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COURS D^ÉCONOMIE POLITIQUE

l'eussent fait dans l'état naturel des choses? Ce serait donc plutôt une cause de cherté, sauf les temps de disette où des lois spéciales interdisaient momentanément l'exportation et faisaient profiter le pays de l'exleusion qu'avait reçue le labourage.

Un autre fait qui est particulier à l'Angleterre, et qui avait dû donner au cours des grains une fausse apparence d'élévalion pendant la dernière moitié du dix-septième siècle, est rappelé par Smith. La monnaie eu circulation était usée; le frai, en 1605, se trouva énorme. M. Lowndes, un des financiers les mieux informés du temps, l'a estimé jusqu'à 25 pour cent. Comme la monnaie ne passe que pour ce qu'elle est, eu pareil cas les prix devaient être nominalement surhaussés d'autant. Dans la période, qui vient d'étre signalée, de 1640 à 1665, une partie du mal devait être consommée déjà, et les prix avaient dû s'en ressentir, c’est-à-dire être nominalement élevés. Dans la période de 1726 à 1745, la monnaie anglaise, grâce à la refonte faite sous Guillaume 111, était plus correcte qu'à la fin du dixseptième siècle. Cependant il s’en fallait, que, de 1646 à 1665, la monnaie anglaise offrît la détérioration où elle était quarante ans plus tard. Eu somme, il faudrait étrangement torturer les faits pour leur faire dire que la valeur vénale du blé, exprimée en argent, n’avait pas diminué, vers le milieu du dix-huitième siècle, en comparaison de ce qu'elle avait été cent ans auparavant, ou, en d'autres termes, que l’argent conservait encore, par rapport au blé, vers 1750, une valeur aussi grande que celle qu’il avait eue vers 1 650.

En embrassant un très-long intervalle de temps, près d’un siècle et demi, Dupré de Saint-Maur déclare que, en France, les grains n'ont pas tout à fait suivi V augmentation des espèces (\). De son côté, Smith comparant, non plus vingt ans du dixseptième siècle à pareil intervalle dans le dix-huitième, mais le bloc tout entier des soixante-quatre premières années du

(1) Essai sur les Monnaies, page 68.

C'eat-à-dire que, à mesure que le souverain avait altéré la monnaie en augmentant le nombre de livres qu'on taillait dans le marc, le blé avait paru enchérir, mais non pas en proportion de l'avilissement de la livre.

dix- huitième siècle à celui des soixante-quatre dernières années du dix-septième, trouve que le blé a été meilleur marehé, dans le second espace, de 21 pour cent.

Il y a plus d’un motif de croire que, pendant la première moitié du dix-huitième siècle, l’argent tendait à enchérir, ou, ce qui revient au même, qu’on le retirait plus difficilement des entrailles de la terre. C’est la période pendant laquelle l’approvisionnement annuel fourni par l’Amérique à l’Europe a présenté la moindre augmentation proportionnelle. Pendant ce laps de temps, l’expédition annuelle, d’Amérique en Europe, des deux métaux réunis, ne surpasse celle de l’intervalle précédent que de 5 millions et demi de piastres ou de 34 pour cent(l), malgré l’ardeur que ne cessaient de déployer les colons espagnols à la recherche des métaux précieux, malgré les moyens d'action que leur donnaient les profits antérieurs. Et encore, dans cette production additionnelle de 5 millions et demi de piastres, l’or fait-il la majeure part; c’est en effet l’époque où l’extraction de l’or se développe au Brésil.

Un autre incident de l’hisloire des métaux précieux en Amérique me confirmerait dans cette opinion. Les frais d’extraction, proprement dits, se grossissaient d’un impét que les cours d’Espagne et de Portugal, suivant en cela la politique du temps, avaieut mis sur les mines des métaux précieux, et qui est encore dans la pratique de la plupart des Etats américains, sauf des variations dans la quotité. Peu après les premières années du xvni' siècle, la cour de Madrid, vivement sollicitée de réduire cet impôt, y consentit. 11 est à supposer qu'elle y fut déterminée en partie parce qu’il lui fut démontré que les frais de production s’étaient aggravés au point qu’il en résultât une grande difficulté d’écouler les métaux avec avantage. La plupart des mines alors en exploitation étant épuisées ilans la région la plus voisine de la surface, il fallait y aller chercher le minerai à de plus grandes profondeurs, d'où on le retirait d'autant plus chèrement que les procédés mécaniques, en usage parmi les

(1) Eitai sur la /VouveUe-Espagne, tome lit, pages 4âti-i29 de l’éditioa de Paris, 1827.

