi dire, par comparaison avec des prix en or qui seraient sous-entendus; après un certain temps, la moindre valeur de rinstrument national des échanges s'y manifeste par la hausse générale des prix.

La possession d'une circulation d'or est ainsi apparue comme un avantage incomparable, que les gouvernements se sont efforcés, pour la plupart, de conserver ou de cou-

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quérir en supprimant le monnayage illimité de l'argent, cause certaine d^exportation de l'or. La France et ses associées de TUnion latine, d'abord par la limitation (1873) puis par la suspension absolue de l'émission des pièces de 5 francs (1878), les Pays-Bas par des mesvires analogues (1873 et 1877), les Etats-Unis par Tabrogation de la clause d'achat du Sherman Act et par la limitation du monnayage des dollars (1893 et 1898), l'Espagne par rinterdiction de toute fabrication de pièces de 5 pesetas (1901), le Mexique par la suppression de la frappe libre de la piastre (1903) ont accommodé leurs vieilles lois bimétalliques aux circonstances nouvelles. Le monométallismeor, qui n'avait été admis jusqu'en 1873 que par l'Angleterre (1816), le Brésil (1849), le Portugal (1834), l'Uruguay (1863), a été successivement adopté par rAUemagne (1873), les trois royaumes Scandinaves (1873), la Finlande (1877), la Serbie (1878), Haïti (1880), la République Argentine (1881), rÉgypte (1885), la Roumanie (1890), l'Autriche- Hongrie (1892), Gosta-Rica (1896), la Russie (1899), le Chili (1899), le Pérou (1897 et 1901), l'Equateur (1898 et 1900), la République de Panama (1904). Plusieurs de ces États, le Brésil, le Portugal, la République Argentine, le Chili,... parmi les monométallistes, et, parmi les bimétallistes qui ont suspendu la frappe de l'argent, l'Espagne et la Grèce, ne jouissent pas effectivement de l'étalon d'or et sont au régime de l'étalon de papier. Mais que leur régime de fait soit l'étalon d'or, d'argent ou de papier, que leur législation consacre le monométallisme-or intégral ou transige entre le monométallisme-or et le bimétallisme, toutes les nations occidentales, à Texception de quelques républiques américaines, ont reconnu la prééminence internationale de Tor.

Aujourd'hui, la lutte entre l'argent et l'or s'est transportée en Extrême-Orient.

L*Asie est toujours le domaine de Targent. La roupie

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indienne, la piastre mexicaine et le dollar britannique employés à Hong-Kong et dans les ports de la Chine, la piastre indo-ciiinoise^ le tical siamois, le dollar des Détroits, le peso philippin, sont des pièces d"" argent; dans Tintérieur de la Gliine le principal instrument des échanges, en dehors de la sapèque de cuivre ou de bronze, est le lingot d'argent.

L'étalon asiatique a été tout d'abord mis en présence de rétalon occidental dans les liquidations du commerce international. Cette confrontation du métal blanc avec le métal jaune pour l'évaluation des changes a eu lieu nécessairement dans toutes les places de l'Asie en relations avec l'Europe ovi les États-Unis. Il semble que dans certaines régions elle a eu qvielque répercussion sur les prix en général. Si à Tintérieur de la Chine, autant qu'on peut le savoir, le niveau général des prix en argent ne s'est pas élevé, la propagation de la hausse, du change aux marchandises et aux services, ayant été entravée par l'organisation économique rudimentaire de cet immense empire et par la superposition de deux étalons indépendants l'un de Tautro, le cuivre et l'argent, la hausse est certaine dans l'Inde, en Indo-Chine, dans les Établissements des Détroits. La baisse de l'argent n'en est sans doute pas la cause unique ; mais elle y a vraisemblablement une part. L'^étalon d'or prend donc pied en Asie.

La législation monétaire a évolué sous l'influence de ce fait. En 1897, le Japon s'est placé sous le régime du monométallisme-or, combiné d'ailleurs avec une abondante circulation de papier. De 1893 à 1899, l'Inde anglaise est passée du monométallisme-argent à un certain bimétallisme qui lui a procuré le pair du change avec l'Angleterre bien que sa monnaie principale n'ait pas cessé d'être la roupie d'argent. Le Siam, en 1902, a imité le bimétallisme indien, mais sans succès. Une entreprise

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analogue, tentée aux Philippines en 1903, se poursuit dans de meilleures conditions. Les Etablissements des Détroits, après s'être engagés dans la même voie, s'en sont tenus à la mesure préliminaire de la création d'une piastre spéciale (1903). La combinaison indienne a été encore préconisée pourTIndo-Chine française. Enfin les Etats-Unis, qui en ont fait une application aux îles Philippines, et le Mexique, qui l'a prise pour base de sa propre réforme en 1904, l'ont conjointement recommandée à la Chine.

La question monétaire dans Tlnde et en Indo-Chine était déjà traitée dans les deux premières éditions de ce livre. On a mis au courant des faits les plus récents, pour cette troisième édition, le paragraphe relatif au système de rinde; le chapitre de la monnaie de Tlndo-Chine a été complètement refondu. Un chapitre entièrement nouveau a été consacre aux imitations de la réforme indienne par le Mexique et par les États-Unis pour les Philippines,

ainsi qu'à l état de la question dans les Etablissements des Détroits et en Chine. Dans un autre chapitre également nouveau, les causes de la valeur des monnaies ont été étudiées à la lumière des faits constatés, tant pour les monnaies secondaires que pour les monnaies principales et parmi celles-ci tant pour les espèces métalliques que pour les billets de banque ou d'État, en Europe, aux États- Unis et en Asie. Les autres parties du livre ont été revues avec soin ; mais il a paru suffisant de les mettre à jour par l'addition de simples notes.

Juin 1905.

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