‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 27 sur 258 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

aO LA MONNAIE.

les effets de 1 abondance du métal étalon, au point de remplacer, pour certains articles, la hausse par la baisse des prix et de produire, pour d'autres, une hausse plus forte encore.

En J873, lorsque M. de Foville publie à son tour les résultats de son enquête sur les prix, les mouvements qui, en 1850, se dessinaient seulement, sont très nettement accusés. D'après les constatations de M. de Foville, les prix de 1873 présentent, par rapport à ceux pratiqués une cinquantaine d'années auparavant : d'un côté des hausses de 90 p. ^/^ pour les aliments d'origine animale, de 30 p. ^/^ pour les aliments végétaux, de 43 p. ^/o pour les boissons indigènes; de l'autre, des baisses de 3o p. ^/o sur les produits minéraux, de 50 p. '^/o sur les tissus, de 4S p. ^/o sur les produits chimiques, les vitrifications et les papiers. Ainsi, les produits manufacturés, à Tégard desquels M. Levasseur relevait une hausse moindre qu'en ce qui concerne les produits naturels, ont décidément baissé de prix par la suite. Au contraire la hausse constatée en 1838 s'est maintenue pour les produits naturels : elle s'est même, considérablement accrue pour certains d'entre eux. L'effet de la baisse de l'or a été, dans le premier cas, atténué ; dans le second cas, renforcé par d'autres causes, dont M. de Foville met en pleine lumière l'action singulièrement énergique. La hausse des produits naturels est le résultat de la diminution survenue dans le prix des transports depuis la construction des chemins de fer : les débouchés se sont ouverts beaucoup plus vite que la production n'augmentait (la production des denrées alimentaires ne peut d'ailleurs s'accroître indéfiniment) ; la demande a dépassé l'offre ; la réduction des distances a profité au producteur. La baisse des produits manufacturés tient en partie à la cause même qui a provoqué la hausse des produits naturels, c'est-à-dire à la diminution des frais de transport ; elle résulte aussi de la réduction des prix de revient par l'introduction des moteurs mécaniques et par les applications de la science à l'industrie. La production industrielle s'est accrue plus rapidement encore que les débouchés ne s'ouvraient, parce que la puissance de l'industrie peut être presque indéfiniment augmentée ; l'offre a dépassé la demande ; le bénéfice de la révolution économique du xix° siècle a été ici pour le consommateur.

LA BAISSE DE l'oR APRÈS 1850.

La combinaison de ces hausses et ces baisses de prix d'après la méthode des moyennes budgétaires, a permis à M. de Po ville de constater une augmentation de 33 p. 7o dans le prix des marchandises, correspondant à une diminution de 25 p. ^/o dans le pouvoir d'achat de la monnaie, de 1820-1823 à 1870-

On remarquera que, dans cette période de cinquante ans, les quantités d'or produites ont presque triplé, par rapport aux trois cent trente-deux années qui séparent 1493 et 1825. Elles se montaient, en 1825, à 3,926,510 kilogrammes et, en 1875, à 9,523,695 kilogrammes. La baisse de Tor n'aurait été cependant que du quart.

Mais il faut prendre garde que cette baisse de 25 p. Vo est la résultante de causes extrêmement diverses et n'est pas la conséquence de la seule abondance de For.

En même temps que les conditions de l'offre se transformaient, les conditions de la demande étaient modifiées. Les cinquante années comprises entre 1825 et 1875 ont vu s'accomplir une révolution économique plus profonde que bien des révolutions politiques. La face du monde a été transformée. La création et le développement des chemins de fer et de la navigation à vapeur ^ en réduisant des trois quarts les frais de transport, ont élargi et reculé les débouchés, détruit les monopoles nationaux, provoqué la localisation des spécialités industrielles et agricoles, étendu la division féconde du travail des individus aux peuples. L'application des moteurs mécaniques à la production agricole et industrielle, en procurant une énorme économie de travail humain^, a l'éduit les prix de revient et développé les consommations publiques et privées. Le perfectionnement de l'organisation postale, l'invention du télégraphe électrique ont mis à la disposition du commerce des moyens de correspondance de plus en plus étendus et rapides. Sous

1. Porter écrivait en 1851 : « Pour fournir le Royaume-Uni de blé seulement, il faudrait plus du double des navires qui entrent annuellement dans nos ports... L'importation des quantités de produits agricoles qui sont actuellement à notre disposition suffirait probablement à occuper sans relâche la marine marchande du monde entier. Progress of the na- HoTiy p. 138. Actuellement, l'Angleterre se nourrit surtout de blé importé.

