‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 20 sur 258 · THÉORIE DE LA VALEUR DES MÉTAUX PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA VALEUR DES MÉTAUX PRÉCIEUX

Celles-ci sont consommées dans des délais d'ordinaire assez courts ; beaucoup se détruisent par le premier usage. Le^ quantités offertes sont, en général, de production récente. Le^ excé-^ dents de la production antérieure sur la consommation, ce qu'on appelle les stocks ou approvisionnements, ne doivent pas être oubliés quand on veut se rendre un compte exact des ressources du marché. Mais le plus souvent, les stocks sont inférieurs à la production annuelle. En outre, ils ne s'accroissent pas indéfiniment; après un laps de temps, dont la durée varie d'ailleurs beaucoup suivant la nature des marchandises, les approvisionnements anciens sont consommés en totalité et remplacés par des prélèvements sur les productions nouvelles. Les stocks se maintiennent donc à un certain niveau, qui n'est pas dépassé.

C'est précisément le contraire qui arrive pour les métaux précieux. On a vu qu'en raison de leur résistance particulière aux agents de destruction physiques et chimiques, le stock d'or ou d'argent susceptible d'être porté à tout instant sur le marché se compose de la totalité des existences de ces métaux, qu'il comprend des quantités dont l'extraction remonte peut-être aux premiers âges du monde, façonnées sous les formes les plus diverses, lingots, monnaies, médailles, bijoux, objets d'orfèvrerie, etc. ; que, par suite, il est de beaucoup supérieur aux quantités annuellement produites ; que, d'autre part, il ne cesse de s'accroître en dépit des déperditions résultant du frai, des thésaurisations oubliées, des naufrages, de certains emplois industriels, etc.

On en a déjà conclu que, le plus souvent, les variations de la production annuelle ne peuvent pas modifier les conditions de l'offre au point d'affecter sérieusement la valeur des métaux précieux, et que le pouvoir d'achat de l'or et de l'argent est, par conséquent, relativement stable. Les grands afflux métalliques qui ont suivi la découverte du Nouveau Monde à la fin du xv*^ siècle, ceux qui sont résultés de la mise en exploitation des gisements aurifères de Californie et d'Australie au milieu du XIX® siècle, et, plus récemment encore, du développement des extractions d'argent aux États-Unis et dans l'Amérique centrale et méridionale, ont seuls pu, par leur masse, balancer cette

influence générale des existences antérieures, et accroître TolVre dans une mesure assez considérable pour déprimer la valeur de Tor ou de Targent. Ce sont là des accidents. Bientôt, par Taccumulation des productions annuelles, les stocks grossissent ; les extractions ultérieures ne représentent plus, de nouveau, qu'une fraction de moins en moins forte du métal ofl'ert sur le marché ; l'équilibre se rétablit ; les prix se fixent à un niveau moins élevé que l'ancien, sans doute, mais dont ils ne s'écartent plus beaucoup ; la valeur des métaux précieux retrouve sa stabilité relative.

Il faut ajouter que par suite de l'augmentation constante des approvisionnements d'or et d'argent, leur pouvoir d'achat a tendu de tous temps à décroître. Les grandes révolutions monétaires, telles que celles du xvi® et du xix'' siècles, précipitent parfois ce mouvement ; mais, même dans les périodes moins troublées, la baisse, parfois interrompue par des accroissements soudains de la demande, a suivi son cours, lentement mais sûrement, par l'effet de la lente mais continue progression de l'offre.

Cette théorie du fondement de la valeur des métaux précieux n'est pas unanimement admise. On a soutenu que la valeur de l'or et de l'argent ne dépend pas du rapport de l'offre et de la demande. On a dit que a la loi humaine est le facteur prépondérant dans le mouvement et dans la valeur des métaux précieux* », et plus explicitement encore, « que les lois monétaires, créant presque tout l'emploi qui est fait des métaux précieux, en déterminent presque entièrement la valeur - ».

Comme il arrive souvent, cette thèse contient une part d erreur et une part de vérité. Il est vrai de dire que l'usage monétaire des métaux précieux est la principale cause de leur valeur. C'est une erreur de penser que le législateur peut régler cet usage à son gré. Nous nous servons des choses en raison de leur utilité ou, plus exactement, d'après l'opinion que nous avons de cette utilité. Il en est, à cet égard, des métaux préeieux comme des autres marchandises. Si l'or et l'argent ont

Dana Horton, La monnaie et la loi, Paris, Guillaumin, 1881. 2. Conférence monétaire internationale de 1881. Livre jaune, p. 51. Cf. Allard, Déjpréciation des richesses, Bruxelles, Berqueman, 1889.

Page 1