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COURS d'i^conomie politique.

.loppaient aussi leur industrie minière : il en sera fait mention bientôt. Le Pérou lui-méme, pris en masse, ne rétrogradait guère, ou, s'il le lit un moment, quand le Potosi fut en baisse, ce fut pour se porter en avant de nouveau par Texploitation d'autres mines. La soif de l'or et de l'argent ne cessait de précipiter sur le nouveau monde une foule d'hommes entreprenants.

Le débouché d'une production aussi extraordinaire, eu égard aux temps passés, s'agrandissait successivement, et c'est ce qui permettait à la production de s'accroître toujours.

En Europe, non-seulement les pays où la civilisation, la richesse et le luxe avaient déjà pris un bel essor au seizième siècle, ont poursuivi le cours de leurs progrès, mais encore d'autres États sont entrés dans la lice et s'y sont signalés. L'orient de l’Europe était encore barbare vers la moitié du seizième siècle : qu'étaient-ce en effet alors que la Russie et que la Prusse? Et l’histoire de la civilisation elle-même raconte ce qu'elles sont devenues dans le courant du dix-builième. Le Danemark et la péninsule Scandinave ont continué d'avancer. Enfin l'Amérique, depuis lors, s'est servie à elle-même de marché pour les métaux précieux. 11 n'y a pas fallu seulement de l’or et de l'argent, à l'état de monnaie; les progrès du bien-être cl plus encore ceux du faste ont été surprenants au Mexique. Du seizième siècle jusqu'au moment où commencèrent les convulsions de l'indépendance, une grande quantité d’or et d’argent y a été convertie en bijoux, en ornements d’église, en ustensiles; dans de mauvais gîtes où il trouve à peine à se nourrir, le voyageur rencontre des couverts d’argent qui, selon toute apparence, sont fort anciens. Pour avoir été moins brillante, la fortune des autres dépendances de l’Espagne et celle du Brésil n’a pas laissé que d’être fort remarquable. La période dont nous nous occupons ici n’est pas encore celle où les États-Unis ont couvert de leurs essaims la moitié du nouveau continent, amenant partout avec eux un certain luxe qui est élémentaire, mais qui nécessite la présence des métaux précieux en assez grande quantité, parce que tout le monde en a sa part. Cependant ils avaient fait des progrès très-sensibles avant 1810. Leur population multipliait,

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et leur richesse se développait dans une proportion plus forte.

Le commerce des Indes et de la Chine, qui n'avait jamais été complètement interrompu, mais qui, pendant quelques siècles, s'était fait péniblement et petitement par l'intermédiaire des Arabes, acquit, après la découverte du cap de Bonnc-Ëspérance, exactement contemporaine de celle de l'Amérique, une splendeur qu'il n'avait jamais eue du tempsdes Grecs et des Romains. 11 reposa, de même qu'à l'époque des Ptolémée ou des Trajan, et qu'à celle de Salomon et de lliram, sur les bases que l'auteur de V Esprit des lois, les trouvant si anciennes, supposait devoir être éternelles (1). L'Europe recevait beaucoup d'épices et de drogues, des tissus de soie ou de coton, et enfin du thé en quantité rapidement croissante, et, en échange, elle donnait des métaux précieux, de l'argent principalement et même exclusivement. Mais l'extrême Orient soutira à l'Europe, aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, bien plus de matières métalliques qu'il n'en avait pris à l'empire romain au plus fort de sa prospérité et de sa richesse, c’est-à-dire pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne.

Du temps de Pline, c’étaient cent millions de sesterces (2), ce qui selon les tables placées par M. Dureaii de la Malle, dans son Économie politique des Romains (5), ferait 2,500,000 fr. ; et selon une estimation de M. Letronne, un peu moins de 2 millions. A l’ouverture du dix-neuvième siècle, M. de Humboldl calculait qu’alors la masse d’argent expédiée annuellement d’Europe en Asie montait à 25 millions et demi de piastres, ou 012,000 kilogrammes d’argent fin, ou 157 millions de francs (4).

(1) <« l.cs Indes oui ëlé, les Indes seront ce qu'elles soiil ù présent, et dans tous les temps ceux qui négocieront aux Indes y porteront de rargenl et n'en rapporteront pas. •> {Esprit des Lois, livre XXI, chapitre 1er.)

(2) Uisloirc naturelle «le Pline, livre XII, chapitre XVIII.

(5) A la lin du tome pr.

(4) Savoir : *

Par le cap de Bonnc-Es|)éruncc 17 1/2 millions de piastres.

Par la voie du Levant (une partie restant

dans le Levant même) i

Par le midi de la Sil>érie ou le nord de la Chine 4

Total. .

