V. infra^ 1I« partie, chap. ii, § o
3. D'après les statistiques de la Direction des Monnaies des États-Unis,
LA DEPRECIATION DE t/ABOENT.
Un débouché plus important encore, celui de l'Inde anglaise^ se restreignait à la même époque.
Le sentiment de désaffection pour l'argent qui s'est manifesté chez les nations occidentales, est-il partagé par les populations de l'Inde ? On a beaucoup dit qu'il n'en était rien, et c'était autrefois une proposition couranie dmis les publications bimétallistes, que, sur le marché intérieur de rinde tout au moins, la valeur du métal blnnn n'avait pns varié.
Pendant longtemps, sur la foi de sérieuses autorités ^ il faut le reconnaître, on a pu croire que le niveau général des prix ne s'était pas élevé depuis 1870 ; d'après certains témoignages il avait plutôt baissé 2. L'argent jouant dans l'Inde le rôle de métal étalon et toute variation de son pouvoir d'achat devant par suite se répercuter sur l'ensemble des prix, on concluait de cette extraordinaire stagnation des prix à la stabilité de l'étalon d'argent. On expliquait cette anomalie par l'organisation Irès rudimentaire de la circulation métallique de ce vaste pays^. D'après Robert GilTen, dans beaucoup de régions de l'Inde, le troc était la forme ordinaire des échanges ; ailleurs on se servait principalement de monnaie de cuivre ; l'argent ne circulait avec abondance que dans les grandes villes^. Le Sœtbeer a
les fabrications d'argent du rnonde, de 1874 à 1877, sans atteindre le chiffre de 1873 (10i,741,421 onces de fin), représenteraient 358.707,314 onces de fin, soit en moyenne 89,677,000 onces de fin La limitation des frappa s en Belgique et en France aurait donc été partiellement compensée par des fabrications en d'autres pays. C'est ce que l'on peut admettre pour TAutriche Hongrie notamment et pour l'Espagne, qui ont frappé respectivement de 1874 à 1877, 5,584, 500 et 7,459,o00 onces de fin par an. Mais il y a eu des refontes, particulièrement en xVllemagne pour 13,349,000 onces de fin, en Italie pour 6,120,000 onces de fin, en moyenne ; le débouché monétaire de Targent s'est donc réduit dans cette période.
1. Correspondeiice between the British and Indian governments respecting the silver question, 1886, p. 22, n° 42.
2. Cf. Third report of the royal Commission appointed to inqui7^e into the dépression of trade and indxistry, 1886. App. B-. p. 331 et Fif^st report of the royal commission appointed to inquire into the récent changes in the relative values of the precious metals^ 1887, q. 1179.
i 3. Nous avons proposé nous-mêmes cette explication. Nouveau dictionnative d'économie politique, v^ Aiétaux précieux, Paris, Guillaumiu, 1891.
4. First report of the royal commission appointed to inquire into the récent changes in the relative values of the precious metals, quest. n'* 601, p. 29,
LA MONXATE.
reproduit, dans son ouvrage déjà plusieurs fois cité^, des extraits de lettres privées qui donnent une impression très nette de cet état de la circulation. « L'échange en nature prédomine dans les usages de la population rurale. Dans les villages on paie généralement avec du riz. Dans les villes et villages importants les paiements se font généralement en espèces... On ne trouve guère que des monnaies de cuivre dans la circulation commune. Les roupies et ses subdivisions en argent s'y rencontrent, mais en fort petite quantité. » Un peuple qui, dans son ensemble, n'avait pas dépassé l'âge du cuivre au point de vue monétaire et qui même, en beaucoup de localités, n'avait pas atteint cet âge, pouvait ne pas avoir modifié ses appréciations au sujet de la valeur d'une monnaie dont quelques grands centres seulement faisaient usage.
De divers côtés, cependant, des chiffres étaient produits, qui se conciliaient mal avec les constatations des enquêtes ofTicielles. M. Cl. Juglar, notamment^, mettait au jour des séries de prix, extraits des rapports des chambres de commerce de rinde, qui montrent que les cours du blé, du jute, de l'indigo étaient supérieurs à ceux de 1873. Commentant ces données, nous faisions observer^ que la hausse était assurément trop forte pour qu'on pût l'imputer tout entière à une diminution du pouvoir d'achat de Targent. Mais, en fait, ajoutionsnous, ces marchandises ont enchéri ; il est donc très possible que l'argent ait baissé dans l'Inde comme ailleurs.
Depuis lors, la baisse de l'argent dans l'Inde a été lumineusement démontrée par la remarquable étude de M. Fred. J. Atkinson, Silvei^ pinces in India, publiée en mars 1897 par le Journal of the Royal statislical Society. Ce ne sont pas seulement les prix de quelques denrées, importantes sans doute mais dont les cours peuvent avoir été influencés par des causes particulières, qu'a notés M. F. J. Atkinson. Ses index numhers sont formés au moyen des cours de cent marchandises différentes, relevés dans toutes les provinces et auxquels des coeffî-