‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 77 sur 258 · V. infra, \\\° partie, chap. 11 (v · texte numérisé non relu

V. infra, \\\° partie, chap. 11 (v

LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION

tugal, l'Italie. En '1899 et 1900, les oOO pesetas espagnoles ont valu sur la place de Paris^ au plus haut, 426 ^/o, au plus bas 373; les 100 milreis portugais, 410 au plus haut, 367 au plus bas ; la perte sur le change italien a varié de 7 "^/g à 5 7i6 P- 7o-

On voit par ces quelques chiffres qu'aucune analogie n'existe entre les oscillations, d'une amplitude médiocre et limitée, que subit le cours du change dans les pays dont la circulation est normale, et les bonds désordonnés, sans limite prévue, auxquels il est sujet dans les pays à circulation dépréciée. Dans les premiers, lorsque l'offre est assez rare ou la demande assez forte pour que le papier court dépasse le gold point, les débiteurs délaissent le papier et font des remises en numéraire. Ce moyen n'est pas à la disposition des débiteurs dans les seconds. Il faut de l'or pour payer, et ils ne trouvent sur la place que de l'argent ou du papier. Si le change est rare, il n'y a pas de limite à la hausse ; car le terme arrive, il faut payer à tout prix. Une fois l'échéance passée, les cours tombent, parfois aussi vite qu'ils sont montés.

La circulation des pays dont on vient de parler consiste en papier. Mais la monnaie dépréciée peut aussi être une monnaie métallique.

En France, jusqu'en 1850, alors que la circulation se composait presque exclusivement d'argent, le change était presque constamment très au-dessus du point de sortie de l'or. Dans certaines années, le papier sur Londres ne descendait pas audessous de 25.55, il s'élevait jusqu'à 25.82. Depuis 1850, au contraire, par suite de nos grandes ressources en or, le change a rarement dépassé 25.35. Si nous étions privés d'or et que l'argent seul nous restât pour régler nos engagements extérieurs, le change redeviendrait contraire.

L'exemple classique d'un pays à circulation métallique dépréciée a été longtemps fourni par l'Inde anglaise. On y pouvait saisir sur le vif les conséquences fâcheuses d'un système monétaire basé sur l'étalon d'argents Le Trésor de la colonie a dépensé, en 1894-95, du fait de la perte au change, plus de 150 millions de roupies^.

1. V. infra, chap. v, § 2, ii, 2^, et !!• partie, chap. iv, § 6.

2. Ce chiffre est le plus élevé qui ait été atteint. Il comprend, en outre

PAYS A CIRCULATION DEPRECIEE,

La situation d'un pays à étalon d'argent est, à certains égards, pire que celle des pays à circulation de papier. Dans ceux-ci, ane sage administration financière peut, en réduisant l'usage des billets de banque ou d'État, en consolider le cours, peut- Otre les ramener au pair. La dépréciation de l'argent, sa quotité même dépendent de faits extérieurs que le gouvernement est impuissant à prévenir, quelquefois même à prévoir. Pendan f bien des années, le vote, le dépôt, l'annonce du dépôt d'un silver bill à la Chambre des représentants des État-Unis suffisaient à provoquer, dans le prix du métal, une hausse qui retentissait sur la valeur de la roupie et sur le cours du change. Un échec subi par les silver men^ un simple ajournement dans l'examen ou l'adoption de leurs projets faisaient au contraire prévaloir la baisse. Ces variations incessantes et imprévues du cours de la roupie avaient des effets extrêmement fâcheux ; un écart de 1/2 penny représentait pour le Trésor indien, en 1890-91, une somme de 1,720,500 roupies, soit, à 1 sh. 5 V2 d. par roupie, 127,000 livres sterling.

Ce n'est pas seulement par les aléas qu'elle fait courir au commerce extérieur que la dépréciation de la monnaie est un phénomène funeste. Elle agit aussi sur le marché intérieur, où elle détruit l'équilibre qui s'était naturellement établi entre les valeurs de toutes choses. Elle y détermine la hausse de tous les prix, mais successivement, par une série de répercussions. Son premier effet est d'augmenter le coût de la vie. La hausse des salaires suivra peut-être ; en tout cas, elle ne se produit pas sans délai, c'est-à-dire sans souffrances.

La hausse des prix sur le marché intérieur peut ne suivre qu'à un intervalle plus ou moins long, la dépréciation de la monnaie sur le marché de l'étranger. Il peut résulter de cette double valeur de la monnaie une sorte de prime à l'exportation.

Voici le raisonnement que l'on a fait, en considérant spécialement la situation monétaire de l'Inde. Supposons qu'une marchandise originaire de l'Inde vaille en Angleterre 40 shil-

des pertes au change proprement dites, 23,735,750 roupies d'allocations aux soldats et fonctionnaires européens. Y. îndian currency Coinmittee, 1898, Index and appendices, p. 144.

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lings. Au taux de 1 shilling 4 pence par roupie, pratiqué en 1889 pour le change indien sur Londres, 40 shillings équivalent exactement à 30 roupies. Mais sur le marché intérieur, le pouvoir d'achat de la roupie est, comme autrefois, égal à 2 shillings. Il suffira donc de 20 roupies pour se procurer une marchandise dont la vente en Angleterre créera une créance de 40 shillings. Or, un eflfet de 40 shillings sur TAngleterre vaut à Bombay 30 roupies. L'exportateur, en négociant cet effet, gagnera donc 10 roupies du chef de la dépréciation de l'argent. Il en résulte un stimulant pour Texportation.

On a dit aussi , à la même époque, que la circulation de papier de la République Argentine avait retenu, sur le marché intérieur, une partie de son pouvoir d'achat; la perte au change y aurait, par suite^ donné lieu à une prime d'exportation ^ Un semblable avantage serait résulté, pour les exportations espagnoles à destination de la France^ de la dépréciation de la peseta par rapport au franc.

Cet'e prime a fort alarmé les agriculteurs, notamment en France et en Allemagne. Il semblait que les blés de l'Inde dussent parvenir en Europe à très bas prix et y ruiner la culture des céréales. Les viticulteurs, les éleveurs du midi de la France ' accusaient le change de développer l'exportation des vins et du bétail espagnols. Certains publicistes n'étaient pas loin d'affirmer que la perte au change constitue un privilège enviable ; ils s'alarmaient des atténuations qu'elle apportait aux droits de douane perçus à l'entrée des pays à circulation normale ; la Chambre des députés fut même saisie d'une proposition de loi d initiative parlementaire, d'après laquelle les droits d'entrée auraient dû être modifiés, à des intervalles réguliers, au moyen de tables de correction basées sur la prime de l'or dans les divers pays de provenance

Il est aujourd'hui démontré, — nous l'avons vu — que l'argent n'a pas conservé, sur le marché intérieur de l'Inde, son

1. Report.,, on bounties on export. ,^ August, 1889 [C. — 5867].

2. L'idée avait été émise dès 1890 par M. Alph. Allard dans une curieuse brochure intitulée Le change fossoyeur du libre-échange. L'auteur, dont les convictions bimétalliques sont bien connues, rattachait la hausse du change à la dépréciation de l'argent.

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ancien pouvoir d'achat. Pour la République Argentine nou3 n'avons pas trouvé de documents précis. En Espagne, la hausse des prix a été constatée, en 1903, par M. Villaverde dans un mémoire en forme d'exposé des motifs d'une proposition de loi tendant à régulariser et améliorer le change extérieur et à procurer le rétablissement de la circulation et la libre frappe de l'or. Si donc une prime à l'exportation des denrées espagnoles est résultée à un certain moment, ainsi qu'on l'a prétendu, de la non-répercussion de la dépréciation du change sur les prix intérieurs, cette prime n'existerait plus. Les documents statistiques, peu nombreux et incomplets, ne permettent pas de dire davantage ^. Mais on peut citer, pour d'autres pays, des faits qui prouvent que, bien souvent, aucun rapport n'existe entre le taux de la perte au change et le prix des produits exportés.

A Odessa, de 1887 à 1890, en même temps que le change sur Londres baissait, c'est-à-dire en même temps que se réduisait la prétendue prime de change, le cours du blé baissait également. Dans le premier trimestre de 1887, la livre sterling valai L de 10.66 à 11.38 roubles, le poud de blé de 1.23 à 1.30 rouble ; dans le quatrième trimestre de 1890, la livre sterling se vendait de 7.98 à 8.75 roubles, le blé de 0.88 à.0.96 rouble^.

La comparaison des cours du taël et de la soie en Chine, pendant les années 1889 et 1890, a permis de constater également que la hausse des premiers n'entraînait pas toujours la baisse des seconds^. En revanche, l'année 1899 a vu la hausse de la soie se produire tandis que le cours du métal restait stationnaire*.

1. M. J. Pallain a réuni quelques données intéressantes, généralement de source privée, sur le mouvement des prix en Espagne. Les changes étrangers et les prix, Paris, Guillaumin, 1905. La hausse des prix est établie î)Our la Grèce par un mémoire de M. J.-A. Valaoritis, sous-gouverneur do la Banque nationale (imprimé comme manuscrit en 1902). Voir enfin, les faits constatés plus haut (p. 46)» pour le Japon, la Chine, les Etablissements dos Détroits et le Mexique. V. aussi infra, p. 166,

2. Bulletin de .'^fnfi^^itiaiif' fhi. Ministère fincrnces, février 1891, p. 23S

3. G. Grandgeorge, Les industries textiles et le commerce extérieur de la France en 1890. Paris, Imp. nat., 1891, p. 15 et suiv.

4. G. Grandgeorge, V industrie textile en France en 1899. Paris, Imp* nat., 1900, p. 13.

LE MÉCANISME DE LA CIl^GUL ATION.

On n'en conclura pas que la perte au change ne donne jamais naissance à une prime d'exportation, mais plutôt que le prix des marchandises d'exportation ne dépend pas uniquement de la perte au change ; d'autres causes agissent sur ce prix, nombreuses et complexes, dont il est souvent impossible de préciser Tinfluence particulière dans une circonstance donnée» A supposer — ce qui d'ailleurs n'est pas exact — que la roupie achetât sur le marché intérieur de l'Inde une valeur de 2 shillings, le change sur Londres étant de 1 shilling 4 pence, l'exportateur de produits indigènes d'un prix de 20 roupies^ aurait réalisé, sur la négociation de sa lettre de change, un bénéfice brut de 10 roupies. Mais il y a une condition, que l'on sousentend ou que l'on oublie, c'est que la marchandise ne renchérisse pas en raison d'une circonstance autre que la dépréciation de la monnaie. En voici une, entre beaucoup d'autres : un gain de cette importance, réalisé par une combinaison aussi simple, ne manquera pas d'attirer de nombreux spéculateurs ; la concurrence qu'ils se feront provoquera une hausse dans le prix des marchandises. La prime d'exportation ne dépassera donc pas de beaucoup, en général, les frais de l'opération. Il restera l'étroite marge de gain, le quart de centime qui détermine parfois une affaire. Ce profit minime peut suffire à procurer un débouché lointain à certaines marchandises; il ne peut permettre d'en abaisser le prix au point de faire une concurrence ruineuse aux produits des pays importateurs ^

Si la hausse du change favorise parfois les exportations, elie oppose, au contraire, un obstacle aux importations de produits étrangers. Ceux-ci renchérissent d'abord dans la mesure môme de la dépréciation de la monnaie qui sert à les payer : le commerçant qui, pour ses règlements, ne dispose que d'argent ou de papier discrédité doit naturellement donner une somme nominalement plus forte que s'il livrait de l'or. En outre, les

1. Lileii que les blés de Tlnde aient commencé d'apparaître dans les statistiques de la douane française, en 1874, il est probable que le débouché français leur a été ouvert beaucoup moins par la dépréciation de l'argent « [ue par le développement des voies ferrées dans Tlnde et par la baisse des frets. V. rariicie de M. Jugiar, déjà cité, p. 44, et Indiaii currencrj Coi/i mittee, 1S9S, Index and appendices y p. 189.

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