VARIATIONS DE LA VALEUR DES MÊTACX PRÉCIEUX
un pouvoir d'achat général, ce n'est point parce que le législateur Ta prescrit, mais parce que tout le monde déi^^ire les posséder. Le jour oii l'un des métaux précieux est l'objet d'une préférence ou d'une sorte de désaffection, les quantités demandées augmentent ou se réduisent. Si tandis que la demande diminue ou reste stationnaire, l'offre augmente, ce métal est fatalement déprécié. Le législateur essaierait vainement de relever la demande. Ses ordres ne peuvent rien contre un mouvement de l'opinion.
Ces principes trouvent leur confirmation dans l'examen des faits auxquels sont imputables les variations survenues depuis un demi-siècle dans la valeur des métaux précieux.
I 2. — Variations de la valeur des métaux précieux depuis le milieu du dix-neuvième siècle
I. — La BAISSE DE l'or APRES 1850. — L'étude dos variations de la valeur de l'or au xix® siècle présente une dilfic ulté particulière, inhérente au rôle que joue ce métal. L'or fou^xnit aujourd'hui la matière dont est formée la monnaie principaA?.^ celle qui sert de mesure générale^ d'étalon des valeurs. Tous les prix sont exprimés en or ; les francs qui composent lea prix sont eux-mêmes des francs d'or et représentent un poidm déterminé d'or fin. On ne peut donc, comme on le ferait pour une marchandise quelconque, chiffrer en francs les prix de For à diverses époques pour faire ressortir de leur comparaison les variations du pouvoir d'achat du métal jaune. Le franc, monnaie d'or, a subi naturellement les mêmes variations de valeur que le métal dans lequel il est frappé. C'est une fraction du kilogramme d'or, comme le décilitre est une fraction du litre. Si l'on augmentait la capacité du litre, celle du décilitre serait accrue proportionnellement ; de même, l'augmentation ou la diminution du pouvoir d'achat du kilogramme d'or a pour conséquence une augmentation ou une diminution proportion-
1. Pour les périodes antérieures. V. Ad. Smith, De la ynchesse des nations; J.-B. Say, Ti^aité cVéconomie politique; Michel ChevaUer, Court d'économie politique, t. III (La monnaie) ; Paul Leroy-Beaulieu, Traité théorique et pratique d'économie politique^ t. m.
nelle du pou^i^oi^r d'achat du franc. Il faut donc chercher un terme de comparaison en dehors de la monnaie.
Th^<;î,7'iq\iement, on le trouve dans le niveau général des prix de toutes les autres marchandises^. En effet, les variations survenues dans la valeur du métal étalon, retentissent nécessairement sur le prix de toutes les autres marchandises. Une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie principale a pour conséquence logique, la hausse générale des prix ; réciproquement, une hausse dans la valeur de cette monnaie tend à amener une baisse générale des prix. C'est donc par les variations en hausse ou en baisse du niveau général des prix que l'on peut constater les variations inverses de la valeur du métal qui sert de monnaie principale.
Mais une dilïiculté pratique se présente aussitôt. Par quel procédé peut-on déterminer les variations du niveau général des prix? Ce niveau général est une abstraction de l'esprit. En fait, la succ'fession des cours présente des mouvements très diversifiés . Il y a constamment des prix qui s'élèvent, des prix qui s'abriiissent. La résultante de ces mouvements de hausse et d% baisse est extrêmement difficile à dégager.
La plupart des statisticiens anglais qui se sont occupés des prix ont employé, pour saisir les fluctuations de leur niveau général, le procédé très simple, beaucoup trop simple, des nombres indicateurs (index numbers). Voici, en substance, comment on établit les index numbers. On relève pour une série d'années les prix d'un certain nombre de marchandises réputées les plus importantes. On établit, année par année, la moyenne arithmétique de ces prix. La moyenne de la période prise comme base est ramenée à 100 ; les variations en hausse et en baisse des autres moyennes sont ensuite exprimées en tantièmes pour cent. L'Economist de Londres publie, depuis de longues années, un tableau d'index nitmbers établis d'après ce principe^. Stanley Jevons a eu recours à la même méthode
4. Au xviri® siècle, on prenait comme terme de comparaison le prix du blé. C'est ce que firent notamment Adam Smith et J.-B. Say. D'autres auteurs ont cru pouvoir prendre le prix du travail. Ces procédés sont forcément imparfaits. Voir, sur la question, dans le Nouveau dictionnairt^ d*économie politique^ v*» Prix, un article de M. de Foville. (Paris, F. Alcan.)
2. Le tableau de VEconomist fut imaginé par Newmarch. V. TJdi^d report of the royal commission on dépression of trade and industrry, p. 3:28, col. ±
LA BAISSE DE l'oR APRÈS 18?>0. 25
dans son mémoire de 1863 : A serions fall m the value of gold ascertained. Plus récemment, le D*" Sœtbeer, d'autres encore ^ ont dressé des tableaux de nombres indicateurs.
On a fort justement reproché à la plupart de ces séries de chiflFres de ne représenter que les prix d'un nombre restreint de marchandises. On a fait également remarquer qu'elles sont constituées par des moyennes purement arithmétiques, à la composition desquelles chaque prix concourt pour sa valeur numérique, abstraction faite de Timportance relative des marchandises qu'il représente.
Tenant compte de cette dernière critique, un statisticien des plus distingués, M. R. H. InglisPalgrave, s'est attaché à réformer le système des index numbers en substituant aux moyennes purement arithmétiques des moyennes proportionnelles. Chaque marchandise reçoit un coefficient. L'influence des divers prix dans la formation de la moyenne annuelle est ainsi proportionnée au mouvement d'affaires plus ou moins considérable dont chaque marchandise paraît être l'objet dans le Royaume- Uni^. L'exemple a été suivi, notamment par M. Fred. James Atkinson dans une très remarquable étude sur les Silver prices in India
Même ainsi amendés, les index numbers ont le défaut de ne .mettre en œuvre qu'un nombre de prix limité. Une méthode plus scientifique a été suivie en France par M. de Foville^. c( Elle consiste à prendre pour cadre le budget d'une famille, avec les parts inégales qu'y prélèvent nécessairement les diverses catégories de dépenses : nourriture (pain, viande, boisson...), vêtement, logement, chauffage, etc. s. On recherche ce qu'aurait coûté, à chacune des époques comparées, un régime de vie identique. Le rapprochement des moyennes budgétaires ainsi obtenues permet d'apprécier les modifications survenues dans le niveau général des prix.