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LE CERTAIN ET L'INCERTAIN

On ne s'occupe d'ailleurs ici que du pair des monnaies d'or, parce que ce sont les seules qui aient véritablement, à notre époque et pour les peuples occidentaux, un caractère international.

Les monnaies ne contiennent pas toujours la quantité d'or fin déterminée par la loi. Il y a des tolérances de fabrication quant au titre et quant au poids. On doit aussi tenir compte de la perte résultant de l'usure, qu'on appelle techniquement le frai. Aussi, dans la pratiq-ue, les monnaies s'échangent d'après leur poids réel, non d'après leur poids légal.

Le pair est donc une relation théorique, idéale. Il était néanmoins nécessaire d'en préciser, dès l'abord, la notion. D'une part, le poids légal des monnaies est le point de départ naturel de tous les calculs relatifs à leur valeur ; d'autre part, les capitaux monnayés, lorsqu'ils sont incorporés dans les effets de commerce, sont évalués d'après le poids légal des sommes qu'ils représentent : l'obligation de payer, que l'on négocie, a pour objet le poids légal de fin.

Voici le pair d'un certain nombre de monnaies étrangères

par rapport au franc :

fr. c.

1 couronne d'or d'Autriche 4 .05

1 Uvre sterling 25.221

1 dollar d'or o.l823

4 rouble d'or 2.666

1 florin des Pays-Bas 2.083

1 mark allemand 1.2346

On obtient de même, par le procédé indiqué plus haut, le pair des monnaies étrangères et notamment du franc, à Vienne, Berlin, Amsterdam, Pétersbourg.. . Ainsi :

A Berlin, le pair du franc est mark 0.81

A Amsterdam, le pair du franc est . . . florin 0.48

Le certain et Vincertain, — Sur ces diverses places, comme à Paris, la monnaie étrangère est évaluée, ainsi qu'une marchandise quelconque, en monnaie nationale.

Sur d'autres places, prévaut un usage tout différent. Au lieu d'exprimer en monnaie nationale la valeur de chaque monnaie étrangère, c'est la monnaie nationale que l'on évalue en monnaie étrangère.

LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION

Ainsi à Madrid, la livre sterling, par exemple, n'est pas évaluée en pesetas. C'est la pièce de 5 pesetas, à laquelle on a conservé le vieux nom de piastre, qui est évaluée en monnaie anglaise, en pence (240® de la livre sterling). De même, on évalue la piastre en mark, en florins, selon que Ton considère les relations avec l'Allemagne, avec les Pays-Bas. Les francs, au contraire, y sont évalués en pesetas.

A Londres, on pratique plus largement ce système mixte. La livre sterling y est évaluée en francs, en mark, en florins ; au contraire, le rouble, le dollar, la piastre espagnole, le milreis portugais y sont évalués en pence.

Ces deux procédés différents sont dénommés d'une façon bizarre.

On dit des places où la monnaie nationale est évaluée en monnaies étrangères, qu'elles donnent le certain et reçoivent Vincertain ; des places oix chaque monnaie étrangère est évaluée en monnaie nationale, qu'elles donnent X incertain et reçoivent le certain. Paris, Amsterdam, l'Allemagne, Vienne, Pétersbourg donnent l'incertain ; Londres donne le certain à Paris, Amsterdam, Bruxelles, l'Allemagne, Vienne, et l'incertain à Madrid, Lisbonne, Pétersbourg, New^ York ; Madrid donne le certain à Londres et Berlin, l'incertain à Paris ; New York donne le certain à Paris, l'incertain k Londres, Amsterdam, l'Allemagne. Certain est pris ici pour fixe ; incertain pour variable. Le certain est la marchandise vendue, l'unité monétaire payable à l'étranger, quantité fixe ; l'incertain est le prix d'achat, quantité variable. C'est toujours l'incertain, le prix variable, qui figure sur la cote; le certain, c'est-à-dire l'unité monétaire vendue et achetée, n'y est pas exprimé. La cote donne toujours l'incertain ; c'est la place, qui tantôt donne le certain, tantôt l'incertain et qui, par contre, reçoit au premier cas l'incertain, au second cas le certain. Une place donne le certain quand elle cote sa propre monnaie en monnaie étrangère, parce que c'est alors sa monnaie qui sert de terme fixe, invariable, dans la comparaison des deux monnaies. Au contraire, la place qui donne l'incertain ou qui reçoit le certain est une place qui emprunte à chacune des autres places leur monnaie pour en faire le terme fixe, invariable de la compa-

LE CERTAIN ET l'iNCERTAIN.

raison. La terminologie serait plus claire si Ton disait : donner le certain, recevoir le certain, au lieu de dire donner le certain ou l'incertain ; mais cette dernière formule a prévalu.

L'usage d'évaluer la monnaie nationale en monnaie étrangère est irrationnel. La monnaie étrangère est une marchandise comme une autre ; elle ne doit donc pas fournir l'unité d'évaluation, mais l'unité évaluée. On ne comprendrait pas qu'au lieu d'estimer le quintal de froment à 25 francs par exemple, on estimât le franc à 4 kilogrammes de froment. 11 est aussi peu naturel de dire à Londres : 1 livre sterling vaut francs 25.221 ; la formule rationnelle serait : 1 franc vaut 9 V2 pence. Ce que l'on vend et achète à Londres, en effet, ce ne sont pas des livres sterling, mais des francs, puisque l'objet du marché est une somme d'argent destine'e à payer une dette en France.

On se trouve en présence de coutumes qui ont survécu aux raisons qui les avaient fait introduire. Autrefois, c'étaient les places dont la monnaie était le plus anciennement connue et qui jouissaient d'une prédominance commerciale, qui donnaient l'incertain aux: autres^. Les places dont le développement était de date plus récente donnaient le certain , évaluaient dans leur propre monnaie l'unité monétaire des places plus anciennes.

Ainsi, pendant longtemps, Paris a donné le certain à Amsterdam, évalué la monnaie française en monnaie hollandaise, et, chose singulière, c'était l'ancien écu français de 3 livres qui continuait sur les deux places d'être l'unité monétaire évaluée^. C'est qu'xVmsterdam, comme place commerciale, est notablement plus ancien que Paris. Le papier sur Paris était à Amsterdam l'objet de transactions régulières et suivies, alors qu'à Paris le papier sur Amsterdam donnait sans doute lieu à moins d'affaires.

De même, Paris a eu quelque temps la prédominance sur

1. Courcelle-Seneuil, T7^ailé théoynque et pratique des opérations de banque^ Paris, GuiUaumin, 1876, p. 541. Le Touzé. Traité théorique et pratique du change, des arbitrages et des matières d*or et d'argent. Paris, F. Alcan, 1868, p. 19. Lefèvre, Le change et la banque, Paris, Delàgrave, d8îs0, p. o2.

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