L\ MONNAIE
Depuis lors, l'argent est tombé encore plus bas, à 23 V4 septembre 1897 et même à 21 ^Vie décembre 1902. Mais chacune des baisses de 1894, de 1897 et de 1902 a été suivie d'une hausse remarquable. On a coté 31 ^^/le en avril 1896, 30 ^is octobre 1900, 33 Vs en novembre 1906. Aussi peut-on voir, sur le troisième diagramme, que depuis 1895 la direction générale de la ligne des prix rappelle celle de la période antérieure à 1870. Les oscillations de la cote, dont l'amplitude est à la vérité beaucoup plus grande que de 1845 à 187-0, paraissent avoir maintenant un centre entre 28 et 27 pence.
Précisons, pour chacune de ces périodes, les faits auxquels peut être imputée la baisse de l'argent.
De 1871 à 1875, on constate tout d'abord une augmentation considérable de la production des mines. La moyenne annuelle est de 1,969,425 kilogrammes contre 1,339,085 kilogrammes de 1866 à 1870 et 1,101,150 kilogrammes de 1861 à 1865. En 1876, la moyenne de 1871-1875 est largement dépassée ; les mines envoient sur le marché 2,323,779 kilogrammes. L'offre de métal blanc a donc augmenté beaucoup. C'est, à la vérité, la continuation d'une progression dont le point de départ se trouve dans la période 1831-1840. L'argent a dû baisser dès cette époque. Si la moyenne annuelle des cours de 1831 à 1850, n'est pas descendue au-dessous de 59 pence, si même elle s'est relevée, de 1851 à 1859, jusqu'à 62 pence pour se maintenir au-dessus de 60 jusqu'en 1872, c'est que ces cours sont exprimés en monnaie d'or et que, par suite de l'augmentation simultanée de sa production, la puissance acquisitive de ce dernier métal tendait à s'affaiblir. Lorsque la baisse de l'or fut consommée, l'effet de l'offre accrue du métal blanc apparut à son tour : sa dépréciation réelle put se manifester.
Aux quantités nouvellement extraites des mines, venaient d'ailleurs s'ajouter à partir de 1872 celles que mettaient en vente les Pays Scandinaves et l'Empire allemand, à la suite de Fadoption de l'étalon unique d'or. Les ventes des Pays Scandinaves sont insignifiantes : on les a évaluées à 45,000,000 francs environs soit 225,000 kilogrammes. Les démonétisations de
1. Report froyn the select commitlee on dépréciation of silver, 1876, p. xxx.
LA DÉPRKCIATION DE l'AROENT.
rAUemagne ont une tout autre importance. Au 30 septembre 4876, la valeur totale des pièces retirées et soumises à l'affinage ou à la refonte était de 204,856,160 mark ayant donné à la refonte 1,088,470 kilogrammes de fin. Tous ces lingots avaient été vendus, sauf un petit reliquat et une partie relativement très faible remise aux hôtels des monnaies pour la fabrication des nouvelles espèces*.
En même temps que l'offre augmentait, la demande d'argent diminuait, soit dans les pays de civilisation occidentale, soit en Orient.
L'argent est Tobjet, dans les pays occidentaux, d'une sorte de désaffection. On le délaisse pour Tor, beaucoup mieux approprié aux besoins d'une circulation extrêmement active, car le poids en est trente fois moindre, sous le même volume, et a toujours été depuis le début du xix*^ siècle, pour la même valeur, le quinzième au moins du poids de Targent. Le mouvement d'opinion dont le métal blanc est aujourd'hui la victime, n'est pas d'ailleurs d'origine récente. Le rapport de 1 à 15 qui résulte des cours moyens comparés de l'or et de l'argent à la fin du xviu® siècle et au début du xix®, constituait déjà une déchéance. Au commencement du xvi® siècle, la relation - est de 1 à 10.75. Elle est de 12.25 dans les vingt premières années du xvu*^ siècle, de 14.50 entre 1641 et 1660, de 15.27 au début du xvrri® siècle. Un retour favorable à l'argent se produit alors : de degré en degré, le rapport s'abaisse jusqu'à 14.56, de 1751 à 1760. Il se relève ensuite et, quatre-vingt-dix ans plus lard, de 1841 à 1850, il atteint 15.83. Après une réduction passagère à 15.36 et 15.48 dans les deux périodes décennales suivantes, le rapport remonte et s'élève jusqu'au niveau où nous le voyons aujourd'hui (33 à 35).
On suit, de siècle en siècle, dans cette série de chiffres, la décadence progressive de l'argent. On comprend que sa disgrâce se préparait de longue date. Elle s'est achevée lorsque, les moyens de production et de transport étant transformés,
4. Cinquième mémoire sur l'exécution de la législation monétaire allemande. Malou. Documents relatifs à la question monétaire. Bruxelles, 4 880, 2» fascicule, p. 40.
2. ChiCfros du D»* Soclbeer. V. Economiste français, 3 mal 1373, p. 538.
le nombre, l'étendue et la célérité des transactions commerciales se sont accrus. Les pays demeurés jusque-là fidèles au métal blanc l'ont abandonné à leur tour et ont adopté le métal jaune comme instrument de leur circulation. Les Pays Scandinaves, TAllemagne ont successivement adopté l'étalon d'or, la France et l'Union latine ont limité puis suspendu la frappe des écus de 5 francs. L'argent a perdu de la sorte un débouché des plus importants. Sa dépréciation en a été certainement accrue.
Chose curieuse, dans les pays à double étalon, la substitution délînilive de l'or à l'argent et la déchéance de ce dernier ont été précipitées par la baisse passagère de l'or après 1850. C'est une conséquence du système bimétallique ^ de provoquer l'exportation du métal qui fait une prime et l'importation du métal qui est en perte. Après 1850, par suite de ce jeu naturel du double étalon, l'or pénétra en France, dans les pays de l'Union latine, et s'y substitua à l'argent. Le métal jaune, presque inconnu des populations, fut d'abord accueilli par elles avec défiance 2. Bientôt, il fut apprécié. De nouvelles habitudes monétaires s'établirent. Lorsque, après 1872, l'argent déprécié à son tour, se présenta pour chasser l'or à l'étranger, des mesures furent prises pour empêcher cette substitution et maintenir une circulation d'or. La frappe libre de l'argent fut, d'un commun accord, limitée puis suspendue.
De 1867 à 1873, il avait été monnayé en France et en Belgique 732, 127,000 francs de pièces de 5 francs, soit 104,390,000 francs par année en moyenne ; pour 1873, la frappe atteignit 266,354,000 francs, dont 154,649,000 francs pour la France. Les fabrications se réduisent en 1874 à 71,996,000 francs, en 1875 à 89,905,000 francs, en 1876 à 63,461,000 francs. La fabrication des pièces de 5 francs cesse en 1876 à la Monnaie de Bruxelles, en vertu de la loi du 21 décembre. La loi française du 5 août 1876 ayant autorisé la limitation ou la suspension de la frappe libre par décret, il ne sera plus frappé en France que 16,464,000 francs en 1877 et 1,8-21,000 francs en 1878^.