2. V. de Foville. De la transformation des moyens de transport, etc.

rinfluence de ces causes multiples, les échanges ont pris une extension jusqu'alors sans exemple. Le mouvement de l'appareil circulatoire s'est précipité. Une plus grande quantité d'or a été nécessaire pour faire circuler la masse plus considérable des richesses produites et offertes sur le marché du monde. La demande de métal jaune a donc grandi en même temps que sa production. Cet accroissement a agi en sens contraire de l'augmentation de l'offre et a tendu à modérer la baisse.

Une cause secondaire de la limitation de la baisse peut encore être signalée. C'est l'espèce d'arbitrage qui résultait, dans les pays à double étalon, du fonctionnement de leur système monétaire. Comme on le verra par la suite, la France et les autres puissances latines ont offert à Tor , durant cette période, un vaste marché. Leurs fabrications de monnaies d'or ont été extrêmement considérables. Et, non seulement elles importaient de l'or, mais elles exportaient de l'argent. Elles achetaient l'or qui était en baisse et vendaient l'argent qui était en hausse. Cette double opération a dû soutenir le cours du métal jaune. Suivant les expressions de Michel Chevalier, { argent a servi de parachute à l'or.

En résumé, de 1850 à 1870, l'or a été déprécié ; durant la même période, la production de ce métal s'est accrue au point que l'offre en a certainement dépassé la demande. Il est permis d'en conclure que la valeur des métaux précieux dépend, comme celle de toutes les autres marchandises, du rapport variable de l'offre et de la demande.

IL — De la dépréciation de l'argent après 1873. — Cette théorie trouve une confirmation plus nette encore dans l'étude de la dépréciation de l'argent après 1873.

Examinons d'abord, comme nous l'avons fait pour Tor, par quels procédés se mesurent les variations de la valeur de l'argent.

L'argent ne joue plus, on le sait, dans la circulation des pays occidentaux, le rôle de métal étalon. Les fluctuations de sa valeur n'ont, par suite, aucune influence sur les mouvements des prix.

il semble qu'elles n'eu soient que plus faciles à saisir et quïl

LA DÉrRKCIATlON DE l\\U3î:X T.

suffise de constater la série des prix de ce métai en monnaie d'or^ comme s'il s'agissait de toute autre marchandise. Mais, pour peu qu'on y réfléchisse, on comprendra que la baisse du prix de l'argent, prix exprimé en or, n'est pas la preuve certaine d'une dépréciation réelle du métal blanc ; elle peut révéler au contraire une hausse du métal jaune. La question de savoir si l'or n'a pas enchéri, n'a pas profité d'une appréciation qui lui aurait rendu, dans le dernier quart du xix* siècle, tout ou partie de la puissance acquisitive qu'il avait perdue au cours des vingt années précédentes, a été posée par des économistes dont le nom fait autorité. Elle sera étudiée avec soin. Mais il paraît préférable de faire connaître d'abord la série des prix de l'argent depuis 1870 et d'exposer les modifications survenues pendant cette période dans l'offre et dans la demande de ce métal.

Les cours de l'argent sont exprimés sous des formes très diverses, suivant les pays. Pour qui n'en a pas la clef, les cotes de ce métal sont indéchiffrables. Quelques explications techniques paraissent donc nécessaires, d'abord sur la cote de Paris, puis sur celles de Londres et de New York, qui sont, à des titres divers, des marchés importants pour le métal blanc.

Cote de Paris. — A Paris, depuis le 2 janvier 1904, on cote le kilogramme d'argent fin en francs et en centimes. Mais jusqu'au 31 décembre 1900, les cours de l'argent étaient, à la différence de ce qui a lieu pour les autres marr,handises, exprimés, indirectement, par la quotité de l'écart existant entre la valeur légale du métal, prise pour base, et sa valeur commerciale.

La valeur légale de l'argent est celle qui résulte de la loi monétaire. On l'appelle aussi le pair de l'argent.

La loi monétaire du 17 germinal an XI définit le franc : un poids de 5 grammes d'argent au titre de 900/1000. 1 kilogramme d'argent au titre monétaire vaut donc légalement 200 francs.

Cette valeur de 200 francs est le pair du métal à 900/1000, à l'état de monnaie. A l'état de lingot, le kilogramme d'argent à 900/1000 vaut en moins les frais de fabrication, ou retenue au change, fixés depuis 1849 à 1 fr. 50 c. Le pair avec retenue au

Ajrnaunb. 3

cbang-e du kilogramme d'argent à 900/1000 non monnayé ressort ainsi à 198 fr. 50 c.

Mais ce n'est pas le kilogramme au titre monétaire qui est coté sur le marché. L'alliage ayant une valeur infinitésimale relatiTement au métal fin, c'est seulement à la valeur de ce dernier que Ton a égard. Il a paru, par suite, plus simple de coter le kilogramme de fin ou à 1000/1000.

Le pair du kilogramme d'argent fin se déduit aisément du pair du kilogramme k 900/1000. 11 est de :

— = 220 fr. 56 c.

C'est le prix que l'hôtel des monnaies donnait du kilogramme d'argent fîn^ quand la frappe du métal blanc était autorisée. On l'appelle, pour ce motif, le pair de la Monnaie.

Le pair indiqué sur la cote, pendant la période qui nous CKîcupe, n'était cependant pas 220 fr. 56 c, mais 218 fr. 89 c.

Le pair de 218 fr. 89 c. datait de l'époque où, les frais de fabrication étant de 3 francs par kilogramme au titre, la valeur de ce dernier était de 197 francs. En effet :

197 X iOOO ^

Lorsque les frais de fabrication eurent été abaissés à 1 fr. 50 c. le commerce conserva l'ancien mode de calculer le pair. Il est probable que cette persistance du pair de 218 fr. 89 c. est résultée de la rareté relative des opérations du marché français, sur lequel on trouve peu d'argent en barres.

Quoi qu'il en soit, c'est ce pair qui servait de base au c&îjul du prix commercial de l'argent.

Les variations du cours étaient cotées en millièmes de prime ou de perte, par rapport au pair de 218 fr. 89 c. La valeur actuelle de l'argent se déduisait de la cote par un calcul de proportion.

Le pair de 218 fr. 89 c, appelé pair du commerce, était trop faible. L'écart avec le pair de la Monnaie n'était pas moindre de 1 fr. 67 c. et représentait 7.63 p. 7oo de 218 fr. 89 c. Lorsque l'argent était coté au pair, c'est qu'il faisait en réalité 7.63p. ®/o#

LA DÉPRÉCIATION DE i/aRGENT.

de perte. Il fallait donc ajouter à la perte cotée, ou retrancher de la prime cotée 7.63 p. ^/oo pour avoir la valeur exacte du métal. Lorsque l'argent était réellement au pair, il était coté à 7.63 p. 7oo de prime.

Cote anglaise. — La cote anglaise est plus intéressante que la cote française. En efiFet, les transactions sur l'argent sont assez rares à Paris ; la cote y est le plus souvent nominale ; elle n'est que le reflet ou la traduction de la cote anglaise. Londres, au contraire^ est le grand marché de l'argent. Il doit sa prépondérance aux relations commerciales de l'Angleterre avec l'Amérique et avec l'Inde : l'Amérique, qui est le centre principal de la production du métal blanc, paie une bonne part des achats très considérables qu'elle fait en Angleterre, par des envois de barres et de piastres; c'est par l'intermédiaire de l'Angleterre que rinde, grand consommateur d'argent, reçoit le règlement de ses créances sur les pays occidentaux.

L'unité cotée est l'once troy (poids de Troyes en Champagne) d'argent standard (au titre monétaire). L'once troy pèse 31.1035 grammes ; le titre standard est de 11 onces 2 pennyweights de fin et 18 penny weights d'alliage par livre de 12 onces, soit 37/40 ou 925/1000. L'once troy d'argent standard contient ainsi 28.77 grammes de fin (28.7707395).

Les cours sont exprimés en pence : le penny est la 240® partie de la livre sterling, laquelle vaut, au pair, 25 fr. 2214.

Cote américaine . — L'unité cotée est l'once troy d'argent fin. Le prix est exprimé en cents, centièmes du dollar d'or, lequel vaut^ au pair, 5 fr. 18 74.

Traduction en francs des cotes anglaise et américaine. — Pour déduire de la cote anglaise le prix du kilogramme d'argent fin en francs et centimes, il suffit de multiplier le cours par le change variable de la livre sterling et de diviser le produit par 6.9048 ^

1. Soit C le prix du kilogramme de fin en francs, n le cours de l'argent, N le change de la livre : Tonce cotée pesant 28.77 grammes de fin et la livre sterling contenant 240 pence,

Le prix du kilogramme d'argent fin en francs et centimes se déduit de la cote américaine en multipliant le cours par le change du dollar et en divisant le produit par 3.11033^.

Plus rapidement, on peut, en supposant la livre sterling ou le dollar au pair, multiplier le cours de Londres par 3.63

OU -3-, le cours de New York par 1.666 ou -3-. Ces deux dernières formules - ont l'avantage de fournir une relation commode entre la cote anglaise et la cote américaine ; en effet, -|- X ^ cents = X n pence. Mais, dans la pratique commerciale, les premières seules peuvent être employées : les valeurs de la livre sterling et du dollar étant elles-mêmes variables, il est nécessaire de tenir compte de leurs fluctuations.

Rapport de la valeur de Vargent à celle de Vor. — On exprime souvent les variations de la valeur de l'argent en énonçant les modifications qui se sont produites dans le rapport de cette valeur à celle de l'or.

Pour déduire ce rapport de la cote française, il faut diviser par ce cours le prix du kilogramme d'or fin monnayé, qui est de 3,444 fr. 44 c. Le quotient exprime le rapport.

Le rapport se déduit également des cotes anglaise et américaine en divisant le prix de l'once d'or par le cours de l'once d'argent. Mais, en ce qui concerne la cote anglaise, les calculs sont compliqués par la différence des titres de l'or et de l'argent monnayés. En voici simplement le résultat :

C étant le cours de l'argent, R le rapport, la formule applicable à la cote anglaise est : R = ^^^^^ , celle applicable à la

cote américaine : R =

Le pair à 15 V2 français correspond aux cours de 60

pence sur la cote de Londres et de 133.366 cents sur celle de New York.

i. Soit C le prix du kilogramme de fin en francs, n le cours de Targent, N le change du dollar : Fonce cotée pesant 31.1035 grammes de fin et le dollar contenant 100 cents^

2. Nous les empruntons à un article de AI. de Foville. Économiste français du 15 juillet 1893.

LA DÉPRÉCIATION DE l'aRGENT.

Voyons maintenant quelles ont été les variations du prix de l'argent depuis le milieu du xix® siècle.

Le tableau ci-après^ fait connaître,, pour chacune des années 1851 à 1911, le cours le plus haut et le plus bas, la moyenne des cours, le rapport moyen de l'argent à l'or. La courbe des cours les plus hauts et les plus bas depuis 1845 a été tracée dans les diagrammes de la page 3^.

Le premier diagramme présente la succession des cours de 1845 à 1870. Le plus bas prix est de 58 V2 pence (mars 1848), le plus haut 62 (mars 1859). La courbe est très sinueuse. Mais elle ne s'écarte pas beaucoup de la ligne du pair à 15 ^/^ ^60 "YS" pence^ ; sa direction d'ensemble est à peu près horizontale.

La courbe des prix de 1870 à 1895, qui forme le second diagramme, commence au cours de 62 pence (juillet 1870) et se termine au prix de 31 (octobre 1895) après être descendue à 27 pence (mars 1894). Elle tend à rejoindre la ligne de base. Mais elle présente de nombreuses inflexions. Les plus accentuées correspondent aux époques de juillet-décembre 1876, mai 1888septembre 1890, mars 1894. Elles marquent trois grandes phases dans la dépréciation progressive de l'argent depuis 1872.

Pendant la majeure partie de Tannée 1872, le prix de l'once standard se maintient aux environs du cours qui correspond au pair légal français. La cote 60 est perdue en novembre 1872 ; la cote 59, en juillet 1874; la cote 58, en décembre de la même année ; la cote 57, en octobre 1875. Le mouvement se précipite ; en juillet 1876, le prix tombe à 46 ^/;.

L'argent remonte presque aussitôt et très vite à 58 pence (janvier 1877). C'est un maximum qu'on ne retrouvera plus. La baisse recommence ; elle s'arrête en mars 1879, au cours de 48 Vs- Nouvelle hausse et, en octobre 1879, nouveau maximum, inférieur à celui de 1877; l'argent atteint 53 ^4- Puis la baisse reprend et le mouvement descendant ne s'arrête qu'à

1. Ce tableau a été composé au moyen des circulaires de la maison Pixley and Abell, de Londres. On trouvera dans le premier Rapport au Ministre des Finances du Directeur de l'Administration des Monnaies (1896) la série des variations mensuelles du prix de Tonce standard depuis 1833 jusqu'en 1895; ces tableaux ont été continués dans les rapports ultérieurs.

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