. . 25 1/2 millions.

COURS d’économie politique.

Ce serait près des trois quarts de l’argent qu’on lirait des mines d’Amérique. On n’en était cependant arrivé là que par degrés, et on peut considérer cette somme comme un maximum qui sc sera maintenu pendant un petit nombre d’années seulement.

Qu’on estime maintenant la quantité d’argent qui se dissipait par la circulation de la monnaie, par la déperdition quotidienne que subissent tant d’ustensiles en argent ou en plaqué, par les naufrages, par les sommes enfouies qui demeurent ignorées dans le sein de la terre; on comprendra que, à l’égard de l’argenl, malgré l’accroissement continu de la production, pendant un long espace de temps après 1620, le surplus de demande aura permis aux mineurs des colonies espagnoles de placer convenablement le surplus de leur extraction.

Quant à l’or, la présomption est qu’il en aura été de même, à plus forte raison, parce qu’il se produisait en bien moindre proportion que l’argent.

Par cet ensemble d’aperçus, on est induit à tenir pour plausible celte opinion que, sur le marché européen, la valeur échangeable ou le pouvoir de l’argent aura cessé de décroître pendant un long délai, depuis 1620 environ jusqu’à une époque qui restera à déterminer.

Pour mieux savoir qu’en penser, il est utile de s’enquérir de ce qu’a pu être le prix du blé pendant cet intervalle, en prenant, pour les comparer, les moyennes d’une certaine suite d’années. Adam Smith l’a fait pour l’Angleterre, Dupré de Saint-Maur pour la France. Les relevés que le premier a puisés dans le Chronicon preciosum de l’évêque d’Ely, Fleetwood, et dans des documents postérieurs, indiquent nettement même que, par rapport au blé, l’argent, au lieu de s’avilir, s’est sensiblement enchéri. Telle mesure de blé (1) qui, pendant un premier espace de vingt années, de 1646 à 1665, s'était vendue 2 1. 17 sch. 5 d., s’est donnée moyennemeiH, de 1726 à 1745, pour 1 1. 19 sch. 8 d., ce qui suppose une baisse du blé ou une hausse de l’argent de 31 pour cent. Selon Dupré de Saint-

Ci) Le vieux quarler de neuf boisseaux de Winchester, qui ferait 3 hectolitres 17.

Maur (1), le sctier de Paris qui, pendant la période décennale de 1595 à 160G, répondait à cinq onzièmes d'un marc d’argent fin, ne valait plus, de 1752 à 17i3, qu’un tiers de marc. C’est une baisse du blé ou une hausse de l’argent dans le rapport de 27 pour cent.

En présence de résultats semblables, Adam Smith avait bien raison de dire, à l'époque où il écrivaitla liichessedes iVa(tont(2) : < L’opinion qui représente l’argent comme éprouvant dans sa « valeur un abaissement continu, semble donc n’étre point

I confirmée par l’observation, quand on se rend compte des f pris successifs du blé et d’autres provisions (5). »

Au sujet de cette variation, Adam Smith et Dupré de Saint- Maur font remarquer que, vers le milieu du dix-huitième siècle, l’Angleterre et la France jouissaient de la tranquillité intérieure, au lieu qu’auparavant elles avaient été désolées par les guerres civiles. Les guerres de religion avaient duré, en France, de 1560 à 1628, date de la prise de la Rochelle, et la révolution d’Angleterre, où Charles P' fut décapité, est de 1618.

II est probable que cctle substitution du calme et de la sécurité à la fureur des discordes civiles favorisa les travaux agricoles et l’abondance des récoltes, et contribua ainsi au bon marché des grains (1).

Pour l'Augleterre eu particulier, Adam Smith rappelle que, en 1689, on avait institué uue prime à l’exportation des grains, qui eut pour effet d’encourager la culture et, selon quelques personnes, de provoquer l’abondauce et partant le bon marché. Mais, u’est-il pas plus probable, ainsi qu’il ledit, que celte faveur, en déterminant une forte exportation des grains, empêcha habituellement les cours de tomlier aussi bas qu'ils

(I) Et$ai tur le* Monnaies, page S8.

(3) La publication s'en fit en I77(i.

(3) Richesse de* Nations, livre I, chapitre XI. Le raisonnement d'Adam Smith s'appli(|uc à une période lcriniiicc eu 1761. Il reconnaît qu'A partir de IA le prix du blé inoiite pendant une dizaine d’années i il l'attribue A une suite de mauvaises récoltes.

(4) En Angleterre, les années 1618 et 1619 avaient été marquées par une grande cherté des grains; les saisons pouvaient en être une cause sullisante.

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