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nuneurs de TÂmérique espagnole, étaient plus grossiers; et puis, pour plusieurs des mines, une même quantité de minerai ' contenait une moindre proportion de métal, ear c'est uu caractère à peu près général parmi les filons argentifères des Andes, qu'ils offrent des zones d'inégale richesse, cl que communément .. ils s'appauvrissent après une certaine profondeur (1). Celte considération ne fut probablement pas la seule en vertu de laquelle la cour de Madrid se décida à se relâcher d'une partie de ses prérogatives fiscales; elle reconnut peut-être que le droit perçu sur l'argent extrait des mines, par son exagération, encourageait l'exportation clandestine; mais cet argument n'exclut pas l’autre. Le fait est que le droit éprouva alors une forte réduction. Jusque-là, c’était le quinl ou le cinquième du produit brut (2); le trésor prélevait nn marc d'argent ou d’or sur chaque poids de S marcs obtenu. Il s'y joignait l'un et demi pour cent, le droit d’essai, le droit de seigneuriage à la monnaie.

En 172.~>au Mexique, en 1756 au Pérou, le quint fut mis à moitié; l'un et demi pour cent fut réduit à un pour cent pour les Mexicains.

Nous arrivons au milieu du xvin” siècle. A partir de là s’ouvre une phase nouvelle : le blé enchérit ou plutôt l'argent recommence à baisser. Le mouvement se prononce bientôt avec énergie, et il continue jusqu'à l’ouverture du xtx*' siècle. On peut regarder comme le prix moyen de l’heetolitrede blé, qualité ordinaire, en 17.50, dans la Grande-Bretagne, 15 fr. lO ou

(1) La loi d’après laqiiello In riclicssc îles filons varie selon la profomlctir n'n rien d'absolu, cl n'csl point la même dans les dilTéreules contrées. Mais ce qui est général, c'est que la zone favorable est l•cstreinte. Au Mexique, selon M. Duport, elle est le plus ordinairement comprise entre la profondeur de 100 mètres et celle de 5;i(l. An Chili, selon M. Domeyko, les filons argentifères, coupant successivement plusieurs séries de couches de terrain superposées, s'y présentent Irés-divrrscnient, riches dans l'une, pauvres dans la suivante. C'est déj.’i un fait généralement constaté pour les mines en filons; mais nu Cliili la variation est extrême, de rnbondancc à la stérilité, cl elle ii’empéche pas celle qui est du fait de l'approfondissement meme de la mine. (Voir le Mémoire de M. Domeyko, dans les Annale* de* Mine», quatrième série, tome IX, page 503.)

{i) Selon Solorzano, jusqu’en 1504, lu part <|ue s'était réservée la couronne avait été la moitié de l'extraction.

60 50 d'argent fia ; en France, 10 fr. 60 ou 47 70 d’ar-

gent fin (1). Quand on a franchi le milieu du xviiF siècle, on voit le blé monter par degrés sur la plupart des marchés, et il garde cette allure de toute part, jusqu'à la fin de la période que nous envisageons ici. Si l’on observe le mouvement en France et en Angleterre, on trouve que des deux côtés ce sont des allures semblables. Quand Lavoisier compose, vers 1784, sa Richesse territoriale, dont l'extrait fut imprimé en 1791 par ordre de l’assemblée constituante, il y porte le prix moyen du blé, toutes qualités confondues, à 15 fr. 59 par hectolitre ou 69 26 d’argent fin (24 liv. le seiier). Le prix de 11 fr. 54

(18 liv. le setier), ou 51 «'■‘“”•95 d’argent fin, lui paraît un prix très-bas, résulUit d'une mite non interrompue de bonnes récoltes (2). Après 1790, le blé finit par monter, chez nous, jusqu'à ce que le cours moyen soit d'environ 20 fr. ou 90 grammes d’argent fin. En Angleterre, les moyennes décennales indiquées par Mac Culloch (5), d’après les livres du collège d’Eton, pour le marché de Windsor, à partir de 1745, ont une marche ascendante dont la régularité est aussi parfaite que le permet la variation des saisons dans un cycle qui n'est que de dix années. Rapportées à l’hectolitre, ces moyennes sont :

De 1745 à 1755 14 fr. 86 c. ou 66 ^ grammes d’argent fin.

1755 à 1765 17 58 ou 79 —

(1) En moyenne, pendant les soixanle -quatre premières années du

xviiie siècle, l’hectolitre de blé, de qualité ordinaire, s’était vendu, en Angleterre, sur le pied de 13 fr, 43 c. ou 60 43 d’argent fin (32 schel-

lings le quarter de huit boisseaux de Winchester {Richesse des Nation», livre I, chapitre XI); ce serait 33 schellings le quarter actuel, dit impérial. A Paris, le blé, qualité ordinaire, valait, selon Dupré de Saint-Maur, un peu moins de 10 fr. l’hectolitre (18 livres 12 sous 9 deniers le setier de Paris du meilleur blé); mais, en évaluant, comme Smith, le blé ordinaire à un neuvième seulement de moins (pie le blé de choix, ce serait 10 fr. 60 c. ou 47 80 d’argent lin. C’est ce qui résulte de la moyenne des dix années

de 1732 ù 1742, telle qu’elle est consignée dans VRssai sur tes Monnaies, page 33. Je fais abstraction de la petite dilTérence entre la livre d’alors et le franc.

(2) Lavoisier, Richesse territoriale de la France , chapitre IV. Collection Guillaumin, tome spécial, page 596.

(3) Addition à lu Richesse des Nations, d’Adam Smith.

COUKS d'économie POLITIQUE.

18Ü COURS d’économie politique.

Do I7CS à 1775

22 fr. 94 c.

ou 103 gramiiics d'argent (in

ou 109 ü.

ou 163

Pour le dernier de ces intervalles décennaux, il est évident, ])ai' le saut brusque qu'il présente, qu’on doit considérer le prix correspondant comme une anomalie. Le blé fut euebéri alors, eu Angleterre, d’une manière exlraordinaire, par la pauvreté inaccoutumée des récoltes, par la guerre, qui gênait l’arrivage des grains étrangers; il le fut par l’accroissement de la population, de l’urbaine surtout, comparé à rétcnduc du territoire, circonstance dont nous avons particulièrement signalé les effets dans un chapitre antérieur (2). De ces causes diverses, les premières sont accidentelles ; la dernière est, pour cette époque-là, spéciale à l’Angleterre. Il convient donc de faire abstraction de ces dix années ; en ce qui concerne la Grande-Bretagne, elles donneraient une idée exagérée du phénomène que nous constatons ici.

De l'ensemble des faits qu’offre l'bistoire du prix des gitiins, à partir du milieu du xvni» siècle, on est autorisé à conclure que, de celte époque au commencement du siècle actuel, la valeur de l’argent par rapport au blé a beaucoup baissé. Ou peut estimer qu’elle s’est réduite de moitié.

Le même changement s’est accompli pour l’or, sur une échelle presque égale.

L’explication du phénomène réside dans la diminution des frais de production des métaux précieux, et cette diminution même n’a pu provenir que de l'une ou de l'autre des causes suivantes, ou plutôt de leur action combinée : On aura mis la main sur des gîtes plus riches et mieux situés que ceux auxquels

(I) Voici ces mimes prix par impérial quarter de 91 :

12) Section it, chapitre 111.

s'étaient attachés les mineurs pendant la période antérieure; ou l’art d'exploiter les mines et de traiter les minerais se sera perfectionné; ou enfin diverses charges fiscales ou mercantiles qui grevaient l’industrie des mines d’argent et d’or auront été réduites.

De 1750 à 1810, au Mexique, le filon de Guanaxuato, qu’on exploitait depuis longtemps déjà, a offert des trésors plus abondants. D’autres exploitations très-fructueuses ont été ouvertes aussi dans divers gisements mexicains. A Zacalecas, le filon nommé la Veto-Grande, travaillé alors par le célèbre mineur Laborde, s’est montré l'un des plus productifs du nouveau monde.

Après 1750, ou, plus exactement, après 1770, l’extraction des mines mexicaines s’éleva presque subitement du simple au double, ce qui, en pareille matière, est un indice à peu près certain de la richesse supérieure acquise par les gisements. On le voit par le tableau suivant (i) :

Moyennes décennales officieUes de l'or et de l’argetU extraits des mines

du Mexique

et monnayes à Mexico, de 1690 à 1809.

De 1690 à 1699

Les mines de Guanaxuato ont contribué plus que les autres à ce progrès rapide. Dès 1766, elles donnaient plus d’argent

(t) Les chiffres de la colonne A ont élé obtenus avec le tableau cité dans la iXoïwetle-Esiiugne de ill. de Ilumboldt, tunic III, page 3<iU. Leux du la colonne U, qui sont un |iuu dinVi enls, ont dld l'ormés avec lus résullals cunsigiids dans l'ouvrage du .M. Duport.

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que le Poiosi, et, en 1805, elles avaient plus que doublé leur produit de 17CG. Une circonstance, déjà nicnliounée (1), qui, du point de vue industriel, a donné au filou de Guauaxuato un grand avanlage sur le Putosi, c'est que l'argent qu’on en extrait renferme de l'or en proportion très-appréciable, et par lui seul cet or est déjà un bénéfice notable.

De toutes les mines du district de Guauaxuato, Valeuciaua est celle qui a exercé le plus d’influence; les travaux n’y ont commencé qu’en 1760.

C’est un fait acquis à l’instoire, que les grands profits des mines mexicaines sont de 1750 à 1810. Ou en a le témoignage éclatant par les magnifiques constructions qui se sont élevées alors au Mexique; ce sont plusieurs villes d’une grande beauté, comme Guauaxuato, qui parvint rapidement à 80,000 âmes; ce sont des usines monumentales comme celle de Régla; ce sont les palais et les temples dont s’est embellie Mexico; c’est l’admirable chaussée qui de la Yera-Cruz conduit jusqu’au couronnement du plateau mexicain.

En même temps que la nature favorisait davantage le mineur américain, il s’aidait lui-même par une application mieux entendue des règles de son art, par quelques perfectionnements du procédé métallurgique, et le goiiveruemeiit l’assistait par des réductions de charges. Les extracteurs d’argent opéraient mieux au Mexique qu’au Pérou. La substitution des muletsaux indiens piétineurs, pour le foulage des lortas sur l’aire dallée du patio, amena, après 1780, une certaine économie dont le Mexique profita plus que le Pérou (2). La diminution de prix du mer-

ci) Page 158.

(S) Dans l'origine, le foulage était fait par des hommes; quelques-uns des mineurs péruviens les remplacèrent par des chevaux, et c'est de là que l'emploi des bêles pour le foulage (repato) passa au Mcxi(]ue. Celte amélioration ne remonte, pour le Mexique, qu'à 1783. Don Juan Coriiejo en apporta l’idée du Pérou. Le gouvernement lui accorda un privilège dont il ne jouit pas longtemps, et qui ne lui valut qu’une somme médiocre. Les frais d’amalgamation ont sensiblement diminué depuis que l’on n'a plus besoin d’employer ce grand nombre d'ouvriers qui se promenaient pieds nus sur des amas de farines métalliques. Aujourd’hui encore à Calorce, ce sont des hommes qui font ce service; des circonstances locales et le défaut

LA MONNAIE, SECTION V, CHAPITRE III. iS.'î

cure que le gouvernement espagnol accorda successivement, et qui fut un peu plus forte pour les Mexicains que pour les Péruviens, exerça aussi quelque influence. La facilité plus grande de s’approvisionner d’autant de mercure qu’on en avait besoin eut plus d’effet encore. La diminution des droits sur les mines, qui avait été consentie en 1725 et en 1756 et qui, dans les premiers temps, n’avait servi qu’à prolonger un peu l’existence d’établissements en décadence, agit un peu plus tard sur les prix comme une cause d’abaissement.

On a jusqu’à un certain point la mesure des facilités nouvelles, en tout genre, qu'offrit l’extraction, pendant la période que nous examinons en ce moment, par l’accroissement même que la production éprouva de 1750 à 1805. Ce qui s’expédiait d’Amérique en Europe monta à 55,.500,000 piastres, au lieu de 22,500,000, chiffre moyen de 1700 à 1750. C’est un surplus de 12,800,000 piastres, ou de 57 p. "/o. On se rappelle que la période semi-séculaire de 1700 à 1750 n’avait présenté qu’une augmentation de 5 millions de piastres ou de 54 p. "/o sur la période formée du xati' siècle tout entier.

Le grand accroissement qu’on remarque pendant l’intervalle de 1750 à 1803, et qui se soutient jusqu’en 1810, n’est pas du fait de l’argent seulement. L’or y est pour une bonne part. C’est le beau temps du Brésil en particulier, du Brésil, qui a rendu près de la moitié de l’or de toute l’Amérique. Les mines brésiliennes furent à leur apogée pendant l’intervalle de 1752 à 1775. Ce qui payait les droits alors allait de 6,400 à 8,600 kilogrammes; à cause de la contrebande, qui était très-grande, on en a conclu que l’extraction réelle devait être de près de 12,000 kilogrammes (41 millions de francs). Moins considérable, l’extraction de l’or de la Nouvelle-Grenade eut, à la même époque, plus d’importance qu’auparavaut. On peut en dire autant de celle du Chili. Pour le Brésil, et probablement aussi pour le Chili, on

d’espace n'onl pas permis de leui' subsiituer des animaux ; mais c'est le seul point <lu Mcxûpie où l'ancien mode de foulage se soit maintenu. Dans plusieurs des mines du Pérou, le foulage par les hommes a persisté jusqu’A ce jour. M. Tscliudi l'a vu encore en usage ü Pasco, dans une porlie des étuhiissemenis.

iSG COURS d’économie politique.

doit croire qu’on rencoiilra alors des alluvions ou d’autres gisements d’or d’uiie richesse supérieure, car, depuis lors, ou a, dans l'un et l’autre pays, délaissé les mines d’or, au Brésil pour la culture des denrées tropicales, au Chili pour les mines d'argent et de cuivre.

On peut donc regarder comme démontré : 1° que, par rapport à la valeur du blé, estimée elle-même par des moyennes embrassant d'assez longs délais, la valeur de l'argent et celle de l’or, après être demeurées stationnaires, de I60Ü ou 1G30 à la fin du xvii° siècle, s’étaient sensiblement relevées, de sorte que la même mesure de la même qualité de blé se donnât pour un moindre poids d’argent, pendant la première moitié du xviii° siècle; 3” que, une fuis à ce point, le flot a pris la direction opposée; l’argent et l'or se sont mis à baisser de nouveau, par rapport au blé, et c’est ainsi que s’ouvre le xix‘ siècle avec des prix du bié doubles environ de ceux du milieu du xviii% et à peu près sextuples des prix de l'an 1500 à l’an 1550 ou 1570.

Le dernier ehangement est-il venu des métaux précieux ou du blé? Est-ce l’or et l’argent qui ont baissé, ou le blé qui a haussé pendant la dernière période ? De ces deux thèses, la première me parait incomparablement la plus juste : on a vu les raisons qui autorisent à croire que les frais de production de l’argent ont diminué de 1750 aux premières années du dixneuvième siècle. Indiquons les motifs qu’on a de supposer qu’au contraire la valeur du blé a dû rester à peu près la même. Le blé a continué de se produire à peu près dans les mêmes conditions pendant ce demi-siècle, excepté en Angleterre, où, vers la fin de la période, il y a eu des raisons, autres même que l’accident de plusieurs mauvaises récoltes, pour que le prix du blé montât. Et c’est ainsi qu'à l'égard de l’Angleterre en particulier, renchérissement est bien plus fort : il procède de deux causes au lieu d’une. Sur le continent européen, les terres nouvelles qu’on a mises en culture étaient encore de la même qualité que celles où la culture s’exerçait auparavant; l’agglomération des populations urbaines était modérée; l’industrie manufacturière se développait lentement, et autour des

rares foyers niamifacturiers du contineut, la culture faisait plus de progrès qu'ailleurs. La viabilité du territoire, jusque-là fort mauvaise, s'est visiblement améliorée, mais seulement après iïoO, en Angleterre, en France et sur le reste du continent, et c’est une cause qui tend, de plus d’une façon, à faire baisser la valeur du blé ou à l’empéclier de monter.

Je suis fort éloigné de contester l’influence que des récoltes insuflisantes peuvent exercer sur le prix des blés, et la possibilité qu’il y ail, à certaines époques, une série de mauvaises années qui aggrave les moyennes tirées des mercuriales. L’apologue des vaches maigres qui se suivent, comme au surplus des vaches grasses, est de tous les temps et de tous les lieux. Cependant, malgré l’autorité de M. Tooke, je ne puis admettre que l’inégalité des récoltes donne l’explication d’un fait tel que l’eucbérissemenl éprouvé par le blé pendant le dernier tiers ou la dernière moitié du siècle dernier, et maintenu jusqu’à nos jours.

Le tableau suivant montre ce qu’était à l’ouverture du XIX' siècle la production totale de l’Amérique, en or et en argent, et comment elle se sous-divisail dans les différents pays.

COURS n'iScONOMIB POLITigiIR.

Production annuelle des mines (for et d’argent de f Amérique, à l’ouverture du dix-neuvième siècle